La bande dessinée Metropolis de Serge Lehman et Stéphane de Caneva

Ces derniers temps, malheureusement, nous avons de moins en moins d’occasion de crier haut et fort notre amour pour des œuvres françaises d’envergures, capable de rivaliser avec les productions originales de Comics outre-Atlantique. C’est pourquoi, aujourd’hui nous allons vous parler du génial Metropolis, la dernière création de Serge Lehman qui s’associe pour l’occasion avec le dessinateur Stéphane De Caneva, sous la bienveillante tutelle de Delcourt (disponible depuis le 15 janvier 2014). Métropolis est un thriller fantastique, un récit uchronique prenant place dans les années 30, au cœur d’une Europe épargnée par la guerre de 1914-18. En lieu et place, elle a érigé une ville de tous les excès, symbole de la fraternité franco-allemande. Toutefois, la cité semble renfermer d’étranges secrets.

Métropolis une bande dessinée Française

Au départ Métropolis était l’idée d’un roman original pensé par Serge Lehman, obsédé par l’idée d’une Europe sauvée par l’histoire des explosions de violence de la première guerre mondiale. Malheureusement, le livre n’est jamais achevé (le projet date de 1999). Pour autant, le spectre de la première guerre mondiale et son terreau infini d’histoires science-fictionnelles donne naissance à bien d’autres œuvres comme La Brigade chimérique, ou encore Masqué. Aujourd’hui, plus de dix ans après, le projet cher à l’auteur trouve enfin un aboutissement, bienvenue à Métropolis !

Tout commence dans cette fameuse Métropolis, la capitale de l’Interland franco-allemand, le symbole de réconciliation. Printemps 1935, le jour de l’anniversaire de l’inspecteur Gabriel Faune, une bombe explose faisant beaucoup de morts mais pas que… Elle dévoile une fissure souterraine où se trouvent des corps mutilés. Pour résoudre cette double enquête, la police envoi Gabriel Faune, celui que l’on surnomme le « Citoyen n°1 », chargé de faire équipe avec un médecin autrichien, inventeur d’une science de l’esprit méconnue (le docteur Freud) et un ancien policier instable, le célèbre commissaire Lohmann.

Auteur de romans et de nouvelles, passé maître dans l’art du fantastique et de la science-fiction, Serge Lehman nous avait déjà prouvé ses talents de scénariste dans maintes bandes dessinées revendiquant fièrement l’héritage d’une certaine littérature populaire française, de ces super-héros, de ses justiciers et de ses merveilleux scientifiques, dans L’Homme TruquéMasqué, mais aussi et surtout La Brigade chimérique, dont une magnifique intégrale est d’ailleurs sortie à la rentrée dernière aux éditions L’Atalante. A ce dernier il emprunte d’ailleurs pour sa nouvelle œuvre, son lieu, « Métropolis », devenu capitale d’une nouvelle Europe, clone européenne de la ville de l’homme d’acier, pour en faire le cœur d’un récit qui prend ici ses marques, qui pose les premiers jalons d’un thriller tortueux conduisant le lecteur dans les tréfonds de cette citée monstrueuse. Dès lors, comme dans tout bon récit uchronique qui se respecte, Lehman jongle avec l’histoire de notre belle Europe pour façonner les rues et les bâtiments de sa « Métropolis ». Tout a changé et les repères du lecteur sont brouillés. Des personnages emblématiques de notre imaginaire collectif (M le Maudit, Harry Dickson, etc.) côtoient des personnages historiques (Winston Churchill, Hitler, Freud, etc.) dans un récit passionnant, prouvant page après page l’envergure de cette histoire et la profondeur du background de l’auteur.

Heureusement, le lecteur n’est pas seul dans cette histoire.

Pour l’accompagner, l’officier de police Gabriel Faune, jeune homme étrange qui semble entretenir une relation particulière avec la jeune citée. Le récit s’ouvre d’ailleurs sur lui, sur son inquiétude à l’idée que la ville puisse changer sous ses yeux et contre son gré. La dépression le guette et son regard, insistant, transforme peu à peu le paysage urbain en un espace menaçant et dérangeant. Cette sensation ne quittera d’ailleurs plus le lecteur, tout au long de la centaine de page qui compose ce premier tome, construisant en filagramme un véritable hommage, à un certain expressionnisme allemand que n’aurait pas renié Fritz Lang, l’auteur justement du film Métropolis. Paniqué, l’officier décide de coucher sur papier l’histoire qui changea sa vie. Grâce à cette introspection, le lecteur pénètre avec le personnage dans les détails de l’affaire qui l’a ébranlé : un artifice de narration des plus astucieux. Quelques mois plus tôt, il a en effet dû dénouer une double affaire, sans lien apparent. Tout d’abord, un attentat à la bombe. Ensuite, la découverte de cadavres momifiés, retrouvés sous les décombres. Nous n’avons certes droit ici qu’à l’exposition, ce qui est certes un peu frustrant, mais l’efficacité de Lehman, rend ces prémices passionnantes. La mayonnaise prend quasi-immédiatement, dès les premières planches. A mesure que l’intrigue policière prend forme, les personnages gagnent en profondeur et l’univers en ampleur. Tout un programme !

Un projet Lehman

De 1999 à 2014, l’aboutissement du projet de Lehman sous forme de bande dessinée a fait le plus grand bien à son récit et lui aura permis de trouver en Stéphane de Caneva le collaborateur parfait. Ces dessins subliment tout simplement cette ambiance fantastique et délicieusement nostalgique qui plane sur ce début de récit (l’emploie de couleurs très pâles sur les premières planches). Son trait est précis et un charme très rétro émane de ses compositions. Quant à ses découpages, il donne avec brio à la ville cette dimension vertigineuse propre aux descriptions de Lehman, tout en lui conférant une aura très particulière en lien avec la relation étrange que le jeune officier entretient avec elle, comme ci page après page, la ville se transformait en une immense entité vivante.

Vivement la suite !

Metropolis T.1 disponible chez Delcourt dans la Collection Machination le 15 Janvier 2014.

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