lundi 3 novembre 2008
La Montre
La Montre de Huang Zuolin, 1949Avec Zhao Qiansun, Cheng Zhi, Shen Yang
Xiao Niu, un jeune garçon sans le sou, se lie d'amitié avec la fille d'un horloger. Par péché ou par tentation, Xiao Niu vole la montre d'un bourgeois et sous-estime alors les conséquences de son acte.
Produit par les studios de la Wenhua, La Montre est le troisième long métrage de Huang Zuolin après la Dot en carton (1947) et les Bas Fonds, réalisés tous deux la même année.
Ce cinéaste méconnu restera dans le milieu du cinéma jusqu'à la fin des années 70 et signera un épisode cinématographique de San Mao avec San Mao apprend un métier en 1958.
Pour la Montre, Huang Zuolin, nous invite à regarder de plus près la vie de ces enfants pauvres de Shanghai dont Xiao Niu (petit boeuf) est un parfait exemple. Avec ses amis d'infortune, Xiao Niu tente de survivre du mieux qu'il peut. Jusqu'au jour où il rencontre une jeune fille, Cui Cui, dont le grand-père répare des montres. Parmi celles-ci, une montre de bourgeois attire l'attention et suscite le désir de Xiao Niu. Malgré son amitié pour Cui Cui, le jeune garçon vole cet objet de luxe et prend la poudre d'escampette.
Les conséquences de ce vol sont catastrophiques pour le grand-père. Pendant ce temps, Xiao Niu est à l'origine d'une rixe avec ses amis, qui l'amène au bureau de police, lequel l'envoie dans un centre de rééducation pour trouble à l'ordre public...
1949, une date fatidique pour le cinéma de Shanghai. La politique va dorénavant s'immiscer dans le septième art pour en faire un outil essentiel à l'éducation des masses.
La Montre n'évite pas ce vent de propagande tout comme San Mao, le Vagabond nous en avait donné un aperçu dans son chapitre final. Si la première séquence sur le vol de la montre est assurément cinématographique, les autres sont déployés pour politiser le long métrage.
Devant la police, Xiao Niu nous explique sa misérable vie menée en solitaire depuis de nombreuses années avec ses amis du même âge. C'est une forte symbolique de l'enfant seul face à une société cruelle et bourgeoise. D'ailleurs, cette bourgeoisie est pointée du doigt dans le même commissariat où elle s'arrange avec la police, ayant outrepassé les lois en vigueur.
Cette double estocade, sublimement mise en scène, va devenir un appel au communisme avec l'envoi de Xiao Niu en rééducation. De bon aloi, le réalisateur enrichit de douceur et de moment d'humour le développement de son long métrage, mais il provoque une césure évidente où l'on oublie les raisons de l'envoi en centre de rééducation pour se concentrer sur la vie en collectivité d'une sorte « d'école de la vie ».
On passe ainsi de la misérable solitude de Xiao Niu à une collectivité d'enfants et de professeurs solidaire. Cet angélisme où Huang Zuolin s'enferme peu à peu est une conception politisée avec une prééminence sur les cantines collectives et l'idéologie de « tous ensemble pour avancer ».
Malgré la scénarisation d'un cadre véreux (encore une image d'égoïsme et d'individualisme), d'un directeur naïf, mais généreux, et d'un professeur enseignant les bonnes manières aux désoeuvrés, l'idéalisme collectif, thème cher à la mouvance communiste d'après-guerre (1945-1949) nous rappelle les bisbilles existant entre le parti arrivant au pouvoir et certaines
réalisations.
Dans la scène finale où Xiao Niu, l'oeil humide, ressasse ses erreurs et apporte sa bénédiction au collectivisme, Huang Zuolin constitue un pamphlet, un parti pris réduisant gravement le champ cinématographique du long métrage.
En somme, La Montre sonne l'heure du changement social, de l'ordre moral, mais reste toutefois d'un certain intérêt pour ceux qui souhaitent comprendre 1949, cette année où tout a changé.
Xiao Niu, un jeune garçon sans le sou, se lie d'amitié avec la fille d'un horloger. Par péché ou par tentation, Xiao Niu vole la montre d'un bourgeois et sous-estime alors les conséquences de son acte.
Produit par les studios de la Wenhua, La Montre est le troisième long métrage de Huang Zuolin après la Dot en carton (1947) et les Bas Fonds, réalisés tous deux la même année.
Ce cinéaste méconnu restera dans le milieu du cinéma jusqu'à la fin des années 70 et signera un épisode cinématographique de San Mao avec San Mao apprend un métier en 1958.
Pour la Montre, Huang Zuolin, nous invite à regarder de plus près la vie de ces enfants pauvres de Shanghai dont Xiao Niu (petit boeuf) est un parfait exemple. Avec ses amis d'infortune, Xiao Niu tente de survivre du mieux qu'il peut. Jusqu'au jour où il rencontre une jeune fille, Cui Cui, dont le grand-père répare des montres. Parmi celles-ci, une montre de bourgeois attire l'attention et suscite le désir de Xiao Niu. Malgré son amitié pour Cui Cui, le jeune garçon vole cet objet de luxe et prend la poudre d'escampette.
Les conséquences de ce vol sont catastrophiques pour le grand-père. Pendant ce temps, Xiao Niu est à l'origine d'une rixe avec ses amis, qui l'amène au bureau de police, lequel l'envoie dans un centre de rééducation pour trouble à l'ordre public...
1949, une date fatidique pour le cinéma de Shanghai. La politique va dorénavant s'immiscer dans le septième art pour en faire un outil essentiel à l'éducation des masses.La Montre n'évite pas ce vent de propagande tout comme San Mao, le Vagabond nous en avait donné un aperçu dans son chapitre final. Si la première séquence sur le vol de la montre est assurément cinématographique, les autres sont déployés pour politiser le long métrage.
Devant la police, Xiao Niu nous explique sa misérable vie menée en solitaire depuis de nombreuses années avec ses amis du même âge. C'est une forte symbolique de l'enfant seul face à une société cruelle et bourgeoise. D'ailleurs, cette bourgeoisie est pointée du doigt dans le même commissariat où elle s'arrange avec la police, ayant outrepassé les lois en vigueur.
Cette double estocade, sublimement mise en scène, va devenir un appel au communisme avec l'envoi de Xiao Niu en rééducation. De bon aloi, le réalisateur enrichit de douceur et de moment d'humour le développement de son long métrage, mais il provoque une césure évidente où l'on oublie les raisons de l'envoi en centre de rééducation pour se concentrer sur la vie en collectivité d'une sorte « d'école de la vie ».On passe ainsi de la misérable solitude de Xiao Niu à une collectivité d'enfants et de professeurs solidaire. Cet angélisme où Huang Zuolin s'enferme peu à peu est une conception politisée avec une prééminence sur les cantines collectives et l'idéologie de « tous ensemble pour avancer ».
Malgré la scénarisation d'un cadre véreux (encore une image d'égoïsme et d'individualisme), d'un directeur naïf, mais généreux, et d'un professeur enseignant les bonnes manières aux désoeuvrés, l'idéalisme collectif, thème cher à la mouvance communiste d'après-guerre (1945-1949) nous rappelle les bisbilles existant entre le parti arrivant au pouvoir et certaines
réalisations.Dans la scène finale où Xiao Niu, l'oeil humide, ressasse ses erreurs et apporte sa bénédiction au collectivisme, Huang Zuolin constitue un pamphlet, un parti pris réduisant gravement le champ cinématographique du long métrage.
En somme, La Montre sonne l'heure du changement social, de l'ordre moral, mais reste toutefois d'un certain intérêt pour ceux qui souhaitent comprendre 1949, cette année où tout a changé.
Damien Paccellieri


















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