La chose venue d’un autre monde (1951)

De Howard Hawks (non crédité au générique…), coréalisé avec Christian Niby. Voici donc la version originale du film éponyme de John Carpenter (The Thing, excellentissime, qui sera d’ailleurs lui-même l’objet d’un remake…). Le schéma narratif est le même : un organisme extraterrestre (congelé dans la banquise) est recueilli par un groupe de scientifiques dans une base américaine en Alaska. Or, la chose ne va pas tarder à se réveiller…

“La chose venue d’un autre monde” Science fiction, témoin d’un état de civilisation

Le traitement est quant à lui radicalement différent Là où Carpenter travaillait à assimiler le monstre à une figure humaine (la Chose s’appropriait les corps des scientifiques), Hawks lui en fait une manifestation extérieure qui, précisément, vient envahir l’espace de la station scientifique. Bien évidemment, il est tout à fait possible de faire une lecture contextuelle du film : la chose est l’ennemi (l’extraterrestres devient représentation métaphorique du communisme) qui cherche à conquérir le territoire américain, il faut donc l’annihiler pour préserver l’espace national… Le rapport est donc à chercher dans l’ensemble des liens entre l’extérieur et l’intérieur, entre le dedans et le dehors. La plus grande partie du film (les deux tiers) se centre sur la découverte et la théorisation de la Chose (comment définir l’extérieur, selon une vision de l’intérieur) : c’est l’irruption de l’inattendu qui détermine une opposition entre le scientifique (le docteur Carrington) borné, qui n’a pas d’autres préoccupations que l’évolution de la science au soldat qui, lui, n’a pas d’autres préoccupations que d’assurer la sécurité du groupe et de la Nation. L’opposition est schématique, topique, ce qui explique l’aspect très stéréotypé des personnages et de leur caractérisation. La Chose donne lieu à un conflit d’intérêts qui présuppose alors l’opposition entre l’optimisme scientifique et le réalisme militaire. La science fiction devient le témoin d’un état de civilisation où la question de la préservation et de la peur de l’assimilation par un corps étranger prédomine (je vous renvoie à la scène finale où le journaliste semble s’adresser directement aux spectateurs)… Notons également l’inscription du film dans une époque où l’ufologie est en plein développement (souvenez-vous de Roswell).

Le mystère et la description de La chose

Sur le plan narratif, on constate que La Chose n’est d’abord présentée qu’indirectement, que par les traces qu’elle laisse ou par les réactions qu’elle provoque (elle reste donc hors champ, le hors champ devenant le lieu d’où naît et où s’installe la tension). Ceci explique également que le mystère et la description de la Chose passent primordialement par la parole : la verbalisation donne à imaginer et maintient la menace hors du cadre. Or, dés que la Chose apparaît, le spectateur ne peut s’empêcher de sourire tant elle n’est qu’un simple acteur vêtu d’un costume (sa mort renvoie d’ailleurs à Frankenstein tout comme son « design »)… L’action n’existe dés lors qu’à partir du moment où elle partage un espace commun avec les habitants de la station, où elle cherche à en devenir l’unique habitant… Par opposition, (et c’est ce qui faisait la force de son film), Carpenter parvenait à installer une peur diffuse du fait que la Chose pouvait, potentiellement être dans n’importe quel espace, au contact constant de tous les habitants de la station… C’est là je crois la ligne d’opposition entre les deux films (celui de Carpenter étant en tous points supérieur) : la limite du premier, la réussite du second.

Malgré ses 50 ans d’âge, La Chose reste agréable à regarder (une certain plaisir rétro donc…) si l’on accepte bien évidemment de retrouver des yeux d’enfants… Pour ma part, j’y ai trouvé mon compte !

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