Assurance sur la mort (Double indemnity, 1944)

de Billy Wilder. On a souvent coutume de décrire Assurance sur la mort comme l’archétype même du film noir, comme l’une de ses expressions les plus achevées et il est bien évident qu’il se dégage de ce film un plaisir et un charme propre à ce genre difficile à définir mais reconnaissable par ses traits et motifs récurrents. L’intrigue en quelques mots : Neff, employé d’une compagnie d’assurance, rencontre la femme d’un client, Phyllis. Il tombe amoureux et échafaude avec un plan visant à assassiner son mari pour toucher l’assurance vie de ce dernier…

La femme fatale et manipulatrice, l’Assurance sur la mort

Le film se place d’emblée dans le cadre d’un long flash back. Nous voyons Neff parvenir en titubant jusqu’au bureau de son collègue et ami Mr Jackson et commencer à raconter l’histoire qui suivra et qui l’a mené à sa perte. Le cadre est celui de la confession, autrement dit d’un retour moral sur le meurtre commis et sur la conscience d’une erreur global de jugement. Ici, tout est dit en une phrase, Neff avoue être le meurtrier et affirme avoir perdu et la femme et l’argent. Loin de tuer le suspens, ce dispositif (de prédestination dirons-nous) le renforce en déplaçant son enjeu : qu’est-ce qui a fait capoter un plan qui semblait en tous points parfait ? Premier motif du film noir : la femme fatale (blonde forcément) et manipulatrice. Phyllis va utiliser Neff et ses compétences qui se rapprochent de celle d’un détective privé. Autres motifs, celui de l’enquête et du privé. L’enquête est déplacée dans l’univers des assurances, le privé prend le trait de l’assureur qui enquête toujours sur ses clients avant de signer un contrat ou pour flairer l’arnaque. Neff a donc pour fonction d’imaginer le plan parfait (d’où je crois un lien possible avec Le crime était presque parfait d’Hitchcock) et de le mettre en œuvre. Connaissant tous les détails susceptibles de le faire échouer, il peut donc prévoir le bon déroulement des opérations… Par opposition, Mr Jackson, figure miroir de Neff (intégrité morale, fidélité etc.) est l’enquêteur qui ne peut que soupçonner la perfection d’un plan qui veut faire croire au suicide. La force du film est alors de multiplier les dialogues entre lui et Neff et de montrer comment la réussite du plan est battue en brèche sous les yeux mêmes de celui qui l’a échafaudé. S’égarant in fine à cause de la confiance placée en Neff, Jackson n’en réussit pas moins à tirer la vérité des apparences (une autre thématique policière et structurante du film noir) et c’est alors cette réussite doublée de l’erreur de jugement qui précipite le dénouement… Retenons en tous cas cette lutte entre deux imaginations brillantes, aux motivations en tous points opposées (voire la scène où Neff refuse de rejoindre Jackson et donc de gagner moins d’argent…).

Assurance sur la mort, un univers bâti sur le mensonge

Tout dans Assurance sur la mort semble baigner dans un univers bâti sur le mensonge, sur la manipulation de l’autre (Phyllis manipulatrice grandiose, Neff manipule, est manipulé par amour puis manipule à son tour) et donc sur la duplicité (d’où aussi le choix du monde des assurances, le film n’étant pas fait pour redorer leur blason). La trahison fait donc partie intégrante du film et plus globalement du film noir. Elle est ce qui empêche toute possibilité d’idéalisme et de transparence dans les motivations des actes. Le film baigne également dans un romantisme trouble (le cadavre et l’odeur de genièvre, l’idée d’un couple qui ne peut que mourir ensemble et dans le péché) qui donne à l’ensemble une atmosphère crépusculaire et désespérée. On appréciera bien évidemment les jeux de lumière qui composent et structurent le cadre (héritage du Kammerspiel) tout comme on ne peut qu’être admiratif de la manière qu’a Wilder de placer ses personnages et de les faire évoluer dans le cadre (pour moi, une des meilleures scènes, celle où Neff et Jackson entende le seul témoin qui a vu Neff dans le train…).

Un excellent film, qui n’a pas pris une ride et qui dégage un profond sentiment de mélancolie…

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