jeudi 15 janvier 2009

La Mome Xiao (血蝉)

La Môme Xiao de Peng Tao, 2007
Tourné avec des acteurs non professionnels

Un couple achète une fillette handicapée de onze ans dans l'intention de l'utiliser pour mendier.

Les marchands de pitié

Le réalisateur Peng Tao (彭韬) est une connaissance. Je me rappelle lorsqu'il m'avait envoyé son film. « Je ne peux pas te l'envoyer en express, nous n'avons plus d'argent ». En effet, six semaines après notre échange, je recevais son courrier avec son long métrage. C'était il y a déjà plus d'un an. Je souhaitais en parler sur le site, mais j'étais pris par d'autres films, d'autres travaux, des excuses qui ne sont que celles peut-être d'une certaine paresse. Mais quelle fut ma surprise lorsque j'ai vu que Zootrope avait acheté son film. J'en étais très heureux pour lui, et cela me donnait l'occasion d'en parler.


Peng Tao s'est intéressé avec son « Little Moth » (血蝉) (traduit par La
Môme Xiao qui nous rappelle d'autres noms de films comme la Môme Singe ou bien encore la Môme comme quoi « Môme » revient à la mode) à un phénomène en voie de professionnalisation (si l'on peut dire) dans la ruralité chinoise : la mendicité.
Alors que la plupart des Occidentaux regarderaient cela avec compassion, Peng Tao nous plonge dans les méandres de cette pratique de plus en plus instrumentalisée.
Dans une Chine rurale, dernier wagon de la modernisation nationale, il n'est pas rare de voir ces « marchands de la pitié » telle une mafia aux territoires délimités constituant de la concurrence.

Yumin Yang, une jeune petite fille, sera la proie et la vic
time de ces marchands. Achetée pour une bouchée de pain (100 €) à ses parents (une mère décédée et un père alcoolique) parce qu'elle ne peut pas marcher, elle devient, aux mains de son nouveau propriétaire, un investissement rentable à long terme. Sa maladie, une infection du sang, est pourtant guérissable. Mais à quoi bon la soigner ? Elle ne serait plus aussi « pitoyable », cette image mercantile de la mendicité se jouant des bonnes âmes charitables.

Son receleur, véritable business Man dans ce milieu, est accompagné d'une femme dont les sentiments sont incertains vis-à-vis du traitement impitoyable qu'il inflige à cette gamine. Elle tente de la soigner, en vain. Son mari veille au grain.
Dans le même temps, ce dernier commence à av
oir des ennuis avec la mafia locale, car il opère sur un territoire qui n'est pas le sien. Le spectateur plonge alors doucement dans le pire des cauchemars et commence à comprendre l'envers d'un décor effroyable...

Heureusement, le cinéaste donne une ch
ance aux enfants de ne plus être des esclaves et cherche à les libérer de leurs chaînes. Cette épopée en fin de long métrage allège notre conscience d'un flot de violences sociales et insidieuses qui nous pousse à réfléchir sur la condition humaine et on ne peut s'empêcher de revenir sur celle que nous décrit Malraux dans ce qu'elle a de plus destructrice et merveilleuse.
Si le film dévoile le côté sombre d'une certaine Chine, il laisse entrevoir une lumière, celle du combat de ces enfants qui ne veulent plus subir les méfaits de leurs receleurs.

En cette conjonctu
re de mondialisation actuelle, Peng Tao tire la sonnette d'alarme et inscrit sur pellicule les difficultés qui frappent la Chine de plein fouet. Tourné en HDV, La Môme Xiao bénéficie d'un regard documentaire où l'immersion du spectateur est une réussite. Ce choix, imposé par le peu de moyens dont bénéficiait l'équipe du film, a été exploité avec talent, car il en devient l'une des principales forces du long métrage.La Môme Xiao tire donc à boulet rouge sur l'utilisation de la mendicité en Chine. Un portrait terrible et juste de la ruralité et de ses difficultés, de ses mauvaises habitudes, de sa précarité, de ses différents modes de vie.

Un extrait du film :



Damien Paccellieri

Publié par damien à 11:40

Lire ou

Enregistrer un commentaire

Cela a l'air bien, dommage que ce soit marqué "frères Dardenne" sur l'affiche, c'est pour moi comme de marquer "lent, chiant et caricatural".

Petites remarques : "à ces parents" => "à ses parents", non ?
"est vraiment réussite" => "est vraiment réussie" ?

Publié par Anonymous galanga à 15 janvier 2009 21:20 #
 

Bonjour,

Merci de votre correction.
Màj : un extrait du film a été ajouté.

PS : Ne faîtes pas attention à ces phrases commerciales sans intérêts.

Publié par Blogger damien à 16 janvier 2009 14:02 #
 
<<< Revenir à la page d'accueil

Creative Commons License


 Souscrire à ce site