lundi 10 novembre 2008

Inutile

Inutile de Jia Zhang-ke, 2007
Documentaire

Inutile nous immisce dans le monde du tissu chinois, de la mondialisation à la création artistique, tout en revenant dans la région natale du cinéaste...

Inutile
(Wu Yong) est le deu
xième documentaire de Jia Zhang-ke après Dong, primé à Venise. Inutile marque une circonvolution dans la réalisation du cinéaste de Fenyang.

Après avoir travaillé deux projets dans le même intervalle de temps, Jia Zhang-ke s' est consacré cette fois-ci uniquement à Inutil
e dans les premiers mois de 2007. Il nous propose de suivre le parcours du textile chinois à travers ses artistes, son industrie et ses professions. En guise d'introduction, le spectateur passe d'atelier en atelier où des fripes et des machines à couture opulente envahissent l'écran, comme ils envahissent aussi la vie de nombreux Chinois salariés.

Ces premières minutes peuvent être considérées comme un écho à la mondialisation où la Chine est devenue l'atelier du monde. Cependant, le réalisateur exploite parfaitement les cadres resserrés, les ambiances sociales (dans les réfectoires, les ateliers) qui permettent de ne jamais se sentir face à des industries de plusieurs milliers de personnes. Les observations faites par Jia Zhang-ke sont toutes aussi intelligentes puisqu'il ne s'appuie pas sur les images grandiloquentes de cette économie d'échelle, mais sur phénomènes sociaux comme la visite médicale des ouvriers nous indiquant leurs caractères tout comme la condition de leur vie quotidienne. Le cinéaste se détourne alors de ce premier regard et se focalise sur Ma Ke, une jeune créatrice dans le monde de la couture, notamment avec sa marque « Inutile », une collection singulière où elle allie les techniques de la broderie traditionnelle à une imagination tournée vers la nature. Ma Ke témoigne de son expérience de créatrice, celle de confection loin du mercantilisme ambiant où le travail fait à la main est un investissement émotionnel que les acheteurs retrouvent lors de leurs acquisitions.

Pour elle, la technologie et l'industrie du textile
sont des régressions artistiques, voire sociales. Son atelier dégage d'ailleurs une certaine ambiance paisible où l'esprit de la tradition, de la nature, tient une place importante. Le spectateur aura toutefois des réticences à son sujet. En effet, cette créatrice dénie toute la riche histoire industrielle tout comme elle dénie ceux dont elle s'inspire lorsqu'elle roule sur les sentiers de terre de Fenyang avec un énorme 4x4, devant des mineurs exténués, presque livides.

Ce contraste en fait un paradoxe et une transition très bien amenés par le réalisateur, car la créatrice sensible et humaniste s'avère être aussi une épicurienne, critique de la mondialisation dont au final elle est une très grande utilisatrice et coutumière du fait.
Jia Zhang-ke en profite alors pour revenir dans sa région su
r la trace de quelques brodeurs et mineurs dont il arrive malicieusement à mêler les portraits, reflets des principales catégories socioprofessionnelles du Shanxi.

Inutile nous offre ainsi un regard social riche, dense, multiple,hypnotique (Lim Giong à la baguette musicale) et fascinant. Seulement, on est en droit de se poser la question de l'intérêt intrinsèque d'un tel documentaire.

En effet, malgré l'aptitude du réalisateur à tirer des portraits sociaux de qualité, on a l'impression qu'il tourne en rond sans jamais pouvoir se défausser de son étiquette « réalisateur du social ».
En s'appuyant sur le travail de réalisation de Still Life,
Inutile donne une impression de redite stylistique qui peut laisser sceptiques quant à l'avenir cinématographique du cinéaste. Sera-t-il capable de se réinventer ?

Damien Paccellieri

Publié par damien à 10:54

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