samedi 29 novembre 2008
The Red Awn
The Red Awn de Cai Shangjun, 2007Avec Yao Anlian, Lu Yulai, Huang Lu
Un père de famille revient chez lui après avoir passé cinq années en ville en tant que travailleur immigré. Mais durant ces longues années, tout a changé. Sa femme est morte, et son fils ne lui pardonnera pas son absence et essayera de le tuer. Face à leur destin, le père tente de renouer des liens avec son fils lors de la moisson des champs...
The Red Awn est le premier long métrage réalisé Cai Shangjun après avoir été scénariste de Zhang Yang (1997 Spicy Love Soup, 1999 Shower et 2005 Sunflower).
Alors que la sixième génération de cinéaste chinois se plonge avec passion dans leur urbanité, Cai Shangjun, originaire de Pékin, prend les sillons qui mènent vers la région du Gansu pour tourner une relation entre un père et un fils, désenchantée par les illusions de la ville. En effet, le père, interprété par Yao Anlian (vu dans Shanghai Dreams de Wang Xiaoshuai), revient dans sa région après cinq années passées en ville pour tenter d'amasser le plus d'argent possible avant de revenir à la campagne. Pendant ce temps, sa femme et donc la maman de son fils, décède sans qu'il puisse se rendre à son chevet. Se croyant abandonné, le fils qui a vécu cette absence et cette mort comme une trahison, comme un manque, ne pardonnera jamais son père de cet acte manqué. En témoignent les nombreuses scènes aux relations tendues entre le père et le fils où ce dernier va même jusqu'à tenter de le tuer.
De retour à la campagne, le père doit trouver un emploi pour subvenir à ses besoins. Il décide de voir l'un de ses amis qui s'engage bientôt avec sa moissonneuse-batteuse pour la saison des récoltes. Ce dernier lui offre la possibilité de l'accompagner pour aller moissonner les nombreux champs de blé des paysans. Ils embarquent vers une aventure de quelques jours où le travail se veut harassant et sans répits. Le fils les accompagne et restera en recul malgré les quelques efforts de son père. Heureusement et malheureusement, un père reste un père, la seule famille qui lui reste...
Primé à Vesoul par le Prix Langues O ' et par la mention spéciale du Jury NETPAC, The Red Awn a de nombreuses qualités. Son univers visuel, celui de la région du Gansu et de ses étendues agricoles, de l'industrialisation de l'agriculture est une vraie réussite, une chaleur visuelle qui tranche avec les relations glaciales entre un père et son fils. Aussi, Cai Shangjun aborde une thématique rarement abordée dans le cinéma chinois par les jeunes réalisateurs d'aujourd'hui : non pas l'exode rural (qui
est également développé dans ce film), mais le retour à la campagne, que l'on avait vu dans quelques films comme Life de Wu Tianming où un jeune homme part pour la ville et reviendra plus tard faute d'amour et de réussite. C'est un sujet abordé avec sensibilité où l'on observe que la ville n'est plus l'El Dorado des « mingongs » (travailleurs immigrés) mais plutôt le chant du cygne, car sans repères, sans les codes sociaux de la ville, les ruraux y perdent leur argent et leur santé. Tel est le cas du père qui y cassera son dos pour quelques yuan dilapidés dans de frêles projets déficitaires. Mais ce sera également le destin du fils, qui, poussé par son père, y fera ses études et se retrouve sans le sou, forcé de revenir à la campagne pour voler les deniers durement acquis par son père lors des nouvelles moissons.
The Red Awn tient le spectateur par une ambiguïté où la situation en campagne est aussi mauvaise (une mère qui décède par manque de soins, des saisons de moissons difficiles..) que celle en ville pour les ruraux. Comment ces derniers peuvent t-ils s'en sortir ? Sont-ils amenés à ne pouvoir compren
dre la société urbaine et rester au plus près de leurs champs ? Ceux qui tentent l'aventure d'aller en ville sont-ils récompensés de ce risque ? Le cinéaste ouvre la porte à ces nombreuses questions et nous offre une réflexion autour de l'environnement agricole des plus passionnantes (sans parler de la propriété agricole en Chine, etc..). Si le film souffre parfois d'une certaine langueur, d'un côté « film de scénariste », The Red Awn réussit toutefois à s'en défausser par l'excellente interprétation du père et des personnages de second plan (Huang Lu vue dans Blind Mountain...). Un premier film à saluer.
Un père de famille revient chez lui après avoir passé cinq années en ville en tant que travailleur immigré. Mais durant ces longues années, tout a changé. Sa femme est morte, et son fils ne lui pardonnera pas son absence et essayera de le tuer. Face à leur destin, le père tente de renouer des liens avec son fils lors de la moisson des champs...
The Red Awn est le premier long métrage réalisé Cai Shangjun après avoir été scénariste de Zhang Yang (1997 Spicy Love Soup, 1999 Shower et 2005 Sunflower).
Alors que la sixième génération de cinéaste chinois se plonge avec passion dans leur urbanité, Cai Shangjun, originaire de Pékin, prend les sillons qui mènent vers la région du Gansu pour tourner une relation entre un père et un fils, désenchantée par les illusions de la ville. En effet, le père, interprété par Yao Anlian (vu dans Shanghai Dreams de Wang Xiaoshuai), revient dans sa région après cinq années passées en ville pour tenter d'amasser le plus d'argent possible avant de revenir à la campagne. Pendant ce temps, sa femme et donc la maman de son fils, décède sans qu'il puisse se rendre à son chevet. Se croyant abandonné, le fils qui a vécu cette absence et cette mort comme une trahison, comme un manque, ne pardonnera jamais son père de cet acte manqué. En témoignent les nombreuses scènes aux relations tendues entre le père et le fils où ce dernier va même jusqu'à tenter de le tuer.
De retour à la campagne, le père doit trouver un emploi pour subvenir à ses besoins. Il décide de voir l'un de ses amis qui s'engage bientôt avec sa moissonneuse-batteuse pour la saison des récoltes. Ce dernier lui offre la possibilité de l'accompagner pour aller moissonner les nombreux champs de blé des paysans. Ils embarquent vers une aventure de quelques jours où le travail se veut harassant et sans répits. Le fils les accompagne et restera en recul malgré les quelques efforts de son père. Heureusement et malheureusement, un père reste un père, la seule famille qui lui reste...Primé à Vesoul par le Prix Langues O ' et par la mention spéciale du Jury NETPAC, The Red Awn a de nombreuses qualités. Son univers visuel, celui de la région du Gansu et de ses étendues agricoles, de l'industrialisation de l'agriculture est une vraie réussite, une chaleur visuelle qui tranche avec les relations glaciales entre un père et son fils. Aussi, Cai Shangjun aborde une thématique rarement abordée dans le cinéma chinois par les jeunes réalisateurs d'aujourd'hui : non pas l'exode rural (qui
est également développé dans ce film), mais le retour à la campagne, que l'on avait vu dans quelques films comme Life de Wu Tianming où un jeune homme part pour la ville et reviendra plus tard faute d'amour et de réussite. C'est un sujet abordé avec sensibilité où l'on observe que la ville n'est plus l'El Dorado des « mingongs » (travailleurs immigrés) mais plutôt le chant du cygne, car sans repères, sans les codes sociaux de la ville, les ruraux y perdent leur argent et leur santé. Tel est le cas du père qui y cassera son dos pour quelques yuan dilapidés dans de frêles projets déficitaires. Mais ce sera également le destin du fils, qui, poussé par son père, y fera ses études et se retrouve sans le sou, forcé de revenir à la campagne pour voler les deniers durement acquis par son père lors des nouvelles moissons.The Red Awn tient le spectateur par une ambiguïté où la situation en campagne est aussi mauvaise (une mère qui décède par manque de soins, des saisons de moissons difficiles..) que celle en ville pour les ruraux. Comment ces derniers peuvent t-ils s'en sortir ? Sont-ils amenés à ne pouvoir compren
dre la société urbaine et rester au plus près de leurs champs ? Ceux qui tentent l'aventure d'aller en ville sont-ils récompensés de ce risque ? Le cinéaste ouvre la porte à ces nombreuses questions et nous offre une réflexion autour de l'environnement agricole des plus passionnantes (sans parler de la propriété agricole en Chine, etc..). Si le film souffre parfois d'une certaine langueur, d'un côté « film de scénariste », The Red Awn réussit toutefois à s'en défausser par l'excellente interprétation du père et des personnages de second plan (Huang Lu vue dans Blind Mountain...). Un premier film à saluer.Damien Paccellieri
jeudi 27 novembre 2008
Des chrysanthemes pour le septieme art
Rappel des faits : le 7 novembre 2008, des accords de coproduction devaient être signés entre la France et la Chine représentées respectivement par Veronique Cayla – Présidente du CNC, Christine Albanel – Ministre de la Culture, et Wang Taihua – Ministre du SARFT afin de mettre en place une réelle coopération cinématographique attendue depuis déjà quelques années.En effet, la Chine qui impose un quota d'importation de films (limité à 20 en 2007), ne permet pas à des pays comme la France d'exporter convenablement leur cinéma (seulement 2 à 3 films français sont diffusés dans les salles chinoises par an) alors que le box-office chinois ne cesse de croître et d'engranger de nombreux bénéfices.
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Quid de l'intérêt d'Unifrance et d'un attaché audiovisuel dans de telles conditions (de plus, il n'y a que très peu d'activités en Chine – un seul festival de films français très orthodoxe et une salle de projection au centre culturel français exsangue de spectateurs). Ont-ils déjà soumis des rapports d'(in)activités au gouvernement français ?
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Alors que le Canada avait pris l'initiative sur ce domaine avec la Chine (sans parler des États-Unis, présents en Chine depuis déjà quelques années), l'Australie avait suivi le mouvement avec notamment la coproduction dans les faits du film « The Children of Huangshi ».
La France a donc un train de retard tous comme les Indiens et les Britanniques qui tentent à leurs tours de combler cette lacune. La Chine propose un appui financier et promotionnel important des films coproduits en les insérant dans sa diffusion nationale qui permet à ces films de s'exonérer des quotas, mais a fait savoir aussi qu'elle n'offrirait pas d'allégements fiscaux.
Seulement voilà, pour des raisons liées au sommet sino-européen à Lyon, les accords sont reportés au premier décembre 2008 avec la venue du premier ministre chinois pour avaliser ces accords et enterrinés une action politique forte afin de faire ouvrir les yeux des grands producteurs français comme Europacorp, l'ARP ou encore Gaumont-Pathé sur les possibilités de partenariats qu'offrent la Chine en ces temps de disette économique.
Cet événement qui devaît être un carrefour d'opportunités pour ces deux pays avec, cerise sur le gâteau, un Panorama du cinéma chinois à Paris du 03 au 10 décembre pour fêter l'occasion, ne le sera pas, puisque le sommet sino-européen a été purement et simplement annulé pour des raisons politiques que je ne souhaite pas aborder, car tel n'est pas le but de ce site.
Cependant, on peut constater que la France a perdu une occasion de porter de nouveaux projets cinématographiques (et de fournir des solutions à son industrie cinématographique et à l'exportation de la culture francophone), qui ne se représentera malheureusement pas de si tôt. Depuis la nouvelle présidence française, on peut également constater qu'une diplomatie élusive concernant la Chine n'a fait que desservir tous les enjeux mis sur la table et ce, pour tous les acteurs sur tous les domaines (hors contrats en Chine signés en novembre 2007).
Je tiens donc personnellement à saluer cyniquement le travail de sape de notre gouvernement sur un échange cinématographique dont on ne pouvait que se féliciter (même si la réaction chinoise fait preuve là aussi d'une incongruité toute particulière).
La France a donc un train de retard tous comme les Indiens et les Britanniques qui tentent à leurs tours de combler cette lacune. La Chine propose un appui financier et promotionnel important des films coproduits en les insérant dans sa diffusion nationale qui permet à ces films de s'exonérer des quotas, mais a fait savoir aussi qu'elle n'offrirait pas d'allégements fiscaux.
Seulement voilà, pour des raisons liées au sommet sino-européen à Lyon, les accords sont reportés au premier décembre 2008 avec la venue du premier ministre chinois pour avaliser ces accords et enterrinés une action politique forte afin de faire ouvrir les yeux des grands producteurs français comme Europacorp, l'ARP ou encore Gaumont-Pathé sur les possibilités de partenariats qu'offrent la Chine en ces temps de disette économique.
Cet événement qui devaît être un carrefour d'opportunités pour ces deux pays avec, cerise sur le gâteau, un Panorama du cinéma chinois à Paris du 03 au 10 décembre pour fêter l'occasion, ne le sera pas, puisque le sommet sino-européen a été purement et simplement annulé pour des raisons politiques que je ne souhaite pas aborder, car tel n'est pas le but de ce site.
Cependant, on peut constater que la France a perdu une occasion de porter de nouveaux projets cinématographiques (et de fournir des solutions à son industrie cinématographique et à l'exportation de la culture francophone), qui ne se représentera malheureusement pas de si tôt. Depuis la nouvelle présidence française, on peut également constater qu'une diplomatie élusive concernant la Chine n'a fait que desservir tous les enjeux mis sur la table et ce, pour tous les acteurs sur tous les domaines (hors contrats en Chine signés en novembre 2007).
Je tiens donc personnellement à saluer cyniquement le travail de sape de notre gouvernement sur un échange cinématographique dont on ne pouvait que se féliciter (même si la réaction chinoise fait preuve là aussi d'une incongruité toute particulière).
Damien Paccellieri
mercredi 26 novembre 2008
Cinemasie.com = 10 ans !
Voilà plus de 10 ans que cinemasie.com étanche la soif des passionés de cinéma asiatique, pour devenir aujourd'hui LE site sur ce septième art continentale qui, il faut le dire, est devenu le moteur des plus brillantes inspirations depuis quelques années.Alors pour fêter cette anniversaire le site organise une nuit cinémasie autour de 3 projections, à savoir The Chaser (film coréen) en avant première 4 mois avant sa sortie, Les Joyeux Pirates de l'île au Trésor (film japonnais) et Exilé (film hongkongais) du maître Johnnie To.
Lieu : cinéma Le Studio des Ursulines (Métro 7 - Censier Daubenton
Tarif de la nuit : 15€
Pour réserver, rien de plus simple : si vous êtes certain de pouvoir venir, il vous suffit d'envoyer un email avec votre nom complet à l'adresse : 10ans@cinemasie.com, avec le nombre de places souhaitées.
Alors pas une seconde à perdre, de nombreux cadeaux seront offerts aux spectateurs (plus de 150 DVD), et en plus le déjeuner est offert (miam miam!).
Lieu : cinéma Le Studio des Ursulines (Métro 7 - Censier Daubenton
Tarif de la nuit : 15€
Pour réserver, rien de plus simple : si vous êtes certain de pouvoir venir, il vous suffit d'envoyer un email avec votre nom complet à l'adresse : 10ans@cinemasie.com, avec le nombre de places souhaitées.
Alors pas une seconde à perdre, de nombreux cadeaux seront offerts aux spectateurs (plus de 150 DVD), et en plus le déjeuner est offert (miam miam!).
Damien Paccellieri
mardi 25 novembre 2008
Youku : Un nouveau media pour les series chinoises
Le site de partage vidéo le plus populaire de Chine, Youku, connaît depuis quelques mois un succès fulgurant. Alors qu'il était encore coude à coude avec 6room, Tudou il y a de cela moins de deux ans, le voici qui s'installe comme le leader de ce marché grâce à une interface aisée et à un temps de téléchargement plus court que ses concurrents, même si cela reste très long en Chine, vu le développement encore intensif de l'installation du réseau haut débit sur le tout le territoire.Aux vues de ce succès, le site et les producteurs de séries ont négocié pour que plus de 1000 séries et donc 40 000 épisodes soient mis en ligne sur le site, pour un total avoisinant les 50 000 heures de programmes ! Le patron de Youku, Victor Koo, déclare avoir obtenu plus de 80 % des droits des séries chinoises présentes sur le marché (hors série en cours de diffusion sur les chaînes chinoises). L'avantage de cet alter ego de Youtube est de diffuser des séries qui n'avaient aucune chance d'avoir une portée nationale, voir même des crédits financiers, qui grâce au site, s'offrent une légitimité. Le web se veut complémentaire à la petite lucarne chinoise.
Cependant, la diffusion de la série dépendra également de son succès, du buzz potentiel en vue de sa mise en ligne sur Youku, et sur Sina aussi, grand partenaire média des séries chinoises. Ainsi, les médias virtuels prennent une place de choix dans le mode de diffusion et de production des séries chinoises que le SARFT estime à plus de 500 tournées chaque année.
Seul risque : la dépendance à ces médias et une prise de contrôle de ces derniers dans le processus de fabrication qui pourraient changer le paysage de la série chinoise avec un clientélisme exacerbé par rapport aux relations actuelles avec les chaînes de télévision.
Damien Paccellieri
dimanche 23 novembre 2008
J-10 pour le Panorama du Cinema Chinois de Paris 2008
Plus que déja dix jours avant la grande fête du cinéma chinois à Paris que représente le Panorama (lien avec programme). Pour continuer sur les bonnes nouvelles et les exclusivités...
Informations importantes
- Feng Xiaogang nous honorera de sa présence à la soirée d'ouverture le 3 décembre pour la projection de Héros de Guerre. Un événement à ne pas manquer !

- Deux leçons de cinéma suivies de 2 tables rondes seront organisés après la première séance de l'après midi du samedi 6/12 et dimanche 7/12 avec Cai Shangjun (The Red Awn) et Hasichaolu (Urtin Duu).
La première table ronde du samedi portera sur "le regard croisé du cinéma chinois sur le cinéma français (inspiration pour les réalisateurs chinois ? ...), ainsi qu'une présentation de l'Académie de Pékin, de ses enjeux par divers témoignages"
La deuxième table ronde du dimanche portera sur "la production, distribution, diffusion du cinéma chinois en Chine + regards sur l'Occident"
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Voici trouverez ci-dessous une grande partie des bandes annonces de la sélection perspective et rétrospective du panorama, histoire de vous mettre l'eau à la bouche...
Sélection perspective
The Road
The Red Awn
Getting Home
Extrait de Urtin Duu
Extrait de The Knitting
Extrait de Urtin Duu
Extrait de The Knitting
Extrait de The Lucky Dog
Et du côté de la rétrospective...
Extrait de Regrets Eternels (avec Mei Lanfang!)
Extrait de La Romance de Liang Shanbo et Zhu Yingtai
Extrait de La légende du Serpent Blanc
Damien Paccellieri
jeudi 20 novembre 2008
Mei Lanfang par Chen Kaige
L'ancien vainqueur de la palme d'Or à Cannes en 1993 avec Adieu ma Concubine fait son come-back en décembre 2008 avec ce qu'il sait faire de mieux (ou du moins ce qu'il devrait faire de mieux !).En effet, le cinéaste de la cinquième génération donne vie au biopic du plus célèbre acteur d'opéra de Pékin : Mei Lanfang. Avec Leon Lai dans le rôle-titre, accompagné de Zhang Ziyi, ce film ne devrait donc avoir aucune difficulté pour truster le box-office chinois du premier trimestre 2009.
Voici donc la bande-annonce de Mei Lanfang aka Forever Enthralled
Et en exclusivité française (!) les coulisses du film en photos !
mercredi 19 novembre 2008
Entretien avec Wang Xiaoshuai
Wang Xiaoshuai, 42 ans, pionnier de la scène cinématographique indépendante chinoise, continue son petit bout de chemin dans le septième art en gardant le cap de la réflexion sociale et sentimentale au coeur de l'urbanité. Chinacinema.fr l'a rencontré lors de son passage en France pour le festival Paris Cinéma 2008 et vous propose de lire ses intentions pour son film Une Famille Chinoise.Sera t'il faire face à certaines critiques ?
Je tiens à remercier toute l'équipe de Paris Cinéma, mais également Viviania Andriani et la traductrice.
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ENTRETIEN AVEC WANG XIAOSHUAI
Introduction
Entre Shanghai Dreams et Une Famille Chinoise, trois ans se sont écoulés. Qu'avez-vous fait durant cette période ?
En 2005, je me suis consacré à la promotion de Shanghai Dreams qui fut sélectionné dans de nombreux festivals. Puis en 2006 j'ai passé beaucoup de temps à lire des scénarios, sans trouver néanmoins un bon projet à adapter au cinéma. En août 2006, je me suis réellement lancé dans le projet d'Une Famille Chinoise et courant 2007 je l'ai tourné pour le présenter en début 2008 à Berlin (NDLR: dont il recevra l'ours d'argent du meilleur scénario).
La leucémie est un sujet médical sensible ici comme en Chine. Pourquoi avoir choisi cette thématique ?
Avec la progression économique de 2006 et 2007, la Chine s'est aperçue qu'elle avait de plus en plus de cas de leucémie. Etait-ce le fait qu'auparavant le gouvernement tentait de cacher ce problème de santé nationale où est-ce par l'importante pollution actuelle de la Chine avec ses chantiers et ses usines ? J'ai eu le besoin de mettre cet arrière-plan dans mon long métrage pour passer un message sur notre condition de vie citadine.Vous dîtes que la Chine ouvre les yeux sur de nombreux défis, notamment dans le domaine de la santé avec ses cas de leucémies. N'est-ce pas un signe politique qui va pousser les hauts responsables à s'engager sur des solutions ?
Ce qui est vraiment intéressant, c'est ce lien entre le cas de cet enfant dans le film et tous les cas similaires montrés à la télévision. Face à un enfant qui a la leucémie, il est indispensable de trouver un donneur compatible. Autrefois, dans une famille où il y avait de nombreux enfants, même si les parents n'étaient pas compatibles, les frères et soeurs le pouvaient. Maintenant avec la politique de l'enfant unique, cette maladie s'inscrit en porte à faux de cette réforma politique qui est la cause involontaire de nombreux décès. Donc la réalité sur la leucémie est à plusieurs niveaux : on peut se féliciter que le développement économique porte des solutions médicales, mais on doit aussi se poser des questions sur certaines mesures politiques.
Le film
Lao Xie est très attentionné et généreux. D'ailleurs, il semble être voué à subir les problèmes de sa femme, avec une bonne dose de fatalisme. Quel trait de caractère avez-vous voulu lui donner ? Il ne semble même pas chercher la vérité...
Je suis un réalisateur, mais je suis avant tout un homme. Quand je suis face à des difficultés ou lorsque je n'arrive pas à gérer une situation, ma première réaction est de ne pas affronter la situation et de prendre la fuite. À partir d'un certain âge, il y a une manière de réagir que l'on adopte, souvent empreinte de fatalisme. C'est aussi parce que Lao Xie est issu d'une classe sociale rurale qui a réussi en ville. Pour lui, dont la famille est encore dans une région en développement, le bonheur est la conséquence directe de sa réussite. Il est donc peut-être capable, plus que d'autres, d'encaisser les affres de la réalité.
Mais ne va-t-il pas payer le prix fort pour sa mansuétude ? En effet, Xiao Lu (ex-mari de Mei Zhu, la femme de Lao Xie) dira la vérité à sa femme (jouée par Yu Nan) sur les enjeux qui pèsent sur sa fille, alors que Mei Zhu n'abordera pas son problème de la même manière avec Lao Xie.
Il y a donc un couple sincère, que l'on croyait le plus fragile, et l'autre couple, que l'on croyait fort, au coeur du long métrage, qui ne se dit pas la vérité...
Pour Mei Zhu, cela s'explique peut-être parce qu'elle est face à une pression telle, qu'elle choisit de se cacher. Ce que j'ai voulu mettre en perspective dans ce film, c'est que nous sommes insignifiants face à la vie, au destin, alors qu'on a tous le désir de le maîtriser et de le changer à notre guise. Par exemple, le vrai père (Xiao Lu) prend des décisions qui l'embarquent dans une histoire dont il ne connaît pas la fin. Ceci reprend aussi des expériences personnelles où je me suis senti être tellement peu de chose face à la vie. Oui, mais Xiao Lu ne cache rien des solutions envisagées alors que sa compagne souhaite un enfant. Il y a vraiment une différence de traitement du problème entre les deux couples.
C'est certain. Dans Une Famille Chinoise, il n'y a pas à proprement dit de Chinois qui incarne ou qui représente une attitude chinoise. On peut voir dans la société chinoise deux catégories de personnes : ceux qui n'ont pas de valeurs morales, éducatives et sociales, et qui ne pensent qu'à gagner de l'argent ; puis les autres qui par leur éducation et par leur niveau de vie se posent de réelles questions sur leur devenir en commun. Aujourd'hui, on s'aperçoit qu'il y a de plus en plus de Chinois qui se mettent en colère face aux matérialistes, car ces derniers ne portent pas d'idées pour améliorer la condition de la société.
Deux choses : cigarettes et téléphone portable. La cigarette tient une place importante dans le cinéma chinois et dans votre filmographie. Le téléphone portable, quant à lui, endosse un rôle important dans votre film. Pouvez-vous nous en parler ?
La cigarette.... bon déjà je fume (rires) et je m'en sers le plus souvent de prétexte pour que mes personnages échangent ou sortent d'une situation.
Le téléphone portable est très oppressant dans ce film, il est l'incarnation d'un certain malaise relationnel. Cependant, il devait être bien plus exploité dans le film pour les relations entre Mei Zhu et Xiao Lu, mais cela fut coupé au montage.
Pour moi, dans la société chinoise plus qu'occidentale, le téléphone portable est essentiel à la vie, c'est par lui que tout se passe, des décisions importantes aux annonces difficiles en passant par le train-train quotidien. Il est bien plus qu'un vecteur de communication.
La cigarette en Chine est comme un lien social, un élément de sociabilité. Le voyez-vous comme cela ?
C'est tellement commun aux Chinois. Dans les villes, c'est un vecteur de socialisation, et dans la campagne c'est bien plus ! C'est un moyen d'aller plus loin dans nos rapports sociaux.
Maintenant avec les mesures du bureau du cinéma, on ne peut plus filmer des personnes qui fument, ça va devenir très dur pour les cinéastes (rires) !
On peut aussi connaître la classe sociale des Chinois par les cigarettes qu'ils fument, c'est donc un élément non négligeable.
Politique de l'enfant unique : les Chinois appartenant à des ethnies ont droit à plus d'un enfant, deux enfants uniques ont aussi le droit d'avoir plus d'un enfant et les ruraux ne suivent pas à la lettre la norme législative... pourtant malgré tous ces phénomènes, la solution dans votre long métrage est tranchée : Lao Xie n'a en définitive pas le droit d'avoir un deuxième enfant. Ne pourrait-il pas payer une amende (NDLR: si l'on ne respecte pas la politique de l'enfant unique, les sanctions sont une amende lourde et parfois la perte de son emploi par des conséquences indirectes) pour avoir un deuxième enfant ? En bref, n'y avait-il que cette solution pour Lao Xie ?
Dans le cas de Lao Xie, même si dans un premier temps, il semble être prêt à vouloir son propre enfant, quitte à payer une amende, il change d'opinion et assume les difficultés de son couple pour considérer le deuxième enfant de sa femme comme le sien. C'est certainement son changement culturel, de la campagne à la ville, qui lui offre ce nouveau regard sur son destin. Le plus important pour lui est que sa famille sache qu'il est le père légitime de cet enfant.Il y a une scène que je n’ai pas apprécié et que je ne trouve pas réussie, voire inappropriée : c'est la scène où le téléphone portable de Mei Zhu reste allumé lors de ses débats amoureux avec son ex-mari, sans compter que ce problème technique du portable est grossièrement expliqué au début du film. Y a t'il une explication à cette scène ?
C'est votre avis... (NDLR : visiblement, c'était la question qui dérange)
Mais l'avez-vous travaillé en amont du scénario, ou est-ce une situation qui s'est développée au cours de l'écriture ?
En fait, vous n'êtes pas le seul à avoir relevé ce point précis du film. Je l'avais déjà écrit dans le scénario initial, mais il y avait également bien plus de scènes avec le téléphone ; et à force de les enlever au montage, cette dernière est devenue particulièrement ostensible.
Vous avez travaillé avec Isabelle Glachant pour ce long métrage. Cela a changé votre manière de travailler ? Est-ce différent de travailler avec une productrice française ?
Cela m'a permis un échange cinématographique des plus intéressants. Par exemple, comme vous le soulignez dans la scène explicative du téléphone, Isabelle Glachant me disait « fais-toi confiance, fais confiance au public, il comprendra ton film ». Elle m'a donc poussé à ne pas être trop explicatif alors qu'un producteur chinois a plutôt tendance à mettre la pression sur le cinéaste pour qu'il donne de nombreux indices, de nombreuses clés dans le but comprendre le long métrage. C'est une manière différente de voir le cinéma et son rapport avec le public.
Quels sont vos prochains projets ?
Je vais tourner sous peu un court métrage qui reflètera ma réaction face à la réalité de la Chine actuelle et des dernières étapes de son histoire.
Damien Paccellieri
Juillet 2008
Juillet 2008
Une Famille Chinoise
Une famille chinoise de Wang Xiaoshuai, 2007Avec Liu Weiwei, Zhang Jianyi, Chen Taisheng
Sortie le 26 novembre 2008
Mei Zhu et Xiao Lu, un couple divorcé, apprennent que leur petite fille, Hehe, est atteinte d'une leucémie. Seule une greffe pourrait la sauver, et seul un autre enfant né de leur union serait suffisamment compatible pour permettre le don de moelle osseuse. Mais depuis leur séparation, Mei Zhu et Xiao Lu ont refait leur vie chacun de leur côté et cette situation met en péril leurs relations respectives avec Lao Xie, un homme doux et très en retrait, et Dong Fan, une hôtesse de l'air qui aimerait elle aussi un enfant de Xiao Lu.
Une Famille Chinoise (In Love We trust en anglais et Zuo Yue en pinyin) étaye une tendance déjà aperçue chez les autres cinéastes chinois de la sixième génération : celle d'évoquer des sujets sensibles tout gardant une approche populaire afin de candidater à une diffusion en salle sur le territoire chinois.
Wang Xiaoshuai revient donc trois années après Shanghai Dreams, son premier film « officiel » (sorti en Chine), avec un regard croisé sur
les sentiments de deux couples face au destin d'une petite fille atteinte de la leucémie. Ce long métrage, sensible et complexe, développe avec humanité des personnages touchés différemment par ce drame. Mei Zhu, la mère de l'enfant, est face à la mort inéluctable de sa fille si elle ne trouve pas un donneur compatible. Lao Xie, son compagnon et père de substitution de cet enfant, comprend que la survie de cette dernière passe par l'enterrement d'une propre paternité et du rêve doucereux de l'idylle parfaite.
Xiao Lu, le vrai père de l'enfant, a depuis refait sa vie avec Dong Fang (interprétée par Yu Nan), et souhaitait faire une croix sur son passé sentimental... mais la vie ne lui laisse guère le choix et il devra prendre des décisions qui mettront en péril son couple au profit de la guérison de son enfant.
Enfin, Dong Fan rêve d'être maman, et ne peut se faire à l'idée d'un nouvel enfant entre son mari et son ex-femme.
Ainsi, ce noyau de sentiments, de responsabilités et de culpabilités, rondement menés par de brillants acteurs et un réalisateur orfèvre, est source d'une richesse cinématographique puissante. Le cinéaste en profite également pour tisser des relations entre la ville, la pollution et les personnages réagissant à un destin qui les dépasse. On avait rarement vu l'urbanité aussi froide, implacable, fataliste où les chantiers plombent la vie quotidienne.
Récompensé par un Ours d'Argent à Berlin en 2008 pour son scénario, on y trouve quand même des ficelles d'une autre époque. Pour exemple, ce maudit téléphone qui reste « malencontreusement » allumé est une scène disons.... téléphonée. En effet, dès le début du film,
le réalisateur introduit le défaut de ce téléphone et nous laisse prévoir une excuse scénaristique du plus mauvais goût qui peut jouer, selon les avis, sur la qualité globale de l'oeuvre. Heureusement, cela s'estompe avec une utilisation du téléphone comme élément physique d'oppression et par une quantité importante de scènes très cinématographiques, comme ce plan des hôtesses de l'air (Yu Nan et Tian Yuan) qui partent de chez Lao Xie bagage à la main, ou bien encore ces scènes de dispute et de réconciliation entre Xiao Lu et Dong Fan.
En définitive, si l'on peut parfois se surprendre de quelques aléas scénaristiques et d'un manque de « je ne sais quoi », il n'en demeure pas moins une pesanteur sentimentale et sociale sur le destin des personnages qui fait le sel de nos réflexions et de notre admiration pour ces deux couples. Une sortie française à voir et à soutenir.
Sortie le 26 novembre 2008
Mei Zhu et Xiao Lu, un couple divorcé, apprennent que leur petite fille, Hehe, est atteinte d'une leucémie. Seule une greffe pourrait la sauver, et seul un autre enfant né de leur union serait suffisamment compatible pour permettre le don de moelle osseuse. Mais depuis leur séparation, Mei Zhu et Xiao Lu ont refait leur vie chacun de leur côté et cette situation met en péril leurs relations respectives avec Lao Xie, un homme doux et très en retrait, et Dong Fan, une hôtesse de l'air qui aimerait elle aussi un enfant de Xiao Lu.
Une Famille Chinoise (In Love We trust en anglais et Zuo Yue en pinyin) étaye une tendance déjà aperçue chez les autres cinéastes chinois de la sixième génération : celle d'évoquer des sujets sensibles tout gardant une approche populaire afin de candidater à une diffusion en salle sur le territoire chinois.
Wang Xiaoshuai revient donc trois années après Shanghai Dreams, son premier film « officiel » (sorti en Chine), avec un regard croisé sur
les sentiments de deux couples face au destin d'une petite fille atteinte de la leucémie. Ce long métrage, sensible et complexe, développe avec humanité des personnages touchés différemment par ce drame. Mei Zhu, la mère de l'enfant, est face à la mort inéluctable de sa fille si elle ne trouve pas un donneur compatible. Lao Xie, son compagnon et père de substitution de cet enfant, comprend que la survie de cette dernière passe par l'enterrement d'une propre paternité et du rêve doucereux de l'idylle parfaite.Xiao Lu, le vrai père de l'enfant, a depuis refait sa vie avec Dong Fang (interprétée par Yu Nan), et souhaitait faire une croix sur son passé sentimental... mais la vie ne lui laisse guère le choix et il devra prendre des décisions qui mettront en péril son couple au profit de la guérison de son enfant.
Enfin, Dong Fan rêve d'être maman, et ne peut se faire à l'idée d'un nouvel enfant entre son mari et son ex-femme.
Ainsi, ce noyau de sentiments, de responsabilités et de culpabilités, rondement menés par de brillants acteurs et un réalisateur orfèvre, est source d'une richesse cinématographique puissante. Le cinéaste en profite également pour tisser des relations entre la ville, la pollution et les personnages réagissant à un destin qui les dépasse. On avait rarement vu l'urbanité aussi froide, implacable, fataliste où les chantiers plombent la vie quotidienne.Récompensé par un Ours d'Argent à Berlin en 2008 pour son scénario, on y trouve quand même des ficelles d'une autre époque. Pour exemple, ce maudit téléphone qui reste « malencontreusement » allumé est une scène disons.... téléphonée. En effet, dès le début du film,
le réalisateur introduit le défaut de ce téléphone et nous laisse prévoir une excuse scénaristique du plus mauvais goût qui peut jouer, selon les avis, sur la qualité globale de l'oeuvre. Heureusement, cela s'estompe avec une utilisation du téléphone comme élément physique d'oppression et par une quantité importante de scènes très cinématographiques, comme ce plan des hôtesses de l'air (Yu Nan et Tian Yuan) qui partent de chez Lao Xie bagage à la main, ou bien encore ces scènes de dispute et de réconciliation entre Xiao Lu et Dong Fan.En définitive, si l'on peut parfois se surprendre de quelques aléas scénaristiques et d'un manque de « je ne sais quoi », il n'en demeure pas moins une pesanteur sentimentale et sociale sur le destin des personnages qui fait le sel de nos réflexions et de notre admiration pour ces deux couples. Une sortie française à voir et à soutenir.
Damien Paccellieri
dimanche 16 novembre 2008
J - 17 pour le Panorama du Cinema Chinois de Paris 2008
Chinacinema.fr, partenaire du panorama du cinéma chinois de Paris 2008, vous propose d'en découvrir un peu plus sur cet événement in-con-tour-na-ble du septième art avec ce premier communiqué de presse :
La Perspective du cinéma chinois d'aujourdhui et demain se tiendra au Max Linder du 3 au 10 décembre 2008. 10 films en VOST
Véritable kaleïdoscope de cette production chinoise encore largement méconnue même si elle produit près de 400 films par an, la Perspective contemporaine présentera des oeuvres fortes chacune dans leur domaine d'expression, de façon ou de budget. Au programme, Premier film de jeune réalisateur, Comédie caustique urbaine, Drame familial sur fond de migration, Comédie douce sur les valeurs humaines ou encore Drame d'action et immense succès dans toute l'Asie en 2007, nous invitons par les films de la Perspective à élargir votre champ de vision sur une cinématographie puissante et définitivement portée vers l'avenir. La projection de ces films inédits ou largement méconnus malgré leur grande qualité reconnue dans de nombreux festivals, sera accompagnée presque chaque jour de réalisateurs ou d'acteurs venus spécialement de Chine pour présenter leur film.
(fiches des films et de réalisateurs sur www.cinemachinois.fr )
En marge des projections sont donc programmées des Rencontres, des Q&A et des leçons de cinéma données par les réalisateurs chinois et des tables rondes formellement informelles autour des films...
Tarifs : 7 euros la place, Pass Panorama : 5 places- 28 euros (4,90 la place) valable 3 mois et non nominative...Cartes UGC illimité et Le Pass acceptés.
Rétrospective Opéra et cinéma chinois : chefs-d'oeuvre du patrimoine cinématographique et culturel chinois a la Cinémathèque Française du 4 au 11 décembre. 12 Films en VOST
De la montagne Dingjun, premier film chinois tourné en 1905 et captation de l'opéra éponyme interprété par la grande star de l'opéra de Pékin Tan Xinpei, au dernier biopic tourné par CHEN Kaige sur Mei Lanfang, l'autre immense star de l'opéra de Pékin et ami de Chaplin, dEisenstein et de Meyerhold (sortie en Chine le 12 décembre), l'histoire de l'Opéra chinois est intimement lié à l'histoire et la culture chinoise. Le talent des artistes des films que nous présentons est si puissant que même sans clefs, tout cinéphile digne de ce nom ne peut qu'être happé, le plus souvent avec un sourire d'étonnement autant que de ravissement par ces histoires et ce mode d'expression si singulier. Pourtant, loin d'un genre exotique ou accessoire, l'Opéra et le Film d'Opéra occupe une place à part importante dans la cinématographie chinoise.
Tous les grands réalisateurs chinois ont réalisé des films d'Opéra, de Wu Yonggang à Fei Mu en passant par Sun Yu et tant d'autres... Ce sont ces chef d'oeuvres, ces incunables à la mise en scène éclatante sortis des archives de Pékin avec le bienveillant concours des archives du Film de Chine et de la Cinémathèque Française que nous invitons à découvrir pendant ces projections exceptionnelles.
(Origine des opéras, biographie des réalisateurs et introduction générale sur ce qu'il faut savoir des histoires pour mieux apprécier les films sur www.cinemachinois.fr)
Le Panorama vous invite donc à une grande fête, à une grande semaine de cinéma, qui, entre découvertes, rencontres et tables rondes nous permettront de de d'élargir notre vision du monde par la curiosité, la découverte et la bonne humeur,
Nous vous invitons donc à consommer le Panorama sans aucune modération....
Soyez les bienvenus !
mercredi 12 novembre 2008
L'economie du cinema chinois en 2007
L'année 2007 a confirmé toutes les attentes concernant le développement de l'industrie cinématographique chinoise.
En effet, 405 films ont été produits (contre 330 en 2006) pour un box-office de 3 319 millions de yuan soit 460 millions de dollars (à titre de comparaison, le box-office de l'année précédente était de 335 millions de dollars, soit une progression de plus de 27 %).
Ces deux statistiques suffisent à elles seules pour comprendre que le cinéma chinois n'a pas fini d'aller de l'avant par une masse financière de plus en plus importante. Le directeur de l'académie de Pékin prévoit selon lui une production de 700 films en 2010-2012.
Sur ce box-office dont le record est battu année après année depuis 2001, les films chinois ont récolté 54 % des recettes globales alors que les films étrangers ont empoché 46 % de ces mêmes recettes. Cela peut se comprendre en raison des quotas qui limitent le nombre de sorties en salles pour les films étrangers à 20 pour l'année 2007.

Dix blockbusters ont dépassé le cap des 30 millions de yuan de recettes, dont les films chinois The Warlords, The Assembly, Lust Caution et Protégé et les films étrangers comme Transformers (280 000 000 de yuan) et Harry Potter. Les films chinois doivent leurs saluts à l'incroyable fin d'année réussie par The Warlords (Peter Chan) et The Assembly (Feng Xiaogang).
Sortis tous les deux en décembre, ils ont décroché la timbale. The Assembly a ainsi engrangé plus de 180 millions de yuan et The Warlords a dégagé plus de 192 millions de yuan en recette pour ce seul mois de décembre (soit 16 % des recettes de 2007 !).
(NDLR : Pour rappel, Perhaps Love de Peter Chan avait « seulement » remporté 30 millions de yuan au box-office)
The Warlords a établi à cette occasion un record dans le nombre de copies allouées à la distribution avec 1027 copies, dont 377 copies numériques.

Concernant toujours ces deux films, ils continueront en début 2008 d'exploser le box-office pour terminer chacun au-dessus de 200 millions de yuan. Peter Chan et Feng Xiaogang rentrent alors dans le club très fermé des réalisateurs chinois ayant franchi la barre des 200 millions de yuan que seul Zhang Yimou et Ang Lee avaient réussi à dépasser.
Le SARFT a affirmé en 2007 l'ouverture de 108 nouveaux cinémas dotés de 493 écrans soit en fin 2007, un total sur le territoire chinois d'environ 3500 écrans modernes.
Tableau des recettes du cinéma chinois
|
| En million de yuan | En pourcentage |
| Entrées salles | 3319 | 50% |
| Exportations | 2020 | 29,7% |
| Ventes TV | 1380 | 20,3% |
| TOTAL | 6179 | 100% |
Pour conclure, 209 films ont été présentés dans 97 festivals et 29 ont remporté 49 récompenses (dont l'Ours d'or pour le Mariage de Tuya de Wang Quan'an).
Damien Paccellieri
mardi 11 novembre 2008
Le Dernier Empereur
Le Dernier Empereur de Bernardo Bertolucci, 1987Avec John Lone, Joan Chen, Peter O'Toole
Pékin, 1908. Pu Yi, un enfant de trois ans est enlevé à sa mère, et conduit à la Cité interdite. À la mort de l'impératrice douairière, l'enfant est proclamé Empereur de Chine. Ainsi commence l'incroyable destin de L'empereur Pu Yi. Il connaîtra le pouvoir absolu, la luxure, l'argent, mais aussi la fin de l'Empire, la révolution, la guerre, la prison et l'exil. Il restera à jamais dans l'Histoire comme…Le Dernier Empereur.
Le Dernier Empereur, réalisé par Bernardo Bertolucci (qui réalisera par la suite Little Buddha) est une œuvre dédiée à Pu Yi, la dernière grande figure impériale que notre monde est connu. Le film traite de l'incroyable vécu d'un petit enfant devenu empereur et qui va découvrir la réalité au dehors de la Cité Interdite.
En 1906 naît Pu Yi, petit garçon destiné à devenir le maître d'une nation gigantesque. 1908. Son oncle Guangxu disparaît et Pu Yi est enlevé à sa mère pour monter sur le trône. Il vit alors une jeunesse dorée, avec plusieurs centaines de serviteurs pour le choyer. Empereur à 3 ans, il n'occupe que le siège, car les fonctions sont confiées aux régents du régime impérial. Dans son palais, le petit Pu Yi s'amuse, découvre la vie de ses habitants et ne prête que très peu d'attention aux cérémonies officielles. Il reste encore très attaché à sa mère,
mais cela ne durera pas, car les régents n'autoriseront pas à la mère de voir son enfant. En 1912, le régime impérial s'éteint définitivement en Chine par l'abdication de l'empereur. Celui-ci, n'ayant plus de pouvoir à l'extérieur de son palais, laisse se former une république et des années de chaos. L'empereur, encore enfant, est assigné à résider à la Cité Interdite dont il n'est jamais encore sorti. Cette autarcie le coupe de toute réalité extérieure. Pendant son adolescence, un anglais, Reginald F. Johnston, deviendra alors son éducateur pour lui apprendre la culture occidentale, et une manière de vivre différente de celle d'un empereur. Comprenant le sens de ses responsabilités, de son statut, le jeune Pu Yi a soif de découvrir le monde qui l'entoure au dehors des portes du palais. C'est chose faite en 1924, car par la force, les soldats chinois poussent l'empereur à quitter la Cité Interdite. Dans la même période, il découvre les plaisirs charnels (la polygamie), mais aussi les souffrances dues à son lourd fardeau. De grands changements politiques s'annoncent pour lui : il n'a plus que le nom d'Empereur ; et Pu Yi l'accepte mal. Il cherche la reconnaissance du peuple chinois, mais ne l'aura jamais. Ce peuple s'est délaissé d'un Empereur vivant en autarcie loin de la guerre civile, de la famine et des difficultés économiques qui les frappaient. Quelques années plus tard, le Japon envahit le continent et déclare la guerre au drapeau rouge et or. L'énorme pays encore divisé et peu préparé à la guerre cède facilement du terrain aux Japonais, dont la Mandchourie, région la plus riche de Chine. Pu Yi, déchu de son rôle d'Empereur se jette sur l'occasion pour trahir son pays et demander aux Japonais un titre d'Empereur de Mandchourie, sa région natale. Pourquoi les Japonais auraient-ils besoin de lui ? Ils ont bes
oin d'hommes chinois pour tenir une région qui n'est pas la leur et l'ancien empereur de Chine est parfait dans cet exercice, car il possède une certaine notoriété. Par ce pacte, le nouvel empereur de Mandchourie sait qu'il sera pourchassé en Chine pour trahison. Mais Pu Yi ne pense déjà plus au passé et se console par son nouveau pouvoir. Seulement, un jour le passé vous rattrape…Évidemment entre 1934 et 1945 tout ne se passe pas comme prévu, l'axe du mal (Allemagne, Japon, Italie) perd la guerre, et les Soviétiques viennent aider la Chine à se libérer de l'emprise japonaise. Pendant cette décennie, l'Empereur se lance dans une vie de luxure, mais s'aperçoit qu'il n'est guère libre de prendre des décisions, notamment sur l'indépendance de la Mandchourie allant contre l'intérêt nippon. Ainsi, Pu yi commence sérieusement à regretter son pacte. À la perte de la Seconde Guerre mondiale, il sait déjà que les Chinois viendront le chercher. Et c'est ce qu'il arrive en 1945 où Pu Yi est capturé par les alliés russes et remis au gouvernement chinois, communiste depuis. Le verdict tombe : ce sera la prison pour le reste de sa vie. Mais au bout de 14 ans de détention, grâ
ce à sa bonne conduite et son éducation idéologique (un parfait petit communiste), il est libéré par un directeur de prison compréhensif. En 1959, date de sa relaxe, il devient jardinier à Pékin et pose ses mémoires, ses réflexions, ses changements de régime, sa vie personnelle et sentimentale, dans une autobiographie en 1965 (à lire absolument). C'est en 1967 que le dernier empereur chinois disparaît dans l'indifférence générale et devient une légende pour tous…
Ces quelques bribes de la vie de l'Empereur ne font que refléter la vie exceptionnelle de cette personne, mais aussi l'excellent travail de Bernardo Bertolucci (accompagné par Ning Ying comme assistant-réalisateur) dans ses recherches et son regard précieux sur l'histoire de la Chine. Les difficultés de tournages, notamment pour avoir les autorisations de tourner dans la Cité Interdite, l'ont souvent poussé à tout abandonner, mais la passion fut plus forte. S'éloignant des enjeux commerciaux du film, Bertolucci a pu réaliser l'une des plus grandes épopées du cinéma contemporain. Pour cela, le maitre italien a bénéficié d'un budget aisé qu'il a su utiliser avec flamboyance. En ef
fet, il y a eu pour le Dernier Empereur plus de 19 000 figurants, 9 000 costumes, 270 techniciens appartenant à 6 nations différentes et 2 ans de négociations avec les autorités chinoises pour décider des lieux de tournages…. Mais sa façon de filmer fut très proche de celle d'un documentaire. Il ne chercha pas à embellir l'histoire, mais à rester spectateur d'une époque et d'un peuple qu'il aime. Les acteurs réussissent un tour de force incroyable par une qualité de jeu exceptionnelle (surtout l'empereur : John Lone). Il faut préciser que la plupart des acteurs n'étaient encore que de jeunes pousses d'une grande forêt cinématographique. La composition musicale quant à elle est de toute beauté, signée Ryuichi Sakamoto. Alors pour être honnête et comme vous l'avez lu, il n'y a pas vraiment d'analyse dans les quelques lignes que vous venez de lire, pour une simple raison : Le Dernier est un film essentiel. C'est un chef d'oeuvre de la cinématographie mondiale, j'en reste encore sous le choc, plus 20 ans après sa sortie. Un long métrage passionnant et intemporel.
Damien Paccellieri
lundi 10 novembre 2008
Inutile
Inutile de Jia Zhang-ke, 2007 Documentaire
Inutile nous immisce dans le monde du tissu chinois, de la mondialisation à la création artistique, tout en revenant dans la région natale du cinéaste...
Inutile (Wu Yong) est le deuxième documentaire de Jia Zhang-ke après Dong, primé à Venise. Inutile marque une circonvolution dans la réalisation du cinéaste de Fenyang.
Après avoir travaillé deux projets dans le même intervalle de temps, Jia Zhang-ke s' est consacré cette fois-ci uniquement à Inutile dans les premiers mois de 2007. Il nous propose de suivre le parcours du textile chinois à travers ses artistes, son industrie et ses professions. En guise d'introduction, le spectateur passe d'atelier en atelier où des fripes et des machines à couture opulente envahissent l'écran, comme ils envahissent aussi la vie de nombreux Chinois salariés.
Ces premières minutes peuvent être considérées comme un écho à la mondialisation où la Chine est devenue l'atelier du monde. Cependant, le réalisateur exploite parfaitement les cadres resserrés, les ambiances sociales (dans les réfectoires, les ateliers) qui permettent de ne jamais se sentir face à des industries de plusieurs milliers de personnes. Les observations faites par Jia Zhang-ke sont toutes aussi intelligentes puisqu'il ne s'appuie pas sur les images grandiloquentes de cette économie d'échelle, mais sur phénomènes sociaux comme la visite médicale des
ouvriers nous indiquant leurs caractères tout comme la condition de leur vie quotidienne. Le cinéaste se détourne alors de ce premier regard et se focalise sur Ma Ke, une jeune créatrice dans le monde de la couture, notamment avec sa marque « Inutile », une collection singulière où elle allie les techniques de la broderie traditionnelle à une imagination tournée vers la nature. Ma Ke témoigne de son expérience de créatrice, celle de confection loin du mercantilisme ambiant où le travail fait à la main est un investissement émotionnel que les acheteurs retrouvent lors de leurs acquisitions.
Pour elle, la technologie et l'industrie du textile sont des régressions artistiques, voire sociales. Son atelier dégage d'ailleurs une certaine ambiance paisible où l'esprit de la tradition, de la nature, tient une place importante. Le spectateur aura toutefois des réticences à son sujet. En effet, cette créatrice dénie toute la riche histoire industrielle tout comme elle dénie ceux dont elle s'inspire lorsqu'elle roule sur les sentiers de terre de Fenyang avec un énorme 4x4, devant des mineurs exténués, presque livides.
Ce contraste en fait un paradoxe et une transition très bien amenés par le réalisateur, car la créatrice sensible et humaniste s'avère être aussi une épicurienne, critique de la mondialisation dont au final elle est une très grande utilisatrice et coutumière du fait.
Jia Zhang-ke en profite alors pour revenir dans sa région sur la trace de quelques brodeurs et mineurs dont il arrive malicieusement à mêler les portraits, reflets des principales catégories socioprofessionnelles du Shanxi.
ouvriers nous indiquant leurs caractères tout comme la condition de leur vie quotidienne. Le cinéaste se détourne alors de ce premier regard et se focalise sur Ma Ke, une jeune créatrice dans le monde de la couture, notamment avec sa marque « Inutile », une collection singulière où elle allie les techniques de la broderie traditionnelle à une imagination tournée vers la nature. Ma Ke témoigne de son expérience de créatrice, celle de confection loin du mercantilisme ambiant où le travail fait à la main est un investissement émotionnel que les acheteurs retrouvent lors de leurs acquisitions.Pour elle, la technologie et l'industrie du textile sont des régressions artistiques, voire sociales. Son atelier dégage d'ailleurs une certaine ambiance paisible où l'esprit de la tradition, de la nature, tient une place importante. Le spectateur aura toutefois des réticences à son sujet. En effet, cette créatrice dénie toute la riche histoire industrielle tout comme elle dénie ceux dont elle s'inspire lorsqu'elle roule sur les sentiers de terre de Fenyang avec un énorme 4x4, devant des mineurs exténués, presque livides.
Ce contraste en fait un paradoxe et une transition très bien amenés par le réalisateur, car la créatrice sensible et humaniste s'avère être aussi une épicurienne, critique de la mondialisation dont au final elle est une très grande utilisatrice et coutumière du fait. Jia Zhang-ke en profite alors pour revenir dans sa région sur la trace de quelques brodeurs et mineurs dont il arrive malicieusement à mêler les portraits, reflets des principales catégories socioprofessionnelles du Shanxi.
Inutile nous offre ainsi un regard social riche, dense, multiple,hypnotique (Lim Giong à la baguette musicale) et fascinant. Seulement, on est en droit de se poser la question de l'intérêt intrinsèque d'un tel documentaire.
En effet, malgré l'aptitude du réalisateur à tirer des portraits sociaux de qualité, on a l'impression qu'il tourne en rond sans jamais pouvoir se défausser de son étiquette « réalisateur du social ».En s'appuyant sur le travail de réalisation de Still Life, Inutile donne une impression de redite stylistique qui peut laisser sceptiques quant à l'avenir cinématographique du cinéaste. Sera-t-il capable de se réinventer ?
Damien Paccellieri
dimanche 9 novembre 2008
L'economie du cinema chinois en 2006
Je vais revenir dans les prochains temps à l'industrie cinématographique chinoise. Voici donc le bilan économique du cinéma chinois en 2006.
Avec un total de 330 films produits en 2006, soit une augmentation de 26% sur l'année 2005 (260 films produits), la Chine continue sa progression depuis 2001. Plus de 270 sociétés de productions ont participé à cette croissance, dont 75 % de sociétés privées.
Aussi, plus de 100 longs métrages ont été tournés et post-produits en format numérique, marquant une véritable progression comparée à 2005 ou « seulement » 52 films avaient profité de ce format et de cette technologie.
Petit bémol : seulement 30 % des films produits en 2006 ont eu droit à une sortie en salles durant l'année contrairement à 34 % des films de 2005.
On peut considérer l'augmentation de la production, des résultats du box-office (voir tableau) et de la fréquentation comme une conséquence de l'accroissement du parc de salles de cinéma en Chine.
En effet, on compte pour 2006 un total de 82 nouveaux cinémas comprenant 366 nouveaux « écrans » (ou salle de cinéma), soit un total global de 3034 écrans répartis dans 1300 cinémas pour 34 chaînes de multiplexe.
(NDLR : ne sont pas comptabilisés dans ces chiffres, les « vieux écrans » à savoir les salles municipales, les projections rurales... qui seraient au nombre de 39 000).
Avec un total de 330 films produits en 2006, soit une augmentation de 26% sur l'année 2005 (260 films produits), la Chine continue sa progression depuis 2001. Plus de 270 sociétés de productions ont participé à cette croissance, dont 75 % de sociétés privées.
Aussi, plus de 100 longs métrages ont été tournés et post-produits en format numérique, marquant une véritable progression comparée à 2005 ou « seulement » 52 films avaient profité de ce format et de cette technologie.
Petit bémol : seulement 30 % des films produits en 2006 ont eu droit à une sortie en salles durant l'année contrairement à 34 % des films de 2005.
On peut considérer l'augmentation de la production, des résultats du box-office (voir tableau) et de la fréquentation comme une conséquence de l'accroissement du parc de salles de cinéma en Chine.
En effet, on compte pour 2006 un total de 82 nouveaux cinémas comprenant 366 nouveaux « écrans » (ou salle de cinéma), soit un total global de 3034 écrans répartis dans 1300 cinémas pour 34 chaînes de multiplexe.
(NDLR : ne sont pas comptabilisés dans ces chiffres, les « vieux écrans » à savoir les salles municipales, les projections rurales... qui seraient au nombre de 39 000).
Le box-office chinois peut se targuer de faire une belle progression de 31 % comparé à 2005 avec une estimation évaluée à 335 millions de dollars (et 256 millions de dollars pour 2005).
5 des 10 films qui ont trusté le box-office sont chinois avec en tête : La Cité Interdite (Zhang Yimou) qui a gagné plus de 250 millions de yuan et le Banquet (Feng Xiaogang) avec 130 millions de yuan.
Du côté des films occidentaux, c'est The Da Vinci Code qui remporta un vif succès avec 105 millions de yuan, suivi par King Kong avec 102 millions de yuan et Missio Impossible 3 totalisant 82 millions de yuan.
5 des 10 films qui ont trusté le box-office sont chinois avec en tête : La Cité Interdite (Zhang Yimou) qui a gagné plus de 250 millions de yuan et le Banquet (Feng Xiaogang) avec 130 millions de yuan.
Du côté des films occidentaux, c'est The Da Vinci Code qui remporta un vif succès avec 105 millions de yuan, suivi par King Kong avec 102 millions de yuan et Missio Impossible 3 totalisant 82 millions de yuan.
On peut enfin préciser que 44 prix ont été remportés par 27 films chinois dans 22 festivals internationaux (dont le lion d'Or avec Still Life de Jia Zhang-ke).
Damien Paccellieri
samedi 8 novembre 2008
Spring Fever - le prochain film de Lou Ye
Lou Ye fait partie de ces réalisateurs, parmi les cadors de la sixième génération, gardant leur légitimité lorsqu'on parle de cinéma indépendant chinois.
Après avoir été interdit de réalisation sur le territoire chinois suite aux difficultés rencontrées avec le SARFT pour son précédent film (Une Jeunesse Chinoise), le voici qui revient avec une co-production signée Rosem - Dream Factory, après avoir tourné à Shanghaï dans la plus stricte confidentialité.
L'outrageux cinéaste signe donc un long métrage aux nombreuses interprétations sur la sexualité et sur le sentimentalisme, d'où le nom anglais "Spring Fever" (la "fièvre", connotation très sexuelle, et "le printemps" qui annonce le retour de l'amour et des sentiments). Il serait même question d'homosexualité...
Après avoir été interdit de réalisation sur le territoire chinois suite aux difficultés rencontrées avec le SARFT pour son précédent film (Une Jeunesse Chinoise), le voici qui revient avec une co-production signée Rosem - Dream Factory, après avoir tourné à Shanghaï dans la plus stricte confidentialité.
L'outrageux cinéaste signe donc un long métrage aux nombreuses interprétations sur la sexualité et sur le sentimentalisme, d'où le nom anglais "Spring Fever" (la "fièvre", connotation très sexuelle, et "le printemps" qui annonce le retour de l'amour et des sentiments). Il serait même question d'homosexualité...
Le pitch en anglais :
China, 2007. Spring. As Nature gradually awakens and an intoxicating spring breeze full of life blows, as they drive together to the coast, love and sexual passion grow in the hearts of Jiang Cheng, his friend Luo Haitao and Xiaoxue, a beautiful young woman. All three fall prey to an exhilarating sickness of the senses, a dangerous malady that misleads the heart… A beautiful erotic "menage à trois".
Voici donc en exclusivité quelques images d'un film attendu par tous et qui marque le culot, le talent d'un réalisateur chinois à part.




Damien Paccellieri
vendredi 7 novembre 2008
Pourquoi chinacinema.fr ?
Note 1 : dans les premières minutes j'emploie la prononciation française de Chen Kaige (陈凯歌) à savoir en phonétique "Chén Kǎije". Ensuite je vais le prononcer à la chinoise (en phonétique "Chén Kǎigē").
Note 2 : Je vais faire une erreur de jeunesse ^^. Le Vieux Barbier n'est pas un premier film (c'est un troisième), mais The Red Awn en est bien un. Cependant le Vieux Barbier sera le premier film de Hasichaolu à connaître une distribution au cinéma, et c'est avec critère que j'ai confondu les genres !
Voir la vidéo :
Damien Paccellieri
jeudi 6 novembre 2008
Entretien avec Hou Hsiao-hsien
C'était il y a déjà deux ans et pourtant cet entretien avec le maître taiwanais n'a rien perdu de sa fraîcheur, bien au contraire. En effet, cette "publication à retardement" (ces entretiens qu'on laisse dans les cartons par oisiveté) dévoile des aspects du cinéaste que l'on comprend mieux aujourd'hui à l'orée de ses nouveaux projets.De la Chine jusqu'à son identité taiwanaise, j'ai eu le plaisir de me confronter à celui qui a marqué le cinéma des trente dernières années, dont Jim Jarmush ou encore Olivier Assayas (ce dernier fit découvrir en partie le maître sur le vieux continent européen lorsqu'il était encore aux Cahiers du Cinéma), et plus généralement tous les cinéastes chinois, citent comme référence et source d'inspiration.
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ENTRETIEN AVEC HOU HSIAO-HSIEN
ENTRETIEN AVEC HOU HSIAO-HSIEN
Comment voyez-vous de Taiwan la jeune génération de réalisateurs issus de Chine Continentale, celle que l’on appelle « la sixième génération » ?
Je n’ai pas vu beaucoup de films de la sixième génération, mais par curiosité et depuis peu, je m’en procure en import. Après 1949, la Chine a développé une culture cinématographique différente de celle de Taïwan. Par exemple, les films de Zhang Yimou ou de Chen Kaige ne sont en rien compatibles à ce qui se fait sur l’île. Je trouve que le cinéma taiwanais a d’avantages préserver ses traditions que le cinéma chinois. Actuellement, je pense qu’il y a deux types de cinéma chinois : d’un côté les films à la marge de la production exposant les racines chinoises rurales et urbaines, de l’autre, des longs métrages sous influence étrangère qui cherche à cartonner au box-office. Je trouve que ces derniers sont dans un rôle d’imitation et non de création. En discutant avec Ang Lee, ce dernier ne comprend plus très bien ces films, il n’y a pas de travail de réflexion de retour aux sources et seul le profit devient le critère de réussite d’un long métrage.
Selon moi, le plus important c’est de saisir les émotions humaines, de montrer où l’on grandit, où l’on vit. La Chine s’est ouverte et il y a tant à raconter, c’est vraiment dommage de céder au chant des sirènes occidentales.
Pourtant, vous avez produit Shanghai Triad de Zhang Yimou. Pouvez-vous également nous parler de votre rôle de producteur à Taiwan ?
Zhang Yimou et moi nous nous connaissions depuis longtemps, j’ai donc décidé d’être son producteur suite à un service rendu pour une personne chinoise impliquée dans le financement de la Cité des Douleurs.
Je lui avais déjà dit à l’époque mon profond désaccord sur son observation de la société et sa manière de l’exposer, mais ce n’était pas mon rôle d’interférer dans son travail et il a donc eu toutes les libertés possibles pour ce tournage.
Ce travail m’a permis de constater que la situation politique chinoise est bien différente de celle de Taiwan et d’observer Zhang Yimou à la tâche. Ce dernier sait bien exploiter l’ensemble de ses acteurs, notamment les personnages de second plan.
Concernant mon aide à la production. À Taiwan, je produis des films de jeunes cinéastes (NDLR : Reflections de Yao Hung-i) et leur donne le coup de pouce nécessaire dans la recherche de techniciens, dans l’organisation et la réflexion autour de leur projet. C’est mon devoir d’aider et développer le cinéma taiwanais.
Après Three Times qui peut être présenté comme un film-somme dans votre carrière, on peut se demander quelle direction vous emprunterez désormais. Seriez-vous tenté de réaliser un wu xia pian ou un film éminemment politique ?
Un wu xia pian oui !! C’est un rêve que je m’évertue à réaliser. J’ai toujours aimé les films de wu xia pian, mais j’ai encore d’autres projets dont un sur « les quatre sœurs de Hefei » de l’écrivain chinois Sheng Chongwen. J’aime beaucoup cet écrivain. Ses histoires, ses vérités sont d’une intelligence et d’une telle beauté, on se croirait devant un tableau de Picasso (rires).
Cependant, quels que soient mes projets cinématographiques, je serai toujours tourné vers les relations humaines. Aujourd’hui, je suis arrivé
à un niveau personnel de réalisation qu’il me sera difficile de dépasser, c’est pour cela que dans les années à venir, je vais chercher à tourner des longs métrages très différents de ce que j’ai pu faire jusqu’à présent.Mais vous savez, il faut me croire, même dans un wu xia pian il est possible de mettre en avant les relations sociales ! C’est vraiment dommage de ne pas voir dans ceux réalisés aujourd’hui où toute la magnificence visuelle n’est qu’une vitrine pour cacher un vide social abyssal.
J’aimerais aussi évoquer l’histoire et la vie de ces femmes comme le fut ma belle-mère, qui ont subi une politique répressive et où elles abandonnèrent de nombreux nouveaux nés au seuil d'une porte ou derrière une maison dans le caniveau. Ce serait une parabole cinématographique intéressante sur la difficulté de survivre dans l’évolution de la société taiwanaise et chinoise. Mais c’est aussi une idée relative au taoïsme, celle où la nature est « mère des Hommes », alors qu'aujourd'hui ce sont les hommes qui ont développé un environnement à leur image.
Vous voyez, à force de parler, mon destin ne pouvait être que celui de tourner des films sur la société ! (rires)
(NDLR : En 2008, Hou Hsiao-hsien a annoncé que son prochain film sera un wu xia pian.)
On peut noter un parallèle très intéressant dans votre filmographie : À vos débuts, vous réalisiez des films qui regardaient vers le passé, vers votre jeunesse comme les Garçons de Fengkuei, Un Eté chez grand père ou Un temps pour vivre un temps pour mourir. Aujourd'hui vous vous projetez dans l'avenir et sa jeunesse : Goodbye South Goodbye, Millennium Mambo, Café Lumière et la dernière partie de Three Times. En définitive, lorsque vous étiez jeune vous évoquiez votre jeunesse et maintenant que vous vieillissez vous vous tournez encore vers la jeunesse, mais ce n'est plus la vôtre (rires) !
(Rires) lorsque j'ai tourné les Garçons de Fengkuei, je pensais vraiment retranscrire ce que j'avais vécu à Fengkuei. Je me rappelle avoir pris 21 jours pour tourner ce film alors que ce dernier est resté plus de 45 jours dans les cinémas taiwanais !
Maintenant que j'ai la soixantaine, je m'aperçois que la jeunesse taiwanaise a changé. D'ailleurs avec l'âge je m'en éloigne de plus
en plus (rires) ! Cependant, j'y cherche toujours des aspérités qui vont m'inspirer. Cela a été le cas de Millennium Mambo où j'ai pris plus d'un an à suivre cette jeunesse pour connaître sa vie, ses aspirations, ses sentiments.Vous savez, c'est comme les feuilles de l'abricotier, j'en ai pris une dans chute pour montrer toutes celles qui l'accompagnent. Et voyez-vous, cette feuille, c'est ma raison d'exister. La vie de la jeunesse actuelle ne peut se définir par un style ou une perspective, car chacun la vit à sa manière. Mais les gens ne se gênent pas pour les juger. Ce n'est pas mon travail, je laisse ça à d'autres.
Tous vos longs métrages évoquent l'identité taiwanaise. Qu'est-ce que c'est d'être taiwanais aujourd'hui ?
Les vrais Taiwanais ont sept, voir huit mille ans d'histoire sur cette île. Le peuple Han du continent à migré dans la zone de la rivière Danshui, alors que dans le même temps Taiwan était devenu le refuge des pirates. Certains continentaux sont venus à Taiwan pour prospérer dans la vente de cornes de cerf, de médicaments chinois ou de thés. Ces commerces ont été pérennes jusqu'en 1895, date à laquelle les Japonais sont arrivés. Seulement vingt années avant cette annexion, Taiwan était devenue une province de la dynastie Qing où Liu Ming-chuan était alors le gouverneur. En 1920, Taipei fut désignée pour être la capitale de Taiwan. Avec l'échec du Guomindang sur le continent, celui-ci se réfugie sur l'île, sous le protectorat américain. Ce soutien indéfectible participera d'ailleurs à l'aggravation des relations soviétiques et américaines, et sera l'un des arguments de la guerre froide.
Ensuite, Taiwan n'a jamais clairement défini sa position avec la Chine continentale, d'où leurs relations extrêmement tendues, comme avec le Japon. Voilà ce que je connais de Taiwan.
Aujourd'hui, il y a des politiciens qui réfutent cela, alors que d'autres veulent un rapprochement avec le Japon. C'est difficile, nous sommes pris dans nos propres tenailles. C'est en ce point que nous réfléchissons à notre identité.
Dans mes films, j'essaye toujours de développer cela. La situation de Taiwan est la plus compliquée qui soit. Son histoire est devenue un moyen pour certaines personnes de justifier des politiques sournoises, pernicieuses plus particulièrement dans le rapprochement avec le Japon. Mais pour moi, il n'y a qu'une seule identité possible : celle des individus vivant honnêtement et sincèrement. Alors si je pouvais vous résumer l'identité taiwanaise, je le ferai volontiers, mais la situation est telle que ne se définit pas.
Damien Paccellieri
Février/octobre 2006
Février/octobre 2006
mardi 4 novembre 2008
Eat Drink Man Woman
Depuis la mort de sa femme, le vieux chef cuisinier Chu vit avec ses trois filles célibataires. Malgré le fait qu’il déplore le déclin de l’art culinaire à Taiwan, il prépare chaque dimanche à ses filles un magnifique repas. C’est le moment que choisissent ses enfants pour lui faire part des dernières nouvelles de leur vie. Jen, l’aînée, est institutrice et semble toute dévouée à son père. Chen est cadre dans une compagnie aérienne, ambitieuse et indépendante. Ning, la cadette, est amoureuse et fleur bleue. « Chu » qui, selon son habitude écoute ses filles passivement, leur réserve pourtant une surprise lors d’un grand repas dominical…
Capable de très belle réussite (Tigre et Dragon, Brockback Mountain) comme de moins belle (avez-vous dit Hulk ?), Ang Lee a sillonné les rivages cinématographiques du mélo jusqu’aux côtes du blockbuster.
Avec Eat Drink Man Woman (Salé Sucré), le cinéaste touche à la famille taiwanaise et aux mœurs évolutives de cette île, qui avec les années 80, s’est fortement américanisée. Dans ce long métrage, le réalisateur s’épanche principalement sur la vie sentimentale d’un homme alors que ces filles commencent justement à la bâtir.
Le film s’ouvre sur une scène impressionnante de préparation culinaire où le vieil homme, très grand cuisinier, prépare avec amour et délicatesse les mets les plus exquis pour ses filles.
Chen, sa deuxième fille, compte s’insta
ller dans un nouvel immeuble grand luxe. Celle-ci aime mener des discussions avec ses deux autres sœurs autour de leur avenir lorsque leur père est absent.Ce dernier, appelé d’urgence dans un grand restaurant, doit remplacer le chef indisponible pour préparer le banquet d’un grand mariage.
Dans le même temps, sa voisine (Sylvia Chang) a de grandes difficultés dans la résolution de son divorce et serait peut-être pour lui une nouvelle opportunité de refaire sa vie…
Voilà donc en quelques phrases la situation épicée d’une famille mono parentale hyperactive pour laquelle chaque jour est une nouvelle aventure.
Ang Lee arrive dans ce foisonnement social à nous communiquer des valeurs essentielles et à mener un fil de discussion autour de la vie d’un père de famille isolé, patriarche d’une progéniture projetée dans l’avenir économique taiwanais florissant.
On remarque au passage, une fois n’est pas coutume dans les portraits sociaux des cinéastes taiwanais, une relation distendue entre les personnes âgées et la jeunesse en pleine ébullition.
Cette dernière est sans surprise une grande utilisatrice de scooter, engin à 2 roues le plus utilisé à Taiwan de par son coût et sa capacité à se faufiler dans les nœuds du trafic urbain.
Celle-ci est aussi mise en exposition par la destinée des trois filles de Mr Chu donnant un bref aperçue du développement social et économique de toute une frange de la population d’antan.
D’un autre côté, leur papa joué par W
inston Chao (grand acteur), représente plutôt la tradition, la culture via son don culinaire et la mansuétude pour la petite Chan Chan dont il prépare le déjeuner chaque jour. Mais Mr Chu transgressera l’ordre des choses en se choisissant une femme bien plus jeune que lui affirmant bien l’évolution des mœurs et la capacité d’adaptation de cet homme âgé dans les évolutions sociales du présent. Ses filles ne comprendront pas son choix, elles qui pourtant étaient si proches des nouvelles tendances sociétales de l’île.Dans cette myriade de comportements, Ang Lee manie avec délicatesse humour et moments d’intimités, voir de fragilité. De cette scène où Mr Chu prend l’ascenseur à l’hôpital sous les yeux de sa fille le croyant vaciller vers la grande faucheuse à ces petits instants où le cinéphile apprendra énormément sur les rites funéraires comme sur l’utilisation des médicaments dans la cuisine chinoise, Ang Lee ne perd pas une goutte d’intensité cinématographique.
Il va même jusqu’à côtoyer la philosophie en rapportant que tout plat a une signification particulière et que les besoins essentiels des humains sont, comme pour le titre anglais du film, « Manger, Boire, Homme et Femme ».
En y réfléchissant bien, cette pensée était au cœur de toutes les thématiques du long métrage.
Ang Lee réussit ainsi, dans une pléiade de scènes de vies taiwanaise, à tracer les lignes d’un changement psychologique profond dont les sources se trouvent dans le creuset des temps économiques et sociologiques de l’époque.Une œuvre complète, dont la saveur reste d’une grande onctuosité, et ce, malgré les années. À voir et à revoir.
Damien Paccellieri
lundi 3 novembre 2008
La Montre
La Montre de Huang Zuolin, 1949Avec Zhao Qiansun, Cheng Zhi, Shen Yang
Xiao Niu, un jeune garçon sans le sou, se lie d'amitié avec la fille d'un horloger. Par péché ou par tentation, Xiao Niu vole la montre d'un bourgeois et sous-estime alors les conséquences de son acte.
Produit par les studios de la Wenhua, La Montre est le troisième long métrage de Huang Zuolin après la Dot en carton (1947) et les Bas Fonds, réalisés tous deux la même année.
Ce cinéaste méconnu restera dans le milieu du cinéma jusqu'à la fin des années 70 et signera un épisode cinématographique de San Mao avec San Mao apprend un métier en 1958.
Pour la Montre, Huang Zuolin, nous invite à regarder de plus près la vie de ces enfants pauvres de Shanghai dont Xiao Niu (petit boeuf) est un parfait exemple. Avec ses amis d'infortune, Xiao Niu tente de survivre du mieux qu'il peut. Jusqu'au jour où il rencontre une jeune fille, Cui Cui, dont le grand-père répare des montres. Parmi celles-ci, une montre de bourgeois attire l'attention et suscite le désir de Xiao Niu. Malgré son amitié pour Cui Cui, le jeune garçon vole cet objet de luxe et prend la poudre d'escampette.
Les conséquences de ce vol sont catastrophiques pour le grand-père. Pendant ce temps, Xiao Niu est à l'origine d'une rixe avec ses amis, qui l'amène au bureau de police, lequel l'envoie dans un centre de rééducation pour trouble à l'ordre public...
1949, une date fatidique pour le cinéma de Shanghai. La politique va dorénavant s'immiscer dans le septième art pour en faire un outil essentiel à l'éducation des masses.
La Montre n'évite pas ce vent de propagande tout comme San Mao, le Vagabond nous en avait donné un aperçu dans son chapitre final. Si la première séquence sur le vol de la montre est assurément cinématographique, les autres sont déployés pour politiser le long métrage.
Devant la police, Xiao Niu nous explique sa misérable vie menée en solitaire depuis de nombreuses années avec ses amis du même âge. C'est une forte symbolique de l'enfant seul face à une société cruelle et bourgeoise. D'ailleurs, cette bourgeoisie est pointée du doigt dans le même commissariat où elle s'arrange avec la police, ayant outrepassé les lois en vigueur.
Cette double estocade, sublimement mise en scène, va devenir un appel au communisme avec l'envoi de Xiao Niu en rééducation. De bon aloi, le réalisateur enrichit de douceur et de moment d'humour le développement de son long métrage, mais il provoque une césure évidente où l'on oublie les raisons de l'envoi en centre de rééducation pour se concentrer sur la vie en collectivité d'une sorte « d'école de la vie ».
On passe ainsi de la misérable solitude de Xiao Niu à une collectivité d'enfants et de professeurs solidaire. Cet angélisme où Huang Zuolin s'enferme peu à peu est une conception politisée avec une prééminence sur les cantines collectives et l'idéologie de « tous ensemble pour avancer ».
Malgré la scénarisation d'un cadre véreux (encore une image d'égoïsme et d'individualisme), d'un directeur naïf, mais généreux, et d'un professeur enseignant les bonnes manières aux désoeuvrés, l'idéalisme collectif, thème cher à la mouvance communiste d'après-guerre (1945-1949) nous rappelle les bisbilles existant entre le parti arrivant au pouvoir et certaines
réalisations.
Dans la scène finale où Xiao Niu, l'oeil humide, ressasse ses erreurs et apporte sa bénédiction au collectivisme, Huang Zuolin constitue un pamphlet, un parti pris réduisant gravement le champ cinématographique du long métrage.
En somme, La Montre sonne l'heure du changement social, de l'ordre moral, mais reste toutefois d'un certain intérêt pour ceux qui souhaitent comprendre 1949, cette année où tout a changé.
Xiao Niu, un jeune garçon sans le sou, se lie d'amitié avec la fille d'un horloger. Par péché ou par tentation, Xiao Niu vole la montre d'un bourgeois et sous-estime alors les conséquences de son acte.
Produit par les studios de la Wenhua, La Montre est le troisième long métrage de Huang Zuolin après la Dot en carton (1947) et les Bas Fonds, réalisés tous deux la même année.
Ce cinéaste méconnu restera dans le milieu du cinéma jusqu'à la fin des années 70 et signera un épisode cinématographique de San Mao avec San Mao apprend un métier en 1958.
Pour la Montre, Huang Zuolin, nous invite à regarder de plus près la vie de ces enfants pauvres de Shanghai dont Xiao Niu (petit boeuf) est un parfait exemple. Avec ses amis d'infortune, Xiao Niu tente de survivre du mieux qu'il peut. Jusqu'au jour où il rencontre une jeune fille, Cui Cui, dont le grand-père répare des montres. Parmi celles-ci, une montre de bourgeois attire l'attention et suscite le désir de Xiao Niu. Malgré son amitié pour Cui Cui, le jeune garçon vole cet objet de luxe et prend la poudre d'escampette.
Les conséquences de ce vol sont catastrophiques pour le grand-père. Pendant ce temps, Xiao Niu est à l'origine d'une rixe avec ses amis, qui l'amène au bureau de police, lequel l'envoie dans un centre de rééducation pour trouble à l'ordre public...
1949, une date fatidique pour le cinéma de Shanghai. La politique va dorénavant s'immiscer dans le septième art pour en faire un outil essentiel à l'éducation des masses.La Montre n'évite pas ce vent de propagande tout comme San Mao, le Vagabond nous en avait donné un aperçu dans son chapitre final. Si la première séquence sur le vol de la montre est assurément cinématographique, les autres sont déployés pour politiser le long métrage.
Devant la police, Xiao Niu nous explique sa misérable vie menée en solitaire depuis de nombreuses années avec ses amis du même âge. C'est une forte symbolique de l'enfant seul face à une société cruelle et bourgeoise. D'ailleurs, cette bourgeoisie est pointée du doigt dans le même commissariat où elle s'arrange avec la police, ayant outrepassé les lois en vigueur.
Cette double estocade, sublimement mise en scène, va devenir un appel au communisme avec l'envoi de Xiao Niu en rééducation. De bon aloi, le réalisateur enrichit de douceur et de moment d'humour le développement de son long métrage, mais il provoque une césure évidente où l'on oublie les raisons de l'envoi en centre de rééducation pour se concentrer sur la vie en collectivité d'une sorte « d'école de la vie ».On passe ainsi de la misérable solitude de Xiao Niu à une collectivité d'enfants et de professeurs solidaire. Cet angélisme où Huang Zuolin s'enferme peu à peu est une conception politisée avec une prééminence sur les cantines collectives et l'idéologie de « tous ensemble pour avancer ».
Malgré la scénarisation d'un cadre véreux (encore une image d'égoïsme et d'individualisme), d'un directeur naïf, mais généreux, et d'un professeur enseignant les bonnes manières aux désoeuvrés, l'idéalisme collectif, thème cher à la mouvance communiste d'après-guerre (1945-1949) nous rappelle les bisbilles existant entre le parti arrivant au pouvoir et certaines
réalisations.Dans la scène finale où Xiao Niu, l'oeil humide, ressasse ses erreurs et apporte sa bénédiction au collectivisme, Huang Zuolin constitue un pamphlet, un parti pris réduisant gravement le champ cinématographique du long métrage.
En somme, La Montre sonne l'heure du changement social, de l'ordre moral, mais reste toutefois d'un certain intérêt pour ceux qui souhaitent comprendre 1949, cette année où tout a changé.
Damien Paccellieri























