A Scanner Darkly (septembre 2006)

de Richard Linklater. Nouvelle adaptation d’un roman de Philip K. Dick qui décidément apparaît comme une source d’inspiration inépuisable. Je ne vous résume pas l’histoire qui touche tout à la fois au récit d’infiltration dans un réseau de drogue et au récit d’une réalité altérée par l’usage d’une drogue qui a rendu accroc 20% de la population américaine… Je préfère noter des thématiques propres à l’univers de K Dick : tout d’abord la proximité du criminel et du flic, deux identités synthétisées en la personne de Keanu Reeves (proximité qu’explore Minority Report); l’importance de la drogue comme moteur narratif (je rappelle qu’il y a là un élément autobiographique, K Dick en étant un grand consommateur); l’importance de la paranoïa ; le goût pour tout ce qui épaissit la réalité en multiples niveaux (Ubik n’est pas loin); les troubles d’identité et de perception…

A Scanner Darkly, emplois de la technique “rotoscopie”

Tout cela est bien présent dans le film et traitée de manière satisfaisante notamment grâce à l’emploi de la technique dite “rotoscopie” qui consiste à filmer les acteurs et décors et à dessiner par dessus en numérique. C’est que la technique n’est pas ici un simple parti pris formel mais épouse le contenu et le sens du roman adapté. Ainsi, la rotoscopie donne l’impression d’une réalité constamment mouvante et animée, en perpétuelle évolution. L’effet produit correspond bien à l’univers complexe de K Dick où la réalité correspond souvent à la construction d’une perception défaillante ou altérée, où elle est habitée par des personnages aux contours identitaires eux aussi mouvants (souvent à cause de substances). De même, par cette technique, Linklater peut confondre les différents niveaux de perception et de réalité en les unissant dans une forme homogène qui tend à confondre scènes fantasmées, hallucinations (la première scène est en cela programmatique) et scènes réelles. L’univers paranoïaque du film et des personnages se transpose sur le plan graphique où plus rien n’est totalement sur et assuré… Enfin, je dois dire que loin de diminuer les performances d’acteurs, la rotoscopie en renforce l’expressivité (des regards, des attitudes, des visages mais aussi du corps), ce qui, avouons-le, est bien utile pour Keanu Reeves!

Va et vient entre deux identités: assez difficiles à suivre

Si l’usage de la technique et le parti pris esthétique est une réussite, je serai plus réservé sur la manière dont le film avance et progresse. C’est que le récit d’infiltration semble n’être qu’un prétexte narratif à l’exploration des troubles perceptifs et identitaires du personnage principal. L’intrigue m’a semblé assez complexe à circonscrire tandis que les va et vient incessants entre les deux identités de Keanu Reeves sont assez difficiles à suivre et finissent par oter tous points de repère au spectateur (la force du film est en cela paradoxalemnt sa limite). De même, le tempo est assez particulier, avec beaucoup de dialogues entre les junkies qui me font dire que l’on lorgne ici du côté de la tchatche d’un Tarantino (je pense surtout au personnage de Robert Downey Jr). Ces scènes traduisent bien sûr une forme d’attachement aux personnages, à leur humanité mais je dois dire que certaines étaient particulièrement ennuyeuses et longues… J’aurai préféré que les personnages plongent plus profondément dans leur hallucinations, que l’on voit plus concrétement ce qu’il y a dans leur tête…

A Scanner Darkly n’en demeurre pas moins un film à voir, ne serait-ce que pour ses qualités esthétiques et formelles. L’histoire ravira sans doute les amateurs de K. Dick, notamment pour son aspect autobiographique mais décevra certainement ceux qui s’attendaient à une histoire à rebondissements, inscrite dans un genre codé même si la machination finale (la dernière scène est extraordinaire) se révèle être assez excellente…

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