lundi 31 mars 2008
Un Taxi A Pekin
Avec Yu Lei, Zuo Baitao, Tao Hong, Gai Yi
Feng De est un jeune chauffeur de taxi à Pékin. Grâce à son métier, il croise des gens dont les vies dépassent de loin son horizon.
Mais lorsqu’il s’agit des femmes, son horizon ne connaît aucune limite. Suivre le taxi de Feng De, c’est une véritable ballade à travers Pékin. Se déplaçant sans cesse, les gens comme les lieux passent furtivement dans sa vie. L’errance du héros entre femmes et lieux ressemble étrangement à la quête d’identité de la ville de Pékin, elle-même partagée entre valeurs traditionnelles d’un monde en voie de disparition et futur d’une Chine postmaoïste.
De cet avenir prometteur, mais incertain vient l’illusion d’aimer un monde qui ne vous aime pas…
Un Taxi à Pékin est le quatrième long métrage de Ning Ying et le dernier volet d’une trilogie sur la capitale chinoise. Auparavant, les deux premiers traitaient du passé de la ville, le premier il y a de nombreuses années, le deuxième il y a peu (respectivement selon les années de réalisation). Un Taxi à Pékin est quant à lui une vue d’actualité de cette métropole.
Ning Ying arbore la vie d’un chauffeur de taxi toujours absent de chez lui. Son travail lui prend énormément de temps et sa femme ne supporte plus cette situation, car elle se veut toujours seule ou en compagnie de sa belle-mère, loin d’être de la même génération.
Elle demande alors le divorce. Feng De accepte le choix de sa femme, mais ne comprend pas vraiment sa démarche puisqu’il lui laissait une grande partie de son salaire pour vivre. En fait, il est loin d’avoir saisi la cruauté de l’absence…
Le Bureau de conciliation tentera de freiner ce divorce, en vain, et ce, malgré les diverses injonctions commises.
Une fois le divorce entamé, Feng De se retrouve seul, mais libre et va s’employer à user de cette dernière caractéristique.
Sa situation financière est
loin d’être mauvaise, car un chauffeur de taxi gagne honorablement sa vie. Cette raison est l’une des principales clés du succès avec les filles, si l’on ajoute encore son physique de beau gosse et sa répartie. En bref, Feng De a un gros potentiel de réussite sentimentale et sexuelle. Il profite de son outil de travail pour rencontrer de nombreuses femmes et les charmer lors du trajet, comme une employée de bibliothèque succombant à son charme. Mais peut-il jouir éternellement de cette liberté ? La réalité et les responsabilités le rappellent alors à l’ordre.
Dans cet excellent long métrage, la réalisatrice chinoise Ning Ying aborde la Chine d’aujourd’hui dans ses relations sociales et dresse un portrait fidèle de la géographie économique pékinoise. Par une idée simple, mais subtile — suivre l’évolution d’un homme et d’une ville par le prisme d’un taxi — Ning Ying entame l’une des meilleures œuvres sur la métropole et bien plus.
En effet, le cinéphile découvre ébahit, par la fenêtre d’un taxi, l’une des plus importantes villes au monde. De ses quartiers pauvres en construction à la place Tian an men, en passant par quelques lieux cachés comme un petit parc luxuriant et une université dont la statue de Mao siège en hôte de bienvenue, la réalisatrice donne à voir une très belle ville, en pleine évolution, en pleine mutation. Ainsi, fini les siheyuans, grand luxe d’autrefois, place maintenant à de très hautes tours construites par des ouvriers venus de la campagne pour y trouver travail et confort. On pourrait presque oublier qu’il subsiste encore quelques lieux de paupérisme en périphérie où Feng De ira même jusqu'à défroquer un père et son garçon n’ayant pas d’argent pour payer le trajet.
Cette mutation de l’urbanisme est la résultante d’une forte évolution économique qui perturbe aussi un cercle de métier comme celui des chauffeurs de taxi. Victimes de cette forte économie où les Pékinois peuvent désormais s’acheter une voiture, où les autres moyens de locomotions deviennent plus efficaces, ils perdent petit à petit leur influence su
r la ville. La loi elle aussi a bien changé. Ainsi, les vieux tacots n’ont plus le droit de rouler assassinant en douceur ce métier où nombre de chauffeurs se sont payé une seule voiture durant toutes leurs années de labeur et n’ont pas la possibilité économique de changer de voiture pour respecter les normes édictées par les autorités… (même si une grande partie des taxis d’aujourd’hui appartiennent aux agences et n’offrent plus la possibilité de racheter son véhicule de travail).
La réalisation pertinente et fascinante de Ning Ying s’accompagne toujours d’une proportion sociale dégagée par Feng De, en proie à sa propre ville. Son destin nous dévoile la vie difficile des chauffeurs de taxi, mais surtout déterre de nombreuses questions d’actualités de la métropole pékinoise. Avec les relations houleuses que développe Feng De pour les femmes, Ning Ying nous interpelle sur les sentiments des nouvelles générations, loin des valeurs séculaires de leurs parents.
Feng De croise ainsi de nombreuses femmes dans des situations inextricables : certaines avec toute leur famille à nourrir, d’aut
res psychologiquement instables. Est-ce donc les effets subversifs de l’évolution de la ville ? Il y a fort à parier, oui. D’ailleurs dans une scène saisissante, en pleine immersion dans le taxi, le cinéphile se concentre sur une femme frappée d’embonpoint physique et financier qui gesticule de bonheur alors que sur un second plan, de nombreux ouvriers de la campagne construisent une tour sur un échafaudage en bambou. Le fossé qui sépare alors ces deux catégories de populations est abyssal.
Ainsi, Un taxi à Pékin ne manquera pas de vous charmer par son approche sociale, sa beauté visuelle, sa musique envoûtante et surtout, point très important, par un ton proche de la comédie, renforçant encore plus le malaise de la métropole.
Une trilogie terminée en apothéose.
Feng De est un jeune chauffeur de taxi à Pékin. Grâce à son métier, il croise des gens dont les vies dépassent de loin son horizon.
Mais lorsqu’il s’agit des femmes, son horizon ne connaît aucune limite. Suivre le taxi de Feng De, c’est une véritable ballade à travers Pékin. Se déplaçant sans cesse, les gens comme les lieux passent furtivement dans sa vie. L’errance du héros entre femmes et lieux ressemble étrangement à la quête d’identité de la ville de Pékin, elle-même partagée entre valeurs traditionnelles d’un monde en voie de disparition et futur d’une Chine postmaoïste.
De cet avenir prometteur, mais incertain vient l’illusion d’aimer un monde qui ne vous aime pas…
Un Taxi à Pékin est le quatrième long métrage de Ning Ying et le dernier volet d’une trilogie sur la capitale chinoise. Auparavant, les deux premiers traitaient du passé de la ville, le premier il y a de nombreuses années, le deuxième il y a peu (respectivement selon les années de réalisation). Un Taxi à Pékin est quant à lui une vue d’actualité de cette métropole.
Ning Ying arbore la vie d’un chauffeur de taxi toujours absent de chez lui. Son travail lui prend énormément de temps et sa femme ne supporte plus cette situation, car elle se veut toujours seule ou en compagnie de sa belle-mère, loin d’être de la même génération.
Elle demande alors le divorce. Feng De accepte le choix de sa femme, mais ne comprend pas vraiment sa démarche puisqu’il lui laissait une grande partie de son salaire pour vivre. En fait, il est loin d’avoir saisi la cruauté de l’absence…
Le Bureau de conciliation tentera de freiner ce divorce, en vain, et ce, malgré les diverses injonctions commises.
Une fois le divorce entamé, Feng De se retrouve seul, mais libre et va s’employer à user de cette dernière caractéristique.
Sa situation financière est
loin d’être mauvaise, car un chauffeur de taxi gagne honorablement sa vie. Cette raison est l’une des principales clés du succès avec les filles, si l’on ajoute encore son physique de beau gosse et sa répartie. En bref, Feng De a un gros potentiel de réussite sentimentale et sexuelle. Il profite de son outil de travail pour rencontrer de nombreuses femmes et les charmer lors du trajet, comme une employée de bibliothèque succombant à son charme. Mais peut-il jouir éternellement de cette liberté ? La réalité et les responsabilités le rappellent alors à l’ordre.Dans cet excellent long métrage, la réalisatrice chinoise Ning Ying aborde la Chine d’aujourd’hui dans ses relations sociales et dresse un portrait fidèle de la géographie économique pékinoise. Par une idée simple, mais subtile — suivre l’évolution d’un homme et d’une ville par le prisme d’un taxi — Ning Ying entame l’une des meilleures œuvres sur la métropole et bien plus.
En effet, le cinéphile découvre ébahit, par la fenêtre d’un taxi, l’une des plus importantes villes au monde. De ses quartiers pauvres en construction à la place Tian an men, en passant par quelques lieux cachés comme un petit parc luxuriant et une université dont la statue de Mao siège en hôte de bienvenue, la réalisatrice donne à voir une très belle ville, en pleine évolution, en pleine mutation. Ainsi, fini les siheyuans, grand luxe d’autrefois, place maintenant à de très hautes tours construites par des ouvriers venus de la campagne pour y trouver travail et confort. On pourrait presque oublier qu’il subsiste encore quelques lieux de paupérisme en périphérie où Feng De ira même jusqu'à défroquer un père et son garçon n’ayant pas d’argent pour payer le trajet.
Cette mutation de l’urbanisme est la résultante d’une forte évolution économique qui perturbe aussi un cercle de métier comme celui des chauffeurs de taxi. Victimes de cette forte économie où les Pékinois peuvent désormais s’acheter une voiture, où les autres moyens de locomotions deviennent plus efficaces, ils perdent petit à petit leur influence su
r la ville. La loi elle aussi a bien changé. Ainsi, les vieux tacots n’ont plus le droit de rouler assassinant en douceur ce métier où nombre de chauffeurs se sont payé une seule voiture durant toutes leurs années de labeur et n’ont pas la possibilité économique de changer de voiture pour respecter les normes édictées par les autorités… (même si une grande partie des taxis d’aujourd’hui appartiennent aux agences et n’offrent plus la possibilité de racheter son véhicule de travail).La réalisation pertinente et fascinante de Ning Ying s’accompagne toujours d’une proportion sociale dégagée par Feng De, en proie à sa propre ville. Son destin nous dévoile la vie difficile des chauffeurs de taxi, mais surtout déterre de nombreuses questions d’actualités de la métropole pékinoise. Avec les relations houleuses que développe Feng De pour les femmes, Ning Ying nous interpelle sur les sentiments des nouvelles générations, loin des valeurs séculaires de leurs parents.
Feng De croise ainsi de nombreuses femmes dans des situations inextricables : certaines avec toute leur famille à nourrir, d’aut
res psychologiquement instables. Est-ce donc les effets subversifs de l’évolution de la ville ? Il y a fort à parier, oui. D’ailleurs dans une scène saisissante, en pleine immersion dans le taxi, le cinéphile se concentre sur une femme frappée d’embonpoint physique et financier qui gesticule de bonheur alors que sur un second plan, de nombreux ouvriers de la campagne construisent une tour sur un échafaudage en bambou. Le fossé qui sépare alors ces deux catégories de populations est abyssal.Ainsi, Un taxi à Pékin ne manquera pas de vous charmer par son approche sociale, sa beauté visuelle, sa musique envoûtante et surtout, point très important, par un ton proche de la comédie, renforçant encore plus le malaise de la métropole.
Une trilogie terminée en apothéose.
Damien Paccellieri



















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