bad boys

La cité de Dieu (2003)

De Fernando Meirelles. Voilà l’incarnation même du film coup de poing qui vous décoche une bonne droite sur le plan esthétique avant de vous mettre KO sur son contenu…

Un véritable projet dans La cité de Dieu

L’histoire de cette favela, envers miséreux du grand Rio, se déroule sur plus de 20 ans, une longue durée qui permet d’en saisir les modifications et l’évolution. Je pense que l’on pourrait parler ici d’un véritable projet (et je dis bien projet et non pas esthétique) réaliste dans le sens où le réalisateur adopte un point de vue kaléidoscopique unifié par la voix du narrateur Fusée (jeune habitant de la favela qui deviendra reporter photo et qui est, dans le film, l’image du réalisateur, oeil qui montre et voix qui raconte) qui cherche à nous livrer une vue d’ensemble de cette Cité de Dieu. De plus, de nombreux plans, indépendants de la narration, tendent à planter le décor de la Cité, décor qui évolue en même temps que les personnages du film. Le lieu géographique est à l’unisson de l’existence humaine, il se délabre dans le même temps que les conditions de vie se dégradent. L’histoire quant à elle rappelle l’univers de Scorsese et nous décrit la naissance, l’ascension puis la chute d’un “parrain” local, Petit Zé, incarnation et produit de la violence inhérente à la misère de la favela: tueur dés son plus jeune âge et qui prendra le pouvoir dans la Cité, un pouvoir acquis dans et par la violence, pouvoir qui le conduira à prendre possession du marché de la drogue…

La force de la cité de Dieu

La force de ce film est justement de lier description d’un milieu géographique et social et description des personnages: ce qui nous est raconté, c’est comment la favela (et ses enfants, autrement dit ses produits “naturels”) sombre dans la guerre des gangs, comment son évolution a partie liée avec la prolifération progressive des armes (un film qui gagnerait à être mis en regard avec l’excellent Lord of War) et la place de plus en plus importante du commerce de la drogue. Le projet réaliste s’exprime ici pleinement puisque les personnages sont des types, des modèles de population (l’individu renvoie au groupe) qui évoluent, se modifient à travers une historicité intérieure (trajectoire du personnage) et extérieure (contexte social et historique), tout ceci en lien avec un milieu naturel et sociologique…Toute la complexité de la vie dans la favela est ici rendue: par exemple, le premier braquage filmé (celui du livreur de gaz) profite à l’ensemble de la communauté, la violence permet donc à une tranche de population de survivre ou du moins d’améliorer le quotidien…Par contre, la violence dérive progressivement vers une soif ininterrompue de pouvoir (l’argent devient une valeur unique) quand bien même elle est, paradoaxalement, à un moment du film (l’histoire de la favela est peut-être l’histoire d’une chute marquée par le passage du purgatoire à l’enfer), un régulateur social de la Cité puisque le gang de Petit Zé fait la loi, assure une sécurité (un contrôle) que la police se refuse à assumer… J’ai ainsi vraiment apprécié les nuances, le refus d’un certain manichéisme, le désir de traduire une complexité plutôt que de la gommer dont a fait preuve Meirelles…

Des failles au niveau de narration

Mais ce film est aussi une extraordinaire démonstration de cinéma (ce qui a pu en énerver certains…). Ainsi, sur le plan de la narration, il déroule toute la palette des figures disponibles : retour en arrière, répétition d’un événement à travers différents points de vue, jeux sur les ellipses c’est-à-dire sur le rythme du film, tout y passe et la scène dite de “L’appartement” est en cela un chef d’oeuvre absolu, conjuguant toutes les techniques employées dans le film. Le choix d’un mode de narration particulier permet également de rejoindre le désir de totalité dont j’ai parlé un peu plus haut : le récit avance par enchassements et par développement de motifs. Ce principe, celui de la digression, est donc lui aussi kaléidoscopique, chaque frament devenant la pièce d’un tout, celui de la Cité de Dieu, justement… Le fait que le personnage de Fusée soit photographe, n’est en cela pas un hasard: il est à la fois au coeur et à l’écart de l’histoire des gangs, un peu à l’image du réalisateur donc qui plonge dans la face cachée du Brésil (important en cela la phrase du directeur du journal qui dit à Fusée que l’on n’a jamais pu entrer dans la favela), en est le témoin, lui qui en est égalemet issu…

Vous l’aurez compris, j’adore ce film à l’humour noir et au pessimisme certain (sa fin marque plus un éternel recommencement q’un véritable espoir…), pourvu d’une esthétique extraordinaire qui se fond pleinement avec le sujet traité. La caméra semble pourvu de la même énergie, de la même vie que celles de la favella. Les rythmes de samba musicalisent cet extraordinaire sentiment de vitalité qui se dégage de la favela, pourtant lieu d’une damanation toute terrestre et sociale. Cette hybridation réussie entre un univers tout scorcersien du ganstérisme et une véritable pratique ethnologique et testimoniale font de La Cité de Dieu une oeuvre riche de toute sa profondeur et de toute sa complexité. A voir absolument!!!!

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