lundi 22 décembre 2008

Blood Brothers (天堂口)

Blood Brothers d'Alexi Tan, 2007
Avec Cheng Chen, Liu Ye, Shu Qi, Daniel Wu, Li Xiaolu

Trois frères de sang décident d'aller à Shanghai pour y faire leur vie. Ils rentrent rapidement dans un des clans de la mafia locale et se font rapidement un nom. Mais dans leur ascension, chacun décide de suivre sa propre voie...

Jeune réalisateur, Alexi Tan (陈奕利) bénéficie d'une des plus belles brochettes d'acteurs chinois. Visez plutôt : Liu Ye 刘烨 (Balzac et la petite tailleuse chinoise), Chang Chen 张震 (Three Times), Shu Qi 舒淇(Millennium Mambo, Three Times), Daniel Wu 吴彦祖 (The Banquet), Li Xiaolu 李小璐 (Xiu Xiu), Sung Honglei 孙红雷 (Seven Swords) .... une distribution à faire mourir d'envie plus d'un cinéaste confirmé.


Pourtant, malgré cette « finest selection », Blood
Brothers ne séduira pas le cinéphile comme il se devait.
Avec un scénario mal ficelé et un montage excessivement concis, Alexi Tan s'engouffre dans un opportunisme de jeunesse qui handicape fortement son oeuvre.

Blood Brothers (天堂口) conte la vie de deux frères et de leur meilleur ami devenus inséparables avec le temps et les épreuves de la vie.
Ils habitent dans un village non loin de Shanghai et rêvent de la grande ville (nous sommes dans les années 30, l'âge d'or de cette métropole).
Le plus débrouillard des trois devient serveur dans un cabaret appelé « The Paradise » alors que les deux autres vivotent grâce à quelques courses en pousse-pousse.
Quelque temps plus tard, les frères rejoignent leur aîné pour travailler dans le cabaret du boss Hong où ils deviennent alors des gangsters au service du grand patron.
Au même moment, dans un cadre cinématographique qui n'est pas sans rappeler Shanghai Triad (摇啊摇,摇到外婆桥) de Zhang Yimou (张艺谋), les trois frères font la connaissance de la chanteuse phare du cabaret (Shu Qi) tenue comme un oiseau en cage par le boss Hong. Progressivement, les trois jeunes loups deviennent de vrais lions, notamment le débrouillard devenu le bras droit du boss. Seulement cette voie, empreinte de violence, est-elle celle qui les mènera au bonheur ? Chacun d'entre eux trace alors leurs chemins, l'un dans le sillon du boss Hong, l'autre par filiation et le dernier par raison. Pourront-ils rester frères ?

Blood Brothers aurait pu être un grand film. Sur le papier, le projet avait toutes les qualités nécessaires pour le devenir. Seulement au bout du compte, Blood Brothers déçoit tant l'attente était grande de retrouver un excellent film de gangster chinois.
Il déçoit ainsi par un scénario qui est grossièrement un calque du film de Zhang Yimou, reprenant ses codes et les malaxant avec un film coréen Friends ou Une Balle dans la tête (喋血街头), bien connu pour leurs regards acérés sur les destins d'une bande d'amis.
L'esprit fixé sur certains clichés, Alexi Tan ne donne pas assez de liberté dans l'interprétation des rôles pour faire de son long métrage un excellent film noir.

Cette sensation de déjà vu, largement imputable à la jeunesse du réalisateur est pourtant loin d'être le principal défaut. En effet, ce qui terrasse le long métrage c'est bien la manière dont a été réalisé le montage qui gâche tout le plaisir accordé à l'imagerie, l'environnement d'une époque révolue.
Blood Brothers est la somme de nombreuses séquences d'actions, manquant ainsi de fluidité, étouffée par un empressement d'aller à l'essentiel.
Et cela est sans compter certaines scènes complètement incohérentes où des ennemis sortent de nulle part, où le spectateur se demande sans comprendre comment et pourquoi ceci est à cette place.


Par chance, la distribution maquille habilement ces déconvenues.
À commencer par Liu Ye, exceptionnel dans son rôle de grand frère culotté, au regard maladif et à la violence exacerbée. C'est la première fois que l'on peut voir l'acteur jouer ce type de mauvais personnages, lui qui nous avait habitués à des rôles mielleux.
Avec Blood Brothers, Liu Ye s'ouvre de nouvelles perspectives très intéressantes pour la suite d'une déjà très belle carrière.
Chang Chen, dont le rôle semble prendre parfois des proportions envahissantes, réussies toutefois son interprétation d'un tueur professionnel mystérieux, si ce n'est dans les relations qu'il entretient avec la femme du boss Hong.
Justement Shu Qi, s'est surement accaparée le plus mauvais rôle du film : celui d'une délicieuse et plantureuse nymphe inutile. On est loin de l'incarnation de Gong Li (巩俐).
De son côté, Daniel Wu s'en tire avec les honneurs et propose un jeu tout en nuances, même si ses traits trahissent parfois son interprétation.

Produit par John Woo (吴宇森), Blood Brothers ne marquera donc pas les esprits, malgré une interprétation brillante dans son ensemble, car son développement hachis menu met à sac toute possibilité au film d'entrer dans le cercle privé des grands films d'action chinois.
Une preuve de plus d'un manque réel de bon scénariste en Chine ?

Lire l'entretien de Liu Ye sur ce film.
Damien Paccellieri

Publié par damien à 19:21

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