vendredi 31 octobre 2008
Hu Jie et le Monde Chinois
La revue le Monde Chinois (aux Éditions Choiseul) a publié un numéro dont une grande partie est réservée aux réalisateurs de documentaires chinois comme Hu Jie et Ai Xiaoming que nous avons pu (re) découvrir lors du festival Shadows.Judith Pernin, co-directrice de Shadows, y propose les témoignages de ces cinéastes (dont une très intéressante interview de Wu Wenguang) tout en évoquant dans un article les partis pris, l'engagement du festival sur certaines thématiques chinoises.
La deuxième partie de la revue porte sur les affres du maoïsme, en Chine, comme au Cambodge, mais également en France où lors de la révolution culturelle, beaucoup d'intellectuels français se félicitaient de ce mouvement idéologique, alors que peu d'entre eux connaissaient ses applications pragmatiques qui ont conduit la Chine au bord du gouffre.
D'ailleurs ces mêmes personnes sont celles qui aujourd'hui « font la loi » en France sur la manière de penser la Chine.
C'est donc avec un grand intérêt que je salue le travail d'une revue qui mériterait d'être connu davantage. Le prix et la couverture (un classicisme déprimant) pourront vous paraître dissuasifs, mais le Monde Chinois propose un contenu riche et un supplément pour ce numéro des plus réflexifs : « Ne pleurez pas sur mon cadavre... », un documentaire de Hu Jie, afin de saisir la démarche de ces réalisateurs plongés dans l'ombre du drapeau rouge serti d'étoiles.
Le sommaire de la revue (pdf)
MàJ du 23/11/2008 : Le Monde Chinois a connu pour ce numéro quelques pérégrinations avec le caviardage de l'article écrit par Francis Deron dont vous pouvez retrouver les impressions dans cet article. Il existe donc deux versions du Monde Chinois, et ce, à notre plus grand regret.
Damien Paccellieri
mercredi 22 octobre 2008
Festival Shadows - Dans l'ombre du cinema chinois...
Ce titre en forme de clin d'oeil à de nombreuses références, n'en est finalement pas un, puisqu'il dessine à mon sens parfaitement le sillon de cette manifestation cinématographique.En effet, le festival Shadows aura démontré en l'espace de quelques jours, toute la vitalité qui bouillonne derrière le grand rideau de la scène cinématographique chinoise, animée aujourd'hui par une industrialisation, importante et par quelques cinéastes connus soit, en Chine, ou à l'étranger, mais rarement dans les deux à la fois. Cette scène en ébullition, signe d'une soif d'expression artistique et sociale, est défendue et revendiquée par des documentaristes tels que Hu Jie, Ai Xiaoming, Wu Wenguang et bien d'autres que l'on ne peut pas et ne doit pas négliger, car ils sont de véritables progressistes et amènent la Chine à changer de visage.
Ceux là, considérés comme de réels artistes indépendants (économiquement, politiquement et souvent aussi artistiquement), tentent à leur manière de dévoiler toutes ces facettes qui démontrent une certaine injustice ou un dysfonctionnement dans le système chinois. Pour ces raisons, ils ne sont pas ou peu appréciés par les autorités. Un proverbe
chinois dit « pour ne pas montrer le trou d'un vêtement, adosse-toi au mur », résumant parfaitement la difficulté pour la société chinoise de se regarder telle qu'elle est sans avoir peur de montrer ses côtés les plus sombres. Mais au fond, quelle société revendiquerait avec fierté ses défauts ? Certainement aucune. Cependant, cela ne doit pas être un passe-droit ; celui de ne pouvoir ouvertement réfléchir à des situations sociales différemment que la « positive attitude » des télévisions chinoises. C'est en cela que le Festival Shadows a sa légitimité : il nous ouvre les yeux sur des hommes et des femmes qui ont des décidés à leurs risques et périls de sortir des sentiers battus, des circuits officiels pour s'exprimer sur des sujets aussi sensibles que l'expropriation de paysans, la responsabilité du gouvernement chinois dans les années folles de la révolution culturelle (mettant à mal la légitimité du système communiste fondée sur les socles maoïstes), les différents scandales d'une société dont la morale relève parfois d'un « marche ou crève », où les politiciens de certaines localités ne respectent par la hiérarchie pékinoise et n'ont aucun scrupule pour abuser de leurs pouvoirs, etc.
On apprécie donc ce rendez-vous automnal aux Voûtes (dans le 13e arrondissement de Paris) pour cet espace d'expression offert à des « messagers » dans le besoin de transmettre, de partager, d'échanger sur le devenir de leur société. Certains spectateurs se sont toutefois posé la question sur l'appellation du festival concernant le« cinéma indépendant chinois » alors qu'il s'agit plutôt en grande partie d'œuvres documentaires ou artistiques loin du cadre et des standards cinématographiques que l'on connaît.La deuxième interpellation m'est venue d'une Chinoise qui avait, je le pense, sans doute raison. En effet, cette dernière s'était épanchée sur la sélection et avait le sentiment que, sans le faire exprès, cette programmation était militante, partiale, critique, parfois jusqu'au recueil de doléances. Peut-être est-ce tout simplement l’« indépendance » audiovisuelle dans le cadre d'un pays comme la Chine qui devient un geste militant à lui seul et donne ainsi une griffe virulente, oubliant les aspects positifs sur les évolutions chinoises des dernières années.
Mais ces quelques réflexions ne ternissent en rien tous les efforts de cette deuxième édition qui, je l'espère, portera ses fruits dans les années , les mois qui viennent. Sensibiliser l'opinion sur ce t immense territoire aux multiples visages n'a jamais été une mission facile. Et c'est celle-ci que porte avec courage ce festival en devenir...
Damien Paccellieri
lundi 20 octobre 2008
Apres Midi Cinema Chinois par l'Inalco

Projection exceptionnelle des deux films chinois primés par l’INALCO au Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul 2008 le 15 novembre 2008 de 14 heures jusqu’à 20 heures à l'Université PARIS-DAUPHINE amphithéâtre 8, Métro Porte Dauphine Paris XVIe.
Les Moissons Pourpres de Cai Shangjun, prix du jury INALCO -Séance à 14h-
Le Vieux Barbier de Hasichaolu, Coup de Cœur du jury INALCO et Cyclo d’or du festival -Séance à 16h30-
Les films seront suivis d’un débat en présence des spécialistes enseignants chercheurs : Marie Bizais, professeur de chinois à l’ENS Lyon - Sébastien Colin, professeur enseignant la géographie de la Chine à l’INALCO - Agnès Gaudu, journaliste au Courrier International (sous réserve) - Damien Paccellieri, Chinacinema.fr - Hélène Beguin, urbaniste.
Alors venez nombreux !!!!
Les Moissons Pourpres de Cai Shangjun, prix du jury INALCO -Séance à 14h-
Le Vieux Barbier de Hasichaolu, Coup de Cœur du jury INALCO et Cyclo d’or du festival -Séance à 16h30-
Les films seront suivis d’un débat en présence des spécialistes enseignants chercheurs : Marie Bizais, professeur de chinois à l’ENS Lyon - Sébastien Colin, professeur enseignant la géographie de la Chine à l’INALCO - Agnès Gaudu, journaliste au Courrier International (sous réserve) - Damien Paccellieri, Chinacinema.fr - Hélène Beguin, urbaniste.
Alors venez nombreux !!!!
Damien Paccellieri
samedi 18 octobre 2008
Triste nouvelle...
Je viens d'apprendre par la presse chinoise, la disparition de Xie Jin à l'âge de 85 ans (1923-2008). Les raisons de son décès reste encore confuses. Après avoir été opéré pour la mise en place d'un pacemaker, Xie Jin est allé à une soirée (pour les 100 ans du collège où il fut étudiant à Shangyu, sa ville natale) ave
c des amis dans un hôtel-restaurant. Ils y ont passé toute la nuit et ont apparemment consommé de l'alcool. Le réalisateur s'est endormi, et ne s'est plus réveillé. Il a été retrouvé mort au petit matin. Ce cinéaste de la troisième génération (de 1949 à 1976), certainement le plus grand cinéaste de l'histoire de la cinématographie chinoise, décrypta dans ses films les phénomènes sociaux , sentimentaux de son époques tout en gardant d'excellentes relations avec l'appareil politique d'alors. Il fut d'ailleurs l'un des seuls réalisateurs à être autorisé à tourner pendant la révolution culturelle.
c des amis dans un hôtel-restaurant. Ils y ont passé toute la nuit et ont apparemment consommé de l'alcool. Le réalisateur s'est endormi, et ne s'est plus réveillé. Il a été retrouvé mort au petit matin. Ce cinéaste de la troisième génération (de 1949 à 1976), certainement le plus grand cinéaste de l'histoire de la cinématographie chinoise, décrypta dans ses films les phénomènes sociaux , sentimentaux de son époques tout en gardant d'excellentes relations avec l'appareil politique d'alors. Il fut d'ailleurs l'un des seuls réalisateurs à être autorisé à tourner pendant la révolution culturelle.
Xie Jin laisse derrière lui des films comme La Basketteuse No.5 (1957), Le détachement féminin rouge (1961), Le grand Li, le petit Li, le vieux Li (1962) Les soeurs de scène (1965), La légende de la montagne Tianyun (1980), The Herdsman (1982), Hibiscus Town (1986) et encore The Opium War (1997), qui sont autant de classiques du cinéma chinois. Il débuta sa carrière en 1948 comme assistant du cinéaste Wu Renzhi.
C'est une page du cinéma chinois qui se tourne définitivement, lui qui était encore l'un des grands représentants du cinéma de cette époque (avec Xie Tieli). J'avais fait le souhait de pouvoir m'entretenir avec lui lors de mon prochain passage à Pékin. Il repose désormais en paix avec les plus grands de son époque.Pour mieux le connaître :
Lien vers la page du site Sina dédié à Xie Jin
Citation de Xie Jin en 1988 :
"Je crois profondément qu’un bon film est investi par la passion majeure du metteur en scène; il est la cristallisation des qualités morales et de l’accomplissement de l’artiste, il est aussi le brasier où se consume une vie. En ce qui me concerne, j’aspire, en toute innocence, à offrir de la beauté à mon pays, à mon peuple, à tous les hommes."
mercredi 15 octobre 2008
A Warm Winter
A Warm Winter de Wu Tiange, 2003Avec Wang Xuebing, Wang Ji
Un policier suspecte une femme de revoir son mari recherché par la police. Commence alors une planque interminable où cet agent de la loi tombe peu à peu sous le charme de cette femme mystérieuse...
Wu Tiange, que l'on ramène un peu trop souvent à la caricature du « fils de » Wu Yigong, éminent cinéaste de la quatrième génération, est aussi un réalisateur talentueux et nous le prouve en partie avec Warm Winter. Sous le couvert d'un film policier, Wu Tiange érige une émouvante relation sentimentale entre un policier et sa proie. Cette femme, mariée à un hors la loi, n' a plus aucune nouvelle de lui, mais ce dernier pourrait revenir à tout moment dans leur appartement.
Le policier, interprété par Wang Xuebing , est un jeune homme dont la vie n'a rien de palpitant, si ce n'est son métier. Célibataire et viv
otant avec les photos de ses surveillances sur les murs de son appartement, il semble voué à la tristesse.
Mais cette carapace se fissure lorsqu'il enquête sur cette femme dont il se rapproche de plus en plus.
La femme, sous les traits de Wang Ji, le respecte même s'il la surveille parfois avec excès.
Cela en devient même un jeu, un cache-cache.
Pris dans les tenailles de ses sentiments et de son travail de policier, le jeune homme est sommé de réagir. Mais de quelle manière ?
Wu Tiange nous offre dans un long métrage sentimentaliste toutes ces sensations amoureuses et ces petits gestes qui savent embraser nos coeurs. Dans une danse cinématographique qu'il maîtrise à la perfection, le réalisateur exploite de
nombreux plans détaillés, entrecoupés, ralentis et rapprochés. Il développe avec un grand naturel la naissance d'un amour entre un jeune policier et une femme bien plus mûre que lui. Ce n'est pas une tâche aisée notamment lorsqu'on connaît la société chinoise et ses regards braqués sur ces différences.
Sur ce point, Wu Tiange opère de manière tout à fait intelligente et développe une sensibilité singulière.
Cependant, le cinéaste s'effondre complètement en fin de long métrage avec une longue séquence policière caricaturale, digne des séries américaines des années 80. Cela en est tellement navrant, que l'on a du mal à y croire, tant le film surprend par sa qualité si ce n'est cette dernière partie. On en vient même à en rire malgré la tragédie en arrière-plan.
Warm Winter n'est donc qu'une réussite partielle. Sa représentation sentimentale, ses plans cinématographiques et ses deux acteurs principaux, parfaits dans leurs compositions, sont de nombreux atouts qui susciteront la curiosité du spectateur.
Mais n'y cherchez pas un film d'action, car sur ce sujet, la déception serait immense...
Un policier suspecte une femme de revoir son mari recherché par la police. Commence alors une planque interminable où cet agent de la loi tombe peu à peu sous le charme de cette femme mystérieuse...
Wu Tiange, que l'on ramène un peu trop souvent à la caricature du « fils de » Wu Yigong, éminent cinéaste de la quatrième génération, est aussi un réalisateur talentueux et nous le prouve en partie avec Warm Winter. Sous le couvert d'un film policier, Wu Tiange érige une émouvante relation sentimentale entre un policier et sa proie. Cette femme, mariée à un hors la loi, n' a plus aucune nouvelle de lui, mais ce dernier pourrait revenir à tout moment dans leur appartement.
Le policier, interprété par Wang Xuebing , est un jeune homme dont la vie n'a rien de palpitant, si ce n'est son métier. Célibataire et viv
otant avec les photos de ses surveillances sur les murs de son appartement, il semble voué à la tristesse.Mais cette carapace se fissure lorsqu'il enquête sur cette femme dont il se rapproche de plus en plus.
La femme, sous les traits de Wang Ji, le respecte même s'il la surveille parfois avec excès.
Cela en devient même un jeu, un cache-cache.
Pris dans les tenailles de ses sentiments et de son travail de policier, le jeune homme est sommé de réagir. Mais de quelle manière ?
Wu Tiange nous offre dans un long métrage sentimentaliste toutes ces sensations amoureuses et ces petits gestes qui savent embraser nos coeurs. Dans une danse cinématographique qu'il maîtrise à la perfection, le réalisateur exploite de
nombreux plans détaillés, entrecoupés, ralentis et rapprochés. Il développe avec un grand naturel la naissance d'un amour entre un jeune policier et une femme bien plus mûre que lui. Ce n'est pas une tâche aisée notamment lorsqu'on connaît la société chinoise et ses regards braqués sur ces différences.Sur ce point, Wu Tiange opère de manière tout à fait intelligente et développe une sensibilité singulière.
Cependant, le cinéaste s'effondre complètement en fin de long métrage avec une longue séquence policière caricaturale, digne des séries américaines des années 80. Cela en est tellement navrant, que l'on a du mal à y croire, tant le film surprend par sa qualité si ce n'est cette dernière partie. On en vient même à en rire malgré la tragédie en arrière-plan.
Warm Winter n'est donc qu'une réussite partielle. Sa représentation sentimentale, ses plans cinématographiques et ses deux acteurs principaux, parfaits dans leurs compositions, sont de nombreux atouts qui susciteront la curiosité du spectateur.Mais n'y cherchez pas un film d'action, car sur ce sujet, la déception serait immense...
Damien Paccellieri
dimanche 12 octobre 2008
The old Barber
Le Vieux Barbier (The Old Barber) de Hasichaolu, 2006Tourné avec des acteurs non profesionnels
"Oncle Jing" est un vieil homme de 93 ans, barbier depuis plus de 80 ans. Il vit seul et tranquille dans les vieux quartiers de Pékin, qu’il voit peu à peu disparaître. Malgré son âge, il enfourche chaque jour son tricycle et se rend chez ses anciens clients, les rase ou joue aux cartes, tout en échangeant les dernières nouvelles et des souvenirs communs. Rentré chez lui, il est obsédé par la vieille horloge qu'il possède depuis sa naissance mais qui retarde toujours de 5 minutes. Son principal espoir est que chacun, y compris lui même, sorte de ce monde comme il est y entré: propre et pur.
Il sait qu’il peut mourir à tout instant et s’y prépare paisiblement et dignement, sans vouloir déranger personne.
Ce film, où monsieur Jing joue son propre rôle, est une sorte de documentaire-fiction, qui nous fait ressentir la vie simple d’un passé récent, dans une ville qui se déshumanise et se modernise frénétiquement, en prévision des Jeux Olympiques.
Que peut-on dire de The Old Barber ? Qu'il faut le voir, simplement ? Oui, cela suffit pour comprendre que ce film chinois est l’un des meilleurs de ces deux dernières années. Parfaite alchimie entre la vie réelle d’un vieux barbier de 93 ans et sa mise en pellicule, The Old Barber témoigne des qualités actuelles du septième art chinois tout comme il pose les fondements d’une réflexion sur l’évanescence d’une génération et de ses traditions.
Pourtant, rien n’était joué d’avance, car le long métrage eut toutes les peines du monde à trouver des partenaires financiers, enfantant d’une situation entre autoproduction et participation de petits producteurs.
Hasichaolu, le réalisateur, fit preuve d’une inébranlable persévérance pour réussir à concrétiser son projet.
À la base de ce dernier, un vieil homme, qui depuis plus de 80 ans, taille la barbe et coupe les cheveux de ces messieurs, ses clients. Dans un Pékin traditionnel en voie de disparition, où certains hutongs ne sont plus que des souvenirs précieux, l’Oncle Jing, comme on l’appelle dans son quartier, porte les stigmates du temps et des souvenirs s’effaçant tout doucement de la mémoire collective.
Qui se souvient de ces petits métiers, de ces rites séculaires, si ce n’est ces personnes âgées progressivement cueillies par la grande fauche et oubliés de la jeune génération ?
The Old Barber est tout cela et bien plus : il scelle en un film une époque révolue qui laisse sa place aux nouvelles générations insouciantes de leurs passés. Toutefois cette oeuvre éveille un brin d’optimisme dans la grande solidarité des personnes âgées, habitant ces maisons aux briques grises si serrées les unes des autres que rien ne passe inaperçu — un mélange de bienveillance, de curiosité, et de communisme à la chinoise.
Le long métrage offre également ce regard indélébile que pose l’Oncle Jing sur sa condition, son environnement et la disparition de ses amis.
D’une approche épisodique et cyclique — à l’image de la vie, par ses évolutions et ses circonvolutions, ses temps d’inactivités et ses spasmes, ses précieux et futiles moments, Hasichaolu signe un film sans égal, munificent, essentiel à cette thématique si présente dans nos sociétés.
C’est la première fois que je me propose de faire aussi court pour un long métrage tant aimé, certainement parce que The Old Barber se suffit à lui-même, et n’a point besoin d’un piédestal pour le valoriser.
"Oncle Jing" est un vieil homme de 93 ans, barbier depuis plus de 80 ans. Il vit seul et tranquille dans les vieux quartiers de Pékin, qu’il voit peu à peu disparaître. Malgré son âge, il enfourche chaque jour son tricycle et se rend chez ses anciens clients, les rase ou joue aux cartes, tout en échangeant les dernières nouvelles et des souvenirs communs. Rentré chez lui, il est obsédé par la vieille horloge qu'il possède depuis sa naissance mais qui retarde toujours de 5 minutes. Son principal espoir est que chacun, y compris lui même, sorte de ce monde comme il est y entré: propre et pur.
Il sait qu’il peut mourir à tout instant et s’y prépare paisiblement et dignement, sans vouloir déranger personne.
Ce film, où monsieur Jing joue son propre rôle, est une sorte de documentaire-fiction, qui nous fait ressentir la vie simple d’un passé récent, dans une ville qui se déshumanise et se modernise frénétiquement, en prévision des Jeux Olympiques.
Que peut-on dire de The Old Barber ? Qu'il faut le voir, simplement ? Oui, cela suffit pour comprendre que ce film chinois est l’un des meilleurs de ces deux dernières années. Parfaite alchimie entre la vie réelle d’un vieux barbier de 93 ans et sa mise en pellicule, The Old Barber témoigne des qualités actuelles du septième art chinois tout comme il pose les fondements d’une réflexion sur l’évanescence d’une génération et de ses traditions.Pourtant, rien n’était joué d’avance, car le long métrage eut toutes les peines du monde à trouver des partenaires financiers, enfantant d’une situation entre autoproduction et participation de petits producteurs.
Hasichaolu, le réalisateur, fit preuve d’une inébranlable persévérance pour réussir à concrétiser son projet.
À la base de ce dernier, un vieil homme, qui depuis plus de 80 ans, taille la barbe et coupe les cheveux de ces messieurs, ses clients. Dans un Pékin traditionnel en voie de disparition, où certains hutongs ne sont plus que des souvenirs précieux, l’Oncle Jing, comme on l’appelle dans son quartier, porte les stigmates du temps et des souvenirs s’effaçant tout doucement de la mémoire collective.Qui se souvient de ces petits métiers, de ces rites séculaires, si ce n’est ces personnes âgées progressivement cueillies par la grande fauche et oubliés de la jeune génération ?
The Old Barber est tout cela et bien plus : il scelle en un film une époque révolue qui laisse sa place aux nouvelles générations insouciantes de leurs passés. Toutefois cette oeuvre éveille un brin d’optimisme dans la grande solidarité des personnes âgées, habitant ces maisons aux briques grises si serrées les unes des autres que rien ne passe inaperçu — un mélange de bienveillance, de curiosité, et de communisme à la chinoise.
Le long métrage offre également ce regard indélébile que pose l’Oncle Jing sur sa condition, son environnement et la disparition de ses amis.D’une approche épisodique et cyclique — à l’image de la vie, par ses évolutions et ses circonvolutions, ses temps d’inactivités et ses spasmes, ses précieux et futiles moments, Hasichaolu signe un film sans égal, munificent, essentiel à cette thématique si présente dans nos sociétés.
C’est la première fois que je me propose de faire aussi court pour un long métrage tant aimé, certainement parce que The Old Barber se suffit à lui-même, et n’a point besoin d’un piédestal pour le valoriser.
Damien Paccellieri
vendredi 3 octobre 2008
Conference à l'Université de Genève sur le cinéma chinois
Bonjour à tous,
Je tiendrai une conférence sur le cinéma chinois "de 1949 à nos jours" à l'université de Genève le 8 octobre 2008. Alors si vous êtes Suisse ou de passage dans la région, faites escale pour que nous découvrons ensemble l'histoire de ce septième art si passionnant.
En fin de conférence, le documentaire "à l'intérieur du cinéma chinois" sera projeté.
Plus d'informations : www.unige.ch
En fin de conférence, le documentaire "à l'intérieur du cinéma chinois" sera projeté.
Plus d'informations : www.unige.ch
Cordialement,
Damien Paccellieri
Damien Paccellieri
PS: la chanson du jour -> William Sheller "Genève"

















