Arthur et les Minimoys (décembre 2006)

Vous n’êtes pas sans remarquer ma tendance à regarder tous les films d’animation grand public, alors, bien sûr, je n’allais pas laisser passer Arthur et les Minimoys, production Besson mêlant images 3D et prises de vue réelles. Je dois également avouer que j’ai toujours un faible pour les films de la catégorie « regardez bien, on peut faire comme les américains mais en France » qui finissent invariablement dans la catégorie « on a fait comme les américains, mais en moins bien, et alors, c’est bon pour le cinéma français non ? ». Je ne vais pas sombrer dans l’anti-Besson de base puis que je lui reconnais un art certain de la mise en image, un talent visuel indéniable… Mais voilà ici, ces qualités ne fonctionnent que peu ou pas: l’animation n’a rien de révolutionnaire, le graphisme est assez laid, les décors reprennent la problématique de la miniaturisation mais sans réel talent, quant à la réalisation, l’invention touche au degré zéro… Or, et c’est là que le bât blesse, le défaut récurrent des Besson, soit une absence totale d’imagination dans l’écriture du récit et des personnages (bref dans l’écriture du scénario), est ici plus présent que jamais : il n’y a à proprement parler aucune nouveauté, ce qui pourrait ne pas être un problème si les motifs étaient mieux écrits, mieux définis et si le talent graphique rattrapait le tout… Or, de talent graphique, il n’y en a point… De la quadrature du cercle…

Arthur et les Minimoys, du déjà vu

Première élément qui me pose problème : le film est une production française qui se vend comme telle, qui se fait la rivale des productions américaines mais le film se passe pourtant dans le Connecticut… Tout ici, dans les décors réels, fleure bon le stéréotype américain : années 50 pour préparer le terrain au dépaysement, vieille demeure à la campagne, bref tous les éléments typiques du conte américain. En voyant l’ouverture, vous me comprendrez… Alors question, l’aventure ne peut pas naître d’un décor autre que celui de l’imaginaire américain ? Bref, rien de bien grave mais quand même. Inscrire le produit dans le domaine français aurait sans doute apporté une dose de nouveauté et d’originalité… Le cadre est aussi désespérant de déjà-vu : soit un méchant promoteur immobilier qui veut racheter la maison des gentils grands-parents et voilà qu’Arthur doit retrouver un trésor caché pour sauver tout le monde. Rajoutez les parents absents, et vous avez la totale… Alors, quelques emprunts situent bien le film : Alice au pays des merveilles pour la pénétration dans un monde alternatif et pour le franchissement du miroir, un peu de Seigneur des anneaux pour la traversée des terres maudites et pour un certain design etc. Quelques clins d’œil avec M le Maudit pour le plus voyant. Le récit hyper linéaire (comme souvent –toujours- dans les films d’animation) déroule des situations elles aussi déjà vues : attaques aériennes, rivière dévalée jusqu’à des chutes terribles, emprisonnement puis sauvetage etc. Personnellement, je me suis pris à me souvenir d’un film que j’avais vu petit, Chérie j’ai rétréci les gosses!, et à me dire, c’était pas si mal finalement… Le problème n’est pas tant, comme je l’ai déjà dit, la reprise de tout ce qui fait le film d’action, d’aventure, d’animation que le manque quasi-total d’univers réellement personnel : tout est copié/collé sans aucun génie, sans aucune originalité, tout tient debout mais rien ne s’élève vraiment au-delà de la simple redite.

Alors bien sûr, le film a fait ses 6 000 000 d’entrées, a largement gagné le pari des produits dérivés, bien sûr il plaira aux enfants et bien sûr mon pauvre petit avis vaut peu de chose devant la déferlante. Simplement, je regrette l’absence d’imagination du produit, je regrette l’absence d’une marque particulière, je regrette encore plus la niaiserie du tout qui semble avoir oublié la force des Pixar et autres Dreamworks, à savoir concilier ciblage du public, qualité d’ensemble et niveau de lecture pour adultes. Bref, un film quelconque.

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