Ciné Chine, un festival inoubliable

En ce début d’année 2008, la Belgique et sa capitale Bruxelles signent l’un des meilleurs festivals sur le cinéma chinois au plan européen.
A l’honneur, la quatrième génération de réalisateur chinois (Xie FeiWu Tianming, Wu Yigong)n que le monde cinématographique avait quelque peu oublié, marque son retour avec de longs métrages des années 80 et 90 qui témoignent du parcours de la Chine, de ses premiers émois amoureux à sa vie à la campagne.

Cette génération, qui a été le socle du cinéma chinois post-révolution culturelle, donna une chance unique à la génération suivante (Zhang Yimou, Chen Kaige, Tian Zhuangzhuang) de remporter de nombreux prix internationaux et d’ouvrir les portes d’une cinématographie restée encore secrète.
Cependant, comme le septième art chinois est aussi complexe qu’enrichissant, le festival Ciné Chine n’a pas manqué de saluer les nouveaux réalisateurs comme Wu Tiange (A Warm Winter), accessoirement fils de Wu Yigong, le très talentueux Hasichaolu (The Old Barber) et la prometteuse Zhao Meng qui signe quant à elle un excellent film d’étude sur la vieillesse.

Pour mieux cerner l’ambiance et la qualité de ce festival, nous allons revenir jour après jour sur cette manifestation, qui, à la vue de sa fréquentation (de nombreuses séances étaient complètes dans la principale salle du cinéma Vendôme comptant 250 places !), entérine l’idée qu’il y a bien un public pour le cinéma chinois.

Jeudi 10 janvier 2008

Arrivé le matin, j’en profite pour visiter Bruxelles la belle, entre ses chocolats, son architecture et ses moules frites qui ont forgé sa légende. Je découvre une ville que nous connaissons peu, nous autres Français et dont il serait peut être temps de changer la donne.
14h30, début du Festival. Le cinéma Vendôme est fin prêt pour recevoir ses spectateurs en quête de culture chinoise. Décorée comme il se doit avec ses lanternes rouges à la chinoise, la première séance fédère un public nombreux autour du film Black Snow de Xie Fei, qui n’hésite pas un instant, dans un master class de qualité, à dévoiler tous ses secrets et à prodiguer ses conseils avec les écoles du cinéma bruxelloises.
Dès lors, je rencontre Arnaud, interprète hors pair, maîtrisant facilement 353 langues (super Tof !), dont le chinois, le flamand, le français et l’anglais. Il n’en faut donc pas moins pour déchiffrer ce que nous conte le cinéaste de la quatrième génération.

Ce moment de partage, nous le retrouvons avec Old Well réalisé par Wu Tianming où Zhang Yimou interprète son premier rôle devant la caméra.
Le crâne aussi brillant qu’un diamant d’Anvers, Wu Tianming nous parle de son expérience sur ce long métrage, certainement l’un des films les plus marquants de son époque pour avoir offert l’un des moments les plus sensuels du cinéma chinois où des amants songent à leur passion au fond d’un puits, proche de leur mort.
Après la séance, les uns découvriront Vivre ! de Zhang Yimou alors que les autres, invités au préalable, se donnent rendez-vous au 27eme étage du Hilton pourvu d’une vue panoramique exceptionnelle de Bruxelles.
Cette soirée de gala, entre cocktail et petit four, entre moments de détente et prise de contact, où le petit monde francophone comme flamand se délecte des discours honorifiques du comité festivalier, des sponsors et de la délégation chinoise, laisse aux invités une impression d’une nuit de Chine merveilleuse avec, pour ne pas partir les mains vides, de très beaux cadeaux offerts par des partenaires de qualités.
Seulement voilà ; les 12 coups de minuit me rappellent alors que la journée de demain sera longue et des plus captivantes…

Vendredi 11 janvier 2008

Connaissant déjà Xie Fei et Wu Tianming, me voilà à la découverte d’autres talents, d’autres personnalités enrichissantes. Ainsi, parmi la jeune génération, je me retrouve face à Zhao Meng pour la projection deKeep Going On, un road movie sur trois hommes, en fin de vie, qui décident de partir pour l’inconnu, ou pour tout simplement mieux se connaître. Film de fin d’études, Zhao Meng nous explique, là aussi dans un excellent master class en après séance, toutes les ficelles de son œuvre, mais également la situation actuelle des très jeunes cinéastes chinois dont les opportunités professionnelles en fin de cycle sont très diverses.
Entre temps et je ne vous en ai pas encore parlé, il faut se restaurer. Pour tout bon festivalier, un repas vous requinque et vous redonne toute l’énergie nécessaire pour continuer.
Dans ces conditions, comment ne pas essayer ces brasseries et établissements typiques qui ont fait la renommée de Bruxelles ?
Avec mon accent français, j’essaye de passer incognito, sans succès. Pourtant, c’est dans ces moments que l’on apprécie le plus notre diversité culturelle, sources de richesse, qui, je l’espère, donnera à réfléchir à cette crise des relations entre francophones et flamands.
Mais à peine le temps de penser à la situation politique de la Belgique que la séance de A Warm Winterréalisé par Wu Tiange pointe déjà le bout de son nez.
Avec deux personnages principaux des plus intenses, le long métrage développe un regard singulier sur les relations sentimentales entre un policier et l’un de ses suspects. Wu Tiange, oeuvrant au Studio de Shanghai, parle un anglais plus que parfait, facilitant les discussions en aparté. Éternellement comparé à son père, Wu Yigong, cinéaste de la quatrième génération, le fils est toutefois arrivé à se faire un nom (ou plutôt un prénom) dans le monde du septième art made in China.

Quelques minutes plus tard, c’est au tour de Hasichaolu d’être honoré par le Festival Ciné Chine avec la projection du sublime Old Barber, révélation de cette cuvée 2008.
Dans les veilles rues de Pékin, un homme âgé de 93 ans continue à tailler la barbe de ses congénères. Dans cet environnement où les personnes âgées disparaissent progressivement, le réalisateur y trouve une métaphore pour nous parler de toute une culture ancienne qui s’envole en volutes de fumée.
Mais que vois-je ? C’est déjà l’heure de reprendre des forces par une bonne nuit de sommeil, un sommeil qui me servira à rêver de ces hutongs et de ces petits métiers chinois, loin de notre quotidien formaté…

Samedi 12 janvier

11h30, le Roi des Masques de Wu Tianming. Voilà certainement l’une des meilleures œuvres de la cinématographie chinoise des années 90, celle dont on se souvient des années durant. Lors de la projection, je me suis permis de regarder le public réagir aux aventures et mésaventures de cet artiste en quête d’un héritier. La réaction est toujours la même : des litres de larmes (de joies et de peines) sur le visage des spectateurs, tout âge confondu. C’est dans ces moments où l’on s’aperçoit que le cinéma est un prisme extraordinaire pour voir la société et notamment celle de la Chine. Le festival Ciné Chine permit alors, une fois de plus, de consolider cette idée qu’il existe un public très intéressé par le cinéma chinois.
Et cela va sans dire avec la projection dans l’après-midi de Dam Street réalisé par Li Yu (Fish and Elephant, Lost In Beijing), terrible vie d’une adolescente devenant adulte. Encore un long métrage d’exception qui décidément s’accorde parfaitement avec la qualité de ce festival.

Mais alors que le soir propose des séances comme celle d’un Père à Pékin et de Getting Home, j’en profite pour nouer et sceller de nouvelles amitiés avec les membres de l’organisation comme avec la délégation chinoise jusqu’à en finir sur les rotules, heureux d’une fatigue et d’émotions que seul ce genre d’expérience autour du cinéma peut vous offrir.
P.-S. : Petite anecdote. Un Chinois commanda plus de 20 places pour la séance de Getting Home. C’est dire l’enthousiasme du public.

Dimanche 13 janvier

Dur, dur de se lever ! Dans la matinée, Xie Fei présente les Femmes du lac aux âmes parfumées, auréolé d’un Ours d’Or 1993, qui n’a pas besoin de longues explications,tant il est essentiel de le voir. Son intensité est sans commune mesure et la performance de Siqin Gaowa, interprétant une femme torturée entre sa réussite professionnelle et ses déboires sociaux, est en tout point exceptionnelle.
L’après-midi, changement complet d’ambiances cinématographiques : le festival Shadows, invité par le festival Ciné Chine, nous propose de suivre les pas de ces cinéastes et vidéastes indépendants chinois dont on parle peu, mais dont les œuvres disent beaucoup.
Dans un premier temps, 9 courts métrages sont proposés aux spectateurs. Avec leurs regards créatifs et subjectifs, les vidéastes donnent à voir un autre côté, caché, de la cinématographie chinoise. On aime ou on n’aime pas, mais on ne reste pas indifférent, et c’est le plus important. Mention particulière à 4 petits cochons dont la symbolique est très intelligente, Terrorist de Li Yifan, Magician’s Lies et Shock of Time de Sun Xun.
Cette mise en bouche artistique se transforme avec Tang Tang de Zhang Hanzi en un magnifique docu-fiction sur un des danseurs travestis les plus prisés de la capitale chinoise. Entre humour, intimité et fiction, Tang Tang nous dévoile les différentes facettes de sa personnalité et des arrières boutiques sociales de son environnement.
La réalisation est exemplaire d’autant que l’utilisation des effets de mises en scène est très intéressante. La aussi, une belle surprise de ce festival.
Alors que le public regardera le soir Evening Rain – film évènement dans la carrière de Wu Yigong, qui n’avait pas encore reçu jusque-là une reconnaissance européenne voir internationale – mais également Le dernier voyage du juge Feng, je reste en compagnie des membres de Ciné chine pour savourer encore pendant quelques instants la magie d’un festival réussit de toute part.

Est-ce la fin du festival, du cinéma chinois en Belgique ?
Et bien comme vous pouvez vous en douter et après avoir lu ces quelque lignes….ce n’est que le début d’une belle aventure !!!

Alors pour ce premier acte, remerçions chaleureusement Brigitte, Marc, Jean-Pierre, Marie, Arnaud, Yang

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