Un père à Pékin de An Zhanjun, 2004

Du Hongjun est un modeste gardien de parking à Pékin. Divorcé, il vit seul avec son fils. Mais plus pour longtemps, car il va enfin se marier avec Xiasong, une jolie fleuriste. Alors que le mariage est imminent, le premier mari de Xiasong, le violent Liu San, sort de prison et fait savoir qu’il s’oppose catégoriquement à cette future union. Méjugé par son fils, lâché par celle qu’il aime, harcelé par l’ancien détenu, Du Hongjun doit faire face, seul contre tous.

Un père à Pékin

Présenté au Festival de Vesoul 2006, Un Père à Pékin (看车人的七月) a eu le droit aux applaudissements en fin de projection. Inutile de vous préciser que cette petite indication est un énorme gage de qualité pour une oeuvre inconnue jusqu’àlors qui n’a pas eu le droit à de la publicité ou aux honneurs d’un quelquonque festival. Avec Un père à Pékin en première française, la capitale des cinémas d’Asie s’est sertit d’un des plus beaux joyaux cinématographique de l’année 2006 ( même si le film date de 2004 en Chine).

L’orfèvre An Zhanjun (安战军) est connu pour être une vedette montante de la télévision et du cinéma chinois. Son téléfilm Year after Year relate les changements sociologiques de la société chinoise, années après années depuis le milieu du siècle passé jusqu’à sa fin, où chaque épisode est égal à 1 an. Le succès retentissant de cette série lui a permi d’enchaîner les longs métrages jusqu’à Un père à Pékin. Celui-ci expose la vie de Du Hongjun, homme divorcé dont le travail consiste à guider les clients d’un restaurant vers des places de parking libres. Rien de valorisant pour un père de famille dont le fils, Xiao Yu, semble avoir quelques problèmes de comportement à la source de ses mauvais résultats scolaires. Mais Du Hongjun est un homme bon. Pas vraiment attirant physiquement mais d’une gentillesse sans limites. C’est ce que sa nouvelle femme Xiasong aime le plus chez lui. Fleuriste de métier ayant divorcée de son mari jeté en prison, la chance lui sourit à nouveau avec Du Hongjun. Seulement Xiao Yu n’est pas encore prêt à accepter Xiasong dans la famille, car comme tout enfant il est difficile de voir son père débuter une nouvelle relation. Comme si les ennuis ne suffisaient pas, Liu San, l’ancien mari de Xiasong vient tout juste de sortir de prison et souhaite reprendre sa femme.

En effet, malgré son attachement à Du Hongjun, Xiasong n’a pas pu finalisé les papiers du divorce car Liu San ne supportait de voir sa belle se refaire une vie alors que lui croupirait en prison. Liu San explose decolère lorsqu’il voit Du Hongjun et reprend sa femme par la force. Le pauvre Du Hongjun est quelqu’un d’honnête et de terriblement peureux, il n’a aucune confiance en lui. Sa situation précaire, son fils en difficulté scolaire, puis maintenant sa femme qui retourne avec son ancien et toujours mari, montrent comment la vie peut être difficile pour un père à Pékin. La France accuse un sérieux retard sur les films de Chine continentale puisque Un Père à Pékin date déjà de 2004. Néanmoins un diffuseur, Eurozoom, a eu le mérite de le sortir sur grand écran et c’est tout à son honneur puisque cette œuvre s’inscrit comme une petite merveille de sentiments humains. Tout le monde dans sa vie s’est déjà posé des questions sur son père, tout en le regardant comme un héros. Fort, courageux, gentil, talentueux sont toutes les qualités d’un père pour un enfant. Seulement lorsque l’adolescence arrive, un fils commence à percevoir les failles et le mythe du héros s’achève dans une simple perspective ordinaire. Un père à Pékin donne toute son ampleur à ce dernier qualificatif : celui d’un homme fragile, ordinaire. Du Hongjun est un homme désemparé face à son destin. Il n’a malheureusement pas toutes les qualités requises pour avoir confiance en lui.

Un boulot précaire, une petite maison, un fils pas toujours facile… bref Du Hongjun a le moral à zéro.
Son seul rayon de soleil est l’amour porté par Xiasong. Mais celui-ci disparaît vite face aux nuages orageux représentés par Liu San. An Zhangjun, d’un talent certain dans le domaine social, réussit adroitement en un tour de main à changer les perspectives et à passer du regard de Du Hongjun à celui de son fils Xiao Yu. C’est à ce moment précis qu’un Père à Pékin gagne toute sa densité émotionnelle. En effet, quel regard peut porter un fils sur un père désoeuvré ? Comment Du Hongjun peut se plaindre de son fils si il ne donne pas le bon exemple à suivre ? Xiao Yu peut il accepter Xiasong et son lot de problèmes, mettant en péril sa relation avec son père ?

Toutes ces réflexions sont habilement traitées par le cinéaste et nous pousse à verser quelques larmes pour ceux sensibles à la relation père fils. Lorsque ce fils voit la peine et la honte que son père a envers lui-même, il tente alors de faire de son mieux pour combler ses attentes. Malheureusement il ne réussit qu’à faire pire. Il souhaiterait tellement que son père soit fier de lui. En même temps Xiao Yu ne peut voir son père se dégonfler face à Liu San. Cette situation emporte le cinéphile vers de nouvelles réflexions, notamment vers les solutions pour se débarrasser de Liu San, véritable trublion intouchable par la loi mais qui pourrit la vie de Du Hongjun.

On se demande aussi comment Xiasong vit cette situation, prise entre deux feux, de celui qu’elle aime et de celui dont elle est encore légalement la femme.
Pour ce faire, le cinéaste suit une trame à la fois comique et tragique terminant en un drame éloquent.Inutile de vous parler de la superbe imagerie d’Un père à Pékin car seul ici le social importe. On se souviendra ainsi du gâteau d’anniversaire, du sentiment impulsif de Du Hongjun, des ennuis sur le parking, du fils en détresse et du monde carcéral… Oui je dis bien du monde carcéral car An Zhanjun nous en dévoile l’environnement même si cela s’orchestre avec naïveté (la faute à Xiao Yu). Le public retiendra certainement et pour longtemps la prestation de Fan Wei (范伟), nouvel « espoir » du cinéma chinois (malgré son âge). Célèbre ami de Zhao Benshan (赵本山), il est son camarade dans les one man show du nouvel an dont les chinois raffolent.

Cette nouvelle génération d’acteurs issue du rire génère donc un profond talent dans le tristesse, ce qui était encore il y a quelques années impensable (parallèle possible avec Takeshi Kitano qui lui s’est plutôt dirigé vers une certaine violence sociale). Ainsi Un Père à Pékin est à savourer avec peine et serait un excllent choix éditorial si unDVD venait à voir le jour (messieurs les éditeurs vous êtes prévenus).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *