samedi 29 novembre 2008
The Red Awn
The Red Awn de Cai Shangjun, 2007Avec Yao Anlian, Lu Yulai, Huang Lu
Un père de famille revient chez lui après avoir passé cinq années en ville en tant que travailleur immigré. Mais durant ces longues années, tout a changé. Sa femme est morte, et son fils ne lui pardonnera pas son absence et essayera de le tuer. Face à leur destin, le père tente de renouer des liens avec son fils lors de la moisson des champs...
The Red Awn est le premier long métrage réalisé Cai Shangjun après avoir été scénariste de Zhang Yang (1997 Spicy Love Soup, 1999 Shower et 2005 Sunflower).
Alors que la sixième génération de cinéaste chinois se plonge avec passion dans leur urbanité, Cai Shangjun, originaire de Pékin, prend les sillons qui mènent vers la région du Gansu pour tourner une relation entre un père et un fils, désenchantée par les illusions de la ville. En effet, le père, interprété par Yao Anlian (vu dans Shanghai Dreams de Wang Xiaoshuai), revient dans sa région après cinq années passées en ville pour tenter d'amasser le plus d'argent possible avant de revenir à la campagne. Pendant ce temps, sa femme et donc la maman de son fils, décède sans qu'il puisse se rendre à son chevet. Se croyant abandonné, le fils qui a vécu cette absence et cette mort comme une trahison, comme un manque, ne pardonnera jamais son père de cet acte manqué. En témoignent les nombreuses scènes aux relations tendues entre le père et le fils où ce dernier va même jusqu'à tenter de le tuer.
De retour à la campagne, le père doit trouver un emploi pour subvenir à ses besoins. Il décide de voir l'un de ses amis qui s'engage bientôt avec sa moissonneuse-batteuse pour la saison des récoltes. Ce dernier lui offre la possibilité de l'accompagner pour aller moissonner les nombreux champs de blé des paysans. Ils embarquent vers une aventure de quelques jours où le travail se veut harassant et sans répits. Le fils les accompagne et restera en recul malgré les quelques efforts de son père. Heureusement et malheureusement, un père reste un père, la seule famille qui lui reste...
Primé à Vesoul par le Prix Langues O ' et par la mention spéciale du Jury NETPAC, The Red Awn a de nombreuses qualités. Son univers visuel, celui de la région du Gansu et de ses étendues agricoles, de l'industrialisation de l'agriculture est une vraie réussite, une chaleur visuelle qui tranche avec les relations glaciales entre un père et son fils. Aussi, Cai Shangjun aborde une thématique rarement abordée dans le cinéma chinois par les jeunes réalisateurs d'aujourd'hui : non pas l'exode rural (qui
est également développé dans ce film), mais le retour à la campagne, que l'on avait vu dans quelques films comme Life de Wu Tianming où un jeune homme part pour la ville et reviendra plus tard faute d'amour et de réussite. C'est un sujet abordé avec sensibilité où l'on observe que la ville n'est plus l'El Dorado des « mingongs » (travailleurs immigrés) mais plutôt le chant du cygne, car sans repères, sans les codes sociaux de la ville, les ruraux y perdent leur argent et leur santé. Tel est le cas du père qui y cassera son dos pour quelques yuan dilapidés dans de frêles projets déficitaires. Mais ce sera également le destin du fils, qui, poussé par son père, y fera ses études et se retrouve sans le sou, forcé de revenir à la campagne pour voler les deniers durement acquis par son père lors des nouvelles moissons.
The Red Awn tient le spectateur par une ambiguïté où la situation en campagne est aussi mauvaise (une mère qui décède par manque de soins, des saisons de moissons difficiles..) que celle en ville pour les ruraux. Comment ces derniers peuvent t-ils s'en sortir ? Sont-ils amenés à ne pouvoir compren
dre la société urbaine et rester au plus près de leurs champs ? Ceux qui tentent l'aventure d'aller en ville sont-ils récompensés de ce risque ? Le cinéaste ouvre la porte à ces nombreuses questions et nous offre une réflexion autour de l'environnement agricole des plus passionnantes (sans parler de la propriété agricole en Chine, etc..). Si le film souffre parfois d'une certaine langueur, d'un côté « film de scénariste », The Red Awn réussit toutefois à s'en défausser par l'excellente interprétation du père et des personnages de second plan (Huang Lu vue dans Blind Mountain...). Un premier film à saluer.
Un père de famille revient chez lui après avoir passé cinq années en ville en tant que travailleur immigré. Mais durant ces longues années, tout a changé. Sa femme est morte, et son fils ne lui pardonnera pas son absence et essayera de le tuer. Face à leur destin, le père tente de renouer des liens avec son fils lors de la moisson des champs...
The Red Awn est le premier long métrage réalisé Cai Shangjun après avoir été scénariste de Zhang Yang (1997 Spicy Love Soup, 1999 Shower et 2005 Sunflower).
Alors que la sixième génération de cinéaste chinois se plonge avec passion dans leur urbanité, Cai Shangjun, originaire de Pékin, prend les sillons qui mènent vers la région du Gansu pour tourner une relation entre un père et un fils, désenchantée par les illusions de la ville. En effet, le père, interprété par Yao Anlian (vu dans Shanghai Dreams de Wang Xiaoshuai), revient dans sa région après cinq années passées en ville pour tenter d'amasser le plus d'argent possible avant de revenir à la campagne. Pendant ce temps, sa femme et donc la maman de son fils, décède sans qu'il puisse se rendre à son chevet. Se croyant abandonné, le fils qui a vécu cette absence et cette mort comme une trahison, comme un manque, ne pardonnera jamais son père de cet acte manqué. En témoignent les nombreuses scènes aux relations tendues entre le père et le fils où ce dernier va même jusqu'à tenter de le tuer.
De retour à la campagne, le père doit trouver un emploi pour subvenir à ses besoins. Il décide de voir l'un de ses amis qui s'engage bientôt avec sa moissonneuse-batteuse pour la saison des récoltes. Ce dernier lui offre la possibilité de l'accompagner pour aller moissonner les nombreux champs de blé des paysans. Ils embarquent vers une aventure de quelques jours où le travail se veut harassant et sans répits. Le fils les accompagne et restera en recul malgré les quelques efforts de son père. Heureusement et malheureusement, un père reste un père, la seule famille qui lui reste...Primé à Vesoul par le Prix Langues O ' et par la mention spéciale du Jury NETPAC, The Red Awn a de nombreuses qualités. Son univers visuel, celui de la région du Gansu et de ses étendues agricoles, de l'industrialisation de l'agriculture est une vraie réussite, une chaleur visuelle qui tranche avec les relations glaciales entre un père et son fils. Aussi, Cai Shangjun aborde une thématique rarement abordée dans le cinéma chinois par les jeunes réalisateurs d'aujourd'hui : non pas l'exode rural (qui
est également développé dans ce film), mais le retour à la campagne, que l'on avait vu dans quelques films comme Life de Wu Tianming où un jeune homme part pour la ville et reviendra plus tard faute d'amour et de réussite. C'est un sujet abordé avec sensibilité où l'on observe que la ville n'est plus l'El Dorado des « mingongs » (travailleurs immigrés) mais plutôt le chant du cygne, car sans repères, sans les codes sociaux de la ville, les ruraux y perdent leur argent et leur santé. Tel est le cas du père qui y cassera son dos pour quelques yuan dilapidés dans de frêles projets déficitaires. Mais ce sera également le destin du fils, qui, poussé par son père, y fera ses études et se retrouve sans le sou, forcé de revenir à la campagne pour voler les deniers durement acquis par son père lors des nouvelles moissons.The Red Awn tient le spectateur par une ambiguïté où la situation en campagne est aussi mauvaise (une mère qui décède par manque de soins, des saisons de moissons difficiles..) que celle en ville pour les ruraux. Comment ces derniers peuvent t-ils s'en sortir ? Sont-ils amenés à ne pouvoir compren
dre la société urbaine et rester au plus près de leurs champs ? Ceux qui tentent l'aventure d'aller en ville sont-ils récompensés de ce risque ? Le cinéaste ouvre la porte à ces nombreuses questions et nous offre une réflexion autour de l'environnement agricole des plus passionnantes (sans parler de la propriété agricole en Chine, etc..). Si le film souffre parfois d'une certaine langueur, d'un côté « film de scénariste », The Red Awn réussit toutefois à s'en défausser par l'excellente interprétation du père et des personnages de second plan (Huang Lu vue dans Blind Mountain...). Un premier film à saluer.Damien Paccellieri


















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