lundi 31 mars 2008

Un Taxi A Pekin

Un Taxi à Pékin de Ning Ying, 2001
Avec Yu Lei, Zuo Baitao, Tao Hong, Gai Yi

Feng De est un jeune chauffeur de taxi à Pékin. Grâce à son métier, il croise des gens dont les vies dépassent de loin son horizon.
Mais lorsqu’il s’agit des femmes, son horizon ne connaît aucune limite. Suivre le taxi de Feng De, c’est une véritable ballade à travers Pékin. Se déplaçant sans cesse, les gens comme les lieux passent furtivement dans sa vie. L’errance du héros entre femmes et lieux ressemble étrangement à la quête d’identité de la ville de Pékin, elle-même partagée entre valeurs traditionnelles d’un monde en voie de disparition et futur d’une Chine postmaoïste.
De cet avenir prometteur, mais incertain vient l’illusion d’aimer un monde qui ne vous aime pas…


Un Taxi à Pékin est le quatrième long métrage de Ning Ying et le dernier volet d’une trilogie sur la capitale chinoise. Auparavant, les deux premiers traitaient du passé de la ville, le premier il y a de nombreuses années, le deuxième il y a peu (respectivement selon les années de réalisation). Un Taxi à Pékin est quant à lui une vue d’actualité de cette métropole.
Ning Ying arbore la vie d’un chauffeur de taxi toujours absent de chez lui. Son travail lui prend énormément de temps et sa femme ne supporte plus cette situation, car elle se veut toujours seule ou en compagnie de sa belle-mère, loin d’être de la même génération.

Elle demande alors le divorce. Feng De accepte le choix de sa femme, mais ne comprend pas vraiment sa démarche puisqu’il lui laissait une grande partie de son salaire pour vivre. En fait, il est loin d’avoir saisi la cruauté de l’absence…
Le Bureau de conciliation tentera de freiner ce divorce, en vain, et ce, malgré les diverses injonctions commises.
Une fois le divorce entamé, Feng De se retrouve seul, mais libre et va s’employer à user de cette dernière caractéristique.
Sa situation financière est loin d’être mauvaise, car un chauffeur de taxi gagne honorablement sa vie. Cette raison est l’une des principales clés du succès avec les filles, si l’on ajoute encore son physique de beau gosse et sa répartie. En bref, Feng De a un gros potentiel de réussite sentimentale et sexuelle. Il profite de son outil de travail pour rencontrer de nombreuses femmes et les charmer lors du trajet, comme une employée de bibliothèque succombant à son charme. Mais peut-il jouir éternellement de cette liberté ? La réalité et les responsabilités le rappellent alors à l’ordre.

Dans cet excellent long métrage, la réalisatrice chinoise Ning Ying aborde la Chine d’aujourd’hui dans ses relations sociales et dresse un portrait fidèle de la géographie économique pékinoise. Par une idée simple, mais subtile — suivre l’évolution d’un homme et d’une ville par le prisme d’un taxi — Ning Ying entame l’une des meilleures œuvres sur la métropole et bien plus.
En effet, le cinéphile découvre ébahit, par la fenêtre d’un taxi, l’une des plus importantes villes au monde. De ses quartiers pauvres en construction à la place Tian an men, en passant par quelques lieux cachés comme un petit parc luxuriant et une université dont la statue de Mao siège en hôte de bienvenue, la réalisatrice donne à voir une très belle ville, en pleine évolution, en pleine mutation. Ainsi, fini les siheyuans, grand luxe d’autrefois, place maintenant à de très hautes tours construites par des ouvriers venus de la campagne pour y trouver travail et confort. On pourrait presque oublier qu’il subsiste encore quelques lieux de paupérisme en périphérie où Feng De ira même jusqu'à défroquer un père et son garçon n’ayant pas d’argent pour payer le trajet.

Cette mutation de l’urbanisme est la résultante d’une forte évolution économique qui perturbe aussi un cercle de métier comme celui des chauffeurs de taxi. Victimes de cette forte économie où les Pékinois peuvent désormais s’acheter une voiture, où les autres moyens de locomotions deviennent plus efficaces, ils perdent petit à petit leur influence sur la ville. La loi elle aussi a bien changé. Ainsi, les vieux tacots n’ont plus le droit de rouler assassinant en douceur ce métier où nombre de chauffeurs se sont payé une seule voiture durant toutes leurs années de labeur et n’ont pas la possibilité économique de changer de voiture pour respecter les normes édictées par les autorités… (même si une grande partie des taxis d’aujourd’hui appartiennent aux agences et n’offrent plus la possibilité de racheter son véhicule de travail).

La réalisation pertinente et fascinante de Ning Ying s’accompagne toujours d’une proportion sociale dégagée par Feng De, en proie à sa propre ville. Son destin nous dévoile la vie difficile des chauffeurs de taxi, mais surtout déterre de nombreuses questions d’actualités de la métropole pékinoise. Avec les relations houleuses que développe Feng De pour les femmes, Ning Ying nous interpelle sur les sentiments des nouvelles générations, loin des valeurs séculaires de leurs parents.

Feng De croise ainsi de nombreuses femmes dans des situations inextricables : certaines avec toute leur famille à nourrir, d’autres psychologiquement instables. Est-ce donc les effets subversifs de l’évolution de la ville ? Il y a fort à parier, oui. D’ailleurs dans une scène saisissante, en pleine immersion dans le taxi, le cinéphile se concentre sur une femme frappée d’embonpoint physique et financier qui gesticule de bonheur alors que sur un second plan, de nombreux ouvriers de la campagne construisent une tour sur un échafaudage en bambou. Le fossé qui sépare alors ces deux catégories de populations est abyssal.

Ainsi, Un taxi à Pékin ne manquera pas de vous charmer par son approche sociale, sa beauté visuelle, sa musique envoûtante et surtout, point très important, par un ton proche de la comédie, renforçant encore plus le malaise de la métropole.
Une trilogie terminée en apothéose.
Damien Paccellieri

Publié par damien à 00:18 et 0 commentaire(s)

vendredi 28 mars 2008

Chinacinema.fr sur france info

A l'occasion de la sortie des Larmes de Madame Wang, j'ai été interviewé pour France Info sur le thème de la censure.

Vous pourrez écouter cette session le Samedi 29 mars 2008 à 10h19 ou 12h49 sur France Info.

J'y évoque le processus technique de la censure dans le cinéma chinois, chose rarement évoqué.
Damien Paccellieri

Publié par damien à 22:35 et 0 commentaire(s)

lundi 24 mars 2008

Sortie Cinema : Les larmes de Madame Wang

Les Larmes de Madame Wang (La Pleureuse) de Liu Bingjian, 2002
Avec Liao Quin, Xingkun Wei
Sortie le 26 mars 2008


Ruinée par son mari, Madame Wang quitte la ville et son métier de comédienne pour partir s'installer à la campagne dans sa ville natale. Sur les conseils de son ancien petit ami, elle se reconvertit en pleureuse professionnelle, exprimant lors de funérailles le désarroi des familles en deuil.

Lire l'avis du site


Publié par damien à 21:32 et 0 commentaire(s)

dimanche 16 mars 2008

La censure en Chine en 2008

Depuis déjà quelques années, les professionnels du cinéma chinois luttaient pour avoir une censure déterminée par des valeurs objectives. En effet, par le passé, la censure pouvait frapper un long métrage pour tout et n'importe quoi.

Un arrière-plan est constitué de toilettes ? Censuré : cela ne donne pas une bonne image de la société chinoise. Je vous fais grâce d'autres exemples de ce type pour les films chinois. Les importations cinématographiques occidentales sont aussi soumises à cette règle de la censure.

Pour exemple, les mémoires d'une Geisha de Rob Marshall n'a pu être projeté en salle parce que le long métrage employait des actrices chinoises dans les rôles de Japonaises, soumises dans de nombreuses scènes.

Aujourd'hui, le SARFT, organe administratif (et donc de contrôle) de l'audiovisuel chinois (The State of Administration of Radio, Film and Television) a décidé d'édicter de manière claire et précise les sujets exposés à la censure:

I. Ne pas violer tous les principes fondamentaux de la Constitution chinoise.

NB : c'est certainement le point qui permettra de censurer encore tout et n'importe quoi, car la Constitution intègre tous les éléments sociétaux.

II. Ne pas aller à l'encontre de l'intégrité du pays, de son unification et de la souveraineté de son territoire.

NB : seront censurés des films chinois prônant l'indépendance d'une région chinoise, exacerbant le patriotisme local, etc.

III. Ne pas dévoiler des éléments de sécurité nationale, ou dévalorisant les honneurs et les intérêts de la nation.

NB : un film qui chercherait des poux sur certaines parcelles des frontières sensibles chinoises serait assurément dans la ligne de mire du SARFT.

IV. Ne pas inciter à la haine raciale, à la discrimination ethnique, aux communautés ethniques et à la violation des coutumes et traditions de ces peuples.

NB : Sous la coupe de la censure, toutes les oeuvres critiques sur les minorités ethniques, etc.

V. Ne pas violer et dégrader les politiques nationales sur le culte et les superstitions.

NB : pas de films à l'encontre des religions.

VI. Ne pas perturber l'ordre et l'harmonie sociaux.

NB : là aussi, des généralités qui permettront de censurer sous couvert.

VII. Ne pas faire l'apologie (ou de l'insinuer) du sexe, des jeux d'argent, de la violence.

NB : ce point est l'un des plus sensibles, puisqu'il permet la censure de toutes scènes sexuelles qui ont coûté cher à Lost in Beijing de Li Yu.

VIII. Ne pas humilier ou violenter physiquement ou moralement des individus.

NB : Une claque peut être soumise à la censure.

IX. Ne pas aller à l'encontre de la morale sociale et ne pas détériorer l'héritage culturel chinois.

NB : Cela sera également un élément pour censurer facilement.

X. Ne pas faire la promotion d'éléments prohibés relevant des lois nationales.

NB : Un film sur la drogue ou sur le piratage par exemple.

Voici donc la base déterminée par le SARFT pour les prochaines années à venir. Toutes ces règles seront toutefois encore soumises à la subjectivité du bureau du cinéma.


D'un autre côté ce qui ne devrait plus apparaître ou susceptible d'être fortement modifié par le SARFT au niveau de la censure :

1. Ne pas faire de mauvaises interprétations de la culture et de l'Histoire chinoise, dévier certains faits historiques, de mauvaise interprétation de l'histoire des autres pays comme ne pas manquer de respect aux cultures de ces pays, de positivité sur les héros de la révolution, tout comme des personnages importants de la culture chinoise (la littérature principalement).

2. Ne pas tirer à boulet rouge sur l'Armée chinoise, la police et les entités judiciaires.

3. Ne pas avoir dans son film de scènes obscènes, pornographiques, sadomasochistes, de viols, de prostitution, scènes incestueuses, de perversion sexuelle, d'homosexualité, de masturbation ; de scène où l'on dévoile les parties intimes de l'homme comme de la femme ; de scènes avec des propos, dans le texte ou dans la musique, outranciers et pervers.


4. Ne pas avoir dans son film des scènes de meurtres, d'horreurs, de fantômes et démons, de superstition extra terrestre ou surnaturelle (NB : !), des valeurs confondant le factice à la réalité, la beauté à l'insupportable, confondant ce que l'on a droit de faire et de ne pas faire. Mais également des scènes sur le terrorisme, sur les activités criminelles, sur des techniques criminelles, ensanglantées (NB : c'est très précis !), sur la torture, sur des confessions intimes, etc..

5. Ne pas faire l'apologie de la décadence sociale, philosophique et politique. Donner des avis insensés jouant sur l'ignorance des gens est également prohibé.

6. Ne pas faire l'apologie de religion extrême, secte en tout genre, mettre en conflit des religions tout comme ses pratiquants

7. Ne pas insinuer à la détérioration de l'environnement, à la torture des animaux et territoires et animaux protégés.

8. Ne pas encourager la consommation de l'alcool et du tabac, de toutes sortes de mauvaises habitudes.

9. Ne pas violer les principes relevant de la loi.

Source: Sarft & Variety

Damien Paccellieri

Publié par damien à 14:34 et 0 commentaire(s)

samedi 15 mars 2008

Shanghai Blues

Shanghai Blues de Tsui Hark, 1984
Avec Sylvia Chang, Kenny Bee, Sally Yeh

Une nuit de l'année 1934, les Japonais bombardent Shanghai. Un clown, venant de rendre son nez rouge pour aller rejoindre les rangs de l'armée chinoise, et une jeune femme, se retrouvent dans la foule affolée et se réfugient sous un pont. Ils assistent à l'incendie du nord de la ville, se promettent la victoire et se donnent rendez-vous une fois la guerre gagnée. Dix ans plus tard, ils vont se chercher, se croiser, dans un Shanghai d'après guerre, sans se reconnaître.

En 1984, Tsui Hark vient de fonder avec sa femme sa propre boite de production : Workshop film. Shanghai blues est le premier film produit et... c'est sas conteste une réussite.

Shanghai blues est une comédie à la hauteur des grandes comédies des majors américaines dans les années cinquante.
Au regard du résumé, le film aurait pu terminer en une bluette un peu désuète dans le Shanghai de l'après-guerre ; un couple se cherche, s'aime sur fond de misère, de musique et de réussite, ou bien une comédie rigolote, burlesque comme savent si bien les réaliser les Hongkongais avec leurs propos et triangle amoureux, personnages truculents et grosses blagues. Heureusement, ce n'est pas le cas.

Le film est certes hilarant dans la plus pure veine burlesque, parfois touchant et poétique, mais le génie de Tsui Hark est d'avoir dans le film sut alterner l'un et l'autre, surprenant toujours le spectateur. Ainsi la scène très poétique dans laquelle Kenny Bee joue la nuit sur un toit, du violon, inondant la ville de musique, écoutée avec attention un étage au dessous par Sally Yeh, rêveuse et charmée, se termine abruptement par l'apparition d'une souris qui peu de temps auparavant avait été le prétexte d'une scène délirante en compagnie de Sally Yeh et Sylvia Chang. Ainsi, quand le film pourrait tomber dans le genre sentimental, un événement burlesque vient retourner la situation.
Les scènes comiques ne manquent pas, Sally Yeh en fille un peu perdue dans la grande ville est excellente et elle enchaîne les maladresses (sa rencontre avec Sylvia Chang donne le ton).
Sylvia Chang est également extraordinaire cette actrice est non seulement d'une incroyable beauté, mais aussi douée d'une science du comique qui fait le bonheur du spectateur et hisse le film au niveau d'une grande comédie.

Shanghai blues offre, au s
pectateur ravi quelques réels moments d'anthologie ; un tango en robe sans fond et une chanson dans un coquillage baignoire, comique et érotique, sur une scène de cabaret avec Sylvia Chang comme artiste ; un quiproquo sur le suicide entre deux jeunes femmes ; une course poursuite entre une souris et les deux héroïnes à mourir de rire ; une scène de cache cache à cinq entre les trois héros et un voleur dans l'appartement de « Dorémi » (Kenny Bee) réalisé comme un ballet... et d'autres offertes par Sally Yeh et ses tribulations de « reine de calendrier » ou par Benny Bee en clown pas vraiment très convaincu, mais très distrait.

Un des intérêts du long métrage réside dans le regard critique que porte Tsui Hark sur la société. Que ce soit caricatural ou non, les sujets ne sont pas anodins. Ainsi, le film commence dans la concession française et l'arrogance de l'occidental en prend un coup, que se soit leur sentiment d'impunité avant le déclenchement de la guerre, que la désinvolture des soldats américains jetant sans un regard de l'argent par terre en 1947.
Les artistes de cabaret, les femmes en particulier, semblent victimes de racketteurs-maquereaux à qui il leur faut acheter leur sécurité. On assiste à deux agressions sur le personnage incarné par Sylvia Chang et ses deux scènes sont très brutales, sans aucun effet comique.

La critique des concours de beauté avec ses « pervers pépères » et l'ingénue Sally Yeh est drôle et très pertinente.
Mais le plus dramatique est sans nul doute le sort réservé aux anciens combattants vainqueurs de l'armée japonaise. Le traitement de ces personnages est comique, ces anciens combattants tombés dans la clochardises sont truculents, survivant et s'épuisant grâce à l'argent qu'ils se font en vendant leur sang à tour de rôle dans les centres de transfusions sanguines (le film date de 1984, l'action se déroule en 1947...Ils se meurent d'anémie à ces époques), héros déchus, oubliés et méprisés, qu'ils soient invalides de guerre ou non.

Tout cela ne peut être qu'anecdotique, mais c'est mal connaître Tsui Hark. Au spectateur alors d'intercepter la dénonciation sous la comédie.
Shanghai blues est un film à ne pas rater, une très belle réalisation de Tsui Hark, qui enchante et fait rire quelques que soit le nombre de fois qu'on le regarde, un moyen certain d'égayer sa journée ou sa soirée, et de se conforter dans l'idée que l'amitié et l'entre-aide sont de merveilleuses qualités.

Shanghai blues sera suivi deux ans plus tard de Pekin Opera blues mettant une fois de plus en scène les tribulations de jeunes femmes, avec Sylvia Chang et Sally Yeh au générique rejointes par Brigitte Lin. Beaucoup louent, à raison, Pekin Opera blues, le préférant à Shanghai blues.
Pourtant ce dernier à ma faveur, car si j'aime Pekin Opera blues, il comporte quelques failles qu'on ne trouve pas dans Shanghai blues, entre autres un burlesque parfois trop théâtral.

Anne Grosbon

Publié par damien à 11:28 et 0 commentaire(s)

jeudi 13 mars 2008

Tang Wei fait parler d'elle...

Voici une petite série d'articles de presse sur les problèmes récents de Tang Wei face à la censure. En effet, son rôle dans Lust Caution semble lui coûter cher.
Je vais revenir sur la censure chinoise au cinéma dans peu de temps...

.......

Le Monde
L'actrice Tang Wei privée d'écran chinois (par Brice Pedroletti)

Dans une "circulaire" interne qui fait froid dans le dos, la State Administration of Radio Film and Television, l'administration de tutelle du cinéma et de l'audiovisuel chinoise, a décrété l'arrêt sans appel de la carrière de Tang Wei, l'une des jeunes actrices chinoises les plus prometteuses. La révélation de Lust, Caution, le film du Taïwanais Ang Lee, Lion d'or à Venise en 2007 et sorti sur les écrans en Chine populaire en novembre 2007, "ne doit apparaître sur aucun programme de télévision, que ce soit d'information, de fiction, de documentaire, de divertissement, de publicité et de direct".

La note explique que les télévisions doivent cesser de diffuser la publicité pour une crème hydratante américaine dans laquelle apparaît Tang Wei et tenter de résilier le contrat. Destinée à l'ensemble des médias et diffuseurs, la circulaire, est-il précisé, "ne doit pas être disséminée en public" mais "transmise par téléphone", afin qu'elle ne prête pas à des "spéculations".

Sa mise en ligne sauvage a révélé au grand jour une pratique de la "liste noire" qui a cours depuis longtemps dans le cinéma chinois - mais qui touche rarement les comédiens.
Le réalisateur Lou Ye fut ainsi interdit de tournage pour cinq ans en 2006 en raison de son film Une jeunesse chinoise, présenté à Cannes sans autorisation.


Bizarrement, Lust, Caution fut en revanche autorisé en Chine, après avoir été amputé de sept minutes des scènes d'amour les plus explicites par le réalisateur. Tang Wei y joue le rôle d'une résistante dont la mission est de séduire un collaborateur du gouvernement d'occupation japonais à Shanghaï en 1942. Impliquée dans une relation intime et érotique avec sa proie, la jeune fille fera échouer au dernier moment l'assassinat.

Des Débats passionnés

Dans un mail à Associated Press, Ang Lee, qui vit aux Etats-Unis, a déclaré qu'il fera tout ce qu'il peut pour soutenir son actrice. "Elle a réalisé l'une des plus belles performances qui soient dans un film qui a été correctement produit et distribué", a-t-il dit. Cofinancé en Chine par le géant public China Film Group, Lust, Caution fut l'un des grands succès de l'année. Mais il provoqua aussi des débats passionnés, le public chinois étant peu préparé à l'ambiguïté des personnages et à une fin où le "traître" gagne la partie - au point de crisper les autorités en haut lieu et d'entraîner des sanctions sur d'autres films ou projets.

Publiée dans des journaux et sites d'information sur Internet, la nouvelle du bannissement de Tang Wei suscite des réactions variées sur les forums, qui ont toutefois reçu la consigne de nettoyer les commentaires liés à l'affaire. "La Chine est un Etat de droit. Quelle loi permet donc d'interdire une actrice ?", s'interroge un internaute. "Pourquoi le film n'a-t-il pas été interdit plus tôt ? réagit un autre. Pourquoi à ce compte-là, ne pas aussi interdire le réalisateur et Tony Leung", l'acteur hongkongais qui joue le collaborateur ? Ang Lee, qui fait partie des consultants artistiques de la cérémonie des Jeux olympiques de Pékin, n'est visiblement plus en odeur de sainteté.

.......

Rue89
Tang Wei, une actrice chinoise punie pour un rôle de "traîtresse" (par Pierre Haski)

Tang Wei est une des jeunes actrices qui montent dans le cinéma chinois depuis son premier rôle fracassant dans "Lust Caution" d'Ang Lee, auréolé du Lion d'or à Venise l'an dernier. Mais elle vient d'être abattue en plein vol par les autorités chinoises justement pour avoir accepté ce rôle.

Le couperet est tombé à la faveur d'une pub anodine pour une crème de beauté, interdite de diffusion à la télévision, et retirée par la cyberpolice de tous les sites internet chinois qui l'avaient relayée (voir ici l'écran vidéo de Youku, un YouTube chinois, après le retrait la pub).

Dans "Lust Caution", Tang Wei joue le rôle d'une jeune Chinoise, membre d'un groupe de résistants amateurs à l'occupation japonaise de la Chine, qui reçoit pour mission de séduire un "collabo" des Japonais pour mieux l'assassiner. Mais à la dernière minute, elle cède à la passion et sauve le "traître".

Le film avait déjà subi un premier assaut de la censure en raison des scènes de sexe trop nombreuses et trop explicites au goût des prudes apparatchiks du Parti. Puis la critique s'est déplacée sur le fond: la morale du film -l'amour plus fort que le patriotisme- était inacceptable et indéfendable.
D'autant que le réalisateur, Ang Lee ("Tigres et Dragons", "Brokeback Mountain") est Taiwanais, même s'il a tourné son film dans les studios d'Etat de Shanghaï, avec tous les soutiens et feux verts officiels nécessaires.


Résultat: Ang Lee a été blacklisté dans les médias chinois, qui n'ont même plus le droit de mentionner son nom. Tandis que Tang Wei vient de découvrir qu'elle en subit elle aussi les conséquences avec cette pub bannie, alors qu'elle avait été annoncée par la marque chinoise à grand renfort de publicité, y compris un article sur le site de Xinhua, l'agence officielle chinoise.

Cette affaire montre que malgré une tentative d'assouplissement ces dernières années, la censure cinématographique chinoise a encore de beaux jours devant elle. D'autant que le patron de la SARFT (Administration d'Etat pour la radio, le cinéma et la télévision) venait de déclarer, dans une autre affaire, qu'il ne punissait jamais les actrices pour les films dans lesquels elles avaient tourné, même quand ceux-ci étaient bannis.

.......

Libération
Tang Wei, l’héroïne du thriller érotique «Lust, Caution», victime des censeurs chinois (par Pascale Nivelle)

Pas de moralité, pas de pub. L’actrice Tang Wei, 28 ans, héroïne de Lust, Caution, le film érotico-historique du Taïwanais Ang Lee, est sur la liste noire de la censure chinoise.

Un fax «urgent» envoyé la semaine dernière dans les rédactions par la Sarft (Administration d’Etat pour la radio, les films et la télévision) a ordonné de supprimer toute apparition de la jeune femme.

Il est interdit de mentionner son nom, les spots de publicité qu’elle a tournés pour la firme de cosmétiques Pond’s doivent être annulés, comme sa participation à tous les festivals et cérémonies.


Aucune explication n’est donnée par la Sarft, si ce n’est le cadre général d’une nouvelle réglementation qui doit expurger les médias des «contenus sexuels vulgaires» et des sujets qui «déforment la culture et l’histoire chinoise». Le film Lust, Caution, qui a échappé à la censure mais pas à une amputation sévère des scènes érotiques sur les écrans chinois, entre dans ce cadre.

Tang Wei, un ancien mannequin qui fut sélectionnée pour le concours de Miss Univers, y a joué son premier rôle au cinéma. Elle incarne une étudiante chargée de séduire un collabo pendant la guerre sino-japonaise. Mais elle finit par succomber au charme brutal de sa proie, jouée par Tony Leung.

Publié par damien à 15:01 et 2 commentaire(s)

mardi 11 mars 2008

Tigre et Dragon

Tigre et Dragon de Ang Lee, 2000.
Avec Chow Yun-fat, Michelle Yeoh, Zhang Ziyi, Chang Chen, Chang Pei Pei

Homme d'épée émérite, Liu Bei décide de se retirer définitivement du monde des arts martiaux. Il rend visite à Yu Shu-lien, elle-même habile aux maniements des armes, à la tête d'une entreprise de « mercenaires », et lui confie son épée légendaire ; « destiné ». Yu Shu-lien doit la remettre à un dignitaire de la Cité Interdite. Mais à peine cédée, l'épée est dérobée par un mystérieux voleur. Yu Shu-lien soupçonne une jeune noble, fille du gouvernement de la Cité : Jen. La jeune fille admire la vie libre et aventureuse de Yu Shu-lien et souffre d'être confinée dans le rôle de future épouse soumise.


La jeune fille cache bien des secrets : une histoire d'amour avec un brigand, et un maître d'art martial recherché pour meurtre.
Après quelques péripéties, Jen s'enfuit avec l'épée. Liu Bei et Yu Shu-lien partent à sa poursuite, mais pourront-ils comme ils l'espèrent ramener la jeune fille tourmentée à la paix et à la raison ?

Tigre et dragon, sélectionné au festival de Cannes (hors compétition), présenté en avant-première à Deauville en 2000 et enfin lauréat de quatre Oscars, réussit un coup de maître ; remettre le wu xia pian au devant de l'affiche, le sortir de la catégorie film de genre, et à l'étranger en faire une réussite internationale qui enchante aussi bien les amateurs — qu'ils soient chinois ou non — que les néophytes.
Il faut dire que Ang Lee a su s'entourer d'une équipe de qualité, qui fait qu'on peut considérer le long métrage comme un film « parfait », sinon, réjouissant.
À l'origine du film se trouve un livre de Wang Du-lu, l'un des grands auteurs modernes de wu xia pian (on dit même qu'il est l'inventeur du wu xia pian moderne). Inspiré du roman, le scénario est inventif, plein de rebondissements, les personnages sont attachants, les combats captivants, le tout sur une musique de Tan Dun (Hero, Le banquet) et une photo du grand Peter Pau.

Et puis il y a les acteurs, qui servent l'histoire. Ang Lee a confié les rôles des « anciens » à deux vétérans des films d'action ou d'épées : Chow Yun-fat et Michelle Yeoh. Le couple fonctionne parfaitement, et face à eux la jeune Zhang Ziyi qui tournait son deuxième film est une trouvaille. Ang lee a décroché le jackpot en pensant à cette jeune femme à qui Zhang Yimou avait confié le premier rôle de The Road Home. Le rôle de Jen est pourtant loin de sa prestation précédente, mais Zhang Ziyi va non seulement démontrer qu'elle est capable d'être une actrice touchante, mais aussi une artiste martiale à la hauteur des deux vétérans que sont Chow Yun-fat et Michelle Yeoh.

Incarner Jen est un défi, car le film fait sa circonvolution autour de la jeune fille. C'est grâce à elle qu'on va découvrir la Cité Interdite, partir dans les tréfonds des magnifiques paysages du Shanxi et du désert de Gobi en passant par les forêts de bambous et le mont sacré Huangshan, connaître la vie réglée et étouffante d'une jeune fille de bonne famille, le costume d'une mariée, celui d'un guerrier de la nuit, l'ambiance survoltée des auberges, rencontrer les bandits des montagnes, une assassin-féministe/frustrée révolté/mentor-trahie/élève-traître (ah chère Chang Pei Pei), des guerriers farauds et naïfs, assister à des combats voltigeant, plein d'inventions, additionnant les types d'armes et les prouesses en tout genre ; sérieux ou pleins de poésie quand ils opposent Jen à Liu Bei, acharnés et virtuoses quand Jen se retrouve face à Yu Shu-lien, réjouissants et délirants quand Jen donne une leçon à une bande de braves guerriers venus se mesurer à elle, touchants quand Jen s'entête à affronter Lo le bandit.
Mais plus que cela, Jen est le personnage le plus sensible parce que le plus tragique. Les histoires chinoises sont souvent tragiques et les héros confrontés à des dilemmes « cornéliens ». Jen est en cela le parfait « héros » de wu xia pian mais c'est également une héroïne moderne. Un personnage dans lequel se déchaînent toutes les oppositions.
D'abord, comme femme, elle oppose sa vie de fille de bonne famille à celle de Yu Shu-lien, son mariage arrangé avec l'amour libre qu'elle aspire à vivre avec Lo, ses attitudes policées et maniérés de fille de gouverneur à celles brutales et déliées de guerrière, ses vêtements contraignants de cour à ceux qu'elle revêt lorsqu'elle vole ou qu'elle se travestit en homme, et comble, sa femme de chambre personnage féminin s'il en est, se révèle être son maître d'arts martiaux.
Ensuite, Jen rencontre toutes les affres d'une jeune fille à l'aube de sa vie de femme, et même celle de n'importe quelle adolescente confrontée aux choix que lui impose son passage à la vie d'adulte. Jen doit trouver sa voie, elle a choisi celle des armes, mais elle arrive au moment où elle surpasse son maître, et où elle s'aperçoit que son maître n'est peut-être pas celui qui lui convient le mieux. Que faire alors ? Elle l'a déjà trompé, va-t-elle le quitter, va-t-elle surtout accepter, d'avouer s'être trompé, de renier son maître, de ravaler sa fierté ? Jen est arrivée par elle-même à surpasser son maître, va-t-elle accepter de se resoumettre à la discipline d'un nouveau ? Elle s'est grisée de liberté, d'actions d'éclats, de mensonges, saura-t-elle faire acte de modestie, plier son orgueil, ou se cabrera-t-elle dans sa fierté de jeune fille révoltée ?

Jen est perdue, tiraillée par divers sentiments amoureux ou non, en pleine confusion, et entraîne les autres personnages dans son drame où chacun s'y brûle, que se soit ; son maître d'armes qui souffre de ses trahisons ; Liu Bei qui voudrait l'emmener sur la bonne voie, lui qui voulait renoncer aux métiers des armes, mais qui voit en elle une élève prometteuse au bord du gouffre ; Yu Shu-lien qui fut peut-être ce qu'est Jen en d'autres temps et ce qu'elle pourrait devenir ; Lo qui l'aime et lui propose la liberté.

Tigre et dragon est donc un grand film d'aventure, aux décors naturels ou intérieurs magnifiquement mis en valeur, un film historique d'épée prenant, dans lequel les personnages émeuvent et auxquels on voudrait, quel qu'ils soient, venir en aide, encourager, secouer, dire à Liu Bei d'aimer Yu shu-lien avant qu'il soit trop tard, à Yu Shu-lien d'être plus patiente, prendre dans ses bras Jen et l'amener à suivre Liu Bei, et se pardonner, enfin boire un thé avec Lo et pourquoi pas partager aussi sa baignoire de pierre au milieu du désert. Ce film est un enchantement, un conte, une référence cinématographique, un renouveau du wu xia pian.

Anne Grosbon

Publié par damien à 10:11 et 0 commentaire(s)

lundi 10 mars 2008

Zhang Yimou et les jeux olympiques

Zhang Yimou et les Jeux Olympiques

Zhang Yimou, metteur en scène principal des cérémonies d'ouverture et de clôture des Jeux olympiques de Beijing, est aussi le metteur en scène du documentaire Voyage olympique, film qui sera offert aux Jeux et projeté avant et après la tenue de cette olympiade à l'intention des spectateurs à l'intérieur comme à l'extérieur de la Chine.

Le Voyage olympique, dont le tournage a été autorisé par le Comité international olympique, est un documentaire qui a pour sujet l'esprit olympique et qui reflète les aspects culturel et éducationnel de la Chine dans le contexte des JO de Beijing. Il vise à diffuser les trois concepts majeurs des Jeux « JO verts, JO de haute technologie, JO du peuple », et comprend une série d'activités d'intérêt public, y compris des représentations artistiques bénévoles, des matchs de football réunissant les principales vedettes internationales, des compétitions de bateaux-dragon à la chinoise, etc.

Le documentaire est divisé en neuf feuilletons de 50 minutes chacun. On pourra y voir les liens de l'olympisme avec la Chine, et les progrès de la Chine « harmonieuse ».

Lors du lancement du tournage de ce documentaire, He Zhenliang, président d'honneur du Comité national olympique chinois, a souhaité que ce film contribue à la diffusion de la culture et de l'esprit olympiques et au resserrement de l'amitié entre les peuples du monde.

Source: Bocog

Publié par damien à 09:45 et 0 commentaire(s)

dimanche 9 mars 2008

un nouveau depart pour Chinacinema ?

Bonjour,

Je suis très heureux de vous annoncer que chinacinema.fr va devenir un vrai site d'ici quelques mois (fin mai je pense) avec une base de données afin d'être un véritable pôle francophone et européen sur le cinéma chinois. Bien sûr, cela va de pair avec quelques changements. Les anciens liens internet du site, deviendront certainement obsolètes pour être remplacés par de nouveaux liens, changement informatique oblige.

Cependant, c'est une très bonne nouvelle, car en un peu plus d'un an le site est passé de 1500 visiteurs par mois à 15 000 - 20 000 visiteurs par mois (source Xiti & 1and1). Ces derniers temps ont été très chargés de mon côté, étant le seul à m'occuper de l'interface et de charger, sublimer les articles. Cela prend du temps et le fait de passer par une interface plus professionnelle me simplifiera la tâche, je l'espère. Faire un site, c'est un investissement pécuniaire important et j'espère que vous resterez fidèle à ce site qui progressivement prend sa place sur la toile internet.

A très vite,
Damien

Publié par damien à 14:07 et 0 commentaire(s)

vendredi 7 mars 2008

Histoire de la Lianhua



Pour chinacinema.fr, Anne Kerlan-Stephens, chercheuse au CNRS (dans la section centre de recherche sur les civilisations chinoise, japonaise et tibétaine), nous propose de plonger dans les fastes de la Lianhua, l'un des plus grands studios du cinéma chinois des années 30.

Une présentation à lire de toute urgence tant elle témoigne de l'industrie cinématographique chinoise.

Lire le dossier sur la Lianhua (18 pages+biblio)

Publié par damien à 18:41 et 0 commentaire(s)

mardi 4 mars 2008

FICA Vesoul 2008 : La Chine passe a table

Dimanche 3 février, 14 h 30. Jean Marc Thérouanne lance une table ronde sur le cinéma chinois autour du système productif et des échanges possibles entre la France et la Chine.

Les principaux intervenants étaient :

Jean Marc Thérouanne – Président du Festival de Vesoul
Teresa Kwong – productrice de Hong Kong et directrice du festival de court métrage IFVA, membre du jury NETPAC
Hasichaolu – réalisateur chinois de The Old Barber
Cai Shangjun – réalisateur chinois de The Red Awn
Damien Paccellieri spécialiste du cinéma chinois (chinacinema.fr) et membre du jury NETPAC
Marie Bizais — enseignante de chinois à l'INALCO et traductrice sous titre de films chinois

Stanley Kwan qui devait être également présent eut des obligations festivalières suite à sa nomination de président du Jury international.

..................

Jean Marc Thérouanne
Teresa, parle-nous de ton dernier projet, une coproduction France-Chine ?

Teresa Kwong
Tout d'abord, je souhaiterais me présenter. Je m'appelle Teresa Kwong, suis Hongkongaise et depuis plus d'une dizaine d'années dans le milieu de la production cinématographique à différente échelle.
Je travaille actuellement au Hong Kong Art Center où j'organise un festival de cout métrages indépendants pour lancer les jeunes réalisateurs. Pour le festival de Vesoul, je participe au jury NETPAC. Je projette de produire le prochain film de Liu Hao par une coproduction Chine-Hong Kong et peut-être française. Nous avons fini le scénario et trouvé un financement à Pusan (Pusan Promotion Plan) tout comme au festival de Sundance. Le thème du film est sur l'amour familial entre enfants et parents. Je pense prioritairement à une production entre Hong Kong et la Chine continentale, mais j'opte également pour une production avec des partenaires étrangers si on m'en donne l'occasion.

Jean Marc Thérouanne
Pourquoi veux-tu un coproducteur français ?

Teresa Kwong
Je souhaite un coproducteur français, car le public français regarde beaucoup de films asiatiques dont les films chinois, souvient bien plus qu'ailleurs.Mais c'est également, et je ne vais pas m'en cacher, parce que la France propose une aide financière par le biais du fonds SUD et du CNC, pour les pays nécessitant encore une aide au développement cinématographique tel que la Chine. Sur le terrain de la production, il n'y a pas beaucoup d'investisseurs étrangers souhaitant aider le cinéma asiatique et plus particulièrement chinois, c'est donc une occasion de travailler avec la France et de concrétiser un projet.

Damien Paccellieri
Je désire apporter une précision sur le fonds SUD. Ce dernier a déjà aidé au financement une dizaine de films chinois dont par exemple Voiture de Luxe de Wang Chao. Les prochaines oeuvres aidées seront le prochain long métrage de Lou Ye (réalisateur d'Une Jeunesse Chinoise, Suzhou River) ou bien encore Guo Xiaolu avec un long métrage intitulé Une Chinoise pour le moment.
Donc effectivement ce fond du Minsitère des Affaires étrangères et du CNC est vraiment essentiel pour aider certaines cinématographies qui n'ont pas tous les moyens de se développer eux mêmes (NDLR: c'est également un moyen pour la France de garder une certaine prééminence dans le cinéma mondial)

Jean-Marc Thérouane
Et je tiens à rajouter que si le Festival de Vesoul vient maintenant de passer, pour ce qui est de l'aide de l'État, au CNC, c'est parce que justement, on parle de ces cinématographies dites du Sud, et notre dossier sera désormais rattaché et suivi par son service des affaires culturelles. La France fait en effet énormément pour les cinématographies des pays autres que français.

Damien Paccellieri
Et en échange, les réalisateurs chinois viennent en France pour faire la postproduction des films, car, comme on les aide financièrement, ils viennent ici dépenser une partie de cette aide.

Jean-Marc Thérouane
Peux-tu nous décrire ce qu'est un producteur ? Comment trouves-tu les financements ?

Teresa Wong
D'un coté, le réalisateur s'occupe du scénario, de la mise en scène et de l'autre le producteur fait le reste : trouver les financements, le distributeur...en définitive, faire tout son possible pour que le film trouve la plus grande audience possible. Par exemple, pour le film de Liu Hao, l'histoire se passe à Pékin, donc c'est le travail du producteur de faire que cette histoire soit bien reçue et comprise par les spectateurs occidentaux.
À présent, tout le monde s'intéresse à la question du financement des films chinois. Il y a seulement quelques structures permettant de trouver des partenaires financiers ; ce sont les marchés du film, que l'on trouve aussi bien à Rotterdam qu'à Pusan, et Hong Kong. On peut y présenter un projet sans que rien ne soit commencé. Ce genre de structure permet ainsi à un projet sans financement de rencontrer des étrangers qui peuvent être désireux de travailler main dans la main, et c'est très important pour les producteurs chinois.

Il y a aussi des festivals qui allouent des fonds pour investir dans les films asiatiques. Par exemple, dans la compétition, le film tadjik Boz Salkin a profité de ces fonds, notamment celui de Götteborg.

Jean-Marc Thérouane
Tu nous as parlé du financement par les marchés du film. Comme tu viens de Hong-Kong, peux-tu nous en dire plus sur le Hong-Kong Film Market ?

Teresa Kwong
Tous les ans, au mois de mars, un salon professionnel est organisé sur la production cinématographique. Ce salon est constitué de plusieurs ateliers thématiques : la production de court métrage, les financements panasiatiques, etc... au total cela représente plus de 8 ateliers.
Pusan lui ressemble beaucoup, où des personnes avec des projets peuvent se présenter et tenter de trouver des partenaires financiers. Le Film Market a déjà 10 ans ; c'est un lieu unique où les films chinois, asiatiques et même les séries télévisées cherchent des investisseurs. Toutes les productions ont un stand et peuvent recevoir des professionnels pour énoncer de futurs partenariats.

Jean-Marc Thérouane
Passons à un exemple de coproduction de film entre la Chine et la France avec Cheng Xiao-xing. Comment as-tu fait pour produire les Enfants bananes et comment l'as-tu vendu à France 3 ?

Cheng Xiao-xing
Bonjour, je suis Cheng Xiao-xing. Je présente cette année un film à Vesoul dans la section documentaire, qui s'intitule les Enfants bananes. Il dure 52 minutes ; c'est mon troisième documentaire. Je vais parler un peu de mon parcours pour mieux comprendre la production de ce film. J'ai fait l'école du cinéma à Pékin dans les années 90 et j'ai continué mes études à Paris 8 ainsi qu'au Fresnoy, à Lille me permettant de tourner deux courts-métrages avec des subventions de l'État.
À la sortie de l'école, j'ai commencé à tourner des documentaires en autoproduction, dont deux qui ont été sélectionnés au Festival Cinéma du réel à Paris. J'ai rencontré par la suite Anna Glokowski, qui travaillait à France 3 et qui s'engageait dans divers projets. À l'époque, je pensais au projet Enfants bananes, qui avait pour cadre un voyage linguistique dans des villes chinoises pour de jeunes Parisiens issus de parents chinois. J'étais parti faire du repérage lors de ce voyage linguistique qui eut lieu à Pékin en 2006, à la suite duquel j'ai présenté une sélection d'images et un projet écrit à France 3 qui était d'accord pour me suivre dans cette aventure.

Ensuite une autre production nous a rejoint : Les Films d'ici, en la personne de Serge Lalou, qui a participé au financement du film. Nous avons également eu le soutien du CNC, ainsi que de deux autres organisations. C'est la première fois que j'ai pu passer de l'autoproduction vers quelque chose de plus confortable, dans la logique de l'industrie, avec des investissements avant le tournage et la postproduction du film. Je pense toutefois que c'est un cas un pe
u particulier, car c'est avec la télévision, qui est un guichet très important pour les documentaires.

Jean-Marc Thérouane
Est-ce que tu penses que t'imposer un format 52 minutes peut altérer la façon dont tu voulais faire le documentaire ?

Cheng Xiao-xing
Évidemment, ce sont des contraintes. Ce formatage 26, 52 minutes ou 1 h 30 pour que le film puisse passer à la télévision est le seul format possible actuellement. Mais est-ce que cette contrainte nuit à la création ? Je ne pense pas. Il y a vraiment un espace de liberté dans le choix des personnages, la façon de mener le récit, qui est plus important pour moi que la question de durée.

Je peux de là venir en complément à ce que disait Teresa par rapport au rôle du producteur. C'est quelqu'un avec lequel on peut avoir une discussion franche. Souvent, dans le cadre d'une autoproduction, on se sent seul, on doit gérer à la fois la partie artistique, la logistique et le financement.
Sans avis professionnel comme celui du producteur, il est difficile d'avoir une idée claire avec tant de charges de travail.
J'ai eu dans mon cas la chance de pouvoir parler avec mon producteur. C'est quelqu'un d'expérimenté, qui a produit beaucoup de projets indépendants, avec des contraintes de formatages et d'édition. Je retire beaucoup de bénéfice de cette expérience.

Damien Paccellieri
Je pense qu'il serait intéressant de continuer la discussion sur le travail de production avec les deux réalisateurs chinois afin de savoir s'ils ont pu bénéficier de fonds privés et de la manière dont ils perçoivent cette question de production. Comment sont-ils aidés ? Quelles sont leurs contraintes ?

Hasichaolu
En Chine, en général cela se passe ainsi : le réalisateur forge son projet et prend son scénario pour chercher des financements. Les studios de films investissent très peu dans la production si ce n'est China Film Group et Shanghai Film Group. Ces derniers préfèrent investir dans les films commerciaux. Les réalisateurs chinois font ainsi beaucoup de choses : ils cherchent des financements, tournent des films, et vont vendre leur film. Ce n'est pas vraiment leur travail. Ils ne peuvent pas se consacrer à 100 % à leurs films.Pour les réalisateurs chinois déjà connus, c'est bien plus facile, les producteurs veulent investir dans leurs films.

Nous savions que les pays comme la France avaient des fonds pour financer nos films, mais nous n'avions pas de relations, ni les moyens de contacter des personnes susceptibles de nous aider. J'espère qu'on aura l'occasion d'avoir accès aux fonds français, car la situation actuelle fait que nous portons la responsabilité d'un travail qui ne nous incombe pas directement.

Cai Shangjun
En Chine, ces deux dernières années, il y a eu du changement ; de plus en plus de professionnels souhaitent investir dans la production cinématographique. Pour les jeunes réalisateurs, c'est plus facile de trouver des financements qu'autrefois. L'argent n'est plus, je pense, le problème principal pour les films chinois. C'est maintenant de faire connaître les films chinois à l'étranger. C'est très difficile pour les films chinois d'aller sur ces marchés.
Et dans ce cas, le travail est énorme. Les réalisateurs comme Jia Zhang-ke, qui ont réussi à distribuer leurs films à l'étranger, sont des cas isolés. Il y a en plus aujourd'hui une sorte de quiproquo qui vise les jeunes réalisateurs chinois. En effet, le public pense que ces cinéastes tournent des films uniquement pour les proposer à des festivals internationaux. Mais ils n'ont pas le choix ! En Chine, il n'y a pas encore de système de distribution équitable pour les films petite et moyenne production. Nous serions très heureux que le public chinois puisse nous regarder. C'est donc un énorme paradoxe.

Nous avons besoin d'avantages de producteurs professionnels comme Teresa Kwong. J'ai eu l'occasion de collaborer avec un producteur américain dont le réseau professionnel était incroyable. Les festivals comme le FICA de Vesoul sont pour les films chinois un lieu important d'accostage. Quand le film est achevé, il passe de « port » en « port » grâce au capitaine de bord, le producteur. C'est donc très important d'avoir des producteurs professionnels, car ils connaissent les moyens de faire la promotion du film et de trouver les financements, tout comme de gérer ces derniers. Il ne suffit pas d'avoir de l'argent, il faut aussi le gérer.

Damien Paccellieri
À titre indicatif, pouvez-vous nous dire quel a été le coût de vos films et comment vivent les réalisateurs chinois ? Est-ce qu'ils doivent se diriger vers la télévision ? Comment vit leur équipe ?

Hasichaolu
Les deux films ont eu besoin d'un investissement d'environ 200 000 €. En Chine, c'est très difficile de faire appel à la télévision. Lorsqu'on manque de financement, on fait appel à des amis. Il n'y a pas de structure pour subvenir aux films. En Chine, pour tourner un film, on a un budget, et on fait tout pour finir le film avec ce budget, sans le dépasser.
Pour un projet demandant un petit financement, l'argent n'est pas un problème. L'important c'est d'avoir un scnérario solide. Les jeunes réalisateurs ne cherchent pas à trouver beaucoup d'argent pour vivre ; pour eux, le plus important est d'avoir l'opportunité de tourner un film. Dans mon cas, c'est un peu spécial ; je dois chercher de l'argent moi-même et je fais également le travail de distributeur, de scénariste donc parfois j'ai encore plus d'argent que ce dont j'ai besoin. Mais je ne suis pas producteur professionnel, je n'ai pas de contact avec les distributeurs et festivals étrangers.

Jean-Marc Thérouane
Quel a été le rôle de l'ambassade de France en Chine ?

Cai Shangjun
Je connais le nouveau responsable du cinéma à l'ambassade de France à Pékin. Quand j'étais encore étudiant, j'allais souvent à l'ambassade de France pour regarder les films français. J'ai entendu dire qu'il y avait des aides de l'ambassade de France pour les films chinois ; Wang Chao avait reçu une aide de l'ambassade. À la dernière étape du tournage, il avait envoyé son alter-négatif en France, où il fut développé. Ensuite, il put présenter son film à différents festivals en France.
L'année dernière, Christian Jeune est allé à l'ambassade de France pour une soirée à laquelle des réalisateurs chinois ont été conviés. Il y avait aussi Isabelle Glachant qui a beaucoup fait pour les films chinois. Donc, on espère qu'il y aura de plus en plus de professionnels comme elle. En Chine, il y a de plus en plus de films avec très peu de financement ; ce sont de très bons films malgré tout, ils ne peuvent pas se faire connaître du public étranger.


Hasichaolu
C'est la première fois que je viens en France et je fais la connaissance de beaucoup d'acteurs du monde du cinéma ; j'espère que ces personnes pourront recommander ou présenter des films chinois aux spectateurs européens. Je suis très content de cette occasion. Je pense que l'Europe et plus particulièrement la France est un pays où le public apprécie beaucoup les films d'auteur. J'espère que vous allez continuer ce bon travail.

Un journaliste
À propos du piratage, je voulais savoir si vos oeuvres sont handicapées ou victime d'une diffusion pirate. Aussi, utilisez-vous internet pour faire connaître vos oeuvres ?

Cai Shangjun
C'est paradoxal. En Chine, on déteste le piratage tout comme on l'aime. On le déteste, car on voudrait protéger nos droits d'auteurs.Mias on le tolère, car sans le piratage, nos films ne seraient pas connus. C'est très difficile pour les films d'auteur d'être projetés dans les salles.

Damien Paccellieri
Je voulais rajouter que Sheng Zhimin, venu l'année dernière pour présenter son film Bliss, est exclusivement connu grâce aux DVD pirates.
Sans le piratage, les Chinois ne verraient pas ses oeuvres. C'est donc une lame à double tranchant, car les droits cinématographiques ne sont pas protégés, mais c'est un biais pour les films indépendants de se faire connaître. Et il faut savoir que si vous allez dans certains quartiers de Pékin, en bas de votre immeuble, vous trouverez des gens qui vendent dans leurs cartons beaucoup de DVD pirates à 5 yuan (0,50 €). Ce n'est peut-être pas la meilleure des façons, mais c'est tout de même indispensable.

C'est intéressant également de savoir certains chiffres clés du cinéma chinois. En 2006, 330 films ont été produits. En 2007, on sera certainement à plus de 400. La Chine est devenue un des principaux pays en matière de production. Mais les films indépendants ne sont pas comptabilisés. Par exemple, un réalisateur comme Cui Zi'en, qui fait des films sur l'homosexualité, n'est pas comptabilisé.

Marie Bizais
Il faudrait également ajouter que pour tourner, il faut avoir un droit de tournage, et demander à une entité gouvernementale. Même sans cet accord, il y a un certain nombre de réalisateurs chinois qui tournent leur film,et ils ne seront pas comptabilisés dans le nombre de films reconnus officiellement par la Chine. Et il y en a beaucoup.

Jean-Marc Thérouane
Et toi Marie, comment en es-tu venue à sous-titrer des films chinois ?

Marie Bizais
Pour ma part, j'étais sur Pékin. J'ai un ami, qui s'appelle He Jianjun, qui a réalisé le film Postman, connu en France pour être passé dans un ou deux festivals, et sur Arte. Il a réalisé un autre film, Butterfly Smile, qui est typiquement l'exemple de ce que je disais auparavant, à savoir un film qui a mis très longtemps à pouvoir sortir puisque son autorisation de tournage a été très longue à obtenir, passant devant plusieurs commissions avant d'avoir le droit de diffusion. Chaque commission était différente donc chacune lui demandait de changer quelque chose. Il mit un an avant d'avoir une version finale de son film. Je l'ai vu une fois, car il faisait partie de mon réseau d'ami ; il avait commencé à le faire traduire et m'a dit qu'il avait des problèmes de traduction. Donc, j'ai réalisé le sous-titrage, qui a ensuite été confié à un studio pour être appliqué sur les images.
Puis il a fait un autre long métrage pour lequel il n'a pas demandé d'autorisation puisque c'était un film sur les versions pirates de DVD et sur une relation sexuelle passionnelle entre deux personnes.

Teresa Kwong
Je voudrais savoir combien de films chinois sont passés sur les écrans français l'année dernière. Pourquoi vous intéressez-vous particulièrement au cinéma chinois ? Quel genre de film vous intéresse ?

Damien Paccellieri
L'année dernière, je crois qu'il y a eu 4 ou 5 films chinois projetés sur les écrans français. En général, les films chinois sont d'abord ceux qui ont été aidés par le CNC et le Fond Sud, un raisonnement logique : comme on les finance, on les présente en France. Les films primés dans les festivals internationaux sont également projetés puisqu'ils s'attirent la confiance des distributeurs, comme Le Mariage de Tuya (Ours d'or) ou Still Life (Lion d'or)...

..................

La table ronde s'est achevée sur ces paroles, une heure après son commencement. Nous n'avons pas pu entamer un débat autour des questions du public, car le jury dont je faisais partie avait des impératifs suite à la projection de films en compétition.

Damien Paccellieri

Cliquer pout voir un article de journal paru dans l'excellent Est Républicain, suite à cette conférence (3Mo)


Publié par damien à 11:57 et 0 commentaire(s)

samedi 1 mars 2008

Chine : nouvel eldorado pour les etats-unis ?

Après trois mois où les relations ont été très houleuses dans le monde cinématographique entre les Etats Unis et la Chine, suite à une interdiction chinoise des films américains sur son territoire (pour défendre les grosses productions nationales et les films du Nouvel an), les relations sont désormais au beau fixe (hormis les traditionnelles querelles sur le piratage).



En effet, 3 grosses productions américaines ont le luxe de tourner en Chine:

- The Forbidden Kingdom avec Jackie Chan et Jet Li réalisé par Rob Minkoff pour un budget de 55 millions de dollars sortira sur grand écran aux USA vers le 18 avril 2008.

- La Momie 3, la suite des blockbuster que tout le monde connaît s'intituelera certainement "La tombe de l'Empereur des dragons" avec Michelle Yeoh et sortira quant à lui le 1er août 2008.

- Enfin un dernier long métrage suscitant toutes les attentions, Shanghai, avec une pléiade de stars : Gong Li, John Cusak, Chow Yun-fat et un budget de 30 millions de dollars, qui sortira sur nos écrans en fin d'années.

D'un autre côté les distributeurs américains ne lésinent pas à faire du pied au pays continent. Avec de nombreuses sorties sur le territoire US tels le lion d'Or Lust Caution, Red Cliff - le prochain John Woo , mais également le fameux CJ7 de Stephen Chow, l'objectif est clair : décrocher le maximum de contrat de joint-production permettant aux Etats-Unis de s'immiscer d'avantage sur le marché chinois.

En effet, le marché du cinéma chinois bénéficie d'une croissance impressionnante ( une moyenne de 25% par an depuis 3 ans) avec des résultats à tomber à la renverse (pour les mois de mi-décembre à février 2008 le box office chinois est de 110 millions de dollars soit environ 1/3 du box office annuel. Bien sûr en Chine c'est un résultat exceptionnel, pour les Etats Unis c'est seulement le budget d'un film ou une part infime des résultats de la trilogie des Pirates des Caraïbes).

Les américains, soucieux de renflouer leurs caisses, souhaitent intensifier leur position de distributeur car les perspectives financières futures sont très alléchantes (avec un pourcentage très élevé pour le distributeur dans la part des bénéfices) vu le développement du nombre de salles et de la hausse de fréquentation.


La Chine se laissera t'elle embobinée par ce chant des sirènes ? Il faut peut être prendre le problème à l'envers: aujourd'hui c'est la Chine qui mène la danse des co-productions et exporte massivement ses productions. Une méthode qui résume bien la pensée économique chinoise.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 12:02 et 0 commentaire(s)

Semaine Johnnie To

Notre Johnnie hongkongais fait une escale très remarquée à Paris avec une avant première de Mad Detective le lundi 3 mars 2008.

UGC la Défense à 20h00
MK2 Bibliothèque à 20h30

(Les deux séances seront en sa présence)

Mais comme si cela ne suffisait pas, celui qui aime Cuba pour ses cigares sera également à la Cinémathèque française le mercredi 5 mars 2008 pour une séance (suivie d'une discussion) de The Mission, l'un de ses classiques.

On espère qu'il n'y aura pas trop d'évanouissement de fans de cinéma HK dans les salles ;)

Publié par damien à 11:48 et 0 commentaire(s)

Deauville Asia du 12 au 16 mars 2008



En voilà des bonnes nouvelles, la représentativité du cinéma chinois en France continue sa percée avec le festival de Deauville qui propose quelques films chinois.

Au menu de ces 5 jours de cinéma (du 12 au 16 mars 2008):

The Assembly de Feng Xiaogang
Alors que la guerre civile fait rage en Chine en 1948, les soldats d’une compagnie de l'Armée de Libération sont divisés sur l’issue du combat. Certains penchent pour les communistes, d’autres pour les nationalistes.

Exodus de Edmond Pang
Un jour, lors de l’interrogatoire d’un voyeur surpris dans des toilettes publiques, un policier consciencieux apprend l’existence d’un complot de femmes visant à exterminer tous les hommes. À la différence d'autres collègues négligents, il décide de mener une enquête.

Fujian Blue de Robin Weng
Une bande organisée de petits criminels sort chaque soir en discothèque et prend en photo des couples adultères afin de les faire chanter. Découvrant que sa mère entretient une liaison illégitime, l’un des jeunes délinquants lui soutire alors une importante somme d’argent…

Blood Brothers de Alexi Tan
Shanghai, années 30. Trois jeunes hommes encore innocents arrivent dans cette ville rêvée où un avenir radieux semble les attendre. Mais avec le temps, emportés dans la spirale du crime, leurs chemins se séparent. Les amis d’hier deviennent les ennemis d’aujourd’hui…

Coq de Combat de Soi Cheang
Après avoir assassiné sauvagement ses parents, Ryo, seize ans, est envoyé en prison. Il y devient le souffre-douleur des autres détenus mais fait la rencontre d’un maître de karaté qui va changer sa vision de la vie et lui donner le goût de la vengeance…

Keeping Watch de Cheng Fen Fen
L'arrivée de Han bouleverse la vie monotone de Ching qui gère dorénavant la boutique de montres familiale. Elle tombe rapidement amoureuse du jeune homme qui prétend être un ancien camarade de lycée. Après plusieurs jours passés sans nouvelles de Han, Ching s’inquiète et décide de contacter ses parents. Ces derniers lui annoncent que leur fils est décédé depuis de nombreuses années…

The Red Awn de Cai Shangjung
Un homme vivant à la campagne avec sa femme et son fils de douze ans doit partir à la ville afin de gagner plus d’argent. Sa femme meurt pendant son absence, laissant son fils grandir sans personne pour veiller sur lui. Le père revient cinq ans plus tard et décide d’emmener son fils avec lui pour faire les moissons…

Endless Night de Pan Jianlin
Une femme confie face caméra ses souffrances sexuelles vécues à l’âge de quinze ans. Différentes personnes expriment leur opinion sur son terrible cauchemar.

The Sun Also Rises de Jiang Wen
Printemps 1976. Une jeune veuve et son fils coulent des jours heureux dans un petit village. La mère, devenue folle après avoir perdu une paire de chaussures rouges, décide de l’emmener sur une île où elle a construit un palais à la blancheur éclatante dédié à la mémoire de son père…

Useless de Jia Zhang-Ke
A Canton, des ouvrières fabriquent des vêtements qui seront expédiés vers des clients inconnus. A Paris, la créatrice Ma Ke est venue présenter sa toute nouvelle marque à la Semaine de la Mode. Elle privilégie les produits artisanaux qui parlent d'eux-mêmes et déteste les chaînes de montage. Une réflexion sur la relation entre la fabrication des vêtements, la créativité et le consumérisme.

Il y aura également un homme à Jia Zhang-ke avec la projection de sa filmographie.
Ainsi, l'offre de Deauville en cette année 2008 est assez chargé et nous n'allons pas nous en plaindre. Cependant, tous les films présentés ci dessus sont déjà passés dans de nombreux festivals et l'on aimerait bien dans l'avenir que ce festival ne soit pas qu'une vitrine mais également un pionnier afin de faire quelques découvertes surprenantes.

///le site du festival///

Publié par damien à 11:30 et 0 commentaire(s)

Perpetual Motion

Perpetual motion de Ning Ying, 2005
Avec Hung Hung, Sola Liu, Qinqin Li, Yanni Ping

Quatre femmes chinoises, quatre célébrités de Pékin se retrouvent pour un huis clos la veille du Nouvel An lunaire à l’invitation de Niuniu, rédactrice en chef d’un magazine de mode populaire. Celle-ci vient de découvrir un email enflammé à destination de Niuniu. Elle compte bien découvrir en les conviant à un réveillon entre femmes, laquelle de ses amies est la traîtresse qui a une aventure à son insu. Une fois dans la somptueuse demeure de Niuniu, les quatre femmes s’épanchent dans des discussions intimes, évoquant tour à tour leurs conquêtes passées, leur libido, mais aussi l’influence de la société chinoise sur leur émancipation et le rôle de leurs pères conservateurs et de leurs mères passives dans leur éducation.


On oublie pour un temps le but initial de cette réunion insolite avant qu’un événement imprévu vienne la contrarier…

Ce film est le cinquième réalisé par Ning Ying, auteur de la trilogie Pékin : Pour le Plaisir (1992), Ronde de flics à Pékin (1995) et Un taxi à Pékin (2000). Une des rares femmes réalisatrices chinoises
reconnues dans le monde, Ning Ying réalise de vrais films de femme, avec une sensibilité toute particulière pour leurs préoccupations et les émotions qui les animent. Les personnages y sont crédibles dans la mesure où trois des actrices principales sont en réalité issues de familles aisées de l’intelligentsia pékinoise. Les quatre femmes ont donc pu puiser dans leur expérience de la jet set chinoise pour interpréter leurs personnages au plus juste et livrer une satire sociale bien frappée.

Perpetual motion comm
e son nom l’indique est aussi une réflexion sur l’évolution de la société chinoise et le fossé grandissant entre les valeurs paternalistes de lutte des classes et la société moderne régie par l’argent et le pouvoir. Du point de vue de la réalisatrice, filmer dans un décor ancien nous laisse imaginer que seuls les riches se permettent encore ce genre de fantaisie. Les pauvres sont expulsés des vieux quartiers détruits – à l’exception donc de ces quelques chefs-d’œuvre architecturaux habités par l’élite – et relégués dans des immeubles HLM qu’on aperçoit sur le plan final. Ces considérations d’urbanisme sont la métaphore filée du destin.

Dans une définition ironique, l’une des quatre amies qui travaille dans l’immobilier annonce que le destin est similaire à la structure d’un immeuble, on ne peut la contrarier ni la changer. La chance, ce serait en quelque sorte la décoration int
érieure ou extérieure. Simple ou luxueuse, sobre ou sophistiquée, libre à chacun de donner sa force à l’immeuble. Il s’agit de saisir sa chance. Libre à chacun… oui, mais ce discours libéral semble oublier que, justement, la liberté de choisir, d’embellir son destin, nombre en sont privés en Chine et dans le monde. Cette réplique est donc plutôt à prendre au second degré, comme une brique de la critique sous-jacente qui parcourt le film. Ainsi, plutôt que de s’étendre indéfiniment sur la relation adultère que son mari entretient avec l’une de ses amies, ce qui nous aurait gratifiés d’un charmant Vaudeville, la réalisatrice s’attache à montrer des femmes fortes, indépendantes, affranchies de la présence des hommes repoussés dans une absence éloquente et qui n’hésitent pas à critiquer la société dans laquelle elles vivent, chose impensable, il y a seulement quelques années. Elles épanchent leurs sentiments, avouent leur idéal, confient leurs aspirations. Mais l’intérêt de ce huis clos, c’est aussi le jeu de ces actrices sans lequel le film n’a pas de raison d’être.

On perçoit bien en toile de fond des éléments résurgents de la culture communiste comme ce show télévisé à l’occasion du Nouvel An, vantant les mérites et la fierté d’être chinois, Chinois de cette mère patrie. Mais ce qui amuse avant tout c’est l’attitude de ces femmes, prostrées devant le téléviseur, dans un ennui abyssal. Par moments, le film se perd en longueurs et en silences. On digère lentement du festin de pieds de poulets et le récit somnole. On ne voit plus où et chez qui la réalisatrice veut nous convier jusqu’à une catharsis finale, dans un fou rire incoercible se concluant par un travelling dans les rues de Pékin où trois de ces femmes marchent fièrement.

Lesquelles
? C’est cela le mouvement perpétuel chinois, une impression d’avancer vers l’avenir, sans d’autres obstacles que ceux qu’on peut éliminer.


Vianney Meunier
(2005)

Publié par damien à 11:15 et 0 commentaire(s)

Creative Commons License


 Souscrire à ce site