dimanche 23 décembre 2007
Avant Noël, Shu Qi by Kenzo...
Chinacinema.fr prend quelques jours de vacances et vous souhaite d'excellentes fêtes de fin d'année. Mais on ne vous laisse pas seul, Shu Qi, nouvelle égérie de Kenzo, vous offre l'une des plus belles publicités de 2007.(voir toute l'histoire de ce clip ici)
A très bientôt,
Damien Paccellieri
vendredi 21 décembre 2007
Festival Cine Chine à Bruxelles
Peut être l’avez-vous remarqué dans la colonne de droite du site ? Bruxelles sera l’hôte du festival CineChine sur le septième art chinois du 10 au 13 janvier 2008 avec un programme des plus alléchants. Voyez par vous-même : le festival rend honneur aux films des cinéastes de la quatrième génération, la génération dite « oubliée » que l’on connaît seulement par les réalisateurs Wu Tianming ou Xie Fei. Et bien ils seront là, présents pour ce festival avec également Wu Yigong dont la renommée dans le monde du cinéma chinois n’est plus à faire.N’oublions pas, pour les plus modernes, de très intéressants longs métrages actuels comme You and Me de Ma Liwen ou bien encore Old Barber de Hasichaolu, cinéaste de la Mongolie intérieure. En bref, que de bonnes excuses pour se rendre à Bruxelles et vivre trois jours de cinéma d’une intensité rare !
Pour ma part, je tiens à féliciter cette initiative et à encourager de toute part son équipe et particulièrement Brigitte de la Royère. A très vite !
Damien Paccellieri
jeudi 20 décembre 2007
Entretien avec Wu Tianming

En parcourant le cinéma chinois, la providence m'a permis de rencontrer de nombreuses personnalités importantes de ce septième art et Wu Tianming en est l’une des plus significatives puisqu’il a été directeur des studios de Xi’an où furent produits les plus beaux films des années 80. Wu Tianming est également un très grand réalisateur qui a laissé la popularité et la gloire à d’autres. Dans cette interview, j’aborde la période de la révolution culturelle, mais aussi l’un de ses rejetons, le plus célèbre d’entre eux, à savoir Zhang Yimou.
__________
ENTRETIEN AVEC WU TIANMING
Que faisiez-vous avant la révolution culturelle, terrible période pour le septième art chinois ?
J’ai eu la chance pendant cette période de ne pas être envoyé à la campagne pour y être rééduqué comme nombre de mes collègues réalisateurs. J’étais aux studios de Xi’an comme acteur.
Avez-vous participé aux films de la révolution culturelle ?
Non, à cette époque je n’étais encore qu’un jeune étudiant, mais je regardais avec attention ces œuvres qui furent les seuls souvenirs cinématographiques de ces années.
Après ces dix années, comment la machine cinéma s’est-elle relancée en Chine ?
Après la mort de Mao Zedong, il y a eu une tendance positive à la relance du cinéma chinois. De 1980 à 1987, la quatrième et la cinquième génération ont ouvert une nouvelle brèche dans le cinéma chinois. Ils sont revenus à des sujets bien plus réalistes, s’éloignant progressivement des sujets politiques des années précédentes.
Est-ce qu’il y avait entre les studios chinois des échanges d’informations, des coopérations, une réelle amitié entre ces lieux du septième art ?
D’habitude, chaque studio agissait selon sa propre volonté, puisque chaque studio avait sa propre politique de développement. Les studios de Xi’an que je dirigeais étaient certainement ceux qui avaient le plus de marge de liberté. Chen Kaige qui était aux studios de Pékin, tout comme Zhang Yimou qui était au studio de Guangxi sont venus à Xi’an tourner leurs
premières réalisations.
Par exemple, pour son premier long métrage Le Sorgho Rouge, Zhang Yimou a demandé à quatre studios pour être financé, mais c’est finalement les studios de Xi’an qui l’ont produit. À cette époque, Xi’an rassemblait les meilleurs réalisateurs chinois. J’ai participé à trois grands festivals internationaux dans ces années et sur dix films chinois sélectionnés, huit étaient de Xi’an. Les studios de la ville étaient alors le véritable centre névralgique du cinéma chinois.
En France, on a seulement commencé à s’intéresser au cinéma chinois avec la cinquième génération, et à vous découvrir avec le Roi des Masques, comme si cette quatrième génération avait un train de retard…
S’il y a eu une véritable nouveauté, une ouverture du cinéma chinois dans les années 80, c’est bien la quatrième génération qui l’a apporté.
Mais la cinquième génération, avec la fin des années 80 et les années 90, a intensifié nos sujets et remporté de nombreux prix internationaux.
Que pensez-vous justement de cette appellation de « génération », car lorsque l’on regarde de près les films de Chen Kaige et les vôtres, on retrouve de nombreux points communs. Est-ce un simple repère cinématographique ?
Je n’ai vraiment aucune idée des raisons de cette appellation. Le premier à dire cela fut un journaliste hongkongais qui avait classé Xie Tieli et Xie Jin comme étant de la troisième génération. Après selon l’âge, on a vite déterminé une classification me considérant de la quatrième génération, et des personnes telles que Zhang Yimou ou Chen Kaige comme étant de la cinquième génération.
Pour moi, ce n’est pas vraiment juste, c’est une détermination quelque peu hasardeuse. Par exemple, dans la cinquième génération, il y a des styles cinématographiques complètement différents. Ce même journaliste disait de la quatrième génération qu’elle se souciait de la société alors que la génération suivante se référait à la place de l’individu dans la société. Cependant, cela ne suffit pas. Regardez Zhang Yimou par exemple ; ces premiers longs métrages évoquaient des sujets de la société traditionnelle alors qu’aujourd’hui le même réalisateur enchaîne les blockbusters, tout comme Chen Kaige, qui a eux deux, ont déjà réalisé de belles coquilles vides. Ainsi, je pense que le facteur déterminant est celui de l’âge.
Pourtant, ces blockbusters bénéficient de sorties en salles en France, comme Wu Ji de Chen Kaige. Que pensez-vous de cela ?
Chen Kaige semble vouloir montrer cinq cents ans d’histoire dans un seul long métrage. Toute cette classe de réalisateur parmi laquelle on peut compter Zhang Yimou et depuis peu Feng Xiaogang ne pense plus à tourner des longs métrages pour y apporter leur sensibilité, leur intelligence. Non, ils se soucient juste de trouver les moyens financiers pour tourner leurs films. J’ai entendu un journaliste chinois dire de la Cité Interdite de Zhang Yimou que c’était une cuvette en or dans laquelle le réalisateur aurait terriblement bien déféqué. Je lui donne entièrement raison.
Pensez vous ! Je ne peux lui donner de conseils, maintenant des réalisateurs comme Zhang Yimou ou Chen Kaige suivent leur morale pécuniaire et ne soucie plus véritablement des valeurs artistiques qui les animaient au début de leur carrière.
Wu Ji de Chen Kaige a été aidé par CCTV qui lançait de la publicité 24 heures sur 24 pour pousser les Chinois à le voir dans les salles obscures. Ce martelage médiatique fut si fort que les Chinois ne pouvaient ne pas le voir, car si c’était le cas, ils ne seraient plus sentis chinois, tellement la pression médiatique fut forte.
En discutant avec Hou Hsiao-hsien, celui-ci disait qu’ils ne réalisaient plus de longs métrages pour montrer les aspects sociaux et sociétaux de la Chine, mais tout simplement pour remplir leur porte-feuille…
Faire un film comme la Cité Interdite doit être un plaisir immense pour un réalisateur ; montrer de nombreuses choses reluisantes, de superbes paysages. Certes, mais il n’y a pas une once d’audace et d’intelligence cinématographique là dedans. Si l’on y regarde bien, où trouve-t-on quelque chose qui nous informe sur la culture chinoise de l’époque ?
Qui peut alors les ramener sur la bonne voie ?
(Rires)… de toute façon, ils n’écoutent plus personne. Pour Wu Ji, Chen Kaige avouait qu’il ne comprenait pas pourquoi nombre de Chinois le critiquaient sur internet. Les spectateurs ont eu certainement envie de regarder tout sauf Wu Ji (rires).
Cependant, Wu Ji a déjà gagné plus de 20 000 000 d’euros en Chine même s’ils ont dépensé plus de 3 000 000 d’euros pour en assurer la promotion. Avec cette somme d’argent, on pourrait facilement réaliser cinq à six autres films chinois.
Pour la Cité Interdite c’est pire, de nombreuses personnes sont allées le voir, puis l’ont critiqué par la suite, ce qui n’a pas découragé les autres d’aller le voir quand même. C’est comme ça en Chine, ce qui ne tue pas rend plus fort… dans leur cas, moins intelligent.
Comment avez-vous travaillé avec Zhu Xu, rôle principal du roi des Masques, mais aussi figurant dans votre dernier long métrage en date, CEO ?
Zhu Xu est un excellent acteur faisant partie du Beijing People Art Theatre. Au départ, les producteurs m’ont conseillé de prendre Ge You ou Li Baotian. Ce dernier correspond à un certain style de personnage plutôt sérieux et triste, quant à Ge You il est un excellent acteur, mais ne correspondait pas au style que je souhaitais exprimer. J’avais déjà à l’esprit le caractère requis pour jouer le rôle du roi des masques et j’ai choisi par moi-même Zhu Xu qui avait toutes les qualités pour endosser le rôle.
Des projets pour l’avenir ?
Oui, je vais produire un long métrage avec mon studio tout comme une série télévisée, mais je ne pense pas encore remettre la main à la pâte en terme de réalisation, qui sait avec le temps, même si celui-ci m’est compté (rires) !
J’ai eu la chance pendant cette période de ne pas être envoyé à la campagne pour y être rééduqué comme nombre de mes collègues réalisateurs. J’étais aux studios de Xi’an comme acteur.
Avez-vous participé aux films de la révolution culturelle ?
Non, à cette époque je n’étais encore qu’un jeune étudiant, mais je regardais avec attention ces œuvres qui furent les seuls souvenirs cinématographiques de ces années.
Après ces dix années, comment la machine cinéma s’est-elle relancée en Chine ?
Après la mort de Mao Zedong, il y a eu une tendance positive à la relance du cinéma chinois. De 1980 à 1987, la quatrième et la cinquième génération ont ouvert une nouvelle brèche dans le cinéma chinois. Ils sont revenus à des sujets bien plus réalistes, s’éloignant progressivement des sujets politiques des années précédentes.
Est-ce qu’il y avait entre les studios chinois des échanges d’informations, des coopérations, une réelle amitié entre ces lieux du septième art ?
D’habitude, chaque studio agissait selon sa propre volonté, puisque chaque studio avait sa propre politique de développement. Les studios de Xi’an que je dirigeais étaient certainement ceux qui avaient le plus de marge de liberté. Chen Kaige qui était aux studios de Pékin, tout comme Zhang Yimou qui était au studio de Guangxi sont venus à Xi’an tourner leurs
premières réalisations.Par exemple, pour son premier long métrage Le Sorgho Rouge, Zhang Yimou a demandé à quatre studios pour être financé, mais c’est finalement les studios de Xi’an qui l’ont produit. À cette époque, Xi’an rassemblait les meilleurs réalisateurs chinois. J’ai participé à trois grands festivals internationaux dans ces années et sur dix films chinois sélectionnés, huit étaient de Xi’an. Les studios de la ville étaient alors le véritable centre névralgique du cinéma chinois.
En France, on a seulement commencé à s’intéresser au cinéma chinois avec la cinquième génération, et à vous découvrir avec le Roi des Masques, comme si cette quatrième génération avait un train de retard…
S’il y a eu une véritable nouveauté, une ouverture du cinéma chinois dans les années 80, c’est bien la quatrième génération qui l’a apporté.
Mais la cinquième génération, avec la fin des années 80 et les années 90, a intensifié nos sujets et remporté de nombreux prix internationaux.
Que pensez-vous justement de cette appellation de « génération », car lorsque l’on regarde de près les films de Chen Kaige et les vôtres, on retrouve de nombreux points communs. Est-ce un simple repère cinématographique ?
Je n’ai vraiment aucune idée des raisons de cette appellation. Le premier à dire cela fut un journaliste hongkongais qui avait classé Xie Tieli et Xie Jin comme étant de la troisième génération. Après selon l’âge, on a vite déterminé une classification me considérant de la quatrième génération, et des personnes telles que Zhang Yimou ou Chen Kaige comme étant de la cinquième génération.
Pour moi, ce n’est pas vraiment juste, c’est une détermination quelque peu hasardeuse. Par exemple, dans la cinquième génération, il y a des styles cinématographiques complètement différents. Ce même journaliste disait de la quatrième génération qu’elle se souciait de la société alors que la génération suivante se référait à la place de l’individu dans la société. Cependant, cela ne suffit pas. Regardez Zhang Yimou par exemple ; ces premiers longs métrages évoquaient des sujets de la société traditionnelle alors qu’aujourd’hui le même réalisateur enchaîne les blockbusters, tout comme Chen Kaige, qui a eux deux, ont déjà réalisé de belles coquilles vides. Ainsi, je pense que le facteur déterminant est celui de l’âge.
Pourtant, ces blockbusters bénéficient de sorties en salles en France, comme Wu Ji de Chen Kaige. Que pensez-vous de cela ?
Chen Kaige semble vouloir montrer cinq cents ans d’histoire dans un seul long métrage. Toute cette classe de réalisateur parmi laquelle on peut compter Zhang Yimou et depuis peu Feng Xiaogang ne pense plus à tourner des longs métrages pour y apporter leur sensibilité, leur intelligence. Non, ils se soucient juste de trouver les moyens financiers pour tourner leurs films. J’ai entendu un journaliste chinois dire de la Cité Interdite de Zhang Yimou que c’était une cuvette en or dans laquelle le réalisateur aurait terriblement bien déféqué. Je lui donne entièrement raison.
Vous qui l’avez eu sous votre aile, qui a même joué dans l’un de vos films, est-ce que vous avez encore des contacts avec Zhang Yimou, histoire de lui en toucher deux
mots ?
mots ?
Pensez vous ! Je ne peux lui donner de conseils, maintenant des réalisateurs comme Zhang Yimou ou Chen Kaige suivent leur morale pécuniaire et ne soucie plus véritablement des valeurs artistiques qui les animaient au début de leur carrière.Wu Ji de Chen Kaige a été aidé par CCTV qui lançait de la publicité 24 heures sur 24 pour pousser les Chinois à le voir dans les salles obscures. Ce martelage médiatique fut si fort que les Chinois ne pouvaient ne pas le voir, car si c’était le cas, ils ne seraient plus sentis chinois, tellement la pression médiatique fut forte.
En discutant avec Hou Hsiao-hsien, celui-ci disait qu’ils ne réalisaient plus de longs métrages pour montrer les aspects sociaux et sociétaux de la Chine, mais tout simplement pour remplir leur porte-feuille…
Faire un film comme la Cité Interdite doit être un plaisir immense pour un réalisateur ; montrer de nombreuses choses reluisantes, de superbes paysages. Certes, mais il n’y a pas une once d’audace et d’intelligence cinématographique là dedans. Si l’on y regarde bien, où trouve-t-on quelque chose qui nous informe sur la culture chinoise de l’époque ?
Qui peut alors les ramener sur la bonne voie ?
(Rires)… de toute façon, ils n’écoutent plus personne. Pour Wu Ji, Chen Kaige avouait qu’il ne comprenait pas pourquoi nombre de Chinois le critiquaient sur internet. Les spectateurs ont eu certainement envie de regarder tout sauf Wu Ji (rires).
Cependant, Wu Ji a déjà gagné plus de 20 000 000 d’euros en Chine même s’ils ont dépensé plus de 3 000 000 d’euros pour en assurer la promotion. Avec cette somme d’argent, on pourrait facilement réaliser cinq à six autres films chinois.
Pour la Cité Interdite c’est pire, de nombreuses personnes sont allées le voir, puis l’ont critiqué par la suite, ce qui n’a pas découragé les autres d’aller le voir quand même. C’est comme ça en Chine, ce qui ne tue pas rend plus fort… dans leur cas, moins intelligent.
Comment avez-vous travaillé avec Zhu Xu, rôle principal du roi des Masques, mais aussi figurant dans votre dernier long métrage en date, CEO ?
Zhu Xu est un excellent acteur faisant partie du Beijing People Art Theatre. Au départ, les producteurs m’ont conseillé de prendre Ge You ou Li Baotian. Ce dernier correspond à un certain style de personnage plutôt sérieux et triste, quant à Ge You il est un excellent acteur, mais ne correspondait pas au style que je souhaitais exprimer. J’avais déjà à l’esprit le caractère requis pour jouer le rôle du roi des masques et j’ai choisi par moi-même Zhu Xu qui avait toutes les qualités pour endosser le rôle.Des projets pour l’avenir ?
Oui, je vais produire un long métrage avec mon studio tout comme une série télévisée, mais je ne pense pas encore remettre la main à la pâte en terme de réalisation, qui sait avec le temps, même si celui-ci m’est compté (rires) !
Damien Paccellieri
Février 2007
mercredi 19 décembre 2007
Les Garcons de Fengkuei
Les Garçons de Fengkuei de Hou Hsiao-hsien, 1983Avec Niu Cheng-tse, Lin Hsiu-ling, To Tsung-hua
Fengkuei est un paisible village de pêcheurs des îles Penghu où vivent trois jeunes garçons persuadés d’être à la merci de la police et de jeunes voyous pour avoir mis à tabac un délinquant. Ils quittent alors leur île en bateau pour rejoindre la grande ville de Kaohsiung et décident d’y rester, travaillant en usine le jour, profitant de leur jeunesse la nuit.
Dans le cadre d’un hommage à Hou Hsiao-hsien au festival de Vesoul cuvée 2006, Les Garçons de Fengkuei est la première œuvre à être présenté et le quatrième long métrage du maître après trois premiers films alimentaires dont il a du mal à assumer la paternité.
Alors que l’un d’entre eux joue à un vulgaire jeu d’argent, une arnaque est au cœur d’une sauvage incartade où les trois amis blessent grièvement un des jeunes du village. La police du coin est immédiatement mise au courant et les familles ne tardent pas à découvrir le visage caché de leurs rejetons. Pour éviter de se faire massacrer par des amis de la victime qui ont déjà tenté de les prendre en traître et pour ne plus subir les regards déshonorés de leurs proches, les trois garçons décident de partir de leur village direction Kaohsiung l’une des plus grandes métropoles de Taiwan. Grâce à quelques connaissances amicales, ils obtiennent une petite chambre en ville.
Mais Kaohsiung leur étant encore inconnue, les trois camarades se décident à découvrir la gigantesque cité et plus particulièrement un cinéma qui s’y cache.
Manque de chance, ils ne trouvent pas la salle obscure tant désirée. De retour à leur chambre, des amis leur proposent de travailler dans une usine de produits made in Taiwan. Grâce à cette manne d’argent, les trois jeunes hommes, dont A-Ching peuvent enfin profiter des joies de la métropole. Seulement ce dernier, le plus talentueux des trois, tombe amoureux de son amie voisine et pense de plus en plus à sa famille…
Juste avant la cinquième génération de réalisateur chinois tel Chen Kaige ou Tian Zhuangzhuang, Hou Hsiao-hsien projette le cinéma asiatique avec Les Garçons de Fengkuei dans la modernité et s’installe dès lors comme un cinéaste contemporain.
Dans cette superbe description de la jeunesse taiwanaise, le cinéaste arbore des utilisations techniques comme les plans éloignés, les hors cadres ou une approche du temps réaliste (ses films ne tracent pas plusieurs mois ou années en
1 h 30, mais suivent une réelle évolution temporelle se rapprochant plutôt de l’idée que le temps d’un film est égal au temps de la réalité), premiers effluves de ce que les autres patries du cinéma découvriront par son travail. Si sa maîtrise ici n’est pas aussi parfaite que pour Un temps pour Vivre, Un temps pour Mourir, Hou Hsiao-hsien montre déjà ses affinités avec l’espace et le temps, et inscrit dans le marbre une façon singulière de faire du cinéma.
Curieusement, Hou Hsiao-hsien n’est pas un réalisateur venu à proprement dit du cinéma et ses références cinématographiques sont limitées: c’est un véritable produit du terroir taiwanais. Rien ne semble technique, tout est organique dans son travail. L’utilisation spécifique de certains procédés cinématographiques n’a pas lieu d’être si ce n’est pour servir une vision sociale contemporaine.
Hou Hsiao-hsien apporte au cinéma ce que peu de réalisateurs ont su donner. Dans les Garçons de Fengkuei, le cinéphile découvre une jeunesse en difficulté, brisée par un pouvoir politique oppressant qui ne cessera officiellement qu’en 1987, en proie aux démons d’un passé difficile. Et sans passé, impossible de se construire un avenir tant la quête identitaire est essentielle.
Ainsi se dévoilent A-Ching et ses amis, des « adulescents » aux perspectives d’avenir chaotiques où le passé les rattrape, tels le service militaire ou un certain ancrage familial. A-Ching en sera même victime puisqu’il perdra tragiquement son père après de longues années de handicap dû à une balle de baseball fracassant sa boîte crânienne.
Cette souffrance familiale est exceptionnellement traitée par le prisme du jeune A-Ching qui donne la pâtée à son père avec dépit, véritable désintérêt du fils pour le patriarche. D’ailleurs lors de la mort de ce dernier, la chaise où il était assis toute la journée se retrouve ainsi vide sonnant comme une absence cruelle et une nouvelle page tournée pour A-Ching, prêt à entrer dans le monde adulte.
La transition est ainsi faite par la transformation, à l’aide d’un parallèle dans le temps, de la bicyclette du père en la motocyclette du fils.
Les années passent et ne se ressemblent pas. Pourtant, la nostalgie accuse un exode rural est important. Hou Hsiao-hsien semble alors déj
à prédestiné à devenir un maître de l’image tant ses plans deviennent de véritables peintures sociales. Ainsi, Les garçons de Fengkuei, première œuvre véritablement intelligible de Hou Hsiao-hsien fonde peut être de la plus belle manière le renouveau du cinéma taiwanais et à l’image des jeunes hommes dansant devant les vagues déchaînées, offre l’un des plus beaux moments de cinéma.
Fengkuei est un paisible village de pêcheurs des îles Penghu où vivent trois jeunes garçons persuadés d’être à la merci de la police et de jeunes voyous pour avoir mis à tabac un délinquant. Ils quittent alors leur île en bateau pour rejoindre la grande ville de Kaohsiung et décident d’y rester, travaillant en usine le jour, profitant de leur jeunesse la nuit.
Dans le cadre d’un hommage à Hou Hsiao-hsien au festival de Vesoul cuvée 2006, Les Garçons de Fengkuei est la première œuvre à être présenté et le quatrième long métrage du maître après trois premiers films alimentaires dont il a du mal à assumer la paternité.
Les Garçons de Fengkuei est en grande partie une œuvre autobiographique puisqu’elle reprend fidèlement la jeunesse du réalisateur, à savoir un passé de délinquants, mais aussi des grands moments d’aventure humaine et de
détresses familiales.
Hou Hsiao-hsien nous plonge dans la vie tumultueuse de trois garçons issus d’un quelconque petit village loin de toute grande métropole.
détresses familiales.Hou Hsiao-hsien nous plonge dans la vie tumultueuse de trois garçons issus d’un quelconque petit village loin de toute grande métropole.
Dans cet endroit perdu où le temps semble l’être aussi, les activités laissées à la portée des adolescents sont peu reluisantes.
Quelques jeux d’argents, des divertissements parasitaires et une toute petite salle de cinéma où la bande aime se retrouver, faute de mieux.
Alors que l’un d’entre eux joue à un vulgaire jeu d’argent, une arnaque est au cœur d’une sauvage incartade où les trois amis blessent grièvement un des jeunes du village. La police du coin est immédiatement mise au courant et les familles ne tardent pas à découvrir le visage caché de leurs rejetons. Pour éviter de se faire massacrer par des amis de la victime qui ont déjà tenté de les prendre en traître et pour ne plus subir les regards déshonorés de leurs proches, les trois garçons décident de partir de leur village direction Kaohsiung l’une des plus grandes métropoles de Taiwan. Grâce à quelques connaissances amicales, ils obtiennent une petite chambre en ville.
Mais Kaohsiung leur étant encore inconnue, les trois camarades se décident à découvrir la gigantesque cité et plus particulièrement un cinéma qui s’y cache.
Manque de chance, ils ne trouvent pas la salle obscure tant désirée. De retour à leur chambre, des amis leur proposent de travailler dans une usine de produits made in Taiwan. Grâce à cette manne d’argent, les trois jeunes hommes, dont A-Ching peuvent enfin profiter des joies de la métropole. Seulement ce dernier, le plus talentueux des trois, tombe amoureux de son amie voisine et pense de plus en plus à sa famille…
Juste avant la cinquième génération de réalisateur chinois tel Chen Kaige ou Tian Zhuangzhuang, Hou Hsiao-hsien projette le cinéma asiatique avec Les Garçons de Fengkuei dans la modernité et s’installe dès lors comme un cinéaste contemporain.
Dans cette superbe description de la jeunesse taiwanaise, le cinéaste arbore des utilisations techniques comme les plans éloignés, les hors cadres ou une approche du temps réaliste (ses films ne tracent pas plusieurs mois ou années en
1 h 30, mais suivent une réelle évolution temporelle se rapprochant plutôt de l’idée que le temps d’un film est égal au temps de la réalité), premiers effluves de ce que les autres patries du cinéma découvriront par son travail. Si sa maîtrise ici n’est pas aussi parfaite que pour Un temps pour Vivre, Un temps pour Mourir, Hou Hsiao-hsien montre déjà ses affinités avec l’espace et le temps, et inscrit dans le marbre une façon singulière de faire du cinéma.Curieusement, Hou Hsiao-hsien n’est pas un réalisateur venu à proprement dit du cinéma et ses références cinématographiques sont limitées: c’est un véritable produit du terroir taiwanais. Rien ne semble technique, tout est organique dans son travail. L’utilisation spécifique de certains procédés cinématographiques n’a pas lieu d’être si ce n’est pour servir une vision sociale contemporaine.
Hou Hsiao-hsien apporte au cinéma ce que peu de réalisateurs ont su donner. Dans les Garçons de Fengkuei, le cinéphile découvre une jeunesse en difficulté, brisée par un pouvoir politique oppressant qui ne cessera officiellement qu’en 1987, en proie aux démons d’un passé difficile. Et sans passé, impossible de se construire un avenir tant la quête identitaire est essentielle.
Ainsi se dévoilent A-Ching et ses amis, des « adulescents » aux perspectives d’avenir chaotiques où le passé les rattrape, tels le service militaire ou un certain ancrage familial. A-Ching en sera même victime puisqu’il perdra tragiquement son père après de longues années de handicap dû à une balle de baseball fracassant sa boîte crânienne.
Cette souffrance familiale est exceptionnellement traitée par le prisme du jeune A-Ching qui donne la pâtée à son père avec dépit, véritable désintérêt du fils pour le patriarche. D’ailleurs lors de la mort de ce dernier, la chaise où il était assis toute la journée se retrouve ainsi vide sonnant comme une absence cruelle et une nouvelle page tournée pour A-Ching, prêt à entrer dans le monde adulte.
La transition est ainsi faite par la transformation, à l’aide d’un parallèle dans le temps, de la bicyclette du père en la motocyclette du fils.
Les années passent et ne se ressemblent pas. Pourtant, la nostalgie accuse un exode rural est important. Hou Hsiao-hsien semble alors déj
à prédestiné à devenir un maître de l’image tant ses plans deviennent de véritables peintures sociales. Ainsi, Les garçons de Fengkuei, première œuvre véritablement intelligible de Hou Hsiao-hsien fonde peut être de la plus belle manière le renouveau du cinéma taiwanais et à l’image des jeunes hommes dansant devant les vagues déchaînées, offre l’un des plus beaux moments de cinéma.Damien Paccellieri
mardi 18 décembre 2007
Perpetual Motion
Perpetual Motion de Ning Ying, 2005 Avec Hung Hung, Liu Sola, Li Qinqin, Ping Yanni
Quatre femmes chinoises, quatre célébrités de Pékin se retrouvent pour un huis clos la veille du Nouvel An lunaire à l’invitation de Niuniu, rédactrice en chef d’un magazine de mode populaire. Celle-ci vient de découvrir un email enflammé à destination de Niuniu. Elle compte bien découvrir en les conviant à un réveillon entre femmes, laquelle de ses amies est la traîtresse qui a une aventure à son insu. Une fois dans la somptueuse demeure de Niuniu, les quatre femmes s’épanchent dans des discussions intimes, évoquant tour à tour leurs conquêtes passées, leur libido, mais aussi l’influence de la société chinoise sur leur émancipation et le rôle de leurs pères conservateurs et de leurs mères passives dans leur éducation.
On oublie pour un temps le but initial de cette réunion insolite avant qu’un événement imprévu vienne la contrarier…
Ce film est le cinquième réalisé par Ning Ying, auteur de la trilogie Pékin : Pour le Plaisir (1992), Ronde de flics à Pékin (1995) et Un taxi à Pékin (2000). Une des rares femmes réalisatrices chinoises reco
nnues dans le monde, Ning Ying réalise de vrais films de femme, avec une sensibilité toute particulière pour leurs préoccupations et les émotions qui les animent. Les personnages y sont crédibles dans la mesure où trois des actrices principales sont en réalité issues de familles aisées de l’intelligentsia pékinoise.
Les quatre femmes ont donc pu puiser dans leur expérience de la jet set chinoise pour interpréter leurs personnages au plus juste et livrer une satire sociale bien frappée. Perpetual Motion comme son nom l’indique est aussi une réflexion sur l’évolution de la société chinoise et le fossé grandissant entre les valeurs paternalistes de lutte des classes et la société moderne régie par l’argent et le pouvoir. Du point de vue de la réalisatrice, filmer dans un décor ancien nous laisse imaginer que seuls les riches se permettent encore ce genre de fantaisie. Les pauvres sont expulsés des vieux quartiers détruits – à l’exception donc de ces quelques chefs-d’œuvre architecturaux habités par l’élite – et relégués dans des immeubles HLM qu’on aperçoit sur le plan final. Ces considérations d’urbanisme sont la métaphore filée du destin.
Dans une définition ironique, l’une des quatre amies qui travaille dans l’immobilier annonce que le destin est similaire à la structure d’un immeuble, on ne peut la contrarier ni la changer. La chance, ce serait en quelque sorte la décoration intérieure
ou extérieure. Simple ou luxueuse, sobre ou sophistiquée, libre à chacun de donner sa force à l’immeuble. Il s’agit de saisir sa chance. Libre à chacun… oui, mais ce discours libéral semble oublier que, justement, la liberté de choisir, d’embellir son destin, nombre en sont privés en Chine et dans le monde. Cette réplique est donc plutôt à prendre au second degré, comme une brique de la critique sous-jacente qui parcourt le film.
Ainsi, plutôt que de s’étendre indéfiniment sur la relation adultère que son mari entretient avec l’une de ses amies, ce qui nous aurait gratifiés d’un charmant Vaudeville, la réalisatrice s’attache à montrer des femmes fortes, indépendantes, affranchies de la présence des hommes repoussés dans une absence éloquente et qui n’hésitent pas à critiquer la société dans laquelle elles vivent, chose impensable, il y a seulement quelques années. Elles épanchent leurs sentiments, avouent leur idéal, confient leurs aspirations. Mais l’intérêt de ce huis clos, c’est aussi le jeu de ces actrices sans lequel le film n’a pas de raison d’être.
On perçoit bien en toile de fond des éléments résurgents de la culture communiste comme ce show télévisé à l’occasion du Nouvel An, vantant les mérites et la fierté d’être chinois, Chinois de cette mère patrie. Mais ce qui amuse avant tout c’est l’
attitude de ces femmes, prostrées devant le téléviseur, dans un ennui abyssal. Par moments, le film se perd en longueurs et en silences. On digère lentement du festin de pieds de poulets et le récit somnole. On ne voit plus où et chez qui la réalisatrice veut nous convier jusqu’à une catharsis finale, dans un fou rire incoercible se concluant par un travelling dans les rues de Pékin où trois de ces femmes marchent fièrement.
Lesquelles ? C’est cela le mouvement perpétuel chinois, une impression d’avancer vers l’avenir, sans d’autres obstacles que ceux qu’on peut éliminer.
Quatre femmes chinoises, quatre célébrités de Pékin se retrouvent pour un huis clos la veille du Nouvel An lunaire à l’invitation de Niuniu, rédactrice en chef d’un magazine de mode populaire. Celle-ci vient de découvrir un email enflammé à destination de Niuniu. Elle compte bien découvrir en les conviant à un réveillon entre femmes, laquelle de ses amies est la traîtresse qui a une aventure à son insu. Une fois dans la somptueuse demeure de Niuniu, les quatre femmes s’épanchent dans des discussions intimes, évoquant tour à tour leurs conquêtes passées, leur libido, mais aussi l’influence de la société chinoise sur leur émancipation et le rôle de leurs pères conservateurs et de leurs mères passives dans leur éducation.
On oublie pour un temps le but initial de cette réunion insolite avant qu’un événement imprévu vienne la contrarier…
Ce film est le cinquième réalisé par Ning Ying, auteur de la trilogie Pékin : Pour le Plaisir (1992), Ronde de flics à Pékin (1995) et Un taxi à Pékin (2000). Une des rares femmes réalisatrices chinoises reco
nnues dans le monde, Ning Ying réalise de vrais films de femme, avec une sensibilité toute particulière pour leurs préoccupations et les émotions qui les animent. Les personnages y sont crédibles dans la mesure où trois des actrices principales sont en réalité issues de familles aisées de l’intelligentsia pékinoise.Les quatre femmes ont donc pu puiser dans leur expérience de la jet set chinoise pour interpréter leurs personnages au plus juste et livrer une satire sociale bien frappée. Perpetual Motion comme son nom l’indique est aussi une réflexion sur l’évolution de la société chinoise et le fossé grandissant entre les valeurs paternalistes de lutte des classes et la société moderne régie par l’argent et le pouvoir. Du point de vue de la réalisatrice, filmer dans un décor ancien nous laisse imaginer que seuls les riches se permettent encore ce genre de fantaisie. Les pauvres sont expulsés des vieux quartiers détruits – à l’exception donc de ces quelques chefs-d’œuvre architecturaux habités par l’élite – et relégués dans des immeubles HLM qu’on aperçoit sur le plan final. Ces considérations d’urbanisme sont la métaphore filée du destin.
Dans une définition ironique, l’une des quatre amies qui travaille dans l’immobilier annonce que le destin est similaire à la structure d’un immeuble, on ne peut la contrarier ni la changer. La chance, ce serait en quelque sorte la décoration intérieure
ou extérieure. Simple ou luxueuse, sobre ou sophistiquée, libre à chacun de donner sa force à l’immeuble. Il s’agit de saisir sa chance. Libre à chacun… oui, mais ce discours libéral semble oublier que, justement, la liberté de choisir, d’embellir son destin, nombre en sont privés en Chine et dans le monde. Cette réplique est donc plutôt à prendre au second degré, comme une brique de la critique sous-jacente qui parcourt le film.Ainsi, plutôt que de s’étendre indéfiniment sur la relation adultère que son mari entretient avec l’une de ses amies, ce qui nous aurait gratifiés d’un charmant Vaudeville, la réalisatrice s’attache à montrer des femmes fortes, indépendantes, affranchies de la présence des hommes repoussés dans une absence éloquente et qui n’hésitent pas à critiquer la société dans laquelle elles vivent, chose impensable, il y a seulement quelques années. Elles épanchent leurs sentiments, avouent leur idéal, confient leurs aspirations. Mais l’intérêt de ce huis clos, c’est aussi le jeu de ces actrices sans lequel le film n’a pas de raison d’être.
On perçoit bien en toile de fond des éléments résurgents de la culture communiste comme ce show télévisé à l’occasion du Nouvel An, vantant les mérites et la fierté d’être chinois, Chinois de cette mère patrie. Mais ce qui amuse avant tout c’est l’
attitude de ces femmes, prostrées devant le téléviseur, dans un ennui abyssal. Par moments, le film se perd en longueurs et en silences. On digère lentement du festin de pieds de poulets et le récit somnole. On ne voit plus où et chez qui la réalisatrice veut nous convier jusqu’à une catharsis finale, dans un fou rire incoercible se concluant par un travelling dans les rues de Pékin où trois de ces femmes marchent fièrement.Lesquelles ? C’est cela le mouvement perpétuel chinois, une impression d’avancer vers l’avenir, sans d’autres obstacles que ceux qu’on peut éliminer.
Vianney Meunier
(2005)
lundi 17 décembre 2007
Good Men Good Women
Avec Annie Shizuka Inoh, Jack Kao, Lim Giong
Good Men, Good Women est certainement l'oeuvre la plus difficile de toute la longue filmographie du cinéaste taiwanais. Avec un contexte éminemment politique, Hou Hsiao-hsien, réussit l'un de ses plus grands films, profondément taiwanais, et qui plus est, profondément cinématographique. Achevant ainsi sa formidable trilogie sur les déficiences sociales de l'île (comprenant la Cité des Douleurs et le Maître des Marionnettes), le réalisateur nous plonge dans la turpitude quotidienne de Lian Ching, une jeune actrice de Taipei, prête à endosser pour un rôle dans un long métrage le personnage controversé de Chiang Bi-yu, luttant sur le sol chinois contre les Japonais, et traitée d'espionne par les nationalistes en place à Taiwan.
La jeune Lian Ching reçoit aussi des fax très étranges, tirés de son journal intime, relatant de son ancien compagnon mafieux, mort tragiquement auprès d'elle.
Ce mélange des temps, entre souvenirs personnels et rôle d'actrice dans cette période sombre appelée Terreur Blanche donne à Good Men Good Women une amplitude exceptionnelle et se destine aux initiés de l'île de Formose.
Ainsi, il peut être bon de revenir sur certains faits historiques qui ont marqué au fer rouge la vie des Taiwanais. En Chine, rien ne va plus depuis 1937, la guerre entre l'armée nationaliste et communiste profite aux Japonais qui envahissen
t le nord de la Chine puis progressent vers le Sud jusqu'à prendre Shanghai. Les deux frères chinois s'unissent alors contre ces démons de Japonais pour les chasser du territoire continental.
Ces mêmes Japonais détiennent Taiwan en otage depuis 1895 et le traité de Shimonoseki. Quelques irréductibles ethnies de l'île tenteront des opérations de résistance, en vain. D'autres Taiwanais iront lutter aux côtés des armées nationalistes et communistes sur le continent afin de résister à l'envahisseur.
En 1945, c’est le soulagement pour la Chine. Le Japon signe sa réédition avec les terribles et préventives bombes atomiques (préventive d'une invasion terrestre, qui selon les calculs, aurait couté la vie à d'avantages de personnes). Taiwan redevient alors chinoise, mais ne résout pas les conflits internes entre les forces du grand timonier et celles du généralissime. Par son aptitude à la guérilla et à l'éducation idéologique des masses rurales, les forces communistes repoussent Tchang Kaï-chek vers Chongqing puis vers Taïwan où il se réfugie en 1949 sous le protectorat américain qui redoute l'avènement d'un énorme bloc communiste regroupant la Chine et l'URSS.
Dès son arrivée, le généralissime massacre quelques membres des populations ethniques encore réfractaires et impose la loi martiale, qu
i sera suivi d'une période appelé "Terreur Blanche" où le régime militariste taiwanais se lancera dans une chasse aux sorcières communistes dont Hou Hsiao-hsien s'inspire pour son héroïne, soi-disant espionne communiste, pour avoir aidé le continent à se débarrasser de l'armée impériale nippone.
Son long métrage distingue cette période par une colorimétrie singulière puisque le maître applique un filtre vert à son noir et blanc, signe d’intrusion dans le long métrage dont Lian Ching est actrice.
D'un autre côté, le cinéaste relate en souvenirs la relation de Lian Ching avec son amour de gangster dans un cadre pluriethnique, signe d'une société métamorphosée par sa quête identitaire, par sa toute-puissance économique de l'époque conférant à l'île une admirable prospérité.
Cependant, la mort d'Ah Wei (le gangster) dans une discothèque et dans un contexte sensoriel inédit nous suspend aux pensées cinématographiques d'Hou Hsiao-hsien. Il nous transporte dans un contexte en perdition, reflet certainement d'une personnalité (Lian Ching) troublée, déphasée, mais réflexive sur sa condition et celles de ses aïeux. Dans une dernière danse, l'actrice et son personnage se mettent à l’unisson où couleur et noir et blanc se retrouvent comme si le passé était indissociable du présent, ciment du futur de l’île.
Hou Hsiao-hsien nous invite ainsi à nous remémorer le passé douloureux d'une île pour être enfin en paix avec son présent, héritières de nombreuses cultures, tout comme il nous invite à partager les douleurs d'une femme perdue dans ses sentiments. Avec l'exceptionnel talent de Lim Giong, Jack Kao (que l'on retrouve dans Goodbye, South Goodbye) et Annie Shizuka Inoh, le maître signe peut être là son oeuvre la plus enrichissante.
Good Men, Good Women est certainement l'oeuvre la plus difficile de toute la longue filmographie du cinéaste taiwanais. Avec un contexte éminemment politique, Hou Hsiao-hsien, réussit l'un de ses plus grands films, profondément taiwanais, et qui plus est, profondément cinématographique. Achevant ainsi sa formidable trilogie sur les déficiences sociales de l'île (comprenant la Cité des Douleurs et le Maître des Marionnettes), le réalisateur nous plonge dans la turpitude quotidienne de Lian Ching, une jeune actrice de Taipei, prête à endosser pour un rôle dans un long métrage le personnage controversé de Chiang Bi-yu, luttant sur le sol chinois contre les Japonais, et traitée d'espionne par les nationalistes en place à Taiwan.
La jeune Lian Ching reçoit aussi des fax très étranges, tirés de son journal intime, relatant de son ancien compagnon mafieux, mort tragiquement auprès d'elle.
Ce mélange des temps, entre souvenirs personnels et rôle d'actrice dans cette période sombre appelée Terreur Blanche donne à Good Men Good Women une amplitude exceptionnelle et se destine aux initiés de l'île de Formose.
Ainsi, il peut être bon de revenir sur certains faits historiques qui ont marqué au fer rouge la vie des Taiwanais. En Chine, rien ne va plus depuis 1937, la guerre entre l'armée nationaliste et communiste profite aux Japonais qui envahissen
t le nord de la Chine puis progressent vers le Sud jusqu'à prendre Shanghai. Les deux frères chinois s'unissent alors contre ces démons de Japonais pour les chasser du territoire continental.Ces mêmes Japonais détiennent Taiwan en otage depuis 1895 et le traité de Shimonoseki. Quelques irréductibles ethnies de l'île tenteront des opérations de résistance, en vain. D'autres Taiwanais iront lutter aux côtés des armées nationalistes et communistes sur le continent afin de résister à l'envahisseur.
En 1945, c’est le soulagement pour la Chine. Le Japon signe sa réédition avec les terribles et préventives bombes atomiques (préventive d'une invasion terrestre, qui selon les calculs, aurait couté la vie à d'avantages de personnes). Taiwan redevient alors chinoise, mais ne résout pas les conflits internes entre les forces du grand timonier et celles du généralissime. Par son aptitude à la guérilla et à l'éducation idéologique des masses rurales, les forces communistes repoussent Tchang Kaï-chek vers Chongqing puis vers Taïwan où il se réfugie en 1949 sous le protectorat américain qui redoute l'avènement d'un énorme bloc communiste regroupant la Chine et l'URSS.
Dès son arrivée, le généralissime massacre quelques membres des populations ethniques encore réfractaires et impose la loi martiale, qu
i sera suivi d'une période appelé "Terreur Blanche" où le régime militariste taiwanais se lancera dans une chasse aux sorcières communistes dont Hou Hsiao-hsien s'inspire pour son héroïne, soi-disant espionne communiste, pour avoir aidé le continent à se débarrasser de l'armée impériale nippone.Son long métrage distingue cette période par une colorimétrie singulière puisque le maître applique un filtre vert à son noir et blanc, signe d’intrusion dans le long métrage dont Lian Ching est actrice.
D'un autre côté, le cinéaste relate en souvenirs la relation de Lian Ching avec son amour de gangster dans un cadre pluriethnique, signe d'une société métamorphosée par sa quête identitaire, par sa toute-puissance économique de l'époque conférant à l'île une admirable prospérité.
Cependant, la mort d'Ah Wei (le gangster) dans une discothèque et dans un contexte sensoriel inédit nous suspend aux pensées cinématographiques d'Hou Hsiao-hsien. Il nous transporte dans un contexte en perdition, reflet certainement d'une personnalité (Lian Ching) troublée, déphasée, mais réflexive sur sa condition et celles de ses aïeux. Dans une dernière danse, l'actrice et son personnage se mettent à l’unisson où couleur et noir et blanc se retrouvent comme si le passé était indissociable du présent, ciment du futur de l’île.
Hou Hsiao-hsien nous invite ainsi à nous remémorer le passé douloureux d'une île pour être enfin en paix avec son présent, héritières de nombreuses cultures, tout comme il nous invite à partager les douleurs d'une femme perdue dans ses sentiments. Avec l'exceptionnel talent de Lim Giong, Jack Kao (que l'on retrouve dans Goodbye, South Goodbye) et Annie Shizuka Inoh, le maître signe peut être là son oeuvre la plus enrichissante. Damien Paccellieri
dimanche 16 décembre 2007
Les Larmes du Yangzi
Les Larmes du Yangzide Cai Chuscheng & Zheng Junli, 1947
Avec Tao Jin, Bai Yang, Shu Xiuwen, Wu Yin
Monsieur Zhang s'engage pour le maquis face au Japon et laisse derrière lui sa femme et sa mère. Loin de Shanghai, cet homme devient un des responsables de la lutte armée à Chongqing. Mais un jour il perd tout : son honneur, son estime, sa famille. Et pour cause : la guerre se finit et il se consolera dans les bras d'une autre femme, oubliant les anciennes promesses faites à sa femme, à la lueur de la lune et du fleuve Yangzi...
Les larmes de Yangzi est un film-fleuve (ce n'est pas un jeu de mots). Avec plus de 3 h 30 au compteur, cela est rare, voir unique dans le cinéma d'antan.
Cependant, cette durée peut-elle se justifier par une qualité cinématographique exceptionnelle ? Malheureusement non...
Les Larmes du Yangzi, traduction erronée d'un poème de Li Yu, est une fresque jalonnant plusieurs années difficiles et sensibles de l'Histoire chinoise.
De 1937 où Shanghai est envahie (le 08.08.1937 : incident du Pont de Marco Polo) à quelques années plus tard où le Japon, défait, laisse sa place à une guerre fratricide entre le Parti Communiste et le Guomindang, le long métrage parcourt le chemin d'un homme pris au dépourvue, quand la bise sociale fut venue.
Zhang Zhongliang, homme de courage, s'engage dans la résistance et laisse sa famille dans la peine d'une séparation.
Alors qu'il devait revenir s'occuper des siens après quelques temps passé au front et au commande d'une troupe à Chongqing, Monsieur Zhang, comme on l'appelle, ne reviendra pas, car la providence, après de longs moments de déchéances, lui offre une nouvelle vie de notable auprès d'une nouvelle femme dont il est devenu l'amant.
Pendant l'aventure d'u
n homme en proie aux doutes des promesses tenues, sa femme, accompagnée de sa mère vivent des temps misérables sous l'occupation japonaise. L'oeuvre de Cai Cuisheng & Zheng Junli devient alors, à certains instants, un film entièrement dédié à l'occupation et à ses crimes les plus sauvages. Cet environnement renforce d’autant plus les différences entre Monsieur Zhang et sa femme. Cette dernière jamais cessée de croire encore au retour de son époux alors que ce dernier était déjà dans les bras de bien d'autres.
Une scène terrible et cruelle montre sa femme devenue servante de la famille de sa maîtresse. Ce constat amer du changement de Monsieur Zhang est d'une peine infinie, ravageant le coeur de nombreux spectateurs.
Mais alors que l’on s'attendait à un film critique sur son temps et ses valeurs sociales, on se retrouve nez à nez avec un développement étriqué par le pathos exacerbé de la femme de Monsieur Zhang, et par le peu d'évènements historiques e
xploités à leurs justes valeurs. Si le regard sur l'occupation nous arrache quelques larmes, la durée du film en fait de même avec nos bâillements. En cela, les Larmes du Yangzi pèche par un excès de bien faire et ne réussit guère à intensifier la relation du couple, comme le montre le dernier quart d'heure, apothéose dramatique dont on ne perçoit pas toute l'intensité faute du manque patent du développement psychologique du personnage, plus particulièrement autour de Monsieur Zhang et de ses promesses.
Le film est ainsi en deçà des espoirs et des superlatifs fondés à son sujet, mais reste d'un intérêt puissant pour ses références sur la ruralité, ses anecdotes sur la bande dessinée érotique « les dessous du pôle Sud », sa scène où l'enfant de Monsieur Zhang se détache de l'affection paternelle et bien entendu pour tous les actes de résistances de l’époque.
Monsieur Zhang s'engage pour le maquis face au Japon et laisse derrière lui sa femme et sa mère. Loin de Shanghai, cet homme devient un des responsables de la lutte armée à Chongqing. Mais un jour il perd tout : son honneur, son estime, sa famille. Et pour cause : la guerre se finit et il se consolera dans les bras d'une autre femme, oubliant les anciennes promesses faites à sa femme, à la lueur de la lune et du fleuve Yangzi...
Les larmes de Yangzi est un film-fleuve (ce n'est pas un jeu de mots). Avec plus de 3 h 30 au compteur, cela est rare, voir unique dans le cinéma d'antan.
Cependant, cette durée peut-elle se justifier par une qualité cinématographique exceptionnelle ? Malheureusement non...
Les Larmes du Yangzi, traduction erronée d'un poème de Li Yu, est une fresque jalonnant plusieurs années difficiles et sensibles de l'Histoire chinoise.
De 1937 où Shanghai est envahie (le 08.08.1937 : incident du Pont de Marco Polo) à quelques années plus tard où le Japon, défait, laisse sa place à une guerre fratricide entre le Parti Communiste et le Guomindang, le long métrage parcourt le chemin d'un homme pris au dépourvue, quand la bise sociale fut venue.Zhang Zhongliang, homme de courage, s'engage dans la résistance et laisse sa famille dans la peine d'une séparation.
Alors qu'il devait revenir s'occuper des siens après quelques temps passé au front et au commande d'une troupe à Chongqing, Monsieur Zhang, comme on l'appelle, ne reviendra pas, car la providence, après de longs moments de déchéances, lui offre une nouvelle vie de notable auprès d'une nouvelle femme dont il est devenu l'amant.
Pendant l'aventure d'u
n homme en proie aux doutes des promesses tenues, sa femme, accompagnée de sa mère vivent des temps misérables sous l'occupation japonaise. L'oeuvre de Cai Cuisheng & Zheng Junli devient alors, à certains instants, un film entièrement dédié à l'occupation et à ses crimes les plus sauvages. Cet environnement renforce d’autant plus les différences entre Monsieur Zhang et sa femme. Cette dernière jamais cessée de croire encore au retour de son époux alors que ce dernier était déjà dans les bras de bien d'autres.Une scène terrible et cruelle montre sa femme devenue servante de la famille de sa maîtresse. Ce constat amer du changement de Monsieur Zhang est d'une peine infinie, ravageant le coeur de nombreux spectateurs.
Mais alors que l’on s'attendait à un film critique sur son temps et ses valeurs sociales, on se retrouve nez à nez avec un développement étriqué par le pathos exacerbé de la femme de Monsieur Zhang, et par le peu d'évènements historiques e
xploités à leurs justes valeurs. Si le regard sur l'occupation nous arrache quelques larmes, la durée du film en fait de même avec nos bâillements. En cela, les Larmes du Yangzi pèche par un excès de bien faire et ne réussit guère à intensifier la relation du couple, comme le montre le dernier quart d'heure, apothéose dramatique dont on ne perçoit pas toute l'intensité faute du manque patent du développement psychologique du personnage, plus particulièrement autour de Monsieur Zhang et de ses promesses.Le film est ainsi en deçà des espoirs et des superlatifs fondés à son sujet, mais reste d'un intérêt puissant pour ses références sur la ruralité, ses anecdotes sur la bande dessinée érotique « les dessous du pôle Sud », sa scène où l'enfant de Monsieur Zhang se détache de l'affection paternelle et bien entendu pour tous les actes de résistances de l’époque.
Damien Paccellieri
samedi 15 décembre 2007
Flash Info : Warlords
Déja en train de réussir une entrée en force dans le box office hongkongais et chinois, le dernier film de Peter Chan (Perhaps Love) avec Andy Lau, Jet Li et Takeshi Kaneshiro est un solide blockbuster.Basé sur l'histoire de la révolte de Taiping (1851-1864) où le peuple était persécuté sous la dynastie Qing allégrement corrompu, trois hommes prennent les armes et veulent en décider autrement...
Bien entendu, on espère pour ce long métrage d'éviter les écueils actuels sur le xu wia pian, type cinématographique abusé par la finance du septième art chinois.
Flash Info: An Empress and the Warriors
Tony Ching Siu-tung, l'un des plus grands chorégraphes du cinéma Hk nous reviens derrière la caméra avec An Empress and the Warriors réunissant au casting Donnie Yen, Leon Lai, Kelly Chen et Guo Xiaodong.Une grosse production qui risque de cartonner au box office chinois même si l'indigestion n'est pas loin concernant les wu xia pian.
L'histoire est assez simple puisqu'elle nous conte l'épopée d'une jeune princesse guerrière en exil (Kelly Chen) qui souhaite ardemment récupérer son royaume sous la coupe d'un autre à l'aide d'un général (Donnie Yen) et d'un guerrier itinérant (Leon Lai).
Entre le dernier film de Peter Chan et celui de John Woo, Tony Ching Siu-tung sera-t-il capable de laisser une trace dans la grande lignée des wu xia pian ...?
L'histoire est assez simple puisqu'elle nous conte l'épopée d'une jeune princesse guerrière en exil (Kelly Chen) qui souhaite ardemment récupérer son royaume sous la coupe d'un autre à l'aide d'un général (Donnie Yen) et d'un guerrier itinérant (Leon Lai).
Entre le dernier film de Peter Chan et celui de John Woo, Tony Ching Siu-tung sera-t-il capable de laisser une trace dans la grande lignée des wu xia pian ...?
jeudi 13 décembre 2007
Le Club de le Chance
Avec Ming-Na Wen, Tamly Tomira, Lauren Tom, Rosalino Chao, Lisa Lu
D’après le Best Seller « The Joy Luck Club » de Amy Tan, quatre femmes fuient la Chine au péril de leur vie déchirée par la guerre et transposent leurs destins avec ceux de leurs filles respectives, vivant aux États-Unis.
« Quatre mères, quatre filles. La Chine, les États-Unis. Des générations et des cultures les séparent… »
Pour son anniversaire, June (Ming-Na Wen) a réuni tous ses amis intimes : tante Lindo, tante Ying Ying et tante An Mei qui étaient l
es meilleures amies de feu sa mère, ainsi que leurs filles : Waverly, Lena et Rose, devenues avec le temps les confidentes de sa vie.
Chacune d’entre elles se souvient de son enfance passée aux États-Unis entre cultures chinoise et américaine. Dans le Chinatown d’une grande ville, June se remémore sa jeunesse et son talent au piano. Sa mère réalisait ses rêves à travers ceux de sa fille. Seulement le jour d’une représentation importante, la petite June échoue dans l’exécution de sa partition. Les espoirs de sa mère s’effondrent mais cette dernière ne remarqua guère qu’elle obligeait sa fille à apprendre le piano et que de cette contrainte naquît une souffrance.
Lena, quant à elle, se remémore son exceptionnel talent aux Échecs, jeu dans sa jeunesse où elle battait les meilleurs. Sa mère profitait de son succès pour en bâtir sa fierté, chose que Lena ne supporta pas.
Elle décida alors d’arrêter les Échecs. Ces deux éducations à l’ancienne n’apportèrent guère à June et Lena le bonheur qu’elles espéraient, dans un pays libre et sans contrainte comme les États-Unis. Mais leurs mères, dont l’éducation fut toute autre, croyaient servir leur progéniture lorsqu’elles appliquèrent à leurs filles ce qu’elles avaient vécu…
Pour exemple, Tante Ying Ying fut vendue à l’âge de 16 ans par sa mère afin d’être mariée à un jeune homme de bonne famille. Manque d
e chance, sa richesse était sa seule qualité. Son apparence physique et son infantilisme la dégoûtèrent et celle-ci décida de s’enfuir dès que l’occasion se présenta, en vain.
Impassible le jour de son mariage, elle élabora quelque temps plus tard sa fuite et réussira à obtenir le divorce…
Ainsi va la vie. Chaque mère et fille délivre leurs secrets d’enfance et se découvre être de deux cultures différentes malgré leur filiation…
Le Club de la Chance est une très belle épopée sur les différences générationnelles et culturelles. L’affrontement de deux éducations, l’une chinoise en période de guerre, et l’autre américaine et libre, donne à chacune des générations une identité culturelle différente. Et même si cette grande muraille de la raison les sépare, l’amour, lui, sera le surpasser…
Produit par Oliver Stone, à qu
i l’on doit une trilogie indispensable sur le Vietnam, et réalisé par Wayne Wang alias Mr Cinéma sino-américain, le Club de la Chance réussit son passage du livre au grand écran. Même si la réalisation est très américaine, avec ces éternels clichés des années 90 (souvenez-vous des soirées cocktails, des costumes trop larges) et ce mielleux romantisme qui leur est propre, cela n’entache en rien la brillante interprétation des principaux protagonistes et le développement du long métrage ciselé par de nombreux retours dans le passé et par une narration en voix off très intéressante.
La thématique sino-américaine est également une réussite avec un appel à davantage d’empathie entre les deux culturels comme dans les relations sentimentales qui peuvent parfois s’avérer cruelle.
Conclusion : Le Club de la Chance est à voir pour son histoire tirée d’un excellent roman, pour sa morale et pour ce désir de nouer le fil de la vie entre mères et filles.
D’après le Best Seller « The Joy Luck Club » de Amy Tan, quatre femmes fuient la Chine au péril de leur vie déchirée par la guerre et transposent leurs destins avec ceux de leurs filles respectives, vivant aux États-Unis.
« Quatre mères, quatre filles. La Chine, les États-Unis. Des générations et des cultures les séparent… »
Pour son anniversaire, June (Ming-Na Wen) a réuni tous ses amis intimes : tante Lindo, tante Ying Ying et tante An Mei qui étaient l
es meilleures amies de feu sa mère, ainsi que leurs filles : Waverly, Lena et Rose, devenues avec le temps les confidentes de sa vie.Chacune d’entre elles se souvient de son enfance passée aux États-Unis entre cultures chinoise et américaine. Dans le Chinatown d’une grande ville, June se remémore sa jeunesse et son talent au piano. Sa mère réalisait ses rêves à travers ceux de sa fille. Seulement le jour d’une représentation importante, la petite June échoue dans l’exécution de sa partition. Les espoirs de sa mère s’effondrent mais cette dernière ne remarqua guère qu’elle obligeait sa fille à apprendre le piano et que de cette contrainte naquît une souffrance.
Lena, quant à elle, se remémore son exceptionnel talent aux Échecs, jeu dans sa jeunesse où elle battait les meilleurs. Sa mère profitait de son succès pour en bâtir sa fierté, chose que Lena ne supporta pas.
Elle décida alors d’arrêter les Échecs. Ces deux éducations à l’ancienne n’apportèrent guère à June et Lena le bonheur qu’elles espéraient, dans un pays libre et sans contrainte comme les États-Unis. Mais leurs mères, dont l’éducation fut toute autre, croyaient servir leur progéniture lorsqu’elles appliquèrent à leurs filles ce qu’elles avaient vécu…
Pour exemple, Tante Ying Ying fut vendue à l’âge de 16 ans par sa mère afin d’être mariée à un jeune homme de bonne famille. Manque d
e chance, sa richesse était sa seule qualité. Son apparence physique et son infantilisme la dégoûtèrent et celle-ci décida de s’enfuir dès que l’occasion se présenta, en vain.Impassible le jour de son mariage, elle élabora quelque temps plus tard sa fuite et réussira à obtenir le divorce…
Ainsi va la vie. Chaque mère et fille délivre leurs secrets d’enfance et se découvre être de deux cultures différentes malgré leur filiation…
Le Club de la Chance est une très belle épopée sur les différences générationnelles et culturelles. L’affrontement de deux éducations, l’une chinoise en période de guerre, et l’autre américaine et libre, donne à chacune des générations une identité culturelle différente. Et même si cette grande muraille de la raison les sépare, l’amour, lui, sera le surpasser…
Produit par Oliver Stone, à qu
i l’on doit une trilogie indispensable sur le Vietnam, et réalisé par Wayne Wang alias Mr Cinéma sino-américain, le Club de la Chance réussit son passage du livre au grand écran. Même si la réalisation est très américaine, avec ces éternels clichés des années 90 (souvenez-vous des soirées cocktails, des costumes trop larges) et ce mielleux romantisme qui leur est propre, cela n’entache en rien la brillante interprétation des principaux protagonistes et le développement du long métrage ciselé par de nombreux retours dans le passé et par une narration en voix off très intéressante.La thématique sino-américaine est également une réussite avec un appel à davantage d’empathie entre les deux culturels comme dans les relations sentimentales qui peuvent parfois s’avérer cruelle.
Conclusion : Le Club de la Chance est à voir pour son histoire tirée d’un excellent roman, pour sa morale et pour ce désir de nouer le fil de la vie entre mères et filles.
Damien Paccellieri
mercredi 12 décembre 2007
Flash Info : Purple Mountain
Les co-productions sino étrangères n'en finissent pas, tout comme les films de guerre. Purple Mountain de Simon West est une co-production sino-américaine relatant les faits historiques de Nanjing en 1937 lorsque les japonais furent les tenants de la ville. Des Américains, comme certains Chinois, eurent la chance de pouvoir filmer et ramener leurs bobines aux Etats-Unis.Le long métrage est donc un mélange entre l'apocalypse posée sur ces pellicules et les difficultés connues par les témoins de cette boucherie...
mardi 11 décembre 2007
L'Affaire du Canon Noir
Avec Liu Zifeng, Gehrard Olschewski, Gao Ming
Tout a commencé avec ce mystérieux télégramme : « canon noir disparu — faire recherche ». Pour le malheur de son expéditeur, Zhao Shuxin, ingénieur et interprète, il a été intercepté par ses supérieurs. Les ennuis vont commencer. Lorsque Hans Schmidt, ingénieur, arrive en Chine pour superviser l'installation de machines allemandes, il souhaite la collaboration de Zhao Shuxin en tant qu'interprète. On la lui refuse, car ce dernier est tombé en disgrâce subitement et sans raison apparente. À partir d'un fait mineur mal interprété naît donc une affaire qui n'est pas sans évoquer l'absurdité de Kafka.
Le pauvre interprète, tandis qu'on le met à l'écart, qu'on enquête sur son passé, qu'on le soupçonne, qu'on le juge presque, ne comprend pas ce qui lui arrive, et ne pourra jamais se défendre... puisqu'on ne lui demande pas de s'expliquer.
Cette satire de la bureaucratie politique, baignée d'un humour acide, entre amertume et ironie, constitue une des plus violentes critiques de la société chinoise des années 80.
Wu Tianming alors directeur des Studios de Xi'an est le producteur de ce film d'un des réalisateurs de la cinquième génération.
L’Affaire du Canon Noir est une œuvre à part dans le cinéma chinois des années 80. Huang Jianxin, connu pour être l’un des génies de la comédie sociale en Chine, fait de cette œuvre le faire-valoir de toute une cinématographie de l’époque.
Alors que dans le début des années 80, Chen Kaige et Zhang Yimou comme Huang Jianxin débutaient derrière la caméra, des cinéastes comme Wu Tianming, Xie Fei, Zhang Nuanxin ou Teng Wenji relevaient ce cinéma de la déroute. Là où Huang Jianxin se distingue de ses compères, c’est qu’il laisse aux autres le domaine cinématographique de la paysannerie pour se tourner vers le milieu urbain chinois. Oui, vous avez bien lu, urbain ! Bien avant les Zhang Yuan et autres Jia Zhang-ke. Cependant, l’Affaire du Canon Noir restera une exception puisque la cinquiè
me génération continuera sur la voie du monde rural.
Le film est aussi saisissant parce qu’il critique une période très tendue de la Chine après l’ouverture du pays en 1978 où des affaires d’espionnages circulaient sous les yeux du gouvernement chinois.
L’affaire du Canon Noir en relate une, complètement affabulatrice, mais dont les traces resteront gravées dans la mémoire de sa victime.
Le long métrage s’ouvre sur une machine à écrire qui saisit le nom de ce film comme si cela relevait d’un dossier important.
Par la suite, le cinéphile fait la rencontre de Zhao Shuxin dans une gare sous une pluie battante. Dans une ambiance de discrétion assurée, l’homme passe un message par téléphone : « Chambre 301 – Canon Noir perdu – faire recherche ».
Dans une Chine où tout se sait et tout s’écoute, ce message n’apparaît pas anodin notamment pour l’entreprise de Zhao Shuxin. Ce dernier, diplômé de Qinghua est l’un des plus brillants ingénieurs-traducteurs de cette compagnie industrielle des mines.
Il est en étroite relation avec Hans, un homme d’affaires allemand, expert dans l’outillage des équipements industriels.
Celui-ci vient justement en Chine pour parler business et Zhao Shuxin sera son interprète attitré.
Après discussion, Hans remarque que son ami chinois n’a toujours pas changé de chaussures depuis leur dernière rencontre. Hans lui offre alors une paire de baskets neuve, résolument moderne l’invitant en quelque sorte à s’occidentaliser et à entrer dans le monde de la mondialisation. En même temps, ce genre de cadeau peut paraître comme de la corruption pour ceux qui ne connaissent pas l’amitié entre Hans et Shuxin.
Les deux hommes s’entendent bien même si une rixe éclate entre eux dans un bar typé des années 80 que l’on retrouve aisément à Hong Kong ou Taiwan avec des danseuses de cabaret, des chanteurs en tenues extravagantes, etc.…
Mais tout en continuant leurs petites affaires, le patron de Zhao Shuxin se méfie de l’Allemand. Selon les renseignements en sa possessio
n, Hans aurait déjà été mêlé à un trafic d’antiquité, ce qui ne le rassure pas sur la nature de sa venue après avoir intercepté le message du canon noir perdu de Zhao Shuxin.
On en apprend d’ailleurs un peu plus sur Hans. Originaire de Dresde, ville bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il travaille aujourd’hui pour WD et son voyage concorde avec l’utilisation de nouveaux équipements industriels dont les Chinois doivent apprendre à se servir.
Les cadres de la compagnie chinoise se réunissent autour d’une table et d’une horloge gigantesque pour étudier le cas de Zhao Shuxin. Des Chinois enquêtent sur des Chinois, c’est loin d’être un climax de confiance mutuelle.
Pour parer à d’éventuelles trahisons autour du « canon noir », la direction suggère à Hans de changer d’interprète et de prendre Feng à la place de Shuxin. Ce dernier sera envoyé dans une autre usine du groupe en attendant des éclaircissements sur cette affaire.
Mais au bout de quelques essais catastrophiques, Hans ne souhaite avoir Feng comme second, car ce dernier ne connaît rien du langage technique allemand.
La rupture est consommée lors d’une erreur monumentale de l’interprète qui ne comprend pas bien le mot « Kugel ». Au lieu de rapporter une pièce circulaire en métal appelé roulement à billes, le traducteur lui apporte des balles pour arme à feu.
Hans ordonne alors d’avoir à nouveau Zhao Shuxin comme alter ego, ce qui court-circuite le plan des cols blanc de la compagnie chinoise.
Toutefois, le patron de la compagnie ne sait que faire de Shuxin, car son comportement dernièrement semble tout aussi étrange que celui du comité de pilotage.
Dans toute cette agitation, la pire des bavures se produit : l’une des machines allemandes est endommagée. Qui est responsable de cette détérioration ? Est-ce la mauvaise qualité du matériel germanique ? Est-ce une erreur d’utilisation de la compagnie ? Dans cette dernière hypothèse, il n’est pas sûr que la compagnie puisse s’en relever financièrement.
Le stress et la tension sont donc à leurs apogées. Mais Zhao Shuxin jouera un rôle important dans l’élucidation du problème. Il révèle en effet qu’il y a une erreur de traduction dans le manuel, et que la compagnie chinoise n’est en rien responsable.
Dans le même temps, la compagnie intercepte un colis à l’intention de Zhao Shuxin et l’ouvre sans aucune permission, persuadée qu’il s’y cache la clé de cette affaire du canon noir.
Les décideurs ne seront pas déçus, puisque le paquet contient une simple pièce d’échec chinois appelé « Canon Noir », sous les yeux d’un Shuxin désabusé par l’ouverture forcé de son colis.
Zhao Shuxin, qui n’était pas informé que son appel téléphonique avait tellement remué la compagnie et les services de renseignements chinois, s’explique sur cette pièce d’échec, mais comprend aussi qu’ils ont bafoué son honneur et salit sa personne en interférant dans son travail.
Ils lui ont volé son honneur, sa dignité humaine, et la compagnie se permet encore d’extérioriser son soulagement.
Zhao Shuxin reprendra du galon dans sa compagnie et dans la communauté des ouvriers, mais sait que tout son travail, toute sa carrière ont été remis en cause pour une simple pièce d’échecs après avoir subi de longues périodes de filature, de délation et de compromission.
Dans une dernière scène où des enfants jouent aux dominos avec des briques, Zhao Shuxin reprend confiance, se tourne vers l’avenir et clôture cette sombre affaire du Canon Noir.
Pourquoi vous ai-je raconté toute l’histoire de ce long métrage ? Parce qu’il y a tout simplement peu de chance pour vous de le voir un jour. En effet, inconnu au bataillon des DVD (une petite sortie non sous-titrée, épuisée chez Media Asia), ce long métrage demeure l’un des seuls films à être resté sur pellicule depuis plus de vingt ans.
Pour preuve, il ne reste que quelques exemplaires en 35mm dans le monde (seulement 2 selon certaines sources).
En résumé, l’Affaire du Canon Noir est le parfait parangon de la nécessité de sauvegarder numériquement d’anciennes œuvres cinématographiques avant qu’elles ne périssent dans de vieilles caves humides et poussiéreuses de collectionneurs ou d’administrateurs
Le festival de Vesoul grâce à Huber Laot (musée Guimet) a permis à une poignée de spectateurs de regarder ce chef d’œuvre.
Oui, n’ayons pas peur des mots, Huang Jianxin signe ici un chef d’œuvre du cinéma chinois, un film clé et symbolique pour la Chine de l’après Mao, dirigé alors par celui qui restera certainement dans le cœur de nombreux Chinois comme le meilleur président, à savoir Deng Xiaoping, dont les cendres reposent dans la baie de Hong Kong, ville rétrocédée peu après sa mort.
L’Affaire du Canon Noir est symbolique, car il représente tout ce que la Chine n’aimait pas d’elle-même. Après une période de dix années où les Chinois sont devenus des spécialistes de la délation après avoir appris à mentir lors du grand bond en avant, leur pays devait faire face à son plus grand défi économique, celui de relever la société et ses entreprises du chaos.
Cet objectif est resté toutefois entaché de quelques rictus d’alors comme la surveillance et l’espionnage de ses propres camarades. Il va sans dire que de telles affirmations soulignées dans ce long métrage ont sauvagement déplu aux autorités chinoises qui ont sciemment fusillé ce film en mettant son cinéaste dans la liste noire des réalisateurs.
Mais si le message principal du film est celui-ci, avec son lot de conséquences sociales catastrophiques pour Zhao Shuxin, l’Affaire du Canon Noir est aussi une formidable création artistique, soignée et orchestrée d’une main de maître. Quelques exemples pour la route ?
La première scène où Zhao Shuxin passe son appel dans une gare sous un orage déchirant les nuages est terriblement angoissante, stressante, voir sale où l’intimité et la discrétion forment des caractéristiques essentielles d’une ambiance digne des meilleurs films d’espionnages.
Ensuite, l’incursion dans les bars de l’époque nous donne une tout autre image de cette Chine paysanne. Huang Jianxin expose des Chinois qui s’amusent, se saoulent et prennent plaisir à voir des filles se trémousser autour d’un chanteur exalté. C’est un regard inédit dans le cinéma de Chine Continentale de ces années !
Puis le réalisateur a cette manière de ne jamais caricaturer le personnage allemand tout en valorisant la coopération industrielle entre ces deux pays, et ce, malgré les altercations linguistiques.
Sans jamais quitter l’idée de cette chape de plomb autour de la pièce d’échecs chinois, Huang Jianxin use de sa caméra pour nous montrer une Chine résolument urbaine ou en proie à le devenir, où l’industrie et la mondialisation sonnent le début d’une compétition sans merci. Quel autre cinéaste chinois de cette époque a su capturer cela sur pellicule ? La réponse est simple : aucun.
Et il n’a pas peur de mettre à mal le parti communiste chinois (sous des aspects contrastés).
Le cinéaste l’exécute d’une part dans la mise en scène du contrôle des salariés, mais aussi dans un certain paternalisme illuminant la citation du patron d’industrie lorsqu’il s’adresse à Hans « rassure-toi, le parti veille et te comprend », puis d’autre part dans cet incorrigible manque de confiance envers les intellectuels comme Zhao Shuxin qui se verront prit en porte à faux dans leur travail. Comme l’a dit Mao « 100 000 ans, c’est trop long, il suffit d’un jour ».
C’est vrai, il a suffi d’un jour pour tout remettre en cause.
Tiré des nouvelles de Zhang Xianlang, le réalisateur de la cinquième génération parfait enfin son œuvre par une imagerie superbe (on se remémore alors ce ventilateur autour duquel le comité est réunit pour revoir le manuel d’utilisation, ces énormes véhicules de construction, et cette salle de réunion blanche avec son horloge). Dans cette d
ernière scène où les enfants jouent aux dominos tout en ratant leur séquence par la faute d’une seule pièce, Huang Jianxin use avec talent d’une métaphore où chaque homme a son importance, où chaque élément est indispensable à la société pour qu’elle puisse continuer d’avancer vers un futur harmonieux.
Ainsi, et sans jeux de mots, l’Affaire du Canon Noir restera comme une pièce unique du cinéma chinois.
Tout a commencé avec ce mystérieux télégramme : « canon noir disparu — faire recherche ». Pour le malheur de son expéditeur, Zhao Shuxin, ingénieur et interprète, il a été intercepté par ses supérieurs. Les ennuis vont commencer. Lorsque Hans Schmidt, ingénieur, arrive en Chine pour superviser l'installation de machines allemandes, il souhaite la collaboration de Zhao Shuxin en tant qu'interprète. On la lui refuse, car ce dernier est tombé en disgrâce subitement et sans raison apparente. À partir d'un fait mineur mal interprété naît donc une affaire qui n'est pas sans évoquer l'absurdité de Kafka.
Le pauvre interprète, tandis qu'on le met à l'écart, qu'on enquête sur son passé, qu'on le soupçonne, qu'on le juge presque, ne comprend pas ce qui lui arrive, et ne pourra jamais se défendre... puisqu'on ne lui demande pas de s'expliquer.
Cette satire de la bureaucratie politique, baignée d'un humour acide, entre amertume et ironie, constitue une des plus violentes critiques de la société chinoise des années 80.
Wu Tianming alors directeur des Studios de Xi'an est le producteur de ce film d'un des réalisateurs de la cinquième génération.
L’Affaire du Canon Noir est une œuvre à part dans le cinéma chinois des années 80. Huang Jianxin, connu pour être l’un des génies de la comédie sociale en Chine, fait de cette œuvre le faire-valoir de toute une cinématographie de l’époque.
Alors que dans le début des années 80, Chen Kaige et Zhang Yimou comme Huang Jianxin débutaient derrière la caméra, des cinéastes comme Wu Tianming, Xie Fei, Zhang Nuanxin ou Teng Wenji relevaient ce cinéma de la déroute. Là où Huang Jianxin se distingue de ses compères, c’est qu’il laisse aux autres le domaine cinématographique de la paysannerie pour se tourner vers le milieu urbain chinois. Oui, vous avez bien lu, urbain ! Bien avant les Zhang Yuan et autres Jia Zhang-ke. Cependant, l’Affaire du Canon Noir restera une exception puisque la cinquiè
me génération continuera sur la voie du monde rural. Le film est aussi saisissant parce qu’il critique une période très tendue de la Chine après l’ouverture du pays en 1978 où des affaires d’espionnages circulaient sous les yeux du gouvernement chinois.
L’affaire du Canon Noir en relate une, complètement affabulatrice, mais dont les traces resteront gravées dans la mémoire de sa victime.
Le long métrage s’ouvre sur une machine à écrire qui saisit le nom de ce film comme si cela relevait d’un dossier important.
Par la suite, le cinéphile fait la rencontre de Zhao Shuxin dans une gare sous une pluie battante. Dans une ambiance de discrétion assurée, l’homme passe un message par téléphone : « Chambre 301 – Canon Noir perdu – faire recherche ».
Dans une Chine où tout se sait et tout s’écoute, ce message n’apparaît pas anodin notamment pour l’entreprise de Zhao Shuxin. Ce dernier, diplômé de Qinghua est l’un des plus brillants ingénieurs-traducteurs de cette compagnie industrielle des mines.
Il est en étroite relation avec Hans, un homme d’affaires allemand, expert dans l’outillage des équipements industriels.
Celui-ci vient justement en Chine pour parler business et Zhao Shuxin sera son interprète attitré.
Après discussion, Hans remarque que son ami chinois n’a toujours pas changé de chaussures depuis leur dernière rencontre. Hans lui offre alors une paire de baskets neuve, résolument moderne l’invitant en quelque sorte à s’occidentaliser et à entrer dans le monde de la mondialisation. En même temps, ce genre de cadeau peut paraître comme de la corruption pour ceux qui ne connaissent pas l’amitié entre Hans et Shuxin.
Les deux hommes s’entendent bien même si une rixe éclate entre eux dans un bar typé des années 80 que l’on retrouve aisément à Hong Kong ou Taiwan avec des danseuses de cabaret, des chanteurs en tenues extravagantes, etc.…
Mais tout en continuant leurs petites affaires, le patron de Zhao Shuxin se méfie de l’Allemand. Selon les renseignements en sa possessio
n, Hans aurait déjà été mêlé à un trafic d’antiquité, ce qui ne le rassure pas sur la nature de sa venue après avoir intercepté le message du canon noir perdu de Zhao Shuxin.On en apprend d’ailleurs un peu plus sur Hans. Originaire de Dresde, ville bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il travaille aujourd’hui pour WD et son voyage concorde avec l’utilisation de nouveaux équipements industriels dont les Chinois doivent apprendre à se servir.
Les cadres de la compagnie chinoise se réunissent autour d’une table et d’une horloge gigantesque pour étudier le cas de Zhao Shuxin. Des Chinois enquêtent sur des Chinois, c’est loin d’être un climax de confiance mutuelle.
Pour parer à d’éventuelles trahisons autour du « canon noir », la direction suggère à Hans de changer d’interprète et de prendre Feng à la place de Shuxin. Ce dernier sera envoyé dans une autre usine du groupe en attendant des éclaircissements sur cette affaire.
Mais au bout de quelques essais catastrophiques, Hans ne souhaite avoir Feng comme second, car ce dernier ne connaît rien du langage technique allemand.
La rupture est consommée lors d’une erreur monumentale de l’interprète qui ne comprend pas bien le mot « Kugel ». Au lieu de rapporter une pièce circulaire en métal appelé roulement à billes, le traducteur lui apporte des balles pour arme à feu.
Hans ordonne alors d’avoir à nouveau Zhao Shuxin comme alter ego, ce qui court-circuite le plan des cols blanc de la compagnie chinoise.
Toutefois, le patron de la compagnie ne sait que faire de Shuxin, car son comportement dernièrement semble tout aussi étrange que celui du comité de pilotage.
Dans toute cette agitation, la pire des bavures se produit : l’une des machines allemandes est endommagée. Qui est responsable de cette détérioration ? Est-ce la mauvaise qualité du matériel germanique ? Est-ce une erreur d’utilisation de la compagnie ? Dans cette dernière hypothèse, il n’est pas sûr que la compagnie puisse s’en relever financièrement.
Le stress et la tension sont donc à leurs apogées. Mais Zhao Shuxin jouera un rôle important dans l’élucidation du problème. Il révèle en effet qu’il y a une erreur de traduction dans le manuel, et que la compagnie chinoise n’est en rien responsable.
Dans le même temps, la compagnie intercepte un colis à l’intention de Zhao Shuxin et l’ouvre sans aucune permission, persuadée qu’il s’y cache la clé de cette affaire du canon noir.
Les décideurs ne seront pas déçus, puisque le paquet contient une simple pièce d’échec chinois appelé « Canon Noir », sous les yeux d’un Shuxin désabusé par l’ouverture forcé de son colis.
Zhao Shuxin, qui n’était pas informé que son appel téléphonique avait tellement remué la compagnie et les services de renseignements chinois, s’explique sur cette pièce d’échec, mais comprend aussi qu’ils ont bafoué son honneur et salit sa personne en interférant dans son travail.
Ils lui ont volé son honneur, sa dignité humaine, et la compagnie se permet encore d’extérioriser son soulagement.
Zhao Shuxin reprendra du galon dans sa compagnie et dans la communauté des ouvriers, mais sait que tout son travail, toute sa carrière ont été remis en cause pour une simple pièce d’échecs après avoir subi de longues périodes de filature, de délation et de compromission.
Dans une dernière scène où des enfants jouent aux dominos avec des briques, Zhao Shuxin reprend confiance, se tourne vers l’avenir et clôture cette sombre affaire du Canon Noir.
Pourquoi vous ai-je raconté toute l’histoire de ce long métrage ? Parce qu’il y a tout simplement peu de chance pour vous de le voir un jour. En effet, inconnu au bataillon des DVD (une petite sortie non sous-titrée, épuisée chez Media Asia), ce long métrage demeure l’un des seuls films à être resté sur pellicule depuis plus de vingt ans.
Pour preuve, il ne reste que quelques exemplaires en 35mm dans le monde (seulement 2 selon certaines sources).
En résumé, l’Affaire du Canon Noir est le parfait parangon de la nécessité de sauvegarder numériquement d’anciennes œuvres cinématographiques avant qu’elles ne périssent dans de vieilles caves humides et poussiéreuses de collectionneurs ou d’administrateurs
Le festival de Vesoul grâce à Huber Laot (musée Guimet) a permis à une poignée de spectateurs de regarder ce chef d’œuvre.
Oui, n’ayons pas peur des mots, Huang Jianxin signe ici un chef d’œuvre du cinéma chinois, un film clé et symbolique pour la Chine de l’après Mao, dirigé alors par celui qui restera certainement dans le cœur de nombreux Chinois comme le meilleur président, à savoir Deng Xiaoping, dont les cendres reposent dans la baie de Hong Kong, ville rétrocédée peu après sa mort.L’Affaire du Canon Noir est symbolique, car il représente tout ce que la Chine n’aimait pas d’elle-même. Après une période de dix années où les Chinois sont devenus des spécialistes de la délation après avoir appris à mentir lors du grand bond en avant, leur pays devait faire face à son plus grand défi économique, celui de relever la société et ses entreprises du chaos.
Cet objectif est resté toutefois entaché de quelques rictus d’alors comme la surveillance et l’espionnage de ses propres camarades. Il va sans dire que de telles affirmations soulignées dans ce long métrage ont sauvagement déplu aux autorités chinoises qui ont sciemment fusillé ce film en mettant son cinéaste dans la liste noire des réalisateurs.
Mais si le message principal du film est celui-ci, avec son lot de conséquences sociales catastrophiques pour Zhao Shuxin, l’Affaire du Canon Noir est aussi une formidable création artistique, soignée et orchestrée d’une main de maître. Quelques exemples pour la route ?
La première scène où Zhao Shuxin passe son appel dans une gare sous un orage déchirant les nuages est terriblement angoissante, stressante, voir sale où l’intimité et la discrétion forment des caractéristiques essentielles d’une ambiance digne des meilleurs films d’espionnages.
Ensuite, l’incursion dans les bars de l’époque nous donne une tout autre image de cette Chine paysanne. Huang Jianxin expose des Chinois qui s’amusent, se saoulent et prennent plaisir à voir des filles se trémousser autour d’un chanteur exalté. C’est un regard inédit dans le cinéma de Chine Continentale de ces années !
Puis le réalisateur a cette manière de ne jamais caricaturer le personnage allemand tout en valorisant la coopération industrielle entre ces deux pays, et ce, malgré les altercations linguistiques.
Sans jamais quitter l’idée de cette chape de plomb autour de la pièce d’échecs chinois, Huang Jianxin use de sa caméra pour nous montrer une Chine résolument urbaine ou en proie à le devenir, où l’industrie et la mondialisation sonnent le début d’une compétition sans merci. Quel autre cinéaste chinois de cette époque a su capturer cela sur pellicule ? La réponse est simple : aucun.
Et il n’a pas peur de mettre à mal le parti communiste chinois (sous des aspects contrastés).
Le cinéaste l’exécute d’une part dans la mise en scène du contrôle des salariés, mais aussi dans un certain paternalisme illuminant la citation du patron d’industrie lorsqu’il s’adresse à Hans « rassure-toi, le parti veille et te comprend », puis d’autre part dans cet incorrigible manque de confiance envers les intellectuels comme Zhao Shuxin qui se verront prit en porte à faux dans leur travail. Comme l’a dit Mao « 100 000 ans, c’est trop long, il suffit d’un jour ».
C’est vrai, il a suffi d’un jour pour tout remettre en cause.
Tiré des nouvelles de Zhang Xianlang, le réalisateur de la cinquième génération parfait enfin son œuvre par une imagerie superbe (on se remémore alors ce ventilateur autour duquel le comité est réunit pour revoir le manuel d’utilisation, ces énormes véhicules de construction, et cette salle de réunion blanche avec son horloge). Dans cette d
ernière scène où les enfants jouent aux dominos tout en ratant leur séquence par la faute d’une seule pièce, Huang Jianxin use avec talent d’une métaphore où chaque homme a son importance, où chaque élément est indispensable à la société pour qu’elle puisse continuer d’avancer vers un futur harmonieux.Ainsi, et sans jeux de mots, l’Affaire du Canon Noir restera comme une pièce unique du cinéma chinois.
Damien Paccellieri
dimanche 9 décembre 2007
One Summer With You
Avec Tao Xu, Yan Jiang
Sun Hongwei, un jeune facteur, tombe amoureux de la douce Li Mingxin. Cette dernière, admise à l’Université de Pékin, ne le saura pourtant pas. En effet, son cher et tendre ne peut imaginer vivre sans elle…
Bien que distribué par October Pictures Limited à Hong Kong, One Summer with You est un film continental avant tout. Produit par la Jiangsu Huawei Film & Television Art Company et filmé dans cette même province, le film possède d’abord une indéniable identité chinoise. Le réalisateur Dong Xie a grandi dans les dernières années de Mao et boucla ses études à la Beijing Film Academy.
La patte de l’École pékinoise est reconnaissable, mais à l’opposé de films chinois minimalistes vus du moment, One Summer with You dépeint de manière très classique une romance adolescente sur fond d’ouverture de la Chine populaire au monde occidental. C’est la bière, la musique occidentale à la radio ou sur cassettes qui font leur entrée dans les mœurs.
À une époque coincée entre
la première tournée d’un Occidental – Jean-Michel Jarre dans les grandes métropoles chinoises que sont Shanghai et Beijing – et les manifestations matées dans le sang, cette campagne du milieu des années 80 est encore bien traditionnelle, attachée aux valeurs vertueuses des femmes, à l’idéologie communiste brandie à coup de slogan sur panneaux et dans la cour des écoles. Les bavardages vont bon train dans le voisinage.
C’est une époque où il ne fait pas bon sortir du rang.
Pourtant, un jeune homme le fait au début du film et la société respire un parfum de liberté. Sur fond de propagande, aussi présente dans les chansons, Sun Hongwei tombe amoureux de Li Mingxin. Renvoyé de l’é
cole pour avoir porté outrage à un professeur et l’avoir fièrement revendiqué, Sun Hongwei devient facteur comme son père. Dès lors, il va s’attacher à porter avec diligence le courrier à la belle Li Mingxin, première de sa promotion et fille de coiffeuse, en passe de partir pour Pékin. Mais la jeunesse est éprise de liberté et Hongwei se sait bloqué en province à cause de son attitude frondeuse. Il va donc cacher à Li sa lettre d’admission à l’Université de Pékin, attendue comme une bonne nouvelle émancipatrice et signe d’un avenir prometteur.
Loin d’être originale, la thématique de l’œuvre reste très bien menée. Pas trop de longueurs, le rythme d’une romance sur fond de chronique sociale ; l’évanescence d’une Chine en mutation et les aspirations d’une jeunesse en mal d’envies. Un ressort tragique ouvre le film et fait durer le suspens (ou du moins ce que nous croyons qu’il en reste) jusqu’à la fin de l’œuvre ; à moins qu’elle ne soit la rêverie douloureuse d’un Hongwei fou d’amour.
Cette manœuvre subversive que certains qualifieraient de vicieuse est en fait un piège subtil où il fait bon se laisser prendre et pour cela,
le film réclame une attention particulière. On ne peut adhérer complètement au personnage de Hongwei qui, par amour, « ruine » la carrière de Mingxin ; mais on peut expliquer ce geste : la peur du vide, de l’absence, lorsqu’on a trouvé l’amour est sinon pardonnable du moins compréhensible. Ambivalence du personnage effrayé d’avoir perdu ce cachet censé sceller son destin, maladresse de l’amoureux qui tend cette lettre comme un aveu, le film sait marier les genres avec audace.
Vers la fin du long métrage, un plan d’ensemble sur la ville nous montre une Chine prématurément vieillie, exsangue d’une exploitation industrielle anarchique et d’un grand bond en arrière laissé en seul héritage à cette jeunesse qui vibre au diapason de l’Occident. Un rêve qu’ils n’étaient pas les seuls à partager, un désir saillant, mais illusoire. Par ses rayons lumineux, One Summer with You bercera le cœur de nombreux spectateurs.
Sun Hongwei, un jeune facteur, tombe amoureux de la douce Li Mingxin. Cette dernière, admise à l’Université de Pékin, ne le saura pourtant pas. En effet, son cher et tendre ne peut imaginer vivre sans elle…
Bien que distribué par October Pictures Limited à Hong Kong, One Summer with You est un film continental avant tout. Produit par la Jiangsu Huawei Film & Television Art Company et filmé dans cette même province, le film possède d’abord une indéniable identité chinoise. Le réalisateur Dong Xie a grandi dans les dernières années de Mao et boucla ses études à la Beijing Film Academy.
La patte de l’École pékinoise est reconnaissable, mais à l’opposé de films chinois minimalistes vus du moment, One Summer with You dépeint de manière très classique une romance adolescente sur fond d’ouverture de la Chine populaire au monde occidental. C’est la bière, la musique occidentale à la radio ou sur cassettes qui font leur entrée dans les mœurs.
À une époque coincée entre
la première tournée d’un Occidental – Jean-Michel Jarre dans les grandes métropoles chinoises que sont Shanghai et Beijing – et les manifestations matées dans le sang, cette campagne du milieu des années 80 est encore bien traditionnelle, attachée aux valeurs vertueuses des femmes, à l’idéologie communiste brandie à coup de slogan sur panneaux et dans la cour des écoles. Les bavardages vont bon train dans le voisinage.C’est une époque où il ne fait pas bon sortir du rang.
Pourtant, un jeune homme le fait au début du film et la société respire un parfum de liberté. Sur fond de propagande, aussi présente dans les chansons, Sun Hongwei tombe amoureux de Li Mingxin. Renvoyé de l’é
cole pour avoir porté outrage à un professeur et l’avoir fièrement revendiqué, Sun Hongwei devient facteur comme son père. Dès lors, il va s’attacher à porter avec diligence le courrier à la belle Li Mingxin, première de sa promotion et fille de coiffeuse, en passe de partir pour Pékin. Mais la jeunesse est éprise de liberté et Hongwei se sait bloqué en province à cause de son attitude frondeuse. Il va donc cacher à Li sa lettre d’admission à l’Université de Pékin, attendue comme une bonne nouvelle émancipatrice et signe d’un avenir prometteur.Loin d’être originale, la thématique de l’œuvre reste très bien menée. Pas trop de longueurs, le rythme d’une romance sur fond de chronique sociale ; l’évanescence d’une Chine en mutation et les aspirations d’une jeunesse en mal d’envies. Un ressort tragique ouvre le film et fait durer le suspens (ou du moins ce que nous croyons qu’il en reste) jusqu’à la fin de l’œuvre ; à moins qu’elle ne soit la rêverie douloureuse d’un Hongwei fou d’amour.
Cette manœuvre subversive que certains qualifieraient de vicieuse est en fait un piège subtil où il fait bon se laisser prendre et pour cela,
le film réclame une attention particulière. On ne peut adhérer complètement au personnage de Hongwei qui, par amour, « ruine » la carrière de Mingxin ; mais on peut expliquer ce geste : la peur du vide, de l’absence, lorsqu’on a trouvé l’amour est sinon pardonnable du moins compréhensible. Ambivalence du personnage effrayé d’avoir perdu ce cachet censé sceller son destin, maladresse de l’amoureux qui tend cette lettre comme un aveu, le film sait marier les genres avec audace.Vers la fin du long métrage, un plan d’ensemble sur la ville nous montre une Chine prématurément vieillie, exsangue d’une exploitation industrielle anarchique et d’un grand bond en arrière laissé en seul héritage à cette jeunesse qui vibre au diapason de l’Occident. Un rêve qu’ils n’étaient pas les seuls à partager, un désir saillant, mais illusoire. Par ses rayons lumineux, One Summer with You bercera le cœur de nombreux spectateurs.
Vianney Meunier
(2006)
(2006)
samedi 8 décembre 2007
Flash Info : CJ7 de Stephen Chow
Après Kung Fu Husltle, Stephen Chow nous reviens avec CJ7, mais il faudra patienter jusqu'au 30 juillet pour sa sortie en France dans les salles obscures. La Belgique est à l'honneur puisque la sortie est prévue pour le 07 Mai. Il est très intéressant de voir que ce sont les Etats Unis qui bénéficieront les premiers de cette sortie avec une exploitation prévue pour le 11 janvier 2008, et ce, même avant Hong Kong ! C'est dire si Stephen Chow mise sur les USA tout comme Sony Pictures...Le projet, initialement nommée A Hope, nous relatera les aventures extra terrestres (!) d'un enfant découvrant un jouet qui n'est pas de notre monde et de son père avec qui les relations sont difficiles....
Voici donc la bande annonce d'un des gros titres de 2008.
Les Cendres du Temps
Avec Leslie Cheung, Brigitte Lin, Tony Leung Ka-fai & Chui-wai
Un homme, Ou Yang-feng (le poison de l'Est), tient une auberge au milieu du désert, repère où il exerce également le métier de tueur à gages. Vénal, peu sympathique, il voit arriver différents types de personnages, venus lui rendre visite pour louer ses services. Chacun d'eux incarne une figure traditionnelle des films de sabre asiatique, mais surtout comme dans tous les films de Wong Kar-wai un amoureux en conflit avec lui même…
Si Les Cendres du Temps a tout l'air d'un wu xia pian traditionnel, si Wong Kar-wai se passe de certains codes du wu xia pian alors en plein renouveau en 1994, si les acteurs sont aussi de grandes figures de ce genre cinématographique, et si comble, Les Cendres du Temps est une adaptation, plus ou moins libre, disons inspirée, d'un livre de Jing Yong grand auteur de roman et de scénarios de films de sabre ( Dragon chronicles, Swordsman 1 et 2, Royal tramp…), on ne peut oublier que le réalisateur est... Wong Kar-wai et que le film soit ou non un wu xia pian n'y change rien, c'est d'abord un film de Wong Kar-wai. On y retrouve son style narratif, cinématographique et son obsession, son thème favori : une réflexion plutôt pessimiste et très mélancolique, sur les rapports amoureux.
Le scénario est, disons…, très compliqué. Non parce que l'histoire peut l’être, mais parce que le montage du film est complètement haché. Linéairement, le film est assez simple : divers personnages se croisent, s'affrontent, et Ou Yang-feng (Leslie Cheung) sert de lien entre eux, parce que tous viennent à lui par amitié ou intérêt. Mais le récit est complètement éclaté, entre le passé, le présent et l'avenir, on passe d'un personnage à l'autre, parfois juste le temps d'un plan long, silencieux et joli, sans beaucoup de cohérences, et le spectateur s'y perd un peu.
De Wong Kar-wai nous ret
rouvons la lumière douce et chaude de beaucoup de ses films qui d'ailleurs se marie très bien avec le genre du wu xia pian et que l'on retrouve dans la série des Swordsman par exemple, des plans resserrés sur les visages, sur des détails comme les mains ou les pieds d'un personnage. Puis le cinéaste est dépositaire d’une mélancolie particulière, faite de silences, de scènes lentes et sensuelles (comme cette scène très étrange dans laquelle Carina Lau se tient sur un cheval la nuit au milieu d'une rivière et caresse de ses pieds les flans de l'animal).
Le réalisateur hongkongais reste cependant fidèle à une chose : la musique. Cette dernière joue la carte de la tradition et ne se permet aucun écart. La BO est composée de musique de style classique chinois parfaitement adaptée à un film de wu xia pian.
Et il a su enrichir le genre grâce à la technique très particulière qu'il utilise pour filmer les combats ; il tourne la scène en accéléré pour ensuite, la passer à l'écran en vitesse normale. Le rendu est alors très pictural, le spectateur se retrouve dans une sorte de peinture moderne en mouvement, une réussite stylistique et visuelle. Deux scènes de combat sont particulièrement belles ; l'une mettant en scène Tony Leung Chiu-wai, et l'autre Jacky Cheung. Ce n'est pas le geste du combattant qui est mis en exergue, mais le mouvement, l'essence même du combat. .
Les Cendres du Temps est donc un film techniquement propre au style de Wong Kar-wai tout en déclinant des aspects propres au wu xia pian ; peu de lieux, beaucoup de personnages, une lumière brune orangé, de la musique classique.
L’ancien président du Festival de Cannes, s'inspirant d'un roman de sabre, rend ainsi hommage à un genre, non seulement par le choix de ses références littéraires, mais aussi à travers la galerie de personnages qu'il met en scène. Il s'est amusé dans ce long métrage à insérer le plus grand nombre de personnages types que l'on rencontre dans les wu xia pian, et a de plus, fait appel à des acteurs reconnus dans ce genre cinématographique.
Ainsi, Leslie Cheung incarne le bretteur mercenaire dénué de tous scrupules, Tony Leung Ka-fai le joli coeur sans conscience virevo
ltant d'une aventure à l'autre, entre deux verres d'alcool, Brigitte Lin retrouve le rôle complexe du personnage androgyne et ambivalent qu'elle a magistralement interprété dans de nombreux films tels The East is Red à Handsome Siblings, Jacky Cheung le bretteur errant au grand coeur, Tony Leung Chiu-wai le guerrier handicapé (il est en passe de devenir aveugle), Charlie Young la jeune fille en détresse, Carina Lau et Maggie Cheung en femmes torturées par la déception amoureuse…
Les personnages confrontés à Ou Yang-feng viennent auprès de lui chercher une solution à leurs problèmes, mais servent surtout de faire valoir, ou plutôt de faire dévaloir à celui-ci. Car Leslie Cheung incarne un personnage très antipathique ; vénal, égoïste et sans coeur.
Wong Kar-wai choisit d'expliquer cette attitude par le fait d'une déception amoureuse qui ne le rend pas plus sympathique.
Car voilà bien le sujet du film, l'amour, les relations amoureuses.
Chaque personnage est confronté à un problème qui lui est propre, mais tous ont perdu un être cher, parce que celui-ci les a trahis ou parce qu’eux, sont partis attirés par la gloire et l'aventure, excepté Charlie Young venue chercher de l’aide pour venger le meurtre de son frère et dont le personnage sert à montrer l’antagonisme de Ou Yang-feng tout comme Hong Qi. Seul Tony Leung Ka-fai échappe à cet état de fait puisqu'il se retrouve en tant que séducteur, au centre de la plupart des intrigues.
Les personnages ne savent pas gérer leurs relations amoureuses et sombrent dans la mélancolie ou l'indifférence cynique com
me Ou Yang-feng.
Hong Qi (Jacky Cheung) le bretteur errant et Mu Rong (Brigitte Lin) sauront quant à eux régler leurs problèmes, l'un grâce à la générosité de son coeur, l'autre parce qu'il accepte et assume pleinement sa folie. Peut-être est-ce là, le message du réalisateur. L'amour ne peut être supporté que si l’on sait faire preuve d'un total détachement des choses qui n'y sont pas liées ou si on accepte de vivre pleinement et sans limites sa folie.
On pourra cependant reprocher au Cendre du Temps, comme pour la plupart de ses films, un montage complexe qui rend la narration parfois très confuse, voire lancinante. Le film reste toutefois une intéressante variation du genre cinématographique du wu xia pian, qu'amateurs du genre et du réalisateur devraient découvrir avec intérêt.
À noter :
1 : La distribution originale intégrait Joey Wong. Le réalisateur a coupé les scènes dans lesquelles elle apparaissait à l'exception de la version commercialisée en Corée.
2 : La version HK dure 98 minutes, la version internationale 91 minutes. C'est Wong Kar-wai qui l'a ainsi décidé. Il a coupé au montage certaines scènes de batailles et des citations littéraires, rendant le récit encore plus complexe et plus intellectualisé.
3 : Le film a été primé aux HK Awards : meilleure direction d'acteur (W. Chang), meilleure photographie (Christopher Doyle), meilleurs costumes et maquillages (W. Chang).
4 : C'est durant le tournage des Cendres du Temps que Wong Kar-wai a réalisé Chungking Express, les mauvaises conditions climatiques ayant perturbé le tournage des Cendres du Temps.
Un homme, Ou Yang-feng (le poison de l'Est), tient une auberge au milieu du désert, repère où il exerce également le métier de tueur à gages. Vénal, peu sympathique, il voit arriver différents types de personnages, venus lui rendre visite pour louer ses services. Chacun d'eux incarne une figure traditionnelle des films de sabre asiatique, mais surtout comme dans tous les films de Wong Kar-wai un amoureux en conflit avec lui même…
Si Les Cendres du Temps a tout l'air d'un wu xia pian traditionnel, si Wong Kar-wai se passe de certains codes du wu xia pian alors en plein renouveau en 1994, si les acteurs sont aussi de grandes figures de ce genre cinématographique, et si comble, Les Cendres du Temps est une adaptation, plus ou moins libre, disons inspirée, d'un livre de Jing Yong grand auteur de roman et de scénarios de films de sabre ( Dragon chronicles, Swordsman 1 et 2, Royal tramp…), on ne peut oublier que le réalisateur est... Wong Kar-wai et que le film soit ou non un wu xia pian n'y change rien, c'est d'abord un film de Wong Kar-wai. On y retrouve son style narratif, cinématographique et son obsession, son thème favori : une réflexion plutôt pessimiste et très mélancolique, sur les rapports amoureux.
Le scénario est, disons…, très compliqué. Non parce que l'histoire peut l’être, mais parce que le montage du film est complètement haché. Linéairement, le film est assez simple : divers personnages se croisent, s'affrontent, et Ou Yang-feng (Leslie Cheung) sert de lien entre eux, parce que tous viennent à lui par amitié ou intérêt. Mais le récit est complètement éclaté, entre le passé, le présent et l'avenir, on passe d'un personnage à l'autre, parfois juste le temps d'un plan long, silencieux et joli, sans beaucoup de cohérences, et le spectateur s'y perd un peu.
De Wong Kar-wai nous ret
rouvons la lumière douce et chaude de beaucoup de ses films qui d'ailleurs se marie très bien avec le genre du wu xia pian et que l'on retrouve dans la série des Swordsman par exemple, des plans resserrés sur les visages, sur des détails comme les mains ou les pieds d'un personnage. Puis le cinéaste est dépositaire d’une mélancolie particulière, faite de silences, de scènes lentes et sensuelles (comme cette scène très étrange dans laquelle Carina Lau se tient sur un cheval la nuit au milieu d'une rivière et caresse de ses pieds les flans de l'animal).Le réalisateur hongkongais reste cependant fidèle à une chose : la musique. Cette dernière joue la carte de la tradition et ne se permet aucun écart. La BO est composée de musique de style classique chinois parfaitement adaptée à un film de wu xia pian.
Et il a su enrichir le genre grâce à la technique très particulière qu'il utilise pour filmer les combats ; il tourne la scène en accéléré pour ensuite, la passer à l'écran en vitesse normale. Le rendu est alors très pictural, le spectateur se retrouve dans une sorte de peinture moderne en mouvement, une réussite stylistique et visuelle. Deux scènes de combat sont particulièrement belles ; l'une mettant en scène Tony Leung Chiu-wai, et l'autre Jacky Cheung. Ce n'est pas le geste du combattant qui est mis en exergue, mais le mouvement, l'essence même du combat. .
Les Cendres du Temps est donc un film techniquement propre au style de Wong Kar-wai tout en déclinant des aspects propres au wu xia pian ; peu de lieux, beaucoup de personnages, une lumière brune orangé, de la musique classique.
L’ancien président du Festival de Cannes, s'inspirant d'un roman de sabre, rend ainsi hommage à un genre, non seulement par le choix de ses références littéraires, mais aussi à travers la galerie de personnages qu'il met en scène. Il s'est amusé dans ce long métrage à insérer le plus grand nombre de personnages types que l'on rencontre dans les wu xia pian, et a de plus, fait appel à des acteurs reconnus dans ce genre cinématographique.
Ainsi, Leslie Cheung incarne le bretteur mercenaire dénué de tous scrupules, Tony Leung Ka-fai le joli coeur sans conscience virevo
ltant d'une aventure à l'autre, entre deux verres d'alcool, Brigitte Lin retrouve le rôle complexe du personnage androgyne et ambivalent qu'elle a magistralement interprété dans de nombreux films tels The East is Red à Handsome Siblings, Jacky Cheung le bretteur errant au grand coeur, Tony Leung Chiu-wai le guerrier handicapé (il est en passe de devenir aveugle), Charlie Young la jeune fille en détresse, Carina Lau et Maggie Cheung en femmes torturées par la déception amoureuse… Les personnages confrontés à Ou Yang-feng viennent auprès de lui chercher une solution à leurs problèmes, mais servent surtout de faire valoir, ou plutôt de faire dévaloir à celui-ci. Car Leslie Cheung incarne un personnage très antipathique ; vénal, égoïste et sans coeur.
Wong Kar-wai choisit d'expliquer cette attitude par le fait d'une déception amoureuse qui ne le rend pas plus sympathique.
Car voilà bien le sujet du film, l'amour, les relations amoureuses.
Chaque personnage est confronté à un problème qui lui est propre, mais tous ont perdu un être cher, parce que celui-ci les a trahis ou parce qu’eux, sont partis attirés par la gloire et l'aventure, excepté Charlie Young venue chercher de l’aide pour venger le meurtre de son frère et dont le personnage sert à montrer l’antagonisme de Ou Yang-feng tout comme Hong Qi. Seul Tony Leung Ka-fai échappe à cet état de fait puisqu'il se retrouve en tant que séducteur, au centre de la plupart des intrigues.
Les personnages ne savent pas gérer leurs relations amoureuses et sombrent dans la mélancolie ou l'indifférence cynique com
me Ou Yang-feng.Hong Qi (Jacky Cheung) le bretteur errant et Mu Rong (Brigitte Lin) sauront quant à eux régler leurs problèmes, l'un grâce à la générosité de son coeur, l'autre parce qu'il accepte et assume pleinement sa folie. Peut-être est-ce là, le message du réalisateur. L'amour ne peut être supporté que si l’on sait faire preuve d'un total détachement des choses qui n'y sont pas liées ou si on accepte de vivre pleinement et sans limites sa folie.
On pourra cependant reprocher au Cendre du Temps, comme pour la plupart de ses films, un montage complexe qui rend la narration parfois très confuse, voire lancinante. Le film reste toutefois une intéressante variation du genre cinématographique du wu xia pian, qu'amateurs du genre et du réalisateur devraient découvrir avec intérêt.
À noter :
1 : La distribution originale intégrait Joey Wong. Le réalisateur a coupé les scènes dans lesquelles elle apparaissait à l'exception de la version commercialisée en Corée.
2 : La version HK dure 98 minutes, la version internationale 91 minutes. C'est Wong Kar-wai qui l'a ainsi décidé. Il a coupé au montage certaines scènes de batailles et des citations littéraires, rendant le récit encore plus complexe et plus intellectualisé.
3 : Le film a été primé aux HK Awards : meilleure direction d'acteur (W. Chang), meilleure photographie (Christopher Doyle), meilleurs costumes et maquillages (W. Chang).
4 : C'est durant le tournage des Cendres du Temps que Wong Kar-wai a réalisé Chungking Express, les mauvaises conditions climatiques ayant perturbé le tournage des Cendres du Temps.
Anne Grosbon
vendredi 7 décembre 2007
Crazy Stone
Crazy Stone de Ning Hao, 2006Avec Guo Tao, Liu Hua, Xu Zheng
Ning Hao, déjà réalisateur de Mongolian Ping Pong (distribué en France), se révèle avec Crazy Stone comme l’un des cinéastes chinois à suivre. Son long métrage a littéralement enflammé le box-office. Produit avec peu de moyens (et par la société de Andy Lau), Crazy Stone a rapporté un sacré pactole.
Chongqing, ville d’accueil de cette comédie et municipalité la plus peuplée de Chine (en comptant son agglomération), est sans doute une des cités chinoises où l’on peut voir vraiment les évolutions de la société. Toujours en construction voir en destruction, la chaleur régionale, les pavés de la ville et sa jeunesse underground, semblent avoir forgé l’un des repères artistiques chinois de demain.
Avec ce film, le cinéaste nous conte la délirante épopée d’une sacrée famille de personnages.
Le long métrage s’ouvre sur deux scènes conjointes annonçant la couleur et nous préparant aux meilleurs déluges humoristiques.
Dès lors, toute votre attention se concentrera sur votre écran, car la suite est un ensemblier de nombreuses scènes vues sous un angle différent, des yeux d’un protagoniste à ceux d’un autre.
Un simple accident de voiture prend des proportions inimaginables avec une cascade d’interactions. Le frein à main d’une voiture lâche, la bouteille de coca tombe d’un téléphérique de la ville et s’écrase sur une autre voiture. En route vers l’inévitable !
Dans toute cette mascarade où les principaux acteurs du film se rencontrent fortuitement, la course à la pierre précieuse est lancée lorsque la radio passe un message expliquant la découverte d’un jade énorme au prix inestimable.
Bao, employé dans une manufacture de statue, semble voué à quitter son emploi si la société ne fait pas plus de profits.
Il organise alors une
exposition autour du jade retrouvé dans le but d’attirer une forte population et relancer les affaires. Mais ne voulez pas que sa petite mise en scène soit perturbée par une poignée de voleurs amateurs souhaitant s’emparer de la pierre ?
Bien entendu, un professionnel de la tire averti par les journaux locaux ainsi que le fils du patron de la manufacture y voient une formidable opportunité pour plier bagage sous les cocotiers. Et Bao, au milieu de tout cela, régente les hostilités…
Avec une fresque mongole pour premier film, puis une comédie loufoque, on se demande ce que nous mijote Ning Hao pour sa troisième œuvre, tant il étonne par son hétérogénéité cinématographique.
Crazy Stone, qui a déjà acheté par Europa Corp (Luc Besson) pour une probable exploitation française est un signe avant-coureur d’un cinéma chinois inventif malgré les fauches de la censure.
Avec une pléiade de personnages acidulés, le cinéaste ne garde pas moins sous le couvert de se boyauter, une trame sociale importante.
Il surexpose le microsystème urbain d’une ville en devenir dont les projets économiques en font l’une des futures grandes puissances géographiques chinoises.
Ning Hao dresse également le portrait d’une ville aux multiples combines et faux-semblants. Cette thématique s’immisce par de petites allusions poétiques ou par des remarques des héros sous l’emprise de leurs propres démons.
Cette ingénue manière de donner naissance à la matière sociale ne cache cependant pas la première mission du film : faire rire.
Et sur ce point, Crazy Stone est sévèrement armé pour réussir.
On ne peut s’empêcher de penser immédiatement à Snatch ou Arnaques Crimes et Botanique de l’anglais Guy Ritchie, réalisateur innovant par sa capacité à jumeler la comédie à l’accent local et au milieu social populaire « so british ».
Le développement narratif, basé sur plusieurs points de vues de la même scène, auquel s’ajoutent quelques effets de surenchère donne à Crazy Stone une enveloppe charnelle des plus séduisantes.
Le cocktail des personnages déconcertants n’est pas innocent à cette drague cinématographique.
Avec un voleur professionnel tout droit sorti des films de Johnnie To, des brigands de bas étage et leurs arnaques à la canette, sans parler de Bao qui cherche le meilleur moyen de mettre un peu d’essence dans ses économies, Crazy Stone arrive à nous subtiliser des sourires bien mérités.
Là où souvent la comédie chinoise reste coincée dans les vieilles jupes de la tradition, Crazy Stone défriche le terrain et fait peau neuve, tout en étant assez caustique pour rester objectif et analytique d’une certaine démesure chinoise.
En comparaison, de nombreuses comédies tournées sous l’étendard des studios d’État ne proposent aucune démarche intelligible si ce n’est de montrer les sempiternelles vertus d’un modèle qui depuis, éclate en petits morceaux (complexification des relations sociales, politique et économie en constante évolution…). Ainsi, Ning Hao fixe le cap d’une nouvelle donne humoristique qui, fort de son succès dans les salles obscures, est devenue une référence en Chine.
Ning Hao, déjà réalisateur de Mongolian Ping Pong (distribué en France), se révèle avec Crazy Stone comme l’un des cinéastes chinois à suivre. Son long métrage a littéralement enflammé le box-office. Produit avec peu de moyens (et par la société de Andy Lau), Crazy Stone a rapporté un sacré pactole.
Chongqing, ville d’accueil de cette comédie et municipalité la plus peuplée de Chine (en comptant son agglomération), est sans doute une des cités chinoises où l’on peut voir vraiment les évolutions de la société. Toujours en construction voir en destruction, la chaleur régionale, les pavés de la ville et sa jeunesse underground, semblent avoir forgé l’un des repères artistiques chinois de demain.
Avec ce film, le cinéaste nous conte la délirante épopée d’une sacrée famille de personnages.
Le long métrage s’ouvre sur deux scènes conjointes annonçant la couleur et nous préparant aux meilleurs déluges humoristiques.
Dès lors, toute votre attention se concentrera sur votre écran, car la suite est un ensemblier de nombreuses scènes vues sous un angle différent, des yeux d’un protagoniste à ceux d’un autre.
Un simple accident de voiture prend des proportions inimaginables avec une cascade d’interactions. Le frein à main d’une voiture lâche, la bouteille de coca tombe d’un téléphérique de la ville et s’écrase sur une autre voiture. En route vers l’inévitable !
Dans toute cette mascarade où les principaux acteurs du film se rencontrent fortuitement, la course à la pierre précieuse est lancée lorsque la radio passe un message expliquant la découverte d’un jade énorme au prix inestimable.
Bao, employé dans une manufacture de statue, semble voué à quitter son emploi si la société ne fait pas plus de profits.
Il organise alors une
exposition autour du jade retrouvé dans le but d’attirer une forte population et relancer les affaires. Mais ne voulez pas que sa petite mise en scène soit perturbée par une poignée de voleurs amateurs souhaitant s’emparer de la pierre ? Bien entendu, un professionnel de la tire averti par les journaux locaux ainsi que le fils du patron de la manufacture y voient une formidable opportunité pour plier bagage sous les cocotiers. Et Bao, au milieu de tout cela, régente les hostilités…
Avec une fresque mongole pour premier film, puis une comédie loufoque, on se demande ce que nous mijote Ning Hao pour sa troisième œuvre, tant il étonne par son hétérogénéité cinématographique.
Crazy Stone, qui a déjà acheté par Europa Corp (Luc Besson) pour une probable exploitation française est un signe avant-coureur d’un cinéma chinois inventif malgré les fauches de la censure.
Avec une pléiade de personnages acidulés, le cinéaste ne garde pas moins sous le couvert de se boyauter, une trame sociale importante.
Il surexpose le microsystème urbain d’une ville en devenir dont les projets économiques en font l’une des futures grandes puissances géographiques chinoises.Ning Hao dresse également le portrait d’une ville aux multiples combines et faux-semblants. Cette thématique s’immisce par de petites allusions poétiques ou par des remarques des héros sous l’emprise de leurs propres démons.
Cette ingénue manière de donner naissance à la matière sociale ne cache cependant pas la première mission du film : faire rire.
Et sur ce point, Crazy Stone est sévèrement armé pour réussir.
On ne peut s’empêcher de penser immédiatement à Snatch ou Arnaques Crimes et Botanique de l’anglais Guy Ritchie, réalisateur innovant par sa capacité à jumeler la comédie à l’accent local et au milieu social populaire « so british ».
Le développement narratif, basé sur plusieurs points de vues de la même scène, auquel s’ajoutent quelques effets de surenchère donne à Crazy Stone une enveloppe charnelle des plus séduisantes.
Le cocktail des personnages déconcertants n’est pas innocent à cette drague cinématographique.
Avec un voleur professionnel tout droit sorti des films de Johnnie To, des brigands de bas étage et leurs arnaques à la canette, sans parler de Bao qui cherche le meilleur moyen de mettre un peu d’essence dans ses économies, Crazy Stone arrive à nous subtiliser des sourires bien mérités.
Là où souvent la comédie chinoise reste coincée dans les vieilles jupes de la tradition, Crazy Stone défriche le terrain et fait peau neuve, tout en étant assez caustique pour rester objectif et analytique d’une certaine démesure chinoise.
En comparaison, de nombreuses comédies tournées sous l’étendard des studios d’État ne proposent aucune démarche intelligible si ce n’est de montrer les sempiternelles vertus d’un modèle qui depuis, éclate en petits morceaux (complexification des relations sociales, politique et économie en constante évolution…). Ainsi, Ning Hao fixe le cap d’une nouvelle donne humoristique qui, fort de son succès dans les salles obscures, est devenue une référence en Chine.Damien Paccellieri
jeudi 6 décembre 2007
Go Home
Go Home de Li Chengsheng, 2002Avec Liu Peiqi, Zheng Dawei
Lao Zhang, un vieil acteur de théâtre, rencontre pour la première fois son petit fils. Fâché de sa fille il y a de cela des années, ce grand-père renoue alors doucement les liens de sa famille avec le jeune garçon…
Go Home fait partie de ces longs métrages à sortir en Chine directement en VCD et DVD. En effet, dans une production cinématographique qui compte plus de 330 films par an (d’après les statistiques de 2006), bons nombres d'entre eux n'ont pas la chance d'être distribués au cinéma et terminent leurs vies en tête de gondole des grands supermarchés ou des magasins spécialisés.
Ainsi, on tombe parfois sur une pépite du septième art comme on peut se casser les dents sur une déception. Ce film de Li Chengsheng se faufile entre ces deux catégories pour se loger dans la patrie des longs métrages moyenne gamme.
Il nous conte la vie de Lao Zhang (Liu Peiqi), vieil homme et acteur de l'opéra chinois (dans le rôle « Jing »), se remémorant ses grands souvenirs sur scène.
Il entrevoit les moments fastes de sa carrière, accompagné entre autres par sa fille devenue également une grande interprète de l'opéra chinois (dans le rôle « Dan »).
Mais depuis des années, l'eau s'est installée dans le gaz familial ; père et fille se sépara dans la colère et la tristesse.
À sa grande surprise, Lao Zhang est grand-père, et va le découvrir lorsque sa fille laisse son garçon de 8 ans lui rendre visite pour la première fois, dans sa très belle habitation traditionnelle à cour carrée.
Le vieux Zhang apprend alor
s à connaître son petit fils doté d’un caractère très versatile, mi-ange mi-démon.
Il reste aussi une difficulté à la bonne communication de ces deux différentes générations : la langue. En effet, son petit fils a grandi dans un pays où l'anglais était de mise. Mais avec la confiance et l'amour à partager, l'enfant dévoile son jeu et les sentiments de sa maman, souffrante de l'éloignement avec son père...
En somme, Go Home n'en rien d'exceptionnel si ce n’est assez d'aspects de la vie quotidienne chinoise pour garder ses spectateurs devant leur petit écran, jusqu'à sa fin.
Liu Peiqi, l'un des plus gran
ds acteurs chinois, est véritablement la pièce maîtresse de ce long métrage. Toute l'oeuvre tourne autour de sa prestation, de ses sentiments en tant que grand-père et en tant que père où la conflictualité avec sa fille a empoisonné sa vie. Malheureusement dans le développement narratif du long métrage, le cinéaste n'arrive pas à transmettre les valeurs sociales et sentimentales entre le grand-père et son petit fils. Cela reste éminemment stérile même si la force émotionnelle de Liu Peiqi efface quelque peu cette carence.
Dans cette oeuvre où l'on reconnaît bien la vieille et la nouvelle ville de Pékin, Li Chengsheng ponctue Go Home d'une pointe d'h
umour non négligeable avec des exemples notoire, comme lorsque Lao Zhang, mécontent de recevoir son petit fils à l'improviste, va à la poste pour demander quel est le coût pour renvoyer un enfant en Nouvelle-Zélande, son pays d'origine...
Cela réussit à donner une bonhomie à l'oeuvre, mais ne l'empêche pas de sombrer dans de grandes difficultés à transmettre les sensibilités familiales et filiales.
Lao Zhang, un vieil acteur de théâtre, rencontre pour la première fois son petit fils. Fâché de sa fille il y a de cela des années, ce grand-père renoue alors doucement les liens de sa famille avec le jeune garçon…
Go Home fait partie de ces longs métrages à sortir en Chine directement en VCD et DVD. En effet, dans une production cinématographique qui compte plus de 330 films par an (d’après les statistiques de 2006), bons nombres d'entre eux n'ont pas la chance d'être distribués au cinéma et terminent leurs vies en tête de gondole des grands supermarchés ou des magasins spécialisés.
Ainsi, on tombe parfois sur une pépite du septième art comme on peut se casser les dents sur une déception. Ce film de Li Chengsheng se faufile entre ces deux catégories pour se loger dans la patrie des longs métrages moyenne gamme.
Il nous conte la vie de Lao Zhang (Liu Peiqi), vieil homme et acteur de l'opéra chinois (dans le rôle « Jing »), se remémorant ses grands souvenirs sur scène.
Il entrevoit les moments fastes de sa carrière, accompagné entre autres par sa fille devenue également une grande interprète de l'opéra chinois (dans le rôle « Dan »).
Mais depuis des années, l'eau s'est installée dans le gaz familial ; père et fille se sépara dans la colère et la tristesse.
À sa grande surprise, Lao Zhang est grand-père, et va le découvrir lorsque sa fille laisse son garçon de 8 ans lui rendre visite pour la première fois, dans sa très belle habitation traditionnelle à cour carrée.
Le vieux Zhang apprend alor
s à connaître son petit fils doté d’un caractère très versatile, mi-ange mi-démon.Il reste aussi une difficulté à la bonne communication de ces deux différentes générations : la langue. En effet, son petit fils a grandi dans un pays où l'anglais était de mise. Mais avec la confiance et l'amour à partager, l'enfant dévoile son jeu et les sentiments de sa maman, souffrante de l'éloignement avec son père...
En somme, Go Home n'en rien d'exceptionnel si ce n’est assez d'aspects de la vie quotidienne chinoise pour garder ses spectateurs devant leur petit écran, jusqu'à sa fin.
Liu Peiqi, l'un des plus gran
ds acteurs chinois, est véritablement la pièce maîtresse de ce long métrage. Toute l'oeuvre tourne autour de sa prestation, de ses sentiments en tant que grand-père et en tant que père où la conflictualité avec sa fille a empoisonné sa vie. Malheureusement dans le développement narratif du long métrage, le cinéaste n'arrive pas à transmettre les valeurs sociales et sentimentales entre le grand-père et son petit fils. Cela reste éminemment stérile même si la force émotionnelle de Liu Peiqi efface quelque peu cette carence.Dans cette oeuvre où l'on reconnaît bien la vieille et la nouvelle ville de Pékin, Li Chengsheng ponctue Go Home d'une pointe d'h
umour non négligeable avec des exemples notoire, comme lorsque Lao Zhang, mécontent de recevoir son petit fils à l'improviste, va à la poste pour demander quel est le coût pour renvoyer un enfant en Nouvelle-Zélande, son pays d'origine...Cela réussit à donner une bonhomie à l'oeuvre, mais ne l'empêche pas de sombrer dans de grandes difficultés à transmettre les sensibilités familiales et filiales.
Damien Paccellieri
mercredi 5 décembre 2007
Flash Info : The Pye-dog
Premier film de Derek Kwok (scénariste de Leaving Me, Loving You), The Pye-Dog nous conte la vie de Wang, 12 ans, un enfant plongé dans le mutisme depuis qu'il a vu sa mère sauter du toît de son immeuble lorsqu'il n'avait encore que 6 ans.Dui (Eason Chan) et Miss Cheung, de l'équipe pédagogique de son école, vont tenter de le changer et de lui redonner espoir, ce que le père de Wang ne semble pas accepter...
mardi 4 décembre 2007
Flash Info : Linger, la romance 2008 de Johnnie To
Triangle n'est même pas encore à l'affiche en France (tout comme Mad Detective) que Johnnie To sort son joker cinématographique et romantique, à savoir son dernier film en date : Linger. Ce réalisateur a vraiment quelques coups d'avance et devient difficile à suivre; tant mieux, on aime quand il prend par surprise car Johnnie To reste l'un des seuls cinéastes hongkongais aux nombreux projets. Certes, tous ne sont pas d'excellents films, mais combien ont su nous séduire ?
Voici donc la bande annonce d'un film qui pourrait se résumer ainsi: Vies erronées. Coeurs chargés. Inoubliables amours. Lorsque d'anciennes idylles ravivent nos sentiments, la frontière entre notre mémoire et l'instant présent disparaît...
Flash Info : Kung Fu Dunk pour 2008
La nouvelle coqueluche des filles chinoises, je veux bien entendu parler de Jay Chou, sera à l'affiche de Kung Fu Dunk de Kevin Chu. Connu en France pour son rôle dans la Cité Interdite et Initial D, Jay Chou est surtout l'un des meilleurs chanteurs à Taiwan, capable de tout entre pop acidulé, rock à la "Linkin Park", et rap made in Formose.Avec Charlene Choi et semble t-il Eric Tsang, Kung Fu Dunk est l'une des plus grosses productions de l'île.
Voici donc le teaser d'une des grosses affiches de 2008 (sortie prévue pour le Nouvel An chinois), inspiré visiblement du célèbre Kung Fu Hustle de Stephen Chow.
Voici donc le teaser d'une des grosses affiches de 2008 (sortie prévue pour le Nouvel An chinois), inspiré visiblement du célèbre Kung Fu Hustle de Stephen Chow.
Nouvelle Cuisine
Nouvelle Cuisine de Fruit Chan, 2004Avec Bai Ling, Tony Leung Ka-fai, Myriam Leung
Si l’on vous donnait la possibilité de rajeunir, accepteriez vous ? Ching Lee, star vieillissante et désireuse de retrouver sa jeunesse et beauté d’antan s’adresse à Mei, cuisinière charismatique, spécialiste des raviolis réputés pour leurs vertus rajeunissantes. Prêts à tout, Ching ne se soucie guère de connaître les ingrédients de la recette secrète, quitte à payer le prix fort.
Intégré comme moyen métrage à l’ensemblier Three Extremes (avec Takashi Miike et Park Chan Wook), Nouvelle Cuisine de Fruit Chan est de loin la meilleure partie des trois.
Sur le sujet du la jouvence éternelle, le cinéaste hongkongais pose aussi quelques idées sur la représentation du couple, de l’attraction féminine (Bai Ling) et de la fidélité ma
sculine (Tony Leung Ka-fai). Avec une Bai Ling sulfureuse que nous n’avions plus vu dans un film chinois depuis belle lurette, Fruit Chan nous laisse cuire à feux doux comme ces raviolis qui semblent redonner une seconde jeunesse à ceux qui les consomment. Ching Lee, en totale perte de confiance, ne supporte plus que son mari ne puisse avoir envie d’elle, elle décide alors le tout pour le tout en se délestant de ses deniers pour goûter aux raviolis bien étranges de madame Mei.
Quel est l’ingrédient miracle de ces raviolis ? Et bien c’est l’idée clé de ce long métrage et je ne me permettrai pas de la dévoiler et vous laisse encore l’eau à la bouche… enfin ce n’est pas si sûr…
Deux versions sont désormais disponibles sur le même dvd édité par Wildside : un moyen et un long métrage.
Dans le moyen métrage, tout est dynamisé pour ne laisser aucune passe de solitude.
Une fois avoir prit connaissance des ingrédients composant les raviolis, chaque spectateurs se laissera torturer par sa conscience et par l’acheminement de la vie.
Sur cette thématique, Fr
uit Chan réussit admirablement, ce qui n’était pas joué d’avance cela aurait pu tourner à la déconfiture. Mais par son expérience et son incroyable talent dans la mise en ambiance, le cinéaste de l’ancienne concession britannique pose là, avec la truelle, l’un des plus belles briques cinématographiques de la chapelle « film d’angoisse ».
Avec deux versions, Fruit Chan préfère se contenter de l’essentiel dans le moyen métrage en se recentrant sur le triptyque Myriam Leung, Tony Leung Ka-fai, Bai Ling. Cette dernière dont les prestations sur grands écrans se faisaient rare, revient avec une prestation fracassante, empreinte d’une forte sensualité et d’un côté magie noire des plus séducteurs. Pour un retour en Chine, Bai Ling, n’a pas fait les choses à moitié !
Dans le long métrage, le réalisateur se laisser aller vers le développement de ses personnages, notamment celui de Bai Ling dont on apprend quelques secrets tout comme le bel étalon Tony Leung Ka-fai qui apparaît plus volage que jamais.
Ces quelques minutes supplémentaires permettent aussi de mettre le doigt sur plusieurs réflexions de la société chinoise actuelle.
Pouvons-nous éternellement rester jeune et
beau ? Certains semblent le croire et ne lésinent pas sur la chirurgie plastique (Meg Rayan où es tu ?), avec botox et autre collagen pour y parvenir. Fruit Chan démontre cela par le biais des raviolis.
L’ingrédient et le retour à la jeunesse sont étroitement liés aboutissant à un lien de causalité extrêmement troublant, voir traumatisant.
Puis Fruit Chan est assez intelligent pour évoquer de manières détournées d’autres sujets tabous comme celle de l’avortement officieux de nombreuses jeunes filles, ou bien encore les relations extraconjugales tout comme l’autosatisfaction sexuelle et la lassitude venant avec l’âge.
Nouvelle Cuisine est donc un divertissement intelligent, terriblement efficace, diablement angoissant et marque le possible retour d’une chinoise dans son pays, la très belle Bai Ling (la scène de sexe avec Tony Leung Ka-fai est mémorable). A voir rien que pour se tester face à la vie.
Si l’on vous donnait la possibilité de rajeunir, accepteriez vous ? Ching Lee, star vieillissante et désireuse de retrouver sa jeunesse et beauté d’antan s’adresse à Mei, cuisinière charismatique, spécialiste des raviolis réputés pour leurs vertus rajeunissantes. Prêts à tout, Ching ne se soucie guère de connaître les ingrédients de la recette secrète, quitte à payer le prix fort.
Intégré comme moyen métrage à l’ensemblier Three Extremes (avec Takashi Miike et Park Chan Wook), Nouvelle Cuisine de Fruit Chan est de loin la meilleure partie des trois.
Sur le sujet du la jouvence éternelle, le cinéaste hongkongais pose aussi quelques idées sur la représentation du couple, de l’attraction féminine (Bai Ling) et de la fidélité ma
sculine (Tony Leung Ka-fai). Avec une Bai Ling sulfureuse que nous n’avions plus vu dans un film chinois depuis belle lurette, Fruit Chan nous laisse cuire à feux doux comme ces raviolis qui semblent redonner une seconde jeunesse à ceux qui les consomment. Ching Lee, en totale perte de confiance, ne supporte plus que son mari ne puisse avoir envie d’elle, elle décide alors le tout pour le tout en se délestant de ses deniers pour goûter aux raviolis bien étranges de madame Mei.Quel est l’ingrédient miracle de ces raviolis ? Et bien c’est l’idée clé de ce long métrage et je ne me permettrai pas de la dévoiler et vous laisse encore l’eau à la bouche… enfin ce n’est pas si sûr…
Deux versions sont désormais disponibles sur le même dvd édité par Wildside : un moyen et un long métrage.
Dans le moyen métrage, tout est dynamisé pour ne laisser aucune passe de solitude.
Une fois avoir prit connaissance des ingrédients composant les raviolis, chaque spectateurs se laissera torturer par sa conscience et par l’acheminement de la vie.
Sur cette thématique, Fr
uit Chan réussit admirablement, ce qui n’était pas joué d’avance cela aurait pu tourner à la déconfiture. Mais par son expérience et son incroyable talent dans la mise en ambiance, le cinéaste de l’ancienne concession britannique pose là, avec la truelle, l’un des plus belles briques cinématographiques de la chapelle « film d’angoisse ».Avec deux versions, Fruit Chan préfère se contenter de l’essentiel dans le moyen métrage en se recentrant sur le triptyque Myriam Leung, Tony Leung Ka-fai, Bai Ling. Cette dernière dont les prestations sur grands écrans se faisaient rare, revient avec une prestation fracassante, empreinte d’une forte sensualité et d’un côté magie noire des plus séducteurs. Pour un retour en Chine, Bai Ling, n’a pas fait les choses à moitié !
Dans le long métrage, le réalisateur se laisser aller vers le développement de ses personnages, notamment celui de Bai Ling dont on apprend quelques secrets tout comme le bel étalon Tony Leung Ka-fai qui apparaît plus volage que jamais.
Ces quelques minutes supplémentaires permettent aussi de mettre le doigt sur plusieurs réflexions de la société chinoise actuelle.
Pouvons-nous éternellement rester jeune et
beau ? Certains semblent le croire et ne lésinent pas sur la chirurgie plastique (Meg Rayan où es tu ?), avec botox et autre collagen pour y parvenir. Fruit Chan démontre cela par le biais des raviolis.L’ingrédient et le retour à la jeunesse sont étroitement liés aboutissant à un lien de causalité extrêmement troublant, voir traumatisant.
Puis Fruit Chan est assez intelligent pour évoquer de manières détournées d’autres sujets tabous comme celle de l’avortement officieux de nombreuses jeunes filles, ou bien encore les relations extraconjugales tout comme l’autosatisfaction sexuelle et la lassitude venant avec l’âge.
Nouvelle Cuisine est donc un divertissement intelligent, terriblement efficace, diablement angoissant et marque le possible retour d’une chinoise dans son pays, la très belle Bai Ling (la scène de sexe avec Tony Leung Ka-fai est mémorable). A voir rien que pour se tester face à la vie.
Damien Paccellieri
lundi 3 décembre 2007
Edito de decembre 2007
C’est déjà la fin de l’année et le bilan pour le cinéma chinois est très positif. Selon les pronostics de la SARFT et de l’Association des réalisateurs chinois, la barre des 400 longs métrages réalisés devrait être franchie pour 2007, soit une belle progression de plus de 20% comparée à l’année dernière où l’on a recensé 330 films.- le festival itinérant du cinéma chinois en janvier/mars 2007, très intéressant par sa forme nomade, projetant de ville en ville et notamment dans certaines villes de province qui n’ont pas toujours les honneurs de recevoir ce cinéma ainsi que sa délégation d’artistes.
- Et le festival du cinéma chinois de Paris en automne, manifestation cinématographique dans de bonne facture même si les passionnés de ce septième s’attendaient peut être à d’avantages de longs métrages des années 2006 et 2007.
La difficulté pour ces festivals est encore de capter l’attention d’un potentiel public. Il leur est donc nécessaire d’intensifier leur communication pour que cela puisse se vérifier dans les salles. En effet, alors que les cérémonies d’ouvertures furent des plus belles en compagnie de la délégation chinoise, les salles de cinéma étaient très loin d’être remplies si ce n’est lors de projection avec les réalisateurs.
En définitive, on en attend plus, car l’excellence est possible.
Notons également les différents voyages du festival Shadows à Lyon puis à Berlin et bientôt sur Bruxelles pour défendre les vidéastes chinois indépendants. Un bol d’air dans cette représentation de nature très officielle.
Sur la toile chinacinema.fr fait son petit bout de chemin, attirant de plus en plus d’internautes, signe d’un réel intérêt pour la cinématographie de ce grand pays.
Comme vous pouvez le voir, la charte graphique a été retravaillée, adoptant le 1024x768 comme taille minimale et optimisée pour le 1280x800, le tout sous navigateur Firefox.
Vous trouverez dans les colonnes de droite, un tableau de discussion, un lecteur de musique, des liens en pagaille et les prochains festivals près de chez vous.
N’hésitez pas à me contacter si vous avez des suggestions sur des fonctionnalités à ajouter. Le site compte désormais déjà plus de 100 longs métrages analysés et j’en espère tout autant pour l’année prochaine.
Aussi, celles et ceux qui souhaitent participer à l’aventure rédactionnelle de ce site peuvent m’écrire à l’adresse se trouvant au bouton « contact ».
Si Guan Di le veut, le site se transformera encore pour se muer cette fois-ci en un véritable site (exit la plateforme blogger) et proposera bien d’autres surprises…
À bientôt,
- Et le festival du cinéma chinois de Paris en automne, manifestation cinématographique dans de bonne facture même si les passionnés de ce septième s’attendaient peut être à d’avantages de longs métrages des années 2006 et 2007.
La difficulté pour ces festivals est encore de capter l’attention d’un potentiel public. Il leur est donc nécessaire d’intensifier leur communication pour que cela puisse se vérifier dans les salles. En effet, alors que les cérémonies d’ouvertures furent des plus belles en compagnie de la délégation chinoise, les salles de cinéma étaient très loin d’être remplies si ce n’est lors de projection avec les réalisateurs.
En définitive, on en attend plus, car l’excellence est possible.
Notons également les différents voyages du festival Shadows à Lyon puis à Berlin et bientôt sur Bruxelles pour défendre les vidéastes chinois indépendants. Un bol d’air dans cette représentation de nature très officielle.
Sur la toile chinacinema.fr fait son petit bout de chemin, attirant de plus en plus d’internautes, signe d’un réel intérêt pour la cinématographie de ce grand pays.
Comme vous pouvez le voir, la charte graphique a été retravaillée, adoptant le 1024x768 comme taille minimale et optimisée pour le 1280x800, le tout sous navigateur Firefox.
Vous trouverez dans les colonnes de droite, un tableau de discussion, un lecteur de musique, des liens en pagaille et les prochains festivals près de chez vous.
N’hésitez pas à me contacter si vous avez des suggestions sur des fonctionnalités à ajouter. Le site compte désormais déjà plus de 100 longs métrages analysés et j’en espère tout autant pour l’année prochaine.
Aussi, celles et ceux qui souhaitent participer à l’aventure rédactionnelle de ce site peuvent m’écrire à l’adresse se trouvant au bouton « contact ».
Si Guan Di le veut, le site se transformera encore pour se muer cette fois-ci en un véritable site (exit la plateforme blogger) et proposera bien d’autres surprises…
À bientôt,
Damien Paccellieri
dimanche 2 décembre 2007
Dong
Dong de Jia Zhang-ke, 2006 Documentaire
Dong est le portrait de Li Xiaodong, peintre à la rencontre de ses modèles, de la Chine à la Thaïlande...
C'est la première et peut être la dernière fois que Jia Zhang-ke travaille sur deux projets à la fois. En effet, Dong est un documentaire tourné dans le même intervalle que Still Life, tous deux primés à Venise en 2006. S'employant à dresser le portrait de son ami peintre Liu Xiaodong, le chef de file de la sixième génération des réalisateurs chinois jette des ponts entre son film et ce documentaire tout en se gardant une marge de créativité propre à ce projet.
Dong se compose essentiellement de deux parties : l'une en Chine, l'autre en Thaïlande. La première, tel un making of de Still Life, entremêle les trois Gorges, environnement brumeux, humide et bitumeux dont est tiré le long métrage, aux réflexions de Liu Xiaodong et à sa manière de prendre et de vivre la peinture. On s'aperçoit que la peinture n'est qu'un reflet artistique de la réalité, Liu Xiaodong n'invente pas, il prend la photo à l'huile et à l'aquarelle d'un moment bien précis. Sa composition nous dévoile les acteurs de Still Life dont Han Sanming en culotte bleue, sur une terrasse en béton inachevée et dans une configuration de travail exceptionnelle où le peintre s'exerce sur un panorama composé de plusieurs grandes toiles. Il est très intéressant de voir Jia Zhang-ke mêler son documentaire à son long métrage par un système de scènes tirées de Still Life.
Mais là où le réalisateur de The World ne maîtrise peut-être pas encore son sujet, c'est sur la recherche familiale d'un ouvrier par le peintre. Ce côté sociologique et moraliste n'a pas sa place dans ce projet, et l'on ne croit pas un instant que Liu Xiaodong s'emploie à cela à chaque toile, comme si cette manifestation de bonnes intentions était allouée exclusivement au documentaire (tout comme la longue poursuite de cette fille thaïlandaise que Jia Zhang-ke observe dans la jungle urbaine de Bangkok). Cela reste toutefois hypnotique, en partie grâce à la musique composée par Lim Giong. Dans la deuxième séquence, Jia Zhang-ke se confronte à une autre culture asiatique. Arrivée à Bangkok, l'équipe autour du peintre, découvre une autre manière de vivre que celle des populati
ons chinoises (du sud) même si l’on peut retrouver quelques points communs. Il y a donc là une réflexion socioartistique autour des différences culturelles entre les deux peuples. Liu Xiaodong se prête au jeu de peindre des filles de charme en studio, et recommence sur une structure de plusieurs toiles. Il dit aussi : « je ne connais pas ce peuple, mais je peux peindre leurs visages, leurs expressions ».Dans un même temps, Jia Zhang-ke entrecroise le réel à la fiction lorsque personne ne répond au téléphone de l’une des femmes thaïlandaises alors que le pays vient d'être touché par d'importantes inondations. Le message est passé : peut-être que son interlocuteur ne répond pas parce qu'il est touché par cette catastrophe. Le cinéaste va même jusqu'à emprunter l’un des passages emblématiques de Millennium Mambo de Hou Hsiao-hsien lors
qu'il filme une fille sous les néons d'une passerelle. En somme, Dong est un travail de fond comme de forme très intéressant. Il manque peut-être de chaleur humaine et d’un réalisme plus terre-à-terre pour nous toucher d’avantages. Jia Zhang-ke reste cohérent avec son sujet, un artiste symbole de la Chine actuelle, mais son aventure sensorielle n’est pas aussi sensationnelle cette fois-ci. Pour son prochain documentaire, certainement… Damien Paccellieri
samedi 1 décembre 2007
Sortie dvd : Perhaps Love
Perhaps Love de Peter Chan, 2005Avec Zhou Xun, Takeshi Kaneshiro, Jackie Cheung
Sortie dvd le 04/12/07
Sortie dvd le 04/12/07
Pékin, il y a longtemps...
Lin Jian-dong souhaite faire carrière dans le cinéma quand il tombe amoureux de la jolie Sun Na, danseuse dans un bar. Elle aussi espère briller un jour à l'écran. C'est la rencontre de deux coeurs solitaires mais aussi celle de deux ambitions différentes. Peu après, Sun Na, qui a connu la misère et aspire à la reconnaissance, au succès et à la richesse, abandonne Lin Jian-dong pour un homme susceptible de la rendre célèbre.
Dix ans plus tard, devenue une star, elle est la compagne d'un des plus grands cinéastes chinois, Ni Wen, dont on annonce le nouveau film : une histoire d'amour, sur fond de comédie musicale. Sun Na y jouera le rôle féminin principal et Ni Wen a décidé que la vedette masculine en serait Lin Jian Dong, devenu lui aussi un acteur célèbre et populaire. L'amour peut se révéler parfois un jeu aussi dangereux que compliqué...
Lin Jian-dong souhaite faire carrière dans le cinéma quand il tombe amoureux de la jolie Sun Na, danseuse dans un bar. Elle aussi espère briller un jour à l'écran. C'est la rencontre de deux coeurs solitaires mais aussi celle de deux ambitions différentes. Peu après, Sun Na, qui a connu la misère et aspire à la reconnaissance, au succès et à la richesse, abandonne Lin Jian-dong pour un homme susceptible de la rendre célèbre.
Dix ans plus tard, devenue une star, elle est la compagne d'un des plus grands cinéastes chinois, Ni Wen, dont on annonce le nouveau film : une histoire d'amour, sur fond de comédie musicale. Sun Na y jouera le rôle féminin principal et Ni Wen a décidé que la vedette masculine en serait Lin Jian Dong, devenu lui aussi un acteur célèbre et populaire. L'amour peut se révéler parfois un jeu aussi dangereux que compliqué...






















