Bubba Ho-Tep (Février 2006)

de Don Coscarelli. Prenez garde, une momie, Bubba Ho-tep, est ressuscitée d’entre les morts et doit pour survivre aspirer l’énergie vitale des habitants d’une petite ville américaine. Heureusement, deux pensionnaires de la maison de retraite locale, l’authentique Elvis Presley et son ami noir persuadé d’être Jack Kennedy, le président assassiné, veillent! Derrière cet aimable scénar de série B se cache une jolie réflexion sur le traitement contemporain de la vieillesse et une approche peu orthodoxe de l’héroïsme.

Bubba Ho-Tep, la viellesse

En effet, Bubba Ho-Tep peint avant tout la condition de vie d’un vieillard que personne ne prend plus la peine d’écouter. La maison de retraite rappelle ouvertement l’ambiance de l’hotel du Barton Finf des frères Cohen : tout y est délavé, passé de mode, en délabrement. L’image proposée est celle d’une Amérique mythologique oubliée et mise au rencard : deux de ses héros fondateurs s’y trouvent enfermés, infantilisés et non reconnus par le personnel soignant. Or, derrière la vieillesse se cache encore une étincelle de vie, celle justement niée par la perception et l’image que l’on peut avoir de la vieillesse. Ainsi, le choix des vieillards comme rempart contre la momie dessine en creux une revalorisation de la vieillesse ouvrant sur une forme nouvelle d’héroïsme.

L’humour diffuse dans Bubba Ho-Tep

L’héroïsme ne réside plus ici sur la performance physique mais plutôt sur un ensemble de valeurs dont les deux personnages sont dépositaires (courage, dévotion, esprit de sacrifice). Tout se déroule au ralenti, au rythme du déambulateur d’Elvis et de la chaise roulante de Jack. Le réalisateur réussit d’ailleurs le pari, par une mise en scène simple, limitée dans l’usage des effets et de la grammaire cinématographique, à susciter de l’action, de la tension dans ce qui justement semble en être l’opposé exact. C’est sans doute ce qui fait que Bubba Ho-Tep est si attachant : le fait de voir plonger dans un film de genre jouant habilement sur les références au western (les couloirs ressemblent aux allées désertées des villes de l’ouest, la momie est habillée comme un cow-boy, quelques scènes reprennent l’esthétique du duel) et au film d’action (course-poursuite…au ralenti, rebondissement, assaut final…) des personnages qui n’y ont généralement pas leur place. D’où ce sentiment de tendresse mêlée au sourire que l’on a constamment au coin des lèvres. L’humour diffuse est l’autre point fort du film: des dialogues très drôles, des situations allant de la plus absurde à la plus drôlement réaliste (la vieillesse occasionne de bonnes blagues “physiques”…) participent à la création d’une ambiance particulière, renforcée par un univers esthétique cohérent (lumières chaudes, clair-obscur) et volontiers crépusculaires.

J’ai passé un très bon moment à regarder cette histoire tout à fait saugrenue rendant un hommage implicite à une Amérique mythique. Du bon cinéma, qui n’a pas eu besoin d’un énorme budget pour arriver à ses fins!

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