Les brigades du Tigre (avril 2006)

D’Alain Cornuau. Jolie surprise que cette adaptation des Brigades du Tigre que j’ai regardé avec grand plaisir et dans laquelle j’ai pu trouver tous les ingrédients qui transforme un simple divertissement en produit cinématographique de très bonne qualité.

 

La qualité du scénario dans Les brigades du Tigre

Tout d’abord, il faut noter la qualité du scénario qui sait développer une intrigue policière complexe mais dont tous les éléments de compréhension sont accessibles et compréhensibles. L’histoire prend place dans la France de la Belle Epoque (superbement reconstituée) et sait parfaitement rendre compte d’un moment historique où le capitalisme naissant et les résistances qu’il engendre se mettent progressivement en place, avec pour arrière plan la guerre et la Révolution soviétique à venir (soit les deux aspects de la dichotomie mise en place par le film). En ce sens, il semble convoquer un sous genre américain, celui des films prenant pour objet un scandale politico financier (ce qui lui donne d’ailleurs un air d’extrême d’actualité). D’où un ensemble d’interrogations inhérentes à ce genre : comment faire justice quand le principe de légalité (l’Etat) est lui-même impliqué dans le crime ? Comment la légalité peut-elle être conciliée (dans son propre intérêt et celui de tous ?) avec ce qui cherche à la subvertir ? Dés lors, le film ajoute à cet ensemble une réflexion agréable sur la question des moyens d’action sur des élites politiques corrompues : la violence se légitime-t-elle selon le but visé ? Est-elle un mal nécessaire ? Ne se légitime-t-elle pas précisément quand la légalité est gangrenée ? Il y a derrière le divertissement une véritable interrogation politique (toujours d’actualité donc) et c’est précisément cet aspect que j’ai trouvé le plus intéressant et le plus à l’honneur du projet global à partir du moment où il ne s’agit pas d’exploiter bêtement un filon mais bien plutôt d’en tirer le meilleur en refusant de prendre le spectateur pour un pigeon.

Les réussites du film Les brigades du Tigre

Sur un plan plus purement cinématographique, je noterai d’abord un autre héritage des films policiers américains, à savoir la concurrence entre administrations et/ou juridictions : ici le conflit FBI /police locale est remplacé par le conflit préfecture/brigades du tigre, conflit qui renvoie également à deux approches différentes de la légalité (l’une au service d’intérêt financier, l’autre au service de la Justice). Autre point intéressant, la mise en abîme que constitue l’opéra (superbe scène de la comparaison avec Ivan le terrible) : la politique est un espace de représentation (signature de la Triple Entente) qui a, lui aussi, ses coulisses, son arrière scène qu’on exhibe jamais et qui, au final, reste cachée (le silence de Jaurès, le secret public). Autre réussite, l’interprétation : tous les acteurs sont parfaits (j’adore Edouard Baer, dans un registre où je ne l’attendais pas…) et semblent véritablement complices. La réalisation est quant à elle agréable et élégante : le metteur en scène sait construire un espace et l’exploiter pleinement, ses plans séquences sont fluides et très souvent porteurs de sens.

Une excellente adaptation donc, où l’on commence par une intrigue policière pour finir par un déjeuner sur l’herbe, où l’on commence par puiser dans les codes du film policier avant de se couler tendrement dans les souvenirs du patrimoine français. Car finalement, l’Epoque est Belle quand on la représente ou lorsqu’on se souvient de Renoir père et fils mais elle n’est, après tout, qu’un moment de répit avant les tumultes d’une histoire inscrite en germe au cœur du film…

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