mardi 11 mars 2008
Tigre et Dragon
Tigre et Dragon de Ang Lee, 2000.Avec Chow Yun-fat, Michelle Yeoh, Zhang Ziyi, Chang Chen, Chang Pei Pei
Homme d'épée émérite, Liu Bei décide de se retirer définitivement du monde des arts martiaux. Il rend visite à Yu Shu-lien, elle-même habile aux maniements des armes, à la tête d'une entreprise de « mercenaires », et lui confie son épée légendaire ; « destiné ». Yu Shu-lien doit la remettre à un dignitaire de la Cité Interdite. Mais à peine cédée, l'épée est dérobée par un mystérieux voleur. Yu Shu-lien soupçonne une jeune noble, fille du gouvernement de la Cité : Jen. La jeune fille admire la vie libre et aventureuse de Yu Shu-lien et souffre d'être confinée dans le rôle de future épouse soumise.
La jeune fille cache bien des secrets : une histoire d'amour avec un brigand, et un maître d'art martial recherché pour meurtre. Après quelques péripéties, Jen s'enfuit avec l'épée. Liu Bei et Yu Shu-lien partent à sa poursuite, mais pourront-ils comme ils l'espèrent ramener la jeune fille tourmentée à la paix et à la raison ?
Tigre et dragon, sélectionné au festival de Cannes (hors compétition), présenté en avant-première à Deauville en 2000 et enfin lauréat de quatre Oscars, réussit un coup de maître ; remettre le wu xia pian au devant de l'affiche, le sortir de la catégorie film de genre, et à l'étranger en faire une réussite internationale qui enchante aussi bien les amateurs — qu'ils soient chinois ou non — que les néophytes.
Il faut dire que Ang Lee a su s'entourer d'une équipe de qualité, qui fait qu'on peut considérer le long métrage comme un film « parfait », sinon, réjouissant.
À l'origine du film se trouve un livre de Wang Du-lu, l'un des grands auteurs modernes de wu xia pian (on dit même qu'il est l'inventeur du wu xia pian moderne). Inspiré du roman, le scénario est inventif, plein de rebondissements, les personnages sont attachants, les combats captivants, le tout sur une musique de Tan Dun (Hero, Le banquet) et une photo du grand Peter Pau.
Et puis il y a les acteurs, qui servent l'histoire. Ang Lee a confié les rôles des « anciens » à deux vétérans des films d'action ou d'épées : C
how Yun-fat et Michelle Yeoh. Le couple fonctionne parfaitement, et face à eux la jeune Zhang Ziyi qui tournait son deuxième film est une trouvaille. Ang lee a décroché le jackpot en pensant à cette jeune femme à qui Zhang Yimou avait confié le premier rôle de The Road Home. Le rôle de Jen est pourtant loin de sa prestation précédente, mais Zhang Ziyi va non seulement démontrer qu'elle est capable d'être une actrice touchante, mais aussi une artiste martiale à la hauteur des deux vétérans que sont Chow Yun-fat et Michelle Yeoh.
Incarner Jen est un défi, car le film fait sa circonvolution autour de la jeune fille. C'est grâce à elle qu'on va découvrir la Cité Interdite, partir dans les tréfonds des magnifiques paysages du Shanxi et du désert de Gobi en passant par les forêts de bambous et le mont sacré Huangshan, connaître la vie réglée et étouffante d'une jeune fille de bonne famille, le costume d'une mariée, celui d'un guerrier de la nuit, l'ambiance survoltée des auberges, rencontrer les bandits des montagnes, une assassin-féministe/frustrée révolté/mentor-trahie/élève-traître (ah chère Chang Pei Pei), des guerriers farauds et naïfs, assister à des combats voltigeant, plein d'inventions, additionnant les types d'armes et les prouesses en tout genre ; sérieux ou pleins de poésie quand ils opposent Jen à Liu Bei, acharnés et virtuoses quand Jen se retrouve face à Yu Shu-lien, réjouissants et délirants quand Jen donne une leçon à une bande de braves guerriers venus se mesurer à elle, touchants quand Jen s'entête à affronter Lo le bandit.
Mais plus que cela, Jen est le personnage le plus sensible parce que le plus tragique. Les histoires chinoises sont souvent tragiques et les héros confrontés à des dilemmes « cornéliens ». Jen est en cela le parfait « héros » de wu xia pian mais c'est également une héroïne moderne. Un personnage dans lequel se déchaînent toutes les oppositions.
D'abord, comme femme, elle oppose sa vie de fille de bonne famille à celle de Yu Shu-lien, son mariage arrangé avec l'amour libre qu'elle aspire à vivre avec Lo, ses attitudes policées et maniérés de fille de gouverneur à celles brutales et déliées de guerrière, ses vêtements contraignants de cour à ceux qu'elle revêt lorsqu'elle vole ou qu'elle se travestit en homme, et comble, sa femme de chambre personnage féminin s'il en est, se révèle être son maître d'arts martiaux.
Ensuite, Jen rencontre toutes les affres d'une jeune fille à l'aube de sa vie de femme, et même celle de n'importe quelle adolescente confrontée aux choix que lui impose son passage à la vie d'adulte. Jen doit trouver sa voie, elle a choisi celle des armes, mais elle arrive au moment où elle surpasse son maître, et où elle s'aperçoit que son maître n'est peut-être p
as celui qui lui convient le mieux. Que faire alors ? Elle l'a déjà trompé, va-t-elle le quitter, va-t-elle surtout accepter, d'avouer s'être trompé, de renier son maître, de ravaler sa fierté ? Jen est arrivée par elle-même à surpasser son maître, va-t-elle accepter de se resoumettre à la discipline d'un nouveau ? Elle s'est grisée de liberté, d'actions d'éclats, de mensonges, saura-t-elle faire acte de modestie, plier son orgueil, ou se cabrera-t-elle dans sa fierté de jeune fille révoltée ?
Jen est perdue, tiraillée par divers sentiments amoureux ou non, en pleine confusion, et entraîne les autres personnages dans son drame où chacun s'y brûle, que se soit ; son maître d'armes qui souffre de ses trahisons ; Liu Bei qui voudrait l'emmener sur la bonne voie, lui qui voulait renoncer aux métiers des armes, mais qui voit en elle une élève prometteuse au bord du gouffre ; Yu Shu-lien qui fut peut-être ce qu'est Jen en d'autres temps et ce qu'elle pourrait devenir ; Lo qui l'aime et lui propose la liberté.
Tigre et dragon est donc un grand film d'aventure, aux décors naturels ou intérieurs magnifiquement mis en valeur, un film historique d'é
pée prenant, dans lequel les personnages émeuvent et auxquels on voudrait, quel qu'ils soient, venir en aide, encourager, secouer, dire à Liu Bei d'aimer Yu shu-lien avant qu'il soit trop tard, à Yu Shu-lien d'être plus patiente, prendre dans ses bras Jen et l'amener à suivre Liu Bei, et se pardonner, enfin boire un thé avec Lo et pourquoi pas partager aussi sa baignoire de pierre au milieu du désert. Ce film est un enchantement, un conte, une référence cinématographique, un renouveau du wu xia pian.
Homme d'épée émérite, Liu Bei décide de se retirer définitivement du monde des arts martiaux. Il rend visite à Yu Shu-lien, elle-même habile aux maniements des armes, à la tête d'une entreprise de « mercenaires », et lui confie son épée légendaire ; « destiné ». Yu Shu-lien doit la remettre à un dignitaire de la Cité Interdite. Mais à peine cédée, l'épée est dérobée par un mystérieux voleur. Yu Shu-lien soupçonne une jeune noble, fille du gouvernement de la Cité : Jen. La jeune fille admire la vie libre et aventureuse de Yu Shu-lien et souffre d'être confinée dans le rôle de future épouse soumise.
La jeune fille cache bien des secrets : une histoire d'amour avec un brigand, et un maître d'art martial recherché pour meurtre. Après quelques péripéties, Jen s'enfuit avec l'épée. Liu Bei et Yu Shu-lien partent à sa poursuite, mais pourront-ils comme ils l'espèrent ramener la jeune fille tourmentée à la paix et à la raison ?
Tigre et dragon, sélectionné au festival de Cannes (hors compétition), présenté en avant-première à Deauville en 2000 et enfin lauréat de quatre Oscars, réussit un coup de maître ; remettre le wu xia pian au devant de l'affiche, le sortir de la catégorie film de genre, et à l'étranger en faire une réussite internationale qui enchante aussi bien les amateurs — qu'ils soient chinois ou non — que les néophytes.
Il faut dire que Ang Lee a su s'entourer d'une équipe de qualité, qui fait qu'on peut considérer le long métrage comme un film « parfait », sinon, réjouissant.
À l'origine du film se trouve un livre de Wang Du-lu, l'un des grands auteurs modernes de wu xia pian (on dit même qu'il est l'inventeur du wu xia pian moderne). Inspiré du roman, le scénario est inventif, plein de rebondissements, les personnages sont attachants, les combats captivants, le tout sur une musique de Tan Dun (Hero, Le banquet) et une photo du grand Peter Pau.
Et puis il y a les acteurs, qui servent l'histoire. Ang Lee a confié les rôles des « anciens » à deux vétérans des films d'action ou d'épées : C
how Yun-fat et Michelle Yeoh. Le couple fonctionne parfaitement, et face à eux la jeune Zhang Ziyi qui tournait son deuxième film est une trouvaille. Ang lee a décroché le jackpot en pensant à cette jeune femme à qui Zhang Yimou avait confié le premier rôle de The Road Home. Le rôle de Jen est pourtant loin de sa prestation précédente, mais Zhang Ziyi va non seulement démontrer qu'elle est capable d'être une actrice touchante, mais aussi une artiste martiale à la hauteur des deux vétérans que sont Chow Yun-fat et Michelle Yeoh.Incarner Jen est un défi, car le film fait sa circonvolution autour de la jeune fille. C'est grâce à elle qu'on va découvrir la Cité Interdite, partir dans les tréfonds des magnifiques paysages du Shanxi et du désert de Gobi en passant par les forêts de bambous et le mont sacré Huangshan, connaître la vie réglée et étouffante d'une jeune fille de bonne famille, le costume d'une mariée, celui d'un guerrier de la nuit, l'ambiance survoltée des auberges, rencontrer les bandits des montagnes, une assassin-féministe/frustrée révolté/mentor-trahie/élève-traître (ah chère Chang Pei Pei), des guerriers farauds et naïfs, assister à des combats voltigeant, plein d'inventions, additionnant les types d'armes et les prouesses en tout genre ; sérieux ou pleins de poésie quand ils opposent Jen à Liu Bei, acharnés et virtuoses quand Jen se retrouve face à Yu Shu-lien, réjouissants et délirants quand Jen donne une leçon à une bande de braves guerriers venus se mesurer à elle, touchants quand Jen s'entête à affronter Lo le bandit.
Mais plus que cela, Jen est le personnage le plus sensible parce que le plus tragique. Les histoires chinoises sont souvent tragiques et les héros confrontés à des dilemmes « cornéliens ». Jen est en cela le parfait « héros » de wu xia pian mais c'est également une héroïne moderne. Un personnage dans lequel se déchaînent toutes les oppositions.
D'abord, comme femme, elle oppose sa vie de fille de bonne famille à celle de Yu Shu-lien, son mariage arrangé avec l'amour libre qu'elle aspire à vivre avec Lo, ses attitudes policées et maniérés de fille de gouverneur à celles brutales et déliées de guerrière, ses vêtements contraignants de cour à ceux qu'elle revêt lorsqu'elle vole ou qu'elle se travestit en homme, et comble, sa femme de chambre personnage féminin s'il en est, se révèle être son maître d'arts martiaux.
Ensuite, Jen rencontre toutes les affres d'une jeune fille à l'aube de sa vie de femme, et même celle de n'importe quelle adolescente confrontée aux choix que lui impose son passage à la vie d'adulte. Jen doit trouver sa voie, elle a choisi celle des armes, mais elle arrive au moment où elle surpasse son maître, et où elle s'aperçoit que son maître n'est peut-être p
as celui qui lui convient le mieux. Que faire alors ? Elle l'a déjà trompé, va-t-elle le quitter, va-t-elle surtout accepter, d'avouer s'être trompé, de renier son maître, de ravaler sa fierté ? Jen est arrivée par elle-même à surpasser son maître, va-t-elle accepter de se resoumettre à la discipline d'un nouveau ? Elle s'est grisée de liberté, d'actions d'éclats, de mensonges, saura-t-elle faire acte de modestie, plier son orgueil, ou se cabrera-t-elle dans sa fierté de jeune fille révoltée ?Jen est perdue, tiraillée par divers sentiments amoureux ou non, en pleine confusion, et entraîne les autres personnages dans son drame où chacun s'y brûle, que se soit ; son maître d'armes qui souffre de ses trahisons ; Liu Bei qui voudrait l'emmener sur la bonne voie, lui qui voulait renoncer aux métiers des armes, mais qui voit en elle une élève prometteuse au bord du gouffre ; Yu Shu-lien qui fut peut-être ce qu'est Jen en d'autres temps et ce qu'elle pourrait devenir ; Lo qui l'aime et lui propose la liberté.
Tigre et dragon est donc un grand film d'aventure, aux décors naturels ou intérieurs magnifiquement mis en valeur, un film historique d'é
pée prenant, dans lequel les personnages émeuvent et auxquels on voudrait, quel qu'ils soient, venir en aide, encourager, secouer, dire à Liu Bei d'aimer Yu shu-lien avant qu'il soit trop tard, à Yu Shu-lien d'être plus patiente, prendre dans ses bras Jen et l'amener à suivre Liu Bei, et se pardonner, enfin boire un thé avec Lo et pourquoi pas partager aussi sa baignoire de pierre au milieu du désert. Ce film est un enchantement, un conte, une référence cinématographique, un renouveau du wu xia pian.Anne Grosbon


















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