Aux abois (2005)

De Philippe Collin. L’histoire : Paul Duméry, ancien assureur (joué par un Elie Semoun convainquant), bourgeois déclassé, divorcé et endetté finit par assassiner un préteur usurier. Il part alors en cavale puis finit emprisonné…

Aux abois: réalisation maîtrisée

Adaptation d’un roman de Tristan Bernard transposé dans les années 50, le film se présente comme un réécriture variation de L’étranger de Camus (référence faite vers la fin), date qui a son importance puisque situant le personnage en plein contexte existentialiste. Le réalisateur s’attarde dans un premier temps à enfermer son personnage dans un quotidien ritualisé par la répétition des gestes. Paul semble ainsi étranger, absent au monde : névrosé, obsessionnel, il finit pourtant par prendre en main sa vie en mettant en pratique le fantasme du meurtre du rentier. Le retour à la vie s’effectue par l’exercice d’une liberté qui s’applique dans l’instant du meurtre… Le thème est pleinement existentialiste (à deux reprises la question de la liberté est abordée) et le film nous montre bel et bien un retour à l’existence. D’abord par le réveil de l’angoisse (sentiment central pour toute théorie existentialiste) : le corps y réagit par des saignements du nez, par des crises d’eczéma. La culpabilité affleure, ce qui le poussera alors à se donner en quelque sorte à la police. La condamnation à la peine de mort, voilà ce que le personnage recherche : il se choisit sa mort, mais c’est le monde qui le condamne, autrement dit, c’est le monde qui le réintègre d’où son refus final (ne lisez pas cette phrase si vous comptez voir le film…) de la grâce comme retour à la normalité c’est-à-dire à l’anonymat…Dans la dernière partie du film, on voit ainsi un Paul totalement maître du récit de crime qu’il fait à ses avocats (et par là même maître de son existence) et c’est justement la distance qu’il marque par rapport au crime qui en fait pour autrui un étranger. Toute la réalisation travaillait justement à faire du visage fermé de Semoun une pure surface, impossible à percer. Les effets de lenteur participe à l’institution d’une folie douce que le personnage lui-même semble pleinement éprouver : se parlant à lui-même, s’inventant une identité rêvée et fantasmée, il reste toujours en équilibre précaire entre pleine conscience et pure folie. Les multiples jeux de reflets et de miroirs à l’intérieur du cadre soulignent d’ailleurs cette instabilité essentielle du personnage.

La réalisation est maîtrisée, efficace, capable de souligner les détails qui révèlent les névroses de Paul. L’usage des décors est soigné: les couleurs rouge et jaune sont par exemple redistribuées tout au long du film. Le tempo est par moment assez voire trop lent, j’ai parfois décroché même si le film est court (1h

30). En somme, un bon film français, ambitieux et qui se détache de la production française actuelle…

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