vendredi 11 juillet 2008

Dam Street

Dam Street de Li Yu, 2005
Liu Yi, Huang Xingrao, Li Kechun, Wang Yizhu

Une jeune fille tombe enceinte et doit se faire avorter. Elle est toutefois dans l'obligation d'accoucher et se voit séparer de son enfant. Alors qu'elle pense que ce dernier a été donné à des personnes d'une autre région, elle apprend quelques années plus tard qu'il grandissait non loin de sa maison...

Deuxième long métrage de Li Yu après un Fish and Elephant complètement oblitéré par les médias et le monde du cinéma, Dam Street met son poing sur la table et déballe la vie difficile de quelques femmes ordinaires.


Li Yu, dont on a eu quelques échos des difficultés avec Los
t in Beijing, son troisième film, propose ici de suivre le parcours de personnes éprouvées par la vie et par l'amour. Peu de réalisatrices chinoises cherchent volontairement à s'emparer de sujet féministe et Li Yu est très précieuse dans une cinématographie chinoise atrophiée par sa vue masculine.

Avec Dam Street, le spectateur plonge dans les tumultes de la vie d'une jeune adolescente tombée enceinte dont le petit ami cherchera la première occasion pour se défausser de ses responsabilités et s'en aller au loin.

La voilà donc seule avec sa mère, face à la cruauté de l'amour et des « conneries » de jeunesse. La maman, une Chinoise des plus traditionnelles, ne lui pardonnera jamais cet écart de conduite.
Elle lui prendra l'enfant et le donnera à un couple qu'elle croit motivé par l'adoption. Mais il n'en sera rien puisque ce couple vendra l'enfant à la soeur de son père biologique : l'ancien petit ami.
Comble de l'histoire: elle n'habite qu'à quelques encablures de la triste famille séparée de l'enfant.

Dix années passent entre temps et la jeune adolescente est devenue grande. Dans une ruralité qui ne paye pas, elle est engagée comme chanteuse dans des bars-restaurants.
Sa sexualité et ses sentiments sont à fleur de peau depuis son adolescence. Elle n'a pas encore trouvé l'âme soeur et multiplie les conquêtes, s'attache à des hommes déjà mariés, à des mafieux : son coeur est en panne.
Pourtant, un jeune garçon d'une dizaine d'années, tel un petit frère, lui redonnera la confiance qu'elle avait perdue. Mais est-il vraiment comme un petit frère ?

Dam Street est assurément un film féminin, engagé et complexe. Avec des thématiques laissées aux oubliettes du cinéma chinois, comme l'amour des adolescents et leurs conséquences parfois terrible Li Yu développe son personnage par un bond de dix ans dans le futur et nous permet de mieux comprendre les relations tendues tissées entre la mère et la fille devenue femme. Les thématiques de l'adoption, d'une sexualité en déliquescence et d'un environnement sans faste sont de vraies réussites. Le regard de la réalisatrice donne une approche tout à fait différente de celle d'un homme et c'est autant plus visible lorsqu'elle filme le corps féminin.

Cette enveloppe féminine est essentielle au long métrage. Elle est perceptible à chaque instant, lorsqu'on contemple l'adolescente dans la salle de bain, lorsque le spectateur est complice des ébats entre l'héroïne adulte et ses dons Juan, tout comme lorsque cette dernière se prend d'affection pour un jeune garçon se révélant être son fils.
Ainsi, Dam Street est un message lancé aux femmes chinoises et aux hommes qui n'ont peut-être pas encore compris les souffrances qu'elles endurent. On ne ressort pas indemne de la projection de ce film: notre pensée se perd dans d'imperceptibles sentiments, s'échoue sur des questions irrésolues et s'enquiert de nouvelles réflexions sur la condition chinoise.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 13:39

Lire ou

Enregistrer un commentaire

<<< Revenir à la page d'accueil

Creative Commons License


 Souscrire à ce site