ENTRETIEN AVEC MYLÈNE JAMPANOÏ

Lors la sortie des Filles du Botaniste j’ai eu la chance de m’entretenir avec Mylène Jampanoï autour de son expérience en Asie au travers de deux tournages, l’un au Vietnam et l’autre au Népal.

Mylène naît à Aix en Provence d’une mère Française et d’un père Chinois. En 2004 elle obtienne le rôle principal du nouveau film de Nalin Pan, Valley of Flowers.

Elle interprète une héroïne démoniaque qui doit séduire un homme et l’emmener vers l’immortalité.
Mylène s’embarque alors dans l’aventure sans réellement savoir ce qu’il l’attend, ni vraiment ou elle va.Valley of Flowers sera 4 mois de tournage intense dans L’Himalaya à 5000M d’altitude, mais surtout la rencontre fabuleuse avec l’acteur indien Milind Soman devenu par la suite un peu plus qu’un simple acteur aux yeux de la belle.

En 2005, à son retour en France, Mylène a la surprise d’être appelée par la productrice Lise Fayolle pour passer un casting en Chine.
Le réalisateur et écrivain Dai Sijie, qui prépare Les Filles du botaniste, vient d’apprendre qu’il ne pourra pas travailler avec Zhou Xun, sa comédienne de Balzac et la petite tailleuse chinoise.
Le gouvernement chinois déconseille en effet Zhou Xun de tourner à nouveau avec Dai Sijie, en raison du sujet sulfureux du film, une histoire d’amour homosexuelle impossible dans la Chine communiste des années 80. Mylène obtiendra le rôle et Dai Sijie réadaptera le script pour elle…

Je vous invite donc à découvrir l’une des beautés d’aujourd’hui, certes, mais surtout l’un des grands talents cinématographiques de demain.
NDLR 2008 : Elle est devenue l’égérie de la marque Christian Dior et continue une carrière atypique dans le cinéma.

Pourquoi as-tu voulu devenir actrice ?

Je ne me voyais pas faire autre chose que cela, c’est une passion qui vous touche dès le plus jeune âge. J’ai quitté la province pour monter sur Paris, mais j’avais auparavant déjà fait de nombreux voyages à travers le monde, comme si j’étais Française sans l’être réellement. C’est dans cette optique que j’ai commencé ma carrière.

Regardais-tu des films asiatiques avant d’avoir accepté le premier rôle en Asie pour la Vallée des Fleurs de Pan Nalin ?

Oui, j’avais vu quelques films asiatiques notamment l’année où j’ai commencé mes castings pour des films en Asie. Ce sont ces films qui m’ont décidé à entreprendre cette démarche. Il y a parmi eux les films de Wong Kar-wai, des œuvres coréennes et chinoises. J’ai aussi dévoré de nombreuses œuvres de littérature asiatique dont bien sûr Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise de Dai Sijie. Je me suis réellement intéressé au sujet il y a environ trois ans. Aujourd’hui avec l’avènement de nombreux films, notamment coréen, cela commence à prendre des proportions intéressantes. Le cinéma asiatique est de plus en plus populaire et de plus en plus de gens s’y intéressent ce qui est formidable.
Mais il me dérange aujourd’hui de voir que le cinéma américain s’approprie les codes, les idées, la culture de ce cinéma asiatique avec des films comme La Mémoire d’une Geisha…

N’as-tu pas eu peur de tomber dans le cliché de l’actrice typée asiatique avec deux rôles, l’un chez Pan Nalin et l’autre chez Dai Sijie ?

Non je trouve qu’au contraire ces films me ressemblent bien. Je suis issu d’une double culture franco-chinoise, même si je ne connaissais pas très bien la part culturelle chinoise qui sommeille en moi. Ces deux films ont été vraiment une opportunité dans ma carrière et arrivent à point nommé, à un moment de ma vie et de ma curiosité sur mes origines.

Justement sur tes origines, comment les vis-tu ?

C’est quelque chose que je sens en moi et que j’ai besoin de connaître. Je ne connaissais que très peu mon père avant l’adolescence et il ne représentait pas l’image que je m’étais faite de l’Asie. Mon père est chinois, il a grandi au Vietnam et a fuit ce pays lors des dissidences politiques. Il a parcouru toute l’Asie puis est arrivé en France où il a rencontré ma mère, pour ensuite aller vivre au Canada. Bien sûr, il garde ce caractère si particulier à l’Asie, toutefois en vivant au Canada, on se frotte à une autre culture et le fait de l’assimiler vous apporte de nouveaux points de vues.

Te sens-tu dans le besoin de les découvrir, de les affirmer ?

Avant quand j’étais plus jeune, j’avais déjà cette attirance pour l’Asie même si je ne connaissais pas vraiment ce continent. Maintenant avec ces deux films joués en Asie, j’ai pu m’approcher de mes racines et le découvrir davantage. Ces voyages me sont précieux.

As-tu l’impression que les distributeurs français ne prennent pas trop de risque sur les films asiatiques et se limitent à quelques grands réalisateurs asiatiques comme Wong Kar-wai…

Oui, mais Wong Kar-wai avait fait auparavant plein d’autres films éblouissants qui lui ont valu justement d’être distribué en France. Mais les choses sont en train de changer et je suis très confiante pour l’avenir du cinéma asiatique en France. Les distributeurs commencent à lorgner de plus en plus vers l’Asie, les médias s’emparent du phénomène, internet en particulier avec des sites tel que le vôtre. C’est souvent un cinéma d’auteur très apprécié par les distributeurs, car il y a eu tout de même de nombreux succès…

Est-ce que Dai Sijie avait eu vent de ta prestation dans la Vallée des Fleurs de Pan Nalin ?

Pas du tout, Dai Sijie est parti en Asie pour faire son casting. Il souhaitait employer à nouveau Zhou Xun, héroïne de Balzac et la petite tailleuse chinoise, mais le gouvernement chinois lui a déconseillé de faire un film qui traite de l’homosexualité féminine dans la Chine des années 80. Pourtant quand je regarde les Filles du Botaniste on ne peut pas parler d’homosexualité abusive ou de procès au communisme de ces années-là, c’est tout simplement une histoire d’amour entre-deux jeunes femmes.
Alors justement comme les rôles étaient assez mal vus pour des actrices chinoises, j’ai été choisi d’autant plus que j’ai des origines chinoises. Les films de Dai Sijie sont malheureusement vus d’un mauvais œil en Chine, on se souvient de Chine Ma Douleur, ce qui crée une ambiance de tournage assez singulière…

Dai Sijie a-t-il réécrit une partie de son scénario afin de l’adapter à ta personne ?

Oui, tout a fait. Le rôle a été remis à jour, car il faut bien dire que c’est rare de voir une Chinoise avec des yeux verts et un physique métissé. Je suis venu sur le tournage avec mes idées et mon ouverture d’esprit, mais pour Dai Sijie cela ne correspondait pas du tout à l’image d’une Chinoise, notamment une Chinoise des années 80. Il était donc au départ assez réticent sur mon jeu, mais après de nombreuses discussions et explications, ma prestation s’est bien déroulée.
L’avantage avec un réalisateur comme Dai Sijie, c’est qu’il est aussi scénariste. Cela arrange les choses lorsqu’il faut modifier ou rectifier.

Dai Sijie a vraiment une empathie avec la nature. Si l’on regarde de près sa filmographie, le vert de la forêt,des champs et des montagnes est sa couleur fétiche. As-tu aussi remarqué cela ?

Oui, nous avons tourné au Vietnam pour les Filles du Botaniste, et il faut bien dire que nous étions souvent en plein milieu de la jungle où la couleur verte est dominante. C’est comme un préalable au film de Dai Sijie…

Comment as-tu réussi à t’adapter d’une culture de nomades des montagnes pour la Vallée des Fleurs à la végétation luxuriante chinoise pour Les Filles du Botaniste ?

Ces deux films sont des expériences cinématographiques inoubliables. J’avais un besoin de découvrir de nouveaux horizons et j’ai eu la chance avec ces deux tournages, de passer d’un extrême à l’autre, d’une culture à une autre en laissant de côté toutes mes habitudes usuelles. Cela vous change complètement de la vie citadine…

Justement comment a été le retour en France après ces nombreux mois passés en Asie ? Cela ne s’est pas très bien passé, car je gère encore très mal le fait de sortir d’un état, de revenir à la réalité et de suite repartir pour un nouveau rôle avec un nouvel environnement. J’en suis seulement à mes deux premiers films avec des rôles consistants, c’est donc quelque chose que j’apprendrai avec l’expérience des tournages. Actrice est un métier qui s’apprend tout au long d’une vie et comme j’en suis au début …

Aimes-tu jouer de cette double culture que tu possèdes et as-tu des critères de sélection pour accepter un rôle ?

À vrai dire, j’aime tout. Je m’intéresse à tout et y suis ouvert. Je commence réellement dans ce métier et j’en ai une grande passion…

En regardant Samsara ou Balzac et la petite tailleuse chinoise, les rôles féminins sont exposés à dévoiler leurs corps. Comment gères-tu les scènes de nus, les acceptes-tu ?

Les scènes de nu sont des scènes de la vie courante. Accompagné d’une mise en scène qui les met en valeur pour des raisons cinématographiques, je n’yvois pas d’opposition. À partir du moment où un réalisateur propose une réflexion sérieuse sur le sujet et y accorde une place particulière dans son œuvre… On a tendance aujourd’hui à dénigrer ces scènes.
Personnellement, je n’ai pas de réticences pour ces scènes dans ces conditions, mais je peux comprendre que d’autres actrices puissent en avoir.

Maintenant que tu as deux rôles principaux en Asie, as-tu des projets de même ampleur en France ?

Oui, je commence à avoir quelques propositions, mais celles-ci s’avèrent encore trop caricaturales, celles de filles exotiques aux origines asiatiques. En France, les préjugés à ce niveau sont encore un mal dont on n’arrive pas à se séparer.
J’ai des projets notamment avec Yann Moix qui sera le premier réalisateur français à me donner rôle de grande ampleur, et j’ai aussi un projet au Maroc ce qui complète mes aventures au Vietnam et dans l’Himalaya. Je jouerais dans ce dernier une héroïne aux origines kabyles.
On est dans une période de ma vie où comme les deux films tournés en Asie ne sont pas encore sortis, personne ne me connaît ou peu. Les cinéastes ont encore peu d’idées et de support pour juger de mes capacités.
On verra maintenant dans cinq à six mois après les sorties des Filles du Botaniste et de La Vallée des Fleurs, si des retours et des propositions découlent de ces deux rôles en Asie.
Je ne suis pas pressée pour l’instant, j’ai bien des choses à faire entre la promotion pour ces deux films et le Festival de Cannes. Je préfère prendre mon temps afin trouver la bonne proposition qui me donnera un rôle intéressant.

Es-tu partante pour un jour participer à nouveau à un film asiatique ?

Alors en ce moment je prends des cours de mandarin, ce n’est pas facile, car je manque de temps, mais je m’intéresse fortement à la culture asiatique, notamment chinoise, car c’est une passerelle indispensable pour mieux appréhender la cinématographie d’Asie. Celle-ci prend jour après jour une place de plus en plus importante dans le monde. Regardez, même Nicole Kidman va jouer prochainement chez Wong Kar-wai, c’est dire l’influence de ce cinéma.
Allez, d’ici 10 ans je pense que mon niveau de mandarin sera acceptable (rires).

Tu as un projet de site internet « cinekulte », pourrais-tu nous en dire un peu plus ?

Oui ce projet consiste à mettre en place un festival de cinéma par Internet, mais nous recherchons des partenaires, des investisseurs, des collaborateurs pour le mener à bien.
Internet est aujourd’hui le seul média au monde accessible au plus grand nombre. On pourrait ainsi rendre accessible des œuvres de cinéma à de nombreux publics à travers le globe. C’est très ambitieux, il faut en avoir le temps et cela me manque cruellement, mais c’est un excellent support pour faire connaître des longs métrages et ceux qui y participent.

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