Barracuda (1997)

De Philippe Haim. Mon ami Antoine m’avait conseillé, il y a quelques temps déjà, de regarder Barracuda, lointain parent de Calvaire, les deux films mettant en scène une histoire de séquestration. Ici, c’est le grand Jean Rochefort qui joue le kidnapper (le bourreau donc…) et le très jeune Guillaume Canet qui joue le séquestré (la victime…). Le duo fonctionne à merveille porté par un Jean Rochefort impérial, exprimant les multiples facettes d’une folie qui le coupe radicalement de la réalité environnante.

Barracuda: rapport entre le bourreau et la victime

L’ambiance est oppressante à souhait, le principe du huis clos étant pleinement exploité par une succession d’espaces fermés, d’autant plus fermés que les plans renforcent, par une distorsion des focales ou par de savants cadrages et effets de lumière ce sentiment d’étouffement. Le film se concentre alors exclusivement sur le rapport entre le bourreau et la victime et explore la soumission et l’aliénation progressive de la seconde vis-à-vis du premier (même si, depuis Hegel, nous savons que le maître est aussi dépendant de l’esclave…). Multipliant les fausses pistes, les espoirs de libération déçus, Barracuda joue sur les nerfs du spectateur et semble condamner la victime à un enferment à perpétuité. Dés lors, on se demande si la victime n’est pas en train de sombrer dans une schizophrénie proche de celle de cet énigmatique monsieur Clément, capable d’accès de violence comme de soins qui, vu la situation, sont souvent complètement surréalistes.

Un mélange d’angoisse et de comique, Barracuda c’est réussi

Le film dessine un état social particulier qui est cause de la névrose de Monsieur Clément. La solitude urbaine, le manque d’attention et de communication le poussent à vouloir se faire à tout prix un nouvel ami, à moins qu’il ne recherche avec le jeune Luc à composer une cellule familiale qu’il n’a jamais connu, le rôle de la mère étant joué par une poupée en latex qui représente, pour M. Clément une personne à part entière. Cette solitude est précisément ce qui l’a coupé progressivement du monde et ce qui, par conséquent l’a fait sombrer dans un autre niveau de réalité où les fantasmes, illusions sont devenus de véritables existences réelles. En ce sens, M. Clément n’est-il pas, à sa manière, tout aussi aliéné que sa victime ? Barracuda sait parfaitement rendre visible les hésitations constantes entre folie et réalité, entre moments de sincérité et purs mensonges. C’est d’ailleurs là ce qui fait le charme du film, ce vacillement général, exacerbé par les conditions qu’impose le huis clos.

L’atmosphère est crépusculaire, glauque et étouffante, le malaise se transmettant aisément sur le spectateur. Je me suis laissé entraîner dans cette mécanique de la folie, servie par une réalisation inventive et dynamique. Mélange d’angoisse et de comique, Barracuda est, je crois, un film plutôt réussi !

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