vendredi 11 juillet 2008
A L'interieur du cinema chinois
À l'intérieur du cinéma chinoisDe Stéphane Bergouhioux et Jean-Marie Nizan, 2008
Documentaire
Par la rencontre d'acteurs et l'exploration des lieux essentiels au cinéma chinois d'aujourd'hui, ce documentaire au format 52 minutes (et même un peu plus) propose à ses spectateurs de partir sur les traces d'un septième art à l'aube de belles années.
Son incursion dans les couloir
s inspirés de l'Académie de Cinéma de Pékin nous amène à croiser de jeunes étudiants de diverses disciplines dont nous partageons quelques minutes de leurs vies dans cette enceinte si particulière qui forme la très grande majorité des professionnels du cinéma en Chine. Leurs espoirs, leurs travaux et leurs motivations sont les socles de l'avenir de cette industrie. Ils ont pour mission de faire briller leur académie et de construire le cinéma chinois du 21e siècle.
Mais les contraintes existent et le témoignage des réalisateurs comme Li Yu, Li Yang, Lu Chuan amarrent leurs rêves estudiantins à la pesanteur de la réalité qui ne permet pas encore une totale liberté d'expression. Ils comprennent et assimilent cela, en raison du développement moral de la société chinoise et des efforts encore à faire d'ici les prochaines années. On s'étonnera cependant de l'exemple ubuesque de la flaque d'eau sale, une raison de censure bien inutile et ridicule pour le bureau du cinéma.
Ainsi à l'intérieur du c
inéma chinois de Stéphane Bergouhioux et Jean-Marie Nizan condense assez brillamment dans une contrainte de format télévisuel, toute l'énergie d'un cinéma chinois qui vient à peine de comprendre (depuis moins d'une dizaine d'années) ses forces et ses faiblesses.
À découvrir, en espérant de nouvelles diffusions et une utilisation plus importante de ce documentaire sur un sujet inexhaustible.
Par la rencontre d'acteurs et l'exploration des lieux essentiels au cinéma chinois d'aujourd'hui, ce documentaire au format 52 minutes (et même un peu plus) propose à ses spectateurs de partir sur les traces d'un septième art à l'aube de belles années.
Son incursion dans les couloir
s inspirés de l'Académie de Cinéma de Pékin nous amène à croiser de jeunes étudiants de diverses disciplines dont nous partageons quelques minutes de leurs vies dans cette enceinte si particulière qui forme la très grande majorité des professionnels du cinéma en Chine. Leurs espoirs, leurs travaux et leurs motivations sont les socles de l'avenir de cette industrie. Ils ont pour mission de faire briller leur académie et de construire le cinéma chinois du 21e siècle.Mais les contraintes existent et le témoignage des réalisateurs comme Li Yu, Li Yang, Lu Chuan amarrent leurs rêves estudiantins à la pesanteur de la réalité qui ne permet pas encore une totale liberté d'expression. Ils comprennent et assimilent cela, en raison du développement moral de la société chinoise et des efforts encore à faire d'ici les prochaines années. On s'étonnera cependant de l'exemple ubuesque de la flaque d'eau sale, une raison de censure bien inutile et ridicule pour le bureau du cinéma.
Ainsi à l'intérieur du c
inéma chinois de Stéphane Bergouhioux et Jean-Marie Nizan condense assez brillamment dans une contrainte de format télévisuel, toute l'énergie d'un cinéma chinois qui vient à peine de comprendre (depuis moins d'une dizaine d'années) ses forces et ses faiblesses.À découvrir, en espérant de nouvelles diffusions et une utilisation plus importante de ce documentaire sur un sujet inexhaustible.
Damien Paccellieri
Dam Street
Dam Street de Li Yu, 2005Liu Yi, Huang Xingrao, Li Kechun, Wang Yizhu
Une jeune fille tombe enceinte et doit se faire avorter. Elle est toutefois dans l'obligation d'accoucher et se voit séparer de son enfant. Alors qu'elle pense que ce dernier a été donné à des personnes d'une autre région, elle apprend quelques années plus tard qu'il grandissait non loin de sa maison...
Deuxième long métrage de Li Yu après un Fish and Elephant complètement oblitéré par les médias et le monde du cinéma, Dam Street met son poing sur la table et déballe la vie difficile de quelques femmes ordinaires.
Li Yu, dont on a eu quelques échos des difficultés avec Lost in Beijing, son troisième film, propose ici de suivre le parcours de personnes éprouvées par la vie et par l'amour. Peu de réalisatrices chinoises cherchent volontairement à s'emparer de sujet féministe et Li Yu est très précieuse dans une cinématographie chinoise atrophiée par sa vue masculine.
Avec Dam Street, le spectateur plonge dans les tumultes de la vie d'une jeune adolescente tombée enceinte dont le petit ami cherchera la première occasion pour se défausser de ses responsabilités et s'en aller au loin.
La voilà donc seule avec sa
mère, face à la cruauté de l'amour et des « conneries » de jeunesse. La maman, une Chinoise des plus traditionnelles, ne lui pardonnera jamais cet écart de conduite.
Elle lui prendra l'enfant et le donnera à un couple qu'elle croit motivé par l'adoption. Mais il n'en sera rien puisque ce couple vendra l'enfant à la soeur de son père biologique : l'ancien petit ami.
Comble de l'histoire: elle n'habite qu'à quelques encablures de la triste famille séparée de l'enfant.
Dix années passent entre temps et la jeune adolescente est devenue grande. Dans une ruralité qui ne paye pas, elle est engagée comme chanteuse dans des bars-restaurants.
Sa sexualité et ses sentiments sont à fleur de peau depuis son adolescence. Elle n'a pas encore trouvé l'âme soeur et multiplie les conquêtes, s'attache à des hommes déjà mariés, à des mafieux : son coeur est en panne.
Pourtant, un jeune garçon d'une dizaine d'années, tel un petit frère, lui redonnera la confiance qu'elle avait perdue. Mais est-il vraiment comme un petit frère ?
Dam Street est assurément un film féminin, engagé et complexe. Avec des thématiques laissées aux oubliettes du cinéma chinois, com
me l'amour des adolescents et leurs conséquences parfois terrible Li Yu développe son personnage par un bond de dix ans dans le futur et nous permet de mieux comprendre les relations tendues tissées entre la mère et la fille devenue femme. Les thématiques de l'adoption, d'une sexualité en déliquescence et d'un environnement sans faste sont de vraies réussites. Le regard de la réalisatrice donne une approche tout à fait différente de celle d'un homme et c'est autant plus visible lorsqu'elle filme le corps féminin.
Cette enveloppe féminine est essentielle au long métrage. Elle est perceptible à chaque instant, lorsqu'on contemple l'adolescente dans la salle de bain, lorsque le spectateur est complice des ébats entre l'héroïne adulte et ses dons J
uan, tout comme lorsque cette dernière se prend d'affection pour un jeune garçon se révélant être son fils.
Ainsi, Dam Street est un message lancé aux femmes chinoises et aux hommes qui n'ont peut-être pas encore compris les souffrances qu'elles endurent. On ne ressort pas indemne de la projection de ce film: notre pensée se perd dans d'imperceptibles sentiments, s'échoue sur des questions irrésolues et s'enquiert de nouvelles réflexions sur la condition chinoise.
Une jeune fille tombe enceinte et doit se faire avorter. Elle est toutefois dans l'obligation d'accoucher et se voit séparer de son enfant. Alors qu'elle pense que ce dernier a été donné à des personnes d'une autre région, elle apprend quelques années plus tard qu'il grandissait non loin de sa maison...
Deuxième long métrage de Li Yu après un Fish and Elephant complètement oblitéré par les médias et le monde du cinéma, Dam Street met son poing sur la table et déballe la vie difficile de quelques femmes ordinaires.
Li Yu, dont on a eu quelques échos des difficultés avec Lost in Beijing, son troisième film, propose ici de suivre le parcours de personnes éprouvées par la vie et par l'amour. Peu de réalisatrices chinoises cherchent volontairement à s'emparer de sujet féministe et Li Yu est très précieuse dans une cinématographie chinoise atrophiée par sa vue masculine.
Avec Dam Street, le spectateur plonge dans les tumultes de la vie d'une jeune adolescente tombée enceinte dont le petit ami cherchera la première occasion pour se défausser de ses responsabilités et s'en aller au loin.
La voilà donc seule avec sa
mère, face à la cruauté de l'amour et des « conneries » de jeunesse. La maman, une Chinoise des plus traditionnelles, ne lui pardonnera jamais cet écart de conduite.Elle lui prendra l'enfant et le donnera à un couple qu'elle croit motivé par l'adoption. Mais il n'en sera rien puisque ce couple vendra l'enfant à la soeur de son père biologique : l'ancien petit ami.
Comble de l'histoire: elle n'habite qu'à quelques encablures de la triste famille séparée de l'enfant.
Dix années passent entre temps et la jeune adolescente est devenue grande. Dans une ruralité qui ne paye pas, elle est engagée comme chanteuse dans des bars-restaurants.
Sa sexualité et ses sentiments sont à fleur de peau depuis son adolescence. Elle n'a pas encore trouvé l'âme soeur et multiplie les conquêtes, s'attache à des hommes déjà mariés, à des mafieux : son coeur est en panne.
Pourtant, un jeune garçon d'une dizaine d'années, tel un petit frère, lui redonnera la confiance qu'elle avait perdue. Mais est-il vraiment comme un petit frère ?
Dam Street est assurément un film féminin, engagé et complexe. Avec des thématiques laissées aux oubliettes du cinéma chinois, com
me l'amour des adolescents et leurs conséquences parfois terrible Li Yu développe son personnage par un bond de dix ans dans le futur et nous permet de mieux comprendre les relations tendues tissées entre la mère et la fille devenue femme. Les thématiques de l'adoption, d'une sexualité en déliquescence et d'un environnement sans faste sont de vraies réussites. Le regard de la réalisatrice donne une approche tout à fait différente de celle d'un homme et c'est autant plus visible lorsqu'elle filme le corps féminin.Cette enveloppe féminine est essentielle au long métrage. Elle est perceptible à chaque instant, lorsqu'on contemple l'adolescente dans la salle de bain, lorsque le spectateur est complice des ébats entre l'héroïne adulte et ses dons J
uan, tout comme lorsque cette dernière se prend d'affection pour un jeune garçon se révélant être son fils.Ainsi, Dam Street est un message lancé aux femmes chinoises et aux hommes qui n'ont peut-être pas encore compris les souffrances qu'elles endurent. On ne ressort pas indemne de la projection de ce film: notre pensée se perd dans d'imperceptibles sentiments, s'échoue sur des questions irrésolues et s'enquiert de nouvelles réflexions sur la condition chinoise.
Damien Paccellieri

















