Charlie et la chocolaterie la critique du film

Le nouveau film de Tim Burton est une adaptation du livre Charlie et la Chocolaterie de Roald Dahl, bien connu pour sa féérie un brin dérangée, séduisant petits et grands. Mais le résultat partage la rédaction…

Le film Charlie et la Chocolaterie

Avant de parler du film il faut comprendre le livre de Roald Dahl. L’histoire était celle de cinq enfants, quatre pourris-gâtés égoïstes, et un dernier pauvre et généreux (Charlie), tous émerveillés de pouvoir visiter une chocolaterie géante et féerique. Willy Wonka, propriétaire de cette chocolaterie, admiré et adulé par ces cinq enfants pour des raisons différentes (l’un nourrit ses rêves, quatre nourrissent leur ventre), est un extravaguant ayant préféré s’isoler dans son univers, fuyant les convoitises malsaines du monde extérieur. Le clash est évident, chacun des quatre enfants mal éduqués va passer un sale quart d’heure, leur égoïsme se retournant contre eux grâce à l’imagination des inventions de Wonka. Un seul restera.Lorsqu’un réalisateur comme Tim Burton, qui a mainte fois prouvé son âme d’enfant et son regard triste et furieux sur l’intolérance humaine (Edward aux mains d’argent en est le meilleur exemple), s’atèle à l’adaptation de ce livre, on s’attend à un grand moment d’ironie, de cynisme, de méchanceté et de vengeance contre ces sales mômes. Une sorte de Kill Bill sans gore mais sans pitié, et avec des enfants. On trouve dans cette visite de la chocolaterie beaucoup d’amorces allant dans le sens de l’adaptation désirée, mais jamais exploitées pour atteindre un minimum l’efficacité nécessaire. Chaque punition devient moralisatrice, jamais méchante, et presque gentille. Au milieu, Johnny Depp campe un gentil monstre parfois effrayant (inspiré de Marilyn Manson…), mais là encore à aucun moment exploité par le réalisateur qui se contente de le placer au milieu de son décor. Les Oompa Lumpas, nains ouvriers silencieux mais chantant la décadence de chaque enfant quittant la scène, sont là encore ratés, ne serait-ce que par les effets spéciaux (leur intégration est proche de la catastrophe), mais surtout de leur mise en scène manquant sérieusement de mordant. Charlie et la Chocolaterie dans cette version devient se contente d’être un simple film pour enfant, certes très au dessus de la moyenne actuelle dans ce genre (entre ça et les Fils du Mask, Chat Chapeauté ou Iznogoud, le choix est vite fait). Le summum reste une référence à 2001 : L’Odyssée de l’Espace, où Tim Burton utilise la première scène du film à des fins comiques là où elle aurait pu servir à effrayer les petits. Tim a réalisé un film gentil pour les enfants, là où on attendait un film certes adressé à eux mais plus méchant. Reste la guimauve et les bons sentiments…

Après la petite déception Big Fish, Tim Burton revient vers l’esprit du pur conte de fées. Autant le tout de suite : Charlie et la chocolaterie n’est pas son plus grand chef d’œuvre. Néanmoins, on retrouve les qualités qui ont fait la réputation du réalisateur, à savoir un univers visuel très affirmé, un sens unique de la poésie, et surtout ce contraste entre l’apparence enfantine de l’histoire et la cruauté affective qu’elle cache. Charlie et la Chocolaterie n’a cependant pas la noirceur habituelle des films du réalisateur, ne serait-ce que dans le choix des couleurs dominantes. La fantaisie aurait aussi pu être poussée plus loin, même si le film nous réserve des scènes hilarantes (Deep Roy, excellent !). En fait, la principale qualité de cette oeuvre est peut-être sa simplicité : simplicité de la narration, même s’il y a quelques flash-back (qui sont d’ailleurs parfois mentionnés par les personnages !), simplicité des personnages, qui n’en sont que plus attachants, et simplicité du message, qui revient vers des valeurs universelles. Enfin, le film est porté par une belle palette d’acteurs, avec notamment des enfants tous excellents et un Johnny Depp toujours aussi brillant malgré un personnage un peu trop simplifié. En résumé, même si Tim Burton a mis son style légèrement en sourdine, voir un film comme Charlie et la Chocolaterie, c’est rafraîchissant et ça fait du bien.