vendredi 30 janvier 2009

Conference sur le cinema chinois à Paris - 13e arrondissement



Je tiendrai une conférence demain après midi (samedi)
sur "le cinéma chinois, après la révolution culturelle" de 14h30 à 16h dans le 13eme arrondissement de Paris au siège de l'association notre dame de Chine, (29 Avenue de Choisy, 75013 Paris. Métro ligne 7 Porte de Choisy)

Dans l'espoir de vous y rencontrer.


Damien Paccellieri

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lundi 26 janvier 2009

Internet Explorer et chinacinema.fr

Certains internautes m'ont signalé ne plus pouvoir accéder à chinacinema.fr.
En effet, le navigateur Internet Explorer (IE) rencontre d'énormes difficultés pour lire les applications Javascript et ouvre alors une fenêtre en signalant "opération abandonnée" .... alors que Mozilla Firefox, autre navigateur internet, ne détecte aucun problème !
J'ai réussi à trouver la source (l'application dans la colonne de droite permettant de lire les nouvelles d'autres sites et le lecteur de PDF) et essaye de réparer le code en question.

Que de mauvaises surprises avec IE, je vous recommande Mozilla Firefox, et désactive les applications en question pendant quelques jours, le temps de les réparer.

Damien Paccellieri

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Ronde de Flics a Pekin (民警故事)

Ronde de Flics à Pékin de Ning Ying, 1995
Avec Wang Liangui Li Zhanho Zhiming Zhao

Hiver.1994. L'année du Chien. Deux policiers pékinois parcourent un quartier à bicyclette. Alors que le plus jeune croit à l'image d'une police moderne, son formateur et collègue va lui apprendre que le rôle du policier chinois et de s'occuper de tous les problèmes des gens, des couples qui ne s'entendent plus aux chiens abandonnées...Dans le même temps, le jeune officier oublie de prendre du temps avec sa famille.

Avec ce long métrage, Ning Ying (宁瀛) signe le deuxième épisode de sa trilogie sur la ville de Pékin. Après « Jouer pour le plaisir » (找乐), Ronde de flics à Pékin (民警故事) est un formidable témoignage de la vie pékinoise dans ces rues entre hutongs, bitumes, et grandes places publiques.
Par le prisme de la police, la réalisatrice de Perpetual Motion (无穷动) nous ouvre les portes du quotidien de la capitale.

Les policiers, loin de la représentation répressive actuelle d'aujourd'hui, sont alors de véritables médiateurs, agent social dont jeune Wang, principal protagoniste du long métrage, va devenir au cours d'une formation sur le terrain au plus près du peuple. Un chien sème la terreur dans le quartier ? La police s'en occupe. Un misérable mingong gagne sa vie par des jeux d'argents ? La police s'en occupe. Une discorde entre un époux et sa femme ? La police s'en occupe. Ces exemples disparates sont devenus au milieu des années 90 le quotidien de toute brigade de police. De surcroît, les comités de quartier composés de quelques retraités sans occupations, deviennent les rapporteurs, les indicateurs de la police, assurant un rôle essentiel dans la préservation du climat social chinois.

Wang, dont la vie de famille est difficile avec ses horaires décalés, doit encore rire des enseignements du corps de la police qui lui apprend comment maîtriser un malfaiteur alors qu'il est face à des situations en décalage avec ceci.

Affecté à un quartier, le jeune policier assimile sa relation particulière qu'il doit avoir avec la population et la réalisatrice tisse de nombreuses rencontres à ses regards si précieux sur sa ville de prédilection, Pékin, où le développement passe par la destruction, par la carte « territoriale » d'identité (le hukou) pour mieux contrôler les flux de migrations régionaux, où les femmes tiennent une place peu importante dans l'organisation de la société.

Tous ces éléments de la vie courante sont encore entremêlés avec talent par la cinéaste à des moments humoristiques permettant de fluidifier la réflexion, de décanter l'obsession chinoise de devoir laver son linge sale en famille, et d'offrir au cinéma, une parenthèse documentariste. Une ronde de flics à Pékin est donc un long métrage très enrichissant pour sa capture d'un quotidien, aujourd'hui disparu, et d'un système policier, pilier du bonheur social chinois.

À voir absolument.

Damien Paccellieri

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vendredi 23 janvier 2009

15 ans de cinema asiatique a Vesoul

Comment ne pas évoquer le FICA (Festival international des Cinémas d'Asie) de Vesoul lorsqu'on sait, par expérience, qu'il est le meilleur festival de cinéma asiatique en France et l'un des touts meilleurs festival de cinéma (avec certainement les Trois Continents, la Rochelle...). En effet, ici la sélection est un vrai travail d'orfèvre, celui d'un couple amoureux du cinéma asiatique qui, depuis maintenant 15 ans, étanche notre soif de cinémas d'Asie.

Cette année, la Chine sera représenté en compétition par le film Le Mirage de Zhou Hongbo et pour Taiwan, par Cape N°7 de Wu Te-sheng. Le premier n'est pas très connu même du public averti, ce sera donc une excellente occasion de le voir.

Mais ce n'est pas tout ! Pour les 15 ans du festival, Vesoul va nous en mettre "plein les yeux !", une selection de quelques grands films populaires à voir et à revoir.
Parmi eux Ashes of Time Redux de Wong Kar-wai, Tigre & Dragon d'Ang Lee et Raining in the Muntain de King Hu.

Enfin, n'oublions pas les documentaires en compétition avec Taiwan 2008, paroles de campagne du français Jean-Robert Thomann, où les relations Chine continentale-Taiwan sont évoqués en arrière plan et la présence de Li Yang dans le jury international

Alors pas d'hésitation possible, en fevrier, direction le FICA de Vesoul!
Damien Paccellieri

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Berlin 2009 et les films chinois

Le festival de Berlin, l'une des 3 grandes messes du cinéma européen (avec Cannes et Venise), propose en cette année 2009 quelques films chinois (HK inclus) qui risque de débarquer chez nous, via les éditeurs et les festivals.
Au menu de cette Berlinale :

Dans la compétition qui n'est pas encore complète, il y aura , selon de nombreuses sources chinoises, le dernier biopic de Chen Kiage sur Mei Lanfang : Forever Enthralled.

Côté Panorama, c'est le très inattendu Dongbei, Dongbei de Zou Peng puis les films hongkongais Claustrophobia de Ivy Ho et End of Love de Simon Chung qui essaieront de briller dans cette sélection.
On note également la participation de Yang Yang par Cheng Yu-chieh.

L'avant gardiste forum proposera aux cinéphiles trois oeuvres chinoises avec le documentaire Doctor's Ma Country Clinic de Cong Feng et côté Hong Kong, Soundless Wind Chime de Kit Hung et peut être l'un des thriller les plus attendus de la ville-cinéma The Beast Stalker de Dante Lam avec Nicholas Tse, Zhang Jingchu et Nick Cheung).


Damien Paccellieri

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lundi 19 janvier 2009

Festival du cinema chinois de Paris 2009

À ne pas confondre avec le Panorama de la capitale, le 4ème Festival du cinéma chinois de Paris 2009 présidé par Deanna Gao aura lieu en mars 2009.

Selon le site du festival, cet événement se composera en deux parties :
- des films contemporains
- une retrospective avec un hommage à Butterfly Hu (Hu Die - 胡蝶)

Je cite sa fondatrice :

"Nous envisageons également de présenter un ensemble de films d’animation pour le jeune public, le public scolaire et familial.

Nous présenterons un large éventail de films, tous inédits et de grande qualité. La sélection comprendra des films de réalisateurs renommés, des films primés dans des festivals internationaux et nationaux, ainsi que des premiers films de jeunes cinéastes.


Pour cette édition, nous pensons aussi présenter quelques films liés à deux grands évènements en Chine : les Jeux Olympiques de Pékin, et le tragique tremblement de terre de Wenchuan.

Comme à chaque édition, des comédiennes, des comédiens et des réalisateurs seront présents parmi nous, pour une rencontre cordiale, prêts à vous écouter et à répondre à vos questions."


Damien Paccellieri

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Une famille chinoise au Vox

C'était il y a tout juste trois jours, le vendredi 16, j'ai présenté et animé un débat pour le film une Famille Chinoise de Wang Xiaoshuai au cinéma le Vox de Château-Renard (45).
Je remercie chaleureusement Jérôme et toute l'équipe, que dis-je, la famille du Vox pour leur accueil ainsi qu'au public curieux d'en découdre avec la société chinoise, proposant un débat très enrichissant.

Prenons acte que ces rencontres offrent une vérité, un regard sur la Chine, essentiel et utile.


Damien Paccellieri

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jeudi 15 janvier 2009

La Mome Xiao (血蝉)

La Môme Xiao de Peng Tao, 2007
Tourné avec des acteurs non professionnels

Un couple achète une fillette handicapée de onze ans dans l'intention de l'utiliser pour mendier.

Les marchands de pitié

Le réalisateur Peng Tao (彭韬) est une connaissance. Je me rappelle lorsqu'il m'avait envoyé son film. « Je ne peux pas te l'envoyer en express, nous n'avons plus d'argent ». En effet, six semaines après notre échange, je recevais son courrier avec son long métrage. C'était il y a déjà plus d'un an. Je souhaitais en parler sur le site, mais j'étais pris par d'autres films, d'autres travaux, des excuses qui ne sont que celles peut-être d'une certaine paresse. Mais quelle fut ma surprise lorsque j'ai vu que Zootrope avait acheté son film. J'en étais très heureux pour lui, et cela me donnait l'occasion d'en parler.


Peng Tao s'est intéressé avec son « Little Moth » (血蝉) (traduit par La
Môme Xiao qui nous rappelle d'autres noms de films comme la Môme Singe ou bien encore la Môme comme quoi « Môme » revient à la mode) à un phénomène en voie de professionnalisation (si l'on peut dire) dans la ruralité chinoise : la mendicité.
Alors que la plupart des Occidentaux regarderaient cela avec compassion, Peng Tao nous plonge dans les méandres de cette pratique de plus en plus instrumentalisée.
Dans une Chine rurale, dernier wagon de la modernisation nationale, il n'est pas rare de voir ces « marchands de la pitié » telle une mafia aux territoires délimités constituant de la concurrence.

Yumin Yang, une jeune petite fille, sera la proie et la vic
time de ces marchands. Achetée pour une bouchée de pain (100 €) à ses parents (une mère décédée et un père alcoolique) parce qu'elle ne peut pas marcher, elle devient, aux mains de son nouveau propriétaire, un investissement rentable à long terme. Sa maladie, une infection du sang, est pourtant guérissable. Mais à quoi bon la soigner ? Elle ne serait plus aussi « pitoyable », cette image mercantile de la mendicité se jouant des bonnes âmes charitables.

Son receleur, véritable business Man dans ce milieu, est accompagné d'une femme dont les sentiments sont incertains vis-à-vis du traitement impitoyable qu'il inflige à cette gamine. Elle tente de la soigner, en vain. Son mari veille au grain.
Dans le même temps, ce dernier commence à av
oir des ennuis avec la mafia locale, car il opère sur un territoire qui n'est pas le sien. Le spectateur plonge alors doucement dans le pire des cauchemars et commence à comprendre l'envers d'un décor effroyable...

Heureusement, le cinéaste donne une ch
ance aux enfants de ne plus être des esclaves et cherche à les libérer de leurs chaînes. Cette épopée en fin de long métrage allège notre conscience d'un flot de violences sociales et insidieuses qui nous pousse à réfléchir sur la condition humaine et on ne peut s'empêcher de revenir sur celle que nous décrit Malraux dans ce qu'elle a de plus destructrice et merveilleuse.
Si le film dévoile le côté sombre d'une certaine Chine, il laisse entrevoir une lumière, celle du combat de ces enfants qui ne veulent plus subir les méfaits de leurs receleurs.

En cette conjonctu
re de mondialisation actuelle, Peng Tao tire la sonnette d'alarme et inscrit sur pellicule les difficultés qui frappent la Chine de plein fouet. Tourné en HDV, La Môme Xiao bénéficie d'un regard documentaire où l'immersion du spectateur est une réussite. Ce choix, imposé par le peu de moyens dont bénéficiait l'équipe du film, a été exploité avec talent, car il en devient l'une des principales forces du long métrage.La Môme Xiao tire donc à boulet rouge sur l'utilisation de la mendicité en Chine. Un portrait terrible et juste de la ruralité et de ses difficultés, de ses mauvaises habitudes, de sa précarité, de ses différents modes de vie.

Un extrait du film :



Damien Paccellieri

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dimanche 11 janvier 2009

Les seigneurs de la guerre (投名状)

Les seigneurs de la guerre de Peter Chan, 2007
(The Warlords)
Avec Jet Li, Andy Lau, Takeshi Kaneshiro, Xu Jinglei

"Un militaire, un homme d'honneur, un idéaliste. Trois hommes que le hasard réunit se jurent fidélité et allégeance. Désormais, ils seront frères de sang, à la tête d'une armée de bandits dont ils feront leurs soldats. Ensemble, ces seigneurs de la guerre combattront pour obtenir le pouvoir. Une fois la victoire accomplie, le plus dur les attend : honorer le serment qui les unit."





J'ai écris pour le magazine Climax un article sur ce film, vous pouvez le visualiser en cliquant sur le poster français :




Damien Paccellieri

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jeudi 8 janvier 2009

Cinema et Opera en Chine

Roger Darrobers, enseignant de langue et de civilisation chinois à l'université Paris X - Nanterre, est certainement l'un des plus grands spécialistes européens du théâtre chinois. Son livre Le théâtre chinois (en collection " Que sais-je ? " N°2980, 1995) est un véritable mine d'or sur le sujet auquel on peut ajouter L'Opéra chinois (Editions Chine Press Intercontinental) afin de mieux saisir toute l'importance de l'opéra dans la culture chinoise.
L'auteur a composé un merveilleux texte sur l'héritage de l'opéra dans le cinéma chinois à l'occasion du Panorama du cinéma chinois de Paris 2008.

__________

Bilan subjectif de la rétrospective
« Cinéma et opéra en Chine »

Les douze films inspirés par le théâtre traditionnel chinois, présentés à la Cinémathèque Française du 4 au 11 décembre 2008, à l’occasion du Panorama du cinéma chinois de Paris dans sa partie « rétrospective : cinéma et opéra en Chine », ont révélé la richesse des « films d’opéra » qui constituent en Chine un genre cinématographique à part entière. Ces adaptations du répertoire de l’opéra de Pékin et des théâtres locaux ont également permis de découvrir la diversité des formes dramatiques chantées en Chine, sous leur indéniable unité formelle.
Regrets éternels (Shengsihen), 1948, de Fei Mu fut le premier film en couleur du cinéma chinois. Une femme, interprétée par le célébrissime acteur travesti, Mei Lanfang, résiste à l’ennemi jürchen, incarné par un officier au teint bistre dont la coiffe ornée de fourrures trahit sa nature barbare. Cette œuvre patriotique fut créée en 1936, alors que la Mandchourie était occupée par le Japon, dans un climat d’indignation collective qui préfigurait l’entrée de la Chine dans la guerre de résistance. La dimension politique apparaît ainsi en filigrane, même dans des œuvres en apparence purement divertissantes, comme le Roi des singes bat le démon de l’os blanc (Sun Wukong sanda baigujing). Ce film de Yang Xiaozhong et Yu Zhongying, 1960, inspiré par un opéra de Shaoxing (Shaoju),joué dans la province du Zhejiang, fut mis à contribution durant la période maoïste pour fustiger les ennemis de classe « droitiers » et « révisionnistes », comme le confirment les poèmes échangés entre Mao Zedong et Guo Moruo (Kuo Mo-Jo) à propos du Singe pourfendeur de démons, incarnation, selon Mao, du génie populaire chinois et de son esprit rebelle. Retournement de l’histoire, la sorcière squelette dont l’astucieux macaque déjoue les sortilèges fut, après la mort du Grand Timonier, en 1976, identifiée à Jiang Qing (Mme Mao) et à la Bande des Quatre.

Des genres dramatiques chantés relativement récents furent également représentés dans ce panorama, comme l’opéra du Guizhou(Qianju), créé dans les années 1950, afin d’offrir un genre théâtral à une province périphérique qui n’en possédait pas, alors que les formes traditionnelles étaient mises à l’honneur par le nouveau régime. Lady Qin (Qin Niangmei), 1960, de Sun Yu, d'après une histoire célèbre au Guizhou, exalte l’émancipation des individus dans un contexte de lutte des classes parmi les ethnies minoritaires. Un couple cherche à échapper à un mariage arrangé et prend la fuite vers un village où la jeune Niangmei est convoitée par un chef local. Celui-ci organise une réunion sous prétexte d'une attaque imminente du village voisin et impose à son rival un rite consistant à s’emparer avec la bouche d’un morceau de viande piqué au bout d'une lance. Au moment où le garçon se saisit de la viande, l'autre le transperce, puis fait croire à la femme que son amoureux est mort au combat. Elle apprend la vérité par les villageois indignés. La femme feint d'accepter la proposition de mariage du meurtrier à condition d’accomplir un dernier sacrifice aux mânes de son fiancé resté sans sépulture. Tous gravissent une falaise escarpée à la recherche du corps ; on creuse une fosse où le propriétaire foncier finit lapidé par les villageois. L’utilisation de décors épurés où les personnages évoluent de manière libre en fait tout autre chose qu’un simple opéra filmé.
À cette forme moderne, il convient d’opposer le vénérable opéra de Kunshan (Kunqu ou Kunju), né sous la dynastie Ming (1368-1644). Mei Lanfang et le célèbre Yu Zhenfei interprètent le couple héroïque dans le Rêve dans le pavillon des pivoines (Youyuan jingmeng), réalisé par Xu Ke (1960), extrait de la fameuse pièce de Tang Xianzu le Pavillon aux pivoines (Mudanting). La frustration amoureuse d’une jeune femme (jouée par Mei Lanfang) et la représentation fantasmagorique de la sexualité constituent le thème principal de la pièce, entièrement filmée en studios. L’élégance des costumes, le raffinement des étoffes, l’agencement des teintes, la finesse des broderies, la beauté des coiffes et des accessoires évoquent un art perdu, comparé aux tonalités souvent criardes des costumes aujourd’hui. Le film témoigne de l’art scénique de Mei Lanfang, alors dans sa soixante-cinquième année.

La Romance de Liang Shanbo et Zhu Yingtai (Liang Shanbo yu Zhu Yingtai) de Sang Hu et Huang Sha, 1954, et l’Injustice faite à Dou E (Dou E yuan) de Zhang Xinshu, 1959, tous deux en couleur, illustrent de manière éloquente l’opposition entre le théâtre du Sud et les opéras du Nord. La première pièce, en opéra de Yue de Shanghai (Yueju) avec la diva Yuan Xuefen, reflète le maniérisme et la délicatesse des mœurs propres aux théâtres méridionaux. À l’image de Yentl (1983), de (et avec) Barbara Streisand, désireuse d’accéder à la connaissance dans un univers où le savoir était réservé aux hommes, la jeune Zhu Yingtai, se travestit en garçon. Elle s’éprend de son condisciple, le séduisant Liang Shanbo, qui ne comprend qu’après coup que celle qui lui déclarait sa flamme était en réalité une femme. Le chatoiement des couleurs et la douceur efféminée des sentiments contribuent à la tonalité affective caractéristique de la théâtralité du Sud.
Très différente est l’Injustice faite à Dou E, d’après la célèbre pièce de Guan Hanqing écrite sous la dynastie Yuan (1279-1368) et adaptée en opéra de Puzhou (Puju) que l’on joue à la campagne dans les provinces contiguës du Shanxi et du Shaanxi. Le film fut réalisé à l’occasion du 500ème anniversaire de Guan Hanqing, parfois comparé en Chine à Shakespeare. La musique recourt à une percussion en bois, typique des opéras du Nord, le bangzi, qui donne son nom à certains opéras septentrionaux et leur confère une intensité émotionnelle capable d’atteindre ici son paroxysme. Comme dans la pièce de Guan Hanqing, les rapports de classe sont dépeints sous un jour exacerbé. Une femme est sauvée par deux scélérats qui lui imposent, à elle et à sa bru, la jeune Dou E, de se marier avec eux. Le rôle tragique de Dou E, adolescente déjà veuve, est tenu par la diva du genre Puju, Mme Wang Xiulan, dont le visage ingrat montre que le cinéma des années 1950, en Chine comme ailleurs, ne valorisait pas systématiquement la perfection lisse et aseptisée des comédiens.
On retrouve dans l’Épingle de jade (Biyuzan) de Wu Yonggang, 1961, une des plus belles œuvres de cette rétrospective, la délicatesse de sentiments et l’élégance maniérée caractéristiques de l’opéra de Yue. La fille d’un dignitaire épouse un lettré de condition inférieure, à qui un jaloux fait croire que la mariée a un amant, grâce à une épingle à cheveux subtilisée dans son trousseau. Comme dans le Menteur de Corneille, le bonheur du couple héroïque est contrecarré par les forces négatives de la jalousie : le soupçon et le ressentiment empêchent le mariage d’être consommé. La femme rentre passer quelques jours dans sa famille après un mois de mariage, comme le veut la coutume, mais le mari exige qu’elle revienne séance tenante, dans l’espoir de la répudier. La mère de celui-ci tente en vain de rétablir l’harmonie conjugale, seul le retour du père de la mariée depuis la capitale permettra de rétablir l’ordre patriarcal et de faire éclater la vérité. Dans la scène finale, l’époux suspicieux implore son pardon après avoir décroché la première place aux examens impériaux, comme le signalent les palmes dorées venues s’ajouter aux élytres fichés sur sa coiffe de mandarin. L’épouse bafouée finit par lui pardonner. L’intrigue est distendue à l’extrême, selon un rythme propre aux opéras traditionnels, au risque de paraître excessivement lent à un public moderne. Une scène d’une grande intensité émotionnelle décrit les hésitations de la femme qui ne sait si son mari fâché, endormi sur sa chaise dans le froid, mérite d’être couvert d’un vêtement chaud. Aucun cinéaste en Chine n’oserait aujourd’hui filmer une scène aussi longue. La beauté des costumes, la sobriété et l’élégance des décors atteignent des sommets.

Le théâtre du Sud était également représenté avec le Mariage de la Fée princesse (Tianxianpei), 1955, de Shi Hui, tourné en opéra Huangmei (Huangmeixi), forme mélodieuse, populaire dans la province de l’Anhui. Féérie tournée en noir et blanc, le film fut l’un des grands succès des années 1950.
C’est précisément en réaction aux pièces sentimentales ou confortant l’ordre confucéen que la Révolution culturelle a trouvé un motif pour mobiliser la société tout entière. Le Détachement féminin rouge (Hongse niangzijun), de Pan Wenzhan et Fu Jie, 1970, chef-d’œuvre de l’esthétique révolutionnaire, visait à faire table rase des formes anciennes, irrévocablement vouées, selon le lexique de l’époque, aux poubelles de l’histoire. Le film ne doit pas être confondu avec la première version en noir et blanc, tournée par Xie Jin en 1961, ni avec l'opéra de Pékin filmé en 1972 par Cheng Yin. C'est peu dire qu’il a fallu se forcer pour aller revoir ce ballet caractéristique de la période Lin Biao. Doit-on parler du kitch, de camp ou de propagande pure et dure pour décrire cette œuvre improbable de prime abord, que l’on pourrait qualifier « d’érotisme révolutionnaire ». Les filles vêtues de shorts bleu pétrole et d’épaisses chaussettes de laine qui mettent en valeur leurs jambes galbées (pudiquement voilées de collants chair) ont assurément dû susciter quelques émois auprès des jeunes gardes rouges. Malgré ces préventions, on reste cependant frappé par la beauté sereine de l’héroïne; même les pointes effectuées par les danseuses, parfaitement insolites sous les cocotiers (l’action se déroule dans l’île de Hainan au climat tropical), finissent par ne plus paraître ridicules. Film sur le ressentiment et la lutte révolutionnaire, mais aussi sur l'énergie, le volontarisme et l’héroïsme. On observe l’influence déterminante de l'opéra de Pékin, dans les postures, les gestes, les acrobaties ; jusqu'au héros révolutionnaire et son aide de camp qui forment un duo évoquant Guan Yu et son écuyer dans les pièces inspirées par la saga des Trois Royaumes. Le film transpose en régime de guerre révolutionnaire les clichés du théâtre classique : les réactionnaires sont grimés dans les mêmes teintes olivâtres que les barbares de l’opéra de Pékin. On est aux antipodes de l'humanisme bourgeois. Au générique, une citation du Président Mao rappelle que « le pouvoir est au bout du fusil ». Le hobereau exploiteur, veule, pleutre et abject, possède tous les attributs pour susciter la haine de classe. Violence révolutionnaire : les filles lardent de coups de couteau le corps des réactionnaires ! La principale faiblesse du film dont on ressent le caractère collectif, c'est l'impression de collage : des scènes extraordinaires alternent avec de longs moments de langueur. L'Internationale retentit à la fin quand le héros périt sur un bûcher dressé sous un banyan, accompagné d’un slogan internationaliste : « Ce n'est qu'en libérant l'humanité tout entière que le prolétariat saura se libérer » (Zhi you jiefang quan renlei, wuchanjiejie houlai caineng jiefang ziji).

Revoir l’Orient rouge (Dongfang hong), de la réalisatrice Wang Ping, 1964, donne également le sentiment de redécouvrir un monde disparu. La copie projetée à Paris date de la seconde sortie du film, peu après la mort de Mao (9 septembre 1976), durant l’interrègne de Hua Guofeng qui précède la venue au pouvoir de Deng Xiaoping (fin 1978), sans que l’on sache si cette version est ou non modifiée. Le film est en tout cas accompagné d’un texte de présentation accusant la Bande des Quatre d’avoir voulu dénaturer l’œuvre en suivant une ligne ultragauchiste, « contrairement à la volonté du Président Mao ». Plus encore que le film précédent, l’Orient rouge constitue une véritable apothéose : film culte, au sens strict du terme, voué à la gloire de la révolution, dépeinte en une série de tableaux chorégraphiés, accompagnés de chants patriotiques et révolutionnaires. Dans une sorte de mise en abyme, le film est censé reproduire le spectacle, tel qu’il fut donné dans l’immense salle du pharaonique palais de l’Assemblée du Peuple sur la place Tiananmen, où se tiennent chaque année les congrès du Parti. Le peuple de toutes les nationalités de Chine, en costumes folkloriques, gravit l’imposant escalier pour assister à la représentation qui recourt à plusieurs centaines de choristes, debout de chaque côté de la scène. L’armée est omniprésente dans la salle et sur la scène. Comme chez Busby Berkeley, le spectacle se mue en film. Les tournesols géants, censés se tourner vers un Mao Zedong solaire, filmés en plongée, rappellent les artifices du metteur en scène de the Gang’s All Here (1943), où ne manqueraient que Carmen Miranda et Benny Goodman ! Il est bien sûr tentant, à l’aune de l’évolution actuelle de la Chine, de brocarder cette œuvre phare de la période maoïste en l’accablant sous le qualificatif de kitch totalitaire. Force est de constater que l’Orient rouge reste à bien des égards une parfaite réussite et offre un tableau saisissant de l’idéal communiste tel qu’il était en vigueur en Chine dans les années 1960. Le film est servi par des artistes anonymes, aux qualités exceptionnelles, sortis des rangs de l’armée populaire de Libération. L’art des acrobaties développé par l’opéra de Pékin est mis à contribution dans les morceaux de bravoure, comme la prise du pont sur la rivière Dadu par les troupes communistes en mai 1935. Le franchissement du Yang-tsé en 1949 reprend les conventions scéniques que l’on retrouve dans la bataille fluviale de la Légende du Serpent Blanc. Les différentes scènes qui ponctuent cette saga, depuis les bases rouges du Jiangxi, jusqu’à la libération du territoire, en passant par la Longue Marche et les grottes de Yan’an, livrent le portrait officiel de la révolution à la manière d’exaltantes images d’Épinal. Le Président Mao reste singulièrement absent de cette chanson de geste et tient en quelque sorte le rôle de deus ex machina, même si les chants des minorités nationales devant Tiananmen sont pour la plupart voués à sa gloire. Les chœurs et les airs, remarquables, contribuent à créer une puissance émotionnelle irrésistible et font pour ainsi dire partie du patrimoine musical chinois. Difficile de rester insensible à l’Internationale, entonnée sous les voûtes du palais de l’Assemblée du peuple, qui rappelle l’influence de la Commune de Paris et de la France sur la Chine révolutionnaire, au travers les paroles d’Eugène Pottier et la musique de Pierre Degeyter. Toute une génération en Chine a grandi dans l’environnement politique symbolisé par ce film. Œuvre puissante, l’Orient rouge doit être vu comme un archétype, indispensable à la connaissance des mythologies de la Chine moderne.

Sorti en 1980, au début de la période post-maoïste marquée par la réhabilitation des formes théâtrales anciennes, la Légende du Serpent Blanc (Baishezhuan) de Fu Chaowu déçoit, malgré un début agréable, dû à la beauté des décors et au charme des actrices. Le film semble avoir perdu l’élégance et la maîtrise technique des films d’avant la Révolution culturelle. L’influence du cinéma de Hong Kong et des trucages inspirés par les films de kung-fu contribuent à dénaturer l’aspect formel et la sobriété que l’on est en droit d’attendre d’une des pièces les plus célèbres du répertoire de l’opéra de Pékin (Jingju). Inspirée par une histoire traditionnelle, la pièce fut écrite en 1947 par Tian Han, auteur de l’hymne national chinois, et possède une tonalité antireligieuse parfaitement en phase avec l’athéisme officiel prôné par le pouvoir communiste d’alors. La pièce arrachait, dit-on, des larmes à Mao Zedong. La durée du film (148 minutes) correspond grosso modo à la durée du spectacle au théâtre, mais sans susciter l’émotion d’un spectacle vivant. La scène des retrouvailles près du Pont brisé où le jeune Xu Xian rencontre son épouse enceinte, s’étire interminablement. Le principal intérêt du film réside dans la bataille au temple de la montagne d’or (Jinshansi) lorsque le Serpent Blanc fait appel aux créatures aquatiques, poissons, tortues et coquillages, pour l’aider à arracher son mari de l’emprise du moine Fahai. Cet épisode acrobatique, nécessitant de nombreux acteurs, est rarement joué dans les représentations actuelles.
Sans être un film d’opéra à proprement parler, le Roi des masques (Bianlian), 1995, situé dans la province du Sichuan, a pour héros un acteur spécialisé dans les métamorphoses opérées sur le visage. Cette prouesse technique n’existe que dans l’opéra sichuanais. Une petite fille déguisée en garçon est vendue à un vieil acteur, soucieux de transmettre son art. Le film fut réalisé par Wu Tianming à qui l’on doit l’inoubliable Rivière sauvage (autre titre : Fleuve sans balises, Meiyou hangbiao de heliu), 1983, évocation amère de la Révolution culturelle.
Cette rétrospective a offert un excellent échantillonnage d’une forme cinématographique qui a toujours constitué en Chine un genre à part : les films d’opéra (xijupian). De nombreux films de ce type étaient encore produits en Chine jusqu’aux années 1980. Le dernier film de Chen Kaige (2008) est précisément consacré à Mei Lanfang, le plus célèbre acteur d’opéra de Pékin. La rétrospective fut aussi l’occasion d’effectuer un parcours musical parmi les principales provinces et villes chinoises représentées par leurs opéras : Anhui (Huangmeixi), Guizhou (Qianju), Jiangsu (Kunju), Pékin (Jingju), Shanghai (Yueju), Shanxi et Shaanxi (Puju), Sichuan (Chuanju),Zhejiang (Shaoju). Il faut rendre grâce à la Cinémathèque Française et aux organisateurs de ce panorama, notamment à son directeur, M. Matthieu Wolmark, pour les choix pertinents accomplis lors de cette programmation et la présentation d’un genre cinématographique qui a donné l’occasion de découvrir des œuvres inédites ou invisibles en France depuis des années.

Roger Darrobers
(pour le panorama du cinéma chinois de Paris 2008)

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mardi 6 janvier 2009

Entretien avec Guo Xiaolu

Née en 1973, Guo Xiaolu est une réalisatrice et romancière des plus singulières dans le panorama du cinéma chinois actuel. Regulièrement sélectionnée dans de nombreux festivals à hautes valeurs ajoutées, cet entretien publié pour le compte du magazine Chine Plus dévoile quelques aspérités de sa personnalité telles que le silence politique habitant les artistes de sa génération...

Merci à Guo Xiaolu pour nos multiples échanges depuis déja quelques années.

Damien Paccellieri
octobre 2008





Lire l'interview en cliquant sur la couverture de Chine Plus (merci l'interactivité !)




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samedi 3 janvier 2009

Quand la chine s'eveille ... au cinema lincoln

La Chine s'éveille du 28 janvier au 03 février 2009

Après le festival Shadows, voici une nouvelle programmation de documentaire chinois des plus alléchantes intitulée " La Chine s’éveille 中国之觉醒 ".

Les informations suivantes sont tirées du communiqué de presse


1,3 milliard de Chinois et moi et moi et moi…
Où l’on découvre que l’évolution de la Chine, souvent synonyme de fantasmes inquiétants pour le monde, est avant tout une réalité difficile à vivre pour les Chinois eux-mêmes. Portraits de citoyens du monde dans un pays d’1,3 milliard d’individus.

Le Festival “La Chine s’éveille” présente une collection de 12 documentaires, au Cinéma le Lincoln à Paris du 28 janvier au 3 février 2009.

Ces films d’une durée de 52 min chacun sont co-produits par la France et la Chine et réalisés par de jeunes réalisateurs chinois.

A l’origine du projet, Michel Noll, auteur, réalisateur, producteur de nombreux documentaires et directeur artistique depuis 6 ans du festival de documentaires de Canton.
Ce passionné de la Chine a constitué un collectif de réalisateurs à qui il a confié la mission de montrer avec authenticité leur Chine, celle qu’ils vivent au quotidien.
Au cours de ses années passées en Chine, Michel Noll raconte avoir rencontré “des hommes et de femmes déboussolés, en quête d’une nouvelle identité, cherchant, après des siècles d’isolement, à trouver leur place dans le monde d’aujourd’hui. Bien au-delà des discours politiques et idéologiques, ces chinois montrent une humanité bouleversante, une richesse d’émotions extraordinaire, un sens de la solidarité bien loin des individualistes occidentaux”.

Chaque film raconte une histoire, au coeur des cités, des familles, des universités, des campagnes abordant ainsi chacun un thème différent allant de la condition féminine, à l’éducation, la solidarité, la famille ou la révolution culturelle.

* Un festival itinérant sur 20 villes

Après 8 jours parisiens en pleine période du Nouvel an chinois, cette collection de documentaires inédits et ses animateurs circuleront dans près de 20 villes en France, où des salles indépendantes ont choisit de montrer la Chine autrement.
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Ce projet et cette programmation sont le fruit du travail de nombreux documentaristes chinois et du français Michel Noll. Ce dernier s'est exprimé sur ce projet en décembre 2008 :

"Initialement attiré par une civilisation millénaire méconnue, je n’ai cessé de parcourir la Chine depuis une quinzaine d’années. Avec l’ouverture des années 80, venaient les réformes économiques, préparant le pays le plus peuplé du monde à son intégration au « village global ». Tandis que les sinologues se disputent, et le feront sans doute encore longtemps, pour nommer le nouveau contrat social proposé par les dirigeants chinois à leurs citoyens, les choses changent…

Aujourd’hui, le parti au pouvoir s’appelle toujours le parti communiste, mais l’idéologie qu’il applique aujourd’hui ressemble souvent plus à l’ultra-libéralisme des Chicago Boys qu’aux thèses marxistes qui étaient à la base de la révolution chinoise de Mao Zedong. Autre ingrédient notable à ce mélange exclusif : une solidarité à toute épreuve, qu’elle soit familiale, villageoise, régionale ou nationale. Et la toute récente et spectaculaire réussite des Jeux Olympiques a sans aucun doute cimenté un peu plus encore cette dernière, semblant ainsi réussir à dépasser la traditionnelle contradiction entre communisme et capitalisme et constituer le cœur du mode opératoire sociétal de la Chine contemporaine.

Mais quelque soit le nom que nous retenons pour qualifier cette ouverture, une chose est certaine, la chine s’éveille. Fait déjà annoncé par Napoléon et repris par Alain Peyrefitte en 1973 pour son livre "Quand la Chine s’éveillera...", ces trois mots sonnent comme un avertissement, pour certains, voire comme une menace, au grand plaisir des amateurs du « clash des civilisations ».

Or, la Chine que j’ai découverte n’a rien de ce que les sinophobes dénoncent comme le « péril jaune ». Au contraire, j’ai rencontré des hommes et de femmes déboussolés, en quête d’une nouvelle identité, cherchant, après des siècles d’isolement, à trouver leur place dans le monde d’aujourd’hui. Bien au-delà des discours politiques et idéologiques, j’ai trouvé auprès de ces chinois une humanité bouleversante, une richesse d’émotions extraordinaire, un sens de la solidarité bien loin des individualistes occidentaux.

Dès lors, il m’a semblé important de partager avec les spectateurs occidentaux mes impressions et questionnements, et pour cela, rien de mieux que de faire parler les chinois eux-mêmes… J’ai alors commencé à réunir des histoires trouvées au gré de mes voyages, au rythme de mes rencontres. Documentaires indépendants, filmés par de jeunes et riches en avenir cinéastes. Le résultat à ce jour se résume en 12 films singuliers, parfois provocants mais jamais irrecevables, tantôt drôles, tantôt tristes, souvent bouleversants et émouvants, toujours sincères.

L’ensemble de ces films constitue une mosaïque surprenante de la réalité de l’Empire du milieu, et des habitants de cette Chine nouvelle."

(propos de Michel Noll)
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Retrouvez toutes les informations sur la programmation en cliquant ici et veillez également à jeter un coup d'œil au site du cinéma Le Lincoln ...




MàJ : 30/01/2009
Mise à jour des liens internet. Le festival s'est doté d'un blog.
Bande annonce du festival.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 21:58 et 0 commentaire(s)

Le Festin Chinois (金玉满堂)

Le Festin Chinois de Tsui Hark, 1995
Avec Leslie Cheung, Anita Yuen

Sun, une sympathique petite frappe décide de rompre avec la tradition familiale qui le destine à devenir un caïd de la pègre locale. Il prend la direction du Canada afin de participer à une compétition culinaire, mais échoue lamentablement. Par un concours de circonstances, il devient apprenti cuisinier dans un grand restaurant et doit défendre les couleurs de son établissement…

Quand Tsui Hark décide de faire une comédie culinaire, autant le prendre au sérieux, car avec Le Festin Chinois (金玉满堂), le baron du cinéma de Hong Kong (徐克) abat l’une de ses plus belles cartes, l’année précédant de bien mauvaises expériences américaines.


Sun, petit caïd qui doit toute sa renommée à son père, patron de la mafia locale, ne s’imagin
e pas reprendre un jour les affaires du patriarche. En effet, ce jeune de la métropole, entre blouson de cuir, harley et rock’n roll, est loin de vouloir mettre le nez dans les affaires houleuses et poussiéreuses de son paternel. Le rêve à Sun est plutôt de partir au Canada, découvrir le monde et ses grands espaces. Pour le concrétiser, Sun s’inscrit à un concours de cuisine où les meilleurs chefs seront envoyés au Canada pour pratiquer leur art dans les plus grands restaurants. Manque de chance, Sun se fait remarquer par sa grande aptitude à la tricherie.

Dans le même temps se déroule « le Festin Chinois », l’une de plus grandes compétitions culinaires de toute l’Asie. Pour la finale, deux grands chefs s’opposent devant un jury. Dans la dernière épreuve, l’un des deux chefs décide de déclarer forfait, car sa femme est sur le point d’accoucher. Toutefois, lorsqu’il arrive à l’hôpital, sa femme s’en est déjà allée, triste à jamais d’un homme désintéressé par ses responsabilités comme chef… de famille.
Les années passent et le gagnant du Festin Chinois découvre ce qui est réellement arrivé à son concurrent. De son côté, Sun devient apprenti cuisinier à Hong Kong dans l’établissement d’un vieil ami. Sa fille ne supporte plus ce dernier, et comme si cela ne suffisait pas, un chef cuisinier rival le défit dans un affrontement pour le Festin Chinois. Si le père sombre dans la défaite, il perdra son établissement, si au contraire il l’emporte, il gagnera l’établissement de son adversaire. Il y a tout de même un problème, ce rival excelle dans le domaine culinaire et surpasse de loin le père. Sun décide alors de retrouver le grand chef déchu lors de l’ancien Festin Chinois, lui seul capable de préparer des plats aux sensations ultimes…

Nous nous étions habitués aux wu xia pian, aux polars et aux romances de Tsui Hark, mais voilà que le cinéaste le plus connu de Hong Kong réalisa « Sa » comédie et fit un pied de nez à tous ceux qui ne le considéraient pas encore comme un grand chef, de cinéma bien entendu.
Le Festin Chinois a tout pour lui ; à commencer par un univers propre à l’œuvre du cinéaste. Entre restaurants dont la traversée des cuisines nous délivre quelques situations sociales encore insoupçonnées, jusqu’à cette fille déjantée remarquablement interprétée par Anita Yuen (袁咏仪- très populaire dans le milieu des années 90 et qui marqua par sa couleur de cheveux toute une génération de cinéphile attaché aux œuvres du cinéaste), l’addition de Tsui Hark est terriblement bien salée. Leslie Cheung (张国荣), certainement la plus grande perte du cinéma de Hong Kong de ces dernières années, donne une force impressionnante à ce long métrage. Impérial de la première à la dernière minute, son talent nous rappelle alors de nombreux souvenirs cinématographiques.

Accompagné d’une brochette de talentueux acteurs parmi lesquelles Kenny Bee (钟镇涛) et Peter Lai (黎彼得) – une véritable association de poil à gratter, le Festin Chinois se conforte dans une richesse d’ingrédients comiques à la fois recherchés même si quelques fois lourdingues. Cependant, la sauce prend avec une déconcertante facilité et nous délecte jusqu'à la fin. À travers cette œuvre rocambolesque se reflètent aussi l’art culinaire chinois et ses ingrédients bien particuliers, loin de nos habitudes de consommation. Imaginez que la cuisine chinoise fait appel à tous les sens humains, même l'ouïe, c'est dire !

En résumé et vous l’aurez compris, Le Festin Chinois est une comédie réussie, culte pour les nostalgiques de la grande époque Hong Kong où le maître Tsui Hark savait habilement mélanger tous les meilleurs ingrédients cinématographiques.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 21:29 et 0 commentaire(s)

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