mercredi 31 octobre 2007

Still Life

Still Life de Jia Zhang-ke, 2006
Avec Han Sanming, Zhao Tao

Ville de Fengjie, vallée des Trois Gorges, en amont du plus grand barrage du monde. San Ming fait le voyage dans la région pour retrouver son ex-femme et sa fille qu'il n'a pas vu depuis seize ans. Aujourd'hui, l'immeuble, la rue, le quartier où elles ont vécu ne sont plus qu'une tache verte engloutie sous les eaux du barrage. Dans la même ville, Shen Hong cherche son mari disparu depuis deux ans. Au coeur d'un gigantesque chantier qui entraîne la destruction de villages entiers et les déplacements de population, un homme et une femme partent à la recherche de leur passé, en quête de leurs amours perdus.


Still Life, un film politique

La Chine est un pays qui va vite, trop vite. Dans cette course à la mondialisation, l'autosuffisance a toujours été un des objectifs du parti communiste chinois. Mais avec une population si forte et une consommation d'énergie croissante, cette idée est devenue chimère tel que le grand timonier aimait à penser dans les années 60 et 70.En effet, il n'y a qu'à voir aujourd’hui la drague chinoise pour le continent africain histoire de lui rafler quelques barils de pétrole ; sans compter les envolées spectaculaires du cours du métal à la bourse, signe d'une construction immobilière chinoise effrénée. Pour ne pas dépendre de l’électricité des autres nations (stratégie que nous connaissons bien avec notre nucléaire français), la Chine s'est lancée dans son plus grand chantier : construire le plus grand barrage hydraulique au monde. Celui-ci était inévitable tant la Chine doit alimenter toute une partie sud de son pays. Le peuple était attaché à cette cause nationale, mais c'était sans savoir ce que leur coûterait cet effort...

Still Life, un film contre l'oubli


Ainsi, toute une partie de la région des Trois Gorges sera ensevelie sous les eaux pour correspondre à la hauteur du niveau réglementaire. Celui-ci correspond à une surélévation des eaux de plus de 150m, anéantissant plusieurs reliques (sculptures séculaires, temples anciens) comme plusieurs villes et villages. Jia Zhang-ke, primé d'un Lion d'or à Venise 2006 pour ce long métrage s'attache à cette dernière disparition, celle d’une région qu'e les hommes peuplaient et que ces derniers déserteront à grand coup de plan de réhabilitation nationale.Le cinéaste nous colle à la rétine le destin de Fengjie, dont plusieurs documentaires ont déjà montré la transhumance humaine, laissant derrière elle, une ville fantôme.Il la filme en pleine désintégration malgré le fourmillement d'activités dont elle jouit encore. C'est aussi une ville qui a grandi trop vite, comme ces enfants d'à peine dix ans, la clope au bec, synonyme d'une maturité forcée par le destin tragique de leur cité ou comme ces calligraphies blanches sur les maisons synonyme d'une démolition imminente, d'un relogement nécessaire.En résulte ainsi un désagrégration sociale où toute une population ancrée depuis des générations doit fuir sa terre natale pour le bien de tous, notamment pour celui d'une Chine hyper puissante.
Un cha
uffeur de mototaxi dira au héros du film : « tu vois ma maison, elle se situe maintenant juste en dessous de ce ferry ». Une phrase assassine tranchant le silence des lieux et résumant la situation d'une société en proie à elle-même.

Still Life, un film de la disparition à la recherche de soi

Dans ce contexte, Jia Zhang-ke nous met sur les pas de deux personnages principaux. Le premier, San Ming, est un homme à la recherche de sa femme. Cette dernière se serait enfuie du foyer familial depuis plus de seize ans, alors qu'elle était enceinte de lui. Il n'a donc jamais vu sa fille et désire ardemment la rencontrer et lui raconter sa vie, son histoire, ses origines. En effet, originaire du Shanxi, une région bien plus au Centre Nord de la Chine, San Ming s'est acheté sa femme à Fengjie, rattachée désormais à Chongqing, où existe une surpopulation féminine.Le deuxième personnage, Shen Hong, est une femme qui recherche désespérément son mari, ingénieur en pont et chaussée. Ce dernier ne lui a plus donné signe de vie depuis vingt-quatre mois. Mais si elle souhaite tant le voir, ce n'est pas pour fêter leurs retrouvailles, c’est pour lui annoncer qu'elle souhaite divorcer.De ces deux parcours atypiques, le cinéaste met en scène toutes les difficultés rencontrées par les deux protagonistes à cause du changement géographique et démographique de la région.Il mêle ainsi la disparition physique de la ville à celui des proches de nos héros en y juxtaposant une recherche identitaire où San Ming veut voir sa fille et où Shen Hong veut nouer une nouvelle idylle en se séparant de son ancienne.

Still Life, un film avant tout

Au-delà de ses thématiques, Still Life est un objet cinématographique. Il étonne par son approche hyper réaliste dont on peut penser qu'il a été tourné avec une petite caméra HD de poing pour lui donner toutes les rondeurs d'un documentaire fiction.Le long métrage est ensuite excellemment desservi par ses acteurs dont.... toujours aussi brillante et devenue en quelques films l'actrice fétiche du réalisateur.Enfin, ce dernier nous prend parfois par surprise comme lorsqu'il fait décoller telle une fusée un immeuble en construction, ou lorsqu'il expose comme référence cinématographique, le Syndicat du Crime de John Woo, long métrage de prédilection du cinéaste.On pourra toutefois regretter quelques passages à vide tout comme la détention sentimentale des principaux personnages qui resteront voués au secret alors que leur extorsion aurait permis une plus grande interactivité avec le public.
En conclusion, Still Life est devenu l’axiome tout comme le témoignage d'une disparition annoncée. Un film qui souffre parfois d'un excès de réalisme et d'introversion, mais dont le sujet est porteur de multiples pistes de réflexion, notamment pour les Chinois de souche.

Still Life et Dong en coffret DVD par Mk2 à partir du 7 novembre 2007

Damien Paccellieri

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mardi 30 octobre 2007

Interview Damien Paccellieri

Bonjour,

Voici ci joint une interview de votre serviteur pour
Eview1 autour du plus connu des réalisateurs chinois, notre ami Zhang Yimou.

C'est l'occasion de réflechir sur les futures perspectives cinématographiques du Spielberg chinois.

A bientôt,





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jeudi 25 octobre 2007

Animation chinoise du 24 au 30 octobre 2007

Mon premier festival du 24 au 30 octobre 2007 au cinéma Denfert et Lincoln Panaroma de l'animation chinoise

En hommage aux films des "Studios d’Art de Shanghai", sont présentés plus de 30 chefs-d’œuvre inédits datant des années 1950 à nos jours, dont beaucoup ne sont jamais sortis de Chine. Ces films, pour la plupart de format court, sont rassemblés en 14 programmes.


Peuplés d’animaux, inspirés d’histoires mythologiques et de contes et légendes de différentes provinces chinoises, ils illustrent la richesse et la variété de la culture chinoise, explorant une grande diversité de techniques d’animation : dessin animé classique , lavis animé utilisant les techniques de la peinture traditionnelle, lavis déchiré, découpage articulé, marionnettes...


Afin de pouvoir montrer ces films trop longtemps restés dans l'ombre, les autorités chinoises ont engagé de gros efforts de restauration et fait tirer de nouvelles copies venues directement de Chine.

Il faut souligner que cette selection n'aurait pu se faire sans le travail et la passion de Marie-Claire Quiquemelle.

Le site officiel du festival

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mercredi 24 octobre 2007

The Shoe Fairy

The Shoe Fairy de Robin Lee, 2005
Avec Vivian Hsu, Duncan Lai

Lorsqu’elle était petite, ses parents racontaient à Dodo, tous les contes de fées qui ornaient ses étagères. Comme elle ne pouvait pas marcher en raison d’une malformation de naissance, elle se plongeait dans ces atmosphères magiques des contes de Perrault pour se reconstruire un univers où elle pourrait évoluer librement. Quelques années plus tard, une opération chirurgicale lui avait permis de marcher enfin. Elle est alors sous l’effet d’un collectionnisme aigu, achetant toutes les chaussures qui lui tombaient sous les yeux, oubliant pour un temps les contes de fées de son enfance.



Mais c’était sans compter qu’en recouvrant l’usage de ses pieds, elle entrait de plain-pied dans son propre conte de fées. Où était alors la réalité, qu'est-ce qui la distinguait des histoires qu’elle avait rêvées ? Devenue une charmante jeune femme, elle avait rencontré son prince charmant, s’était mariée et comme disent les contes de fées, aurait pu vivre heureuse et avoir beaucoup d’enfants. Oui, mais…

The Shoe Fairy est une comédie rafraîchissante dans le panorama si souvent réaliste de la cinématographie taiwanaise. Cette Amélie Poulain made in Formose partie à la recherche de son bonheur qui ne se trouve pas dans les livres est interprétée à merveille par Vivian Hsu. Très peu typée, elle devrait rassembler l’ensemble des petites filles qui rêvent dans les livres avant de tomber des nues et toutes les femmes dont les collections de chaussures dépassent l’entendement et les plafonds de leurs maisons. Il y a ici un jeu sur les couleurs ultrasaturées, les lumières, un de ces charmants villages qui n’existent que dans les livres et les cartoons. Tout est réuni pour créer un conte de fées romantique où tout pourrait aller pour le mieux sauf si… ici pas de sorcière, pas d’ogre ou de grand méchant loup, mais les obstacles de la vraie vie, les incidents, les accidents qui la rendent belle et cruelle à la fois. Le bonheur est souvent mystérieux.

Lorsqu’on croit le tenir, il se dérobe de plus belle. Mais « qu’est-ce que le bonheur ? s’interroge le narrateur. Est-ce être deux ou trois ou plus ? » Ce questionnement sur la quête inlassable du bonheur parcourt tout le film sans l’alourdir pour autant. Donnant une nouvelle interprétation des contes de fées qu’on nous racontait dans notre enfance, le scénario fonctionne parfaitement. C’est une comédie sans prétention, mais l’univers particulier du film le rend sympathique d’emblée. Les personnages sont attachants. Les gags fonctionnent également par la répétition.
Dans ce film quasi burlesque, on aurait pratiquement pu se passer de dialogues entre les deux personnages, rendant du même coup l’œuvre encore plus puissante et signifiante. Autre bémol, cette volonté de faire appel uniquement à des contes occidentaux, rendre le film eurocompatible. Cette complaisance envers les audiences européennes reste un point faible même si les contes eux-mêmes n’ont pas un rôle primordial dans le fil narratif…

En tout cas, l’effet cartoon fonctionne à plein régime et ce film par son universalité à rencontrer tous les publics pourrait lui valoir une récompense, dans le cadre de festivals internationaux. On attend de voir ce film sortir en France et le second film de cette réalisatrice à l’univers si particulier. Elle avait déjà signé un court-métrage The Magical Wash Machine qui lui avait valu le prix du meilleur Court aux Golden Horse Film Awards. Il nous manque encore des Jeunet asiatiques qui pourraient faire rêver aussi bien que Miyazaki sans pour autant réaliser des films d’animation. Robin Lee est sur le bon chemin. En tout cas, elle est bien dans ses pompes.

Vianney Meunier
(2006)

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mardi 23 octobre 2007

Poussiere dans le vent

Poussière dans le Vent de Hou Hsiao-hsien, 1985
Avec Hsin Shu-feng, Wang Chien-wen, Li Tien-lu

Taiwan, 1965. A-Yuan et A-Yun sont des amis d’enfance et habitent le même village de mineurs dans la montagne. A-Yuan décide de partir pour Taipei pour y travailler et poursuivre ses études. A-Yun la rejoint plus tard pour y trouver un emploi de couturière. Loin de leurs origines, le mal du pays est là. Mais une lettre de convocation pour le service militaire vient tout bouleverser… .






Projeté dans le cadre d’un hommage à Hou Hsiao-hsien au Festival de Vesoul, Poussière dans le vent fait partie de ces œuvres dont les éditeurs français s’intéressent peu, à tord. En effet, ils leur seraient faciles de se pencher un peu plus sur la filmographie de l’un des meilleurs réalisateurs actuels puisque toutes ses œuvres ont déjà bénéficié de sous-titrages et d’apports techniques conséquents. Mais que voulez-vous, les films culturels ne paient pas pour ce milieu et Poussière dans le vent en possède toutes les caractéristiques.
Une famille de la campagne taiwanaise voit ses enfants grandir dont A-Yuan, un adolescent qui ne supporte plus l’enclavement de son village et l’inactivité qui en découle.

Les années passent et sa famille vieillit avec un grand père, pilier de la communauté, à bout de souffle.
A-Yuan décide alors de partir vers la capitale Taipei, plus propice à ses ambitions estudiantines et à son tempérament fougueux. Il y trouve un emploi dans un atelier de reprographie traditionnelle où l’exécution des tâches est encore faite. Cependant, il préfère changer de métier en devenant livreur à moto. En même temps, A-Yuan tient avec d’autres camarades une salle de cinéma, violon d’Ingres d’une jeunesse perdue. . Avec son départ vers la capitale, A-Yuan s’arrache de sa meilleure amie A-Yun en qui il voit plus qu’une amie, telle une petite sœur, voir un futur devenir. A-Yuan l’aidait dans toutes ses démarches et le soutenait dans ses ennuis.
Leur lien amical en était inaltérable. Mais A-Yuan doit partir faire son service militaire.

Loin des yeux, loin du cœur, et malgré leurs belles promesses de jeunesse, A-Yuan et A-Yun s’éloignent l’un de l’autre alors qu’un bel avenir était à leur portée.

Hou Hsiao-hsien signe avec Poussière dans le vent (Lien Lien Feng Chen) sa quatrième esquisse de la société taiwanaise, un an après son chef absolu Un Temps pour Vivre un Temps pour Mourir, dernier volet d’une trilogie autobiographique commencé par Les Garçons de Fengkuei et secondé par Un Eté chez grand père. On peut ressentir dès les premiers instants un nouveau souffle dans le travail du cinéaste s’attachant à l’accessibilité et à la compréhension de ses œuvres. Avec ses trois premiers films, les débats sociaux et le caractère des protagonistes étaient assez équivoques pour ne pas constituer une difficulté d’approche cinématographique.

Mais ici Hou Hsiao-hsien propulse les sentiments le plus loin possible avec des relations toujours aussi fortes autour du service militaire, véritable drame à l’intérieur du drame.
C’est à lui que de nombreux Taiwanais doivent l’éloignement familial, social ou affectueux dans un pays autoproclamé où la peur d’une invasion chinoise était toujours présente malgré le protectorat américain et le début d’un développement économique grandiloquent. Il est aussi intéressant de voir qu’un personnage clef se dessine hors du couple juvénile dans cette évolution de la société : le grand père. Véritable patriarche malgré ses faiblesses et sa dépendance à la nicotine, il est en quelque sorte le gardien des rites, le témoin d’une génération bientôt disparue. Observateur déconnecté de son petit fils, il donne le « la » des bouleversements sociologiques de l’époque.

Dans un rythme où le temps n’a plus d’effets, Hou Hsiao-hsien prend le risque de décrocher son public habituel en employant une trame et une déclinaison lente de la minuterie cinématographique. Pourtant une fois ces portes poussées, le cinéphile possède entre ses mains un sésame unique, clef de nombreuses idées développées par le cinéaste tout au long de sa carrière sur la quête indéfinissable de l’identité taiwanaise. Accompagnée d’une technique superbe, à savoir des cadrages inoubliables pour les cinéphiles en herbe, une nature magnifiée et une ville aux dédales infinis, Hou Hsiao-hsien est déjà devenue un grand maître de l’image, après seulement quatre longs métrages. Il n’oublie pas cependant de traiter de phénomènes sociaux comme l’exode rural, l’importance culturelle du cinéma pour les jeunes et les éternels moyens de transport préférés des Taiwanais à savoir la mobylette et le train.

Ainsi d’une poussière dans le vent résulte une réalité douce amère, où les familles, les aspirations de la jeunesse et les mutations sociales s’embrassent dans un dernier souffle de nostalgie.
À noter, la présence du vétéran Li Tien-lu, monstre sacré de la mémoire historique taiwanaise et présent dans le Maître des marionnettes comme dans la Cité des Douleurs.

Damien Paccellieri

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lundi 22 octobre 2007

Shanghai Baby : du livre au cinema

Shanghai Baby, le roman faussement sulfureux de Zhou Weihui a été adapté au cinéma par l'allemand Berengar Pfahl avec dans le rôle titre Bai Ling (Red Corner), sans compter l'apparition de la vénérable Cheng Pei-pei.

Rappelons l'histoire de ce livre/film qui expose la vie sentimentale et sexuelle de Coco, jeune shanghaienne en proie à deux amours; un homme chinois sentimental et sensible et un occidental séducteur au regard de braise.
Coco se trahira en penchant vers l'occidental qui lui cache sa situation maritale et de paternité alors que son idylle chinoise avait tout pour réussir...
Dans ce long métrage, Bai Ling dévoile ses charmes. Espérons que cela sera révélera à son avantage...

Le trailer:

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samedi 20 octobre 2007

Jade Goddess of Mercy

Jade Goddess of Mercy de Ann Hui, 2003
Avec Vicky Zhao, Nicolas Tse

À Pékin, sur les conseils d'un ami, un joli coeur invétéré décide de séduire une jeune femme employée dans un club de Taekwondo. Celle-ci refuse toute approche, elle enverra même au tap
is le jeune Don Juan trop entreprenant.
La jeune femme se laisse toutefois doucement apprivoiser. Yang Hui, le séducteur, découvre que celle-ci a plusieurs noms, un fils, et un passé semble-t-il douloureux. À la suite de quelques péripéties, la jeune femme disparaît en laissant une lettre.
Officier d'élite auprè
s d'une unité de police antidrogue dans une ville du Yunnan, sa vie bascule à la suite d'une rencontre pleine de charme.


Jade Goddess of Mercy est un excellent film et même plus : un petit bijou. Ann Hui nous offre une histoire bien construite, pleine de rebondissements centrés autour de quelques personnages, dans une petite ville du Yunnan, en pleine guerre de la drogue entre autorités chinoises et dangereux trafiquants.

Le cadre et le décor de l'histoire sont mis en scène sans démonstration. Nous sommes au Yunnan, dans une ville majoritairement Daï où Ann Hui évite la carte postale et le documentaire touristique, les personnages se meuvent avec naturel dans un environnement qui est le leur et dans lequel ils sont parfaitement en phase. Il en va de même pour l'ambiance de lutte entre trafiquants et policiers.

Des deux côtés nous avons à faire à des gens parfaitement intégré
s à la ville, avec une vie de famille, une maison, des amis et des amours. C'est très réaliste, plongé dans le train-train de la vie quotidienne même si celle-ci peut tourner au jeu de guerre ou au drame.
Cette absence de démonstration est très agréable, car elle évite tous les poncifs liés aux tournages dans des régions retirées de Chine continentale peuplées de minorités nationales.

Ann Hui dresse avec sensibilité et modernité un très beau portrait de femme, et le choix de Zhao Wei dans le rôle de Ah Xin nous permet encore une fois d'apprécier le talent de la jeune femme, même si l'actrice se révèle parfois peu crédible en super flic, championne de Taekwondo. Ceci est peut-être aussi dû à une volonté de la réalisatrice de ne jamais montrer Ah Xin qu’une jeune femme frêle et sensible.

Quoi qu'il en soit, l'actrice à la capacité de rendre son personnage très présent et d’ un regard peut donner des émotions complexes d’une grande intensité.
Mais Ah Xin c’est d'abord une jeune Chinoise passionnée par son dangereux métier, major de promotion, championne de l'unité, qui rêve de se marier, et vit (comme beaucoup de chinois) loin de son fiancé. Peu de Chinoises travaillent pour les Stups, mais beaucoup ont une vie qui n'est pas si éloignée de celle de Ah Xin.

La jeune femme va se retrouver entraînée dans une spirale infernale parce qu'un jour elle commet une innocente faute de jeune femme. Enfin innocente...D'ailleurs, le traitement de cette faute est traité dans le long métrage avec beaucoup de simplicité et de réalisme, ce qui pour la faute en question est plutôt inattendu dans un film chinois, car elle est une femme et que rien ne vient justifier cette faute, si ce n’est l’inévitable coup du destin.

Mais le monde n'est pas si innocent que Ah Xin, et les conséquences de son acte seront hors de son contrôle quelques soit le courage et l'honnêteté de la jeune femme. Seul son supérieur hiérarchique parce qu'il ne croit pas en l'amour, et Yang Hui, parce qu'il en est amoureux ne jugeront pas Ah Xin et resteront toujours à ses cotés. Ainsi Jade Goddess of Mercy, est un film plongé dans la réalité sans effet de genre, un drame crédible qui se suit avec beaucoup d'intérêt, et comme Yang Hui, nous voudrions apporter à Ah Xin la paix pour qu’elle puisse se pardonner et que le bonheur renoue avec elle, le tissu sentimental qui le jour du Nouvel An Daï, s’est peu à peu défait. Un film à ne pas rater, ne serait-ce que pour Zhao Wei.

Anne Grosbon

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Love Will Tear Us Apart

Love Will Tear Us Apart de Yu Lik-wai, 1999
Avec Tony Leung Kar-fai, Li Ping-lu, Wong Ning

Hong Kong. 1997. Un jeune homme travaille dans un vidéoclub porno et vit avec Yan, une ancienne enseignante de danse amputée d'une jambe lors
d'un accident qui est maintenant liftière dans un restaurant. Ying, est une prostituée de Wuhan qui tente d'oublier la condamnation à mort de son homme. Enfin, Chun est un timide réparateur d'ascenseur qui s'ennuie dans sa vie.
Le destin de ces quatre personnes va se jouer de leurs rencontres…





Love Will Tear Us Appart est le premier long métrage d’un cinéaste que l’on connaît peu, et pourtant. En effet, chef opérateur des films du talentueux Jia Zhang-ke (élu nouveau prophète du cinéma chinois), Yu Lik-wai est loin d’avoir le faciès du débutant. Avec un premier court métrage Neon Goddesses (1996) remarqué par la critique et une société de production (productrice justement de son ami réalisateur), voilà déjà un curriculum vitae bien étoffé.
Cela ne suffit pourtant pas pour rendre ce long métrage attractif.

En reprenant une structure narrative proche d’un long métrage comme Magnolia (très à la mode encore en cette année 2007, Yu Lik-wai cherche à déstructurer son récit comme peut l’être la ville de Hong Kong, hôte des aventures sociales de ses héros.
Redevenue chinoise en 1997, cette cité a connu toutes les crises asiatiques de ces dernières années : crash économique, SRAS, déficience cinématographique, et ce, peut être par un manque de repère à l’orée de la rétrocession. Les quatre principaux personnages ont chacun à leur manière des insuffisances sociales, des « pare-chocs sociaux » comme le diraient nos sociologues, les laissant à la proie de cette société si cruelle.

Jian est le premier d’entre eux et peut être le plus représentatif. Employé dans un vidéoclub spécialisé dans les œuvres pornographiques, Jiang erre entre misérabilisme et autosatisfaction.
D’ailleurs, son métier semble lui donner de temps à autre de savoureux et pathétiques moments comme lorsqu’un client vient lui faire une remarque sur l’une des cassettes vidéos louées : « Je vois que c’est de la qualité allemande » lui affirme-t-il, Jiang lui répond alors « enfin le chien est allemand ».

En concubinage avec une ancienne enseignante de danse, amputée d’une jambe et d’un fils dans un effroyable accident, Jiang ne sait comment développer ses sentiments avec une femme blessée à vie. Celle-ci est liftière dans un vieil hôtel et répète inlassablement les mêmes gestes, subissant chaque jour le poids de la monotonie.

Malgré ses efforts de mise en scène et d’imagerie, il est difficile de comprendre les raisons du réalisateur sur la condition de ce couple. Yu Lik-wai, lorgnant toujours vers des fictions sur les miséreux de Chine, reste sur un simple constat sans apporter de densité à son développement.
Cette appréciation se vérifie une fois encore avec la deuxième partie du long métrage davantage tournée vers la jeune Ying, prostituée venue de Wuhan pour échapper aux tourments qui la guettent, suite au décès de son compagnon, mis à mort pour ses méfaits. Paumée, mais ambitieuse, elle est dans ce long métrage à la fois l’incarnation du souvenir et l’incarnation du futur, car elle marque de son empreinte et de son absence un décor muni d’une fenêtre, où elle apparaît un jour, puis une nuit, pour enfin en disparaître à jamais. Yu Lik-wai aime ce type de contextualisation sophistiqué : chaque rencontre de personnages, chaque cage d’escalier, de l’ascenseur aux chambres enfumées et décorées par de vieilles tapisseries, le cinéaste s’habille en scientifique de la mise en scène.
Il ne donne pas un simple cadre, il l’habite de détails ci et là pour tisser le fil rouge de son long métrage.

Cependant, malgré ses bonnes intentions, Yu Lik-wai ne parvient pas à passionner, à distiller ses regards précieux sur la ville de Hong Kong comme sur la vie de se quatre personnages en marge de la société. La morosité et le pessimisme semblent scléroser sa capacité cinématographique à transmettre.
Il en reste une oeuvre âpre, en manque de désirs, regorgeant d’une foultitude de détails enrichissants et d’un humour de haute volée (scène de la rencontre autour d’un tampax), mais qui ne termine pas sa chrysalide, où Yu Lik-wai réduit son rôle à celui d’un conteur du misérabilisme et de la paupérisation de Hong Kong sans apporter le suc nécessaire à la passion.
Yu Lik-wai souhaitait-il signer là le testament de la rétrocession ?

Damien Paccellieri

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vendredi 19 octobre 2007

Course a l'oscar...faux depart pour Taiwan

Que de rebondissements pour l'Oscar du meilleur film étranger! Alors que Taiwan avait selectionné Lust Caution, ce dernier long métrage vient de se faire refuser par l'AMPAS (Academy of Motion Pictures Art & Science), ne considèrant pas le long métrage comme assez taiwanais pour représenter l'ïle de Formose et ce, malgré la nationalité d'Ang Lee.

Taiwan a donc tout misé sur Island Etude de Chen Huai-hen (photo ci contre). Quant à Hong Kong ce sera Exilé de notre ami Johnnie To qui portera les couleurs de la ville-cinéma.


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Shower

Shower de Zhang Yang, 1999
Avec Pu Cunxin, Zhu Xu, Jiang Wu


Le « Quingshui », l’un des derniers établissements de bains publics traditionnels de Pékin est dirigé avec bonne humeur par le vieux maître Liu. Mais un jour, son fils aîné, Da Ming, revient le voir alerté par une étrange lettre…

De 1999 à 2001, le septième art chinois nou
s a offert de magnifiques moments de cinéma avec en tête de liste ce long métrage de Zhang Yang. Illustre cinéaste de la sixième génération (voir peut être le meilleur), Zhang Yang parvient ici à un chef d’œuvre articulé par des thématiques sociales préoccupantes.
Shower, c’est l’histoire de Liu Xu, un vieil homme qui tentera en vain de continuer son activité de bain public, sacro-sainte habitude culturelle chinoise.

Le bain public est un lieu où toute la population d’un quartier partage ragots et nouvelles, tout en laissant couler sa vie au fil de l’eau.
Ce parfait repère pour les
combats de grillons du « club du troisième âge » est pourtant sur le point de fermer ses portes, car le vieux quartier des hutongs doit être rasé et faire place à la nouvelle ville bitumeuse et commerciale pékinoise.
Ses clients, petites gens comme grandes fortunes, ne peuvent croire en la future cessation d’activité de ce bain public.
D'ailleurs, l’un d’entre eux imagine même, dans l’excellente scène introductive du film, les nouveaux bains de demain, assurément futuristes et forcément tristes.

Dans cette épreuve, maître Liu veut compter sur ses deux fils : l’un attardé mental, mais présent pour toutes les tâches quotidiennes, l’autre avec lequel les relations se sont distendues, et qui a depuis longtemps choisit le chemin de la modernité.
Malgré le peu de soucis que ce dernier se fait pour l’activité de son père, il revient exceptionnellement voir son paternel suite à une lettre envoyée par son petit frère où il était écrit que leur père était mourant et bien d’autres affabulations.
Présent quelques jours à Pékin, Da Ming c
onstate que l’activité de son père est bien plus saine salutaire, honorable qu’il ne le croyait et se résigne à lui prêter main forte…

Shower est une véritable passerelle vers la culture chinoise et l’un des socles cinématographiques de la sixième génération. On y découvre toutes les petites recettes du bonheur à la chinoise. Des combats de grillons aux échecs chinois, en passant par ces douches vivifiantes, on comprend mieux pourquoi les Chinois, malgré leur charge de travail, assurent davantage leurs efforts.
Ce long métrage dévoile aussi les relations difficiles entre un père et son
fils. Ce dernier, habitué à la vie urbaine actuelle, n’en a cure de ce vieux qui se bat pour la survie d’une activité séculaire. Pourtant, son regard va évoluer et va peu à peu lui aussi y trouver sa voie. Une excellente métaphore contenue dans un plan sur une émission télé révèle l’idée suivante : « quand les parents viennent à s’éteindre, les enfants prennent le relai ». C’est ce que décidera finalement l’aîné qui laisse alors pour un temps sa chère épouse à la vraie ville pour s’occuper davantage de son frère et de l’établissement de son père.

On peut aussi noter l’impériale prestation de Zhu Xu, l’un des plus grands acteurs de théâtre et d
u cinéma chinois (Le Roi des Masques). Son sourire et son visage resteront gravés de longues années sur la pellicule de nos mémoires. Jiang Wu, frère de Jiang Wen, qui interprète ici un formidable frère attardé, est d’une sensibilité et d’une attache sans pareilles. Pu Cunxin, le frère aîné, connu et reconnu pour ses talents d’acteurs ne démérite pas puisqu’il signe ici sa plus grande performance. Et je ne vous parle pas de toute la brochette des seconds couteaux qui participent à l’humour de ce film.

Mais au-delà de tout, Zhang Yang nous étonne par sa capacité de traiter de nombreux sujets sociaux avec une facilité déconcertante, agrémentée d’une pédagogie exemplaire. Sans nous donner les clés de lecture de son long métrage, le cinéaste s’immisce dans nos cœurs pour les faire chavirer d’émotions.
Dans une dernière danse, la c
élébration du déménagement et de la démolition du quartier est lourde de sens. C’est une fête pleine d’amertume nous rappelant qu’il est encore d’actualité la destruction des hutongs du centre-ville de Pékin pour y construire à la place des tours sans âmes où s’entassent les grandes marques de consommation. Les habitants y sont délogés, déracinés et déposés au-delà du quatrième périphérique dans des appartements peut-être mieux équipés, mais sans la vie qu’ils menaient dans leur quartier populaire.

Enfin, il ne serait pas louable de terminer cette approche du long métrage sans évoquer la petite parenthèse abordée par maître Liu sur son histoire dans le Shanxi où une famille échangeait le grain de sa récolte contre l’eau pour le bain de sa fille, future femme de celui-ci. Là aussi, ce regard sur les années passées en campagne pour arriver à Pékin est troublant d’émotions.

Ainsi, Shower est un grand film, de ceux dont il faut se délecter chaque instant, si dense et passionnant à la fois. Comme le disaient les Chinois : « La suprême bonté est pareille à l’eau ». On en dira tout autant du film de Zang Yang. Une perle du cinéma chinois.

Damien Paccellieri

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mardi 16 octobre 2007

L'assassin de Hou Hsiao-hsien, nouveau projet

Hou Hsiao-hsien vient d'annoncer son nouveau projet cinématographique. En effet, celui-ci se lance dans un de ses vieux rêves avec Shu Qi et Chang Chen dans les rôles-titres. Nommé « L’Assassin », ce projet au budget de 12 millions de dollars sera un film d’action, un wu xia pian très certainement. Cette nouvelle fait déjà l’effet d’une bombe chez tous les cinéphiles asiatiques qui ne connaissent pas encore ce que le maître taiwanais sera capable de faire. Après Ang Lee, Zhang Yimou et Chen Kaige, Hou Hsiao-hsien se jette à l’eau.

On peut toutefois affirmer qu’avec le budget annoncé, le film sera certainement plus proche du long métrage de Wong Kar-wai, Les Cendres du Temps, que des superproductions continentales.

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lundi 15 octobre 2007

Les Anges Dechus

Les Anges Déchus de Wong Kar-wai, 1995
Avec Michelle Reis, Leon Lai, Takeshi Kaneshiro

Deux histoires sentimentales s'entrecroisent : un tueur à gages entretient une liaison avec une jeune fille excentrique alors que ce même tueur est secrètement convoité par sa partenaire. Ailleurs, un homme muet vivant seul avec son père rencontre une jeune femme qui vient d'apprendre que l'homme de sa vie va bientôt se marier.

Découlant directement de Chungking Express, puisque l'histoire du tueur ici présent devait y être initialement présentée (mais le film aurait été trop long, c'est pourquoi Wong Kar-wai décida finalement de la supprimer), Les Anges Déchus est une oeuvre fantasque et empathique, un sommet dans la carrière du réalisateur.

Entêtant jusqu'à son dernier souffle, extrêmement visuel grâce aux talents combinés du directeur artistique William Chang (déjà présent sur Chungking Express) et du photographe Christopher Doyle, magist
ralement interprété, on tient ici ni plus ni moins qu'un essentiel du cinéma asiatique, à découvrir de toute urgence pour les retardataires.

Second épisode d'une trilogie entamée avec Chungking Express et se terminant avec Happy Together, Les Anges Déchus est une nouvelle exploration des sentiments amoureux telle qu'a pu le faire le réalisateur auparavant (inutile de changer une recette qui fonctionne si bien). L'histoire d'un tueur, solitaire, associé à une mystérieuse femme rêvant secrètement de sa présence, dont il ne sait rien si ce n'est qu'elle lui fournit les contrats d'exécution. Paresseux, il n'aime pas réfléchir et se contente d'exécuter, laissant la réflexion à sa partenaire qui décide, du lieu et du temps. Elle, fouille les poubelles et se procure du plaisir cérébral et charnel en l'imaginant à ses côtés, attendant désespérément le jour où ils pourront se rencontrer. Un trip imaginatif, créateur de sentiment, source de danger entre deux partenaires malfaisants.

Aussi, de par le statut professionnel des deux personnages, le début du film se veut mouvementé, le tueur enchaînant les gunfights contre une myriade de cibles afin de remplir les conditions de son contrat. Et force est de reconnaître que si le réalisateur sait filmer les sentiments, il sait également filmer l'action de manière très convaincante (on retrouve d'ailleurs parfois les flous utilisés dans l'introduction de Chungking Express). Cela, jusqu'au jour où il décide de tout plaquer.

De l'autre côté de la ville vit un personnage étrange, muet, et assez excentrique pénétrant chez les gens et les harcelant pour acheter ses produits. Cet homme ne connaît pas l'amour, il vit seul chez son père pour qui il nourrit de profonds sentiments. Mais sa rencontre avec une jeune femme dans un bar, suite à une conversation téléphonique factice avec une Birdy qui s'apprête à se marier avec l'homme de sa vie, va mouvementer le cœur du jeune homme. Wong Kar-wai signe donc ici une véritable fable contemporaine sur la notion de désir, et comme on peut assez régulièrement le retrouver dans ses films, se plait à comparer les différents rapports de force sentimentaux existants entre gente féminine et masculine.

Déconcertant par une narration singulière empruntée au début du film, Les Anges Déchus finit par se ranger, plus tôt que tard, dans la construction narrative traditionnelle du réalisateur, à ce point près qu'il pousse ici la stylisation à un point auquel il n'était jusqu'alors jamais parvenu. Véritable bonheur visuel, chaque plan est un véritable régal pour les yeux, mais aussi pour les oreilles avec une musique entêtante à souhait qui participe à l'immersion totale dans cet univers de désir et souffrance. D'ailleurs, il est drôle de constater à quel point le réalisateur parvient à mettre en symbiose images et musiques (on se souvient encore du California Dreaming de Chungking Express, du Yumeji's Theme de In The Mood For Love ou du Main Theme de 2046 interprété par Shigeru Umebayashi).

Rayon acteurs, on culmine en haut des cieux avec à nouveau une interprétation magistrale de l’ensemble des comédiens. Certes, Tony Leung Chiu-wai, grand habitué de la caméra de Wong Kar-wai n'est pas de la partie, mais qui d'autre que Leon Lai (Leaving Me Loving You) aurait pu incarner avec tant de justesse ce talentueux tueur solitaire, avare en sentiments et paroles. Et que dire de sa partenaire, Michelle Reis (Les fleurs de Shanghai, Fong Sai-yuk), sublimée, magnifique, parfaite, au physique irréprochable ...On se demande même où Wong Kar-wai a pu apprendre à aussi bien filmer les femmes ?

Mais le véritable rôle de composition c'est bien Takeshi Kaneshiro (Le Secret des Poignards Volants, Chungking Express) qui le livre, lui qui ne peut malheureusement pas parler (mais de toute manière, ceux ayant encore l'usage de la parole ne parlent pas tellement davantage...) et qui pour se faire comprendre doit parfois emprunter une attitude détestable ou du moins énervante.
Son personnage, perdu, mais complexé, nous livre de véritables moments d'émotion tellement son désarroi est communicatif. Enfin, on retrouve parmi cette galerie d'acteurs déjà très bien fournie Karen Mok (King of Comedy, Le Roi Singe), penchant féminin de l'exubérance de Takeshi Kaneshiro ainsi que Charlie Young (Les Cendres du Temps, New Police Story) en femme aux rêves brisés qui va se charger de briser ceux d’autrui.

Serait-ce là le meilleur film de Wong Kar-wai? À vous d'en juger...
Jean Baptiste Champion

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dimanche 14 octobre 2007

Course a l'Oscar

Depuis le 1er octobre 2007, les dés sont jetés. C'est le très moyen The Knot de Yi Lin qui représentera la Chine continentale aux Oscars dans la catégorie meilleur film étranger. On pouvait s'attendre au nouveau film de Jiang Wen, mais celui-ci n'avait pas été retenu à Cannes, est revenu bredouille de Venise et fut un véritable échec au box office chinois. Ainsi, ces trois points ont dissuadé les autorités chinoises de choisir The Sun Also Rises.

Mais derrière celà, il y a aussi de grandes tensions entre la Chine et Taiwan puisque Ang Lee et son Lust Caution a été choisit par l'île pour la représenter aux oscars, alors que le film est une co-production Chine-USA-Taiwan et a été tourné principalement en Chine. Le plus paradoxal dans cette histoire, c'est que The Knot développe l'histoire de la séparation politique entre la Chine et Taiwan. Entre séduction à marche forcée par le continent et culot culturel par l'île de Formose, la situation n'est pas près de s'arranger...

Trailer de :
The Knot - The Sun Also Rises - Lust Caution

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samedi 13 octobre 2007

The Silent Holy Stone

The Silent Holy Stone de Wanma Caidan, 2005
Tourné avec des acteurs non professionnels

Filmé dans un village tibétain, avec des acteurs tibétains non professionnels, par un réalisateur tibétain, The silent holy stone est et devrait être un film tibétain. Malgré tout, c’est un film estampillé chinois
, approuvé par le Bureau du film tourné dans une province qui, depuis maintenant quelques dizaines d’années, fait partie du grand empire du milieu. Ce long métrage politiquement correct, sans sujet qui fâche, vaut tout de même le détour; un grand détour par les montagnes de l’Himalaya qui voudrait faire croire que le pouvoir central contrôle tout alors qu’il ne contrôle (presque) rien.



Isolés du monde, isolés d’eux-m
êmes, les Tibétains poursuivent sur leurs sentiers millénaires la quête de l’existence en appréhendant la marche du monde.Dans un temple perdu d’un petit village du Tibet, un jeune lama vit avec son vieux maître et professeur non loin de Sa Sainteté, réincarnation d’un être sage et éveillé, qui n’a que l’âge de regarder des séries à la télévision et a déjà les égards dus aux leaders religieux d’un âge avancé. L’action se déroule à la veille du nouvel an lunaire, époque de l’année où le jeune lama doit rejoindre sa famille pour quelques jours. Pendant ce retour aux sources, il tombe sur un objet de culte, hautement sacré sur l’autel familial, la télévision, nouvellement arrivée dans la demeure.

Et pour couronner le tout, Le Roi Singe, et le moine de la dynastie Tong en saga VCD dont le jeune lama voudrait bien faire partager les aventures à son maître, lui qui connaît et conte si bien la légende du moine. Un petit écart à la rigueur monastique ne peut pas faire de mal à l’occasion du nouvel an et cet objet controversé qu’est la télévision ne fera qu’une courte escale dans le temple. Voilà le poste embarqué à dos de mulet vers le temple bouddhiste. Oui, mais, le jeune lama finirait par prendre goût à ces activités ludiques.

The silent holy stone dépeint la vie dans le Tibet contemporain entre valeurs identitaires fortes et appât de la modernité. Ce jeune lama est la fierté de sa famille et du village. Vivre en accord avec les préceptes du Bouddha apporte l’harmonie et la chance sur son entourage. Dans ce village reculé, la vie est encore très marquée par les traditions et les superstitions. Mais, au moins, ce monde vit dans un climat paisible, rythmé par les saisons, et la vie, et la mort. Les personnages sont émouvants à commencer par le grand-père d’un calme olympien qui n’a rien à envier au vieux lama. Les acteurs de la troupe sont de vrais acteurs, les seuls.
Et ce rassemblement populaire le jour du nouvel an dans une lumière radieuse, les retrouvailles du jeune avec ses frères et sœur, son enthousiasme devant toutes les nouveautés dont il est privé durant l’année font plaisir à voir.


Bref le gouvernement central de Pékin est loin. On ne sent pas son influence. Et pourtant, la Chine est là, omniprésente, oppressante. A l’instar du petit frère qui mémorise des sut
ras et mantras du lama, son frère apprend les mathématiques et la géographie à l’école locale. Et c’est là qu’il apprend que le Tibet est en Chine et qu’historiquement il l’a toujours été. Mais avant tout, ce qu’il faut retenir, c’est son évaluation des trois leçons de l’école, comme échelle de statut social : « Si tu apprends l’arithmétique, dit-il à son frère, tu peux devenir comptable dans le village. Si tu apprends le chinois, tu pourras partir travailler dans une grande ville en Chine. Le tibétain ? A quoi ça sert d’apprendre le tibétain ? » .

Ce constat amer fait planer sur le Tibet la menace d’une perte d’identité. Et paradoxalement, c’est ce « en Chine » qui sauve cette identité de l’oubli. Pour ces Tibétains, acteurs non professionnels le temps d’un film entièrement tourné en tibétain par un réalisateur engagé, le Tibet reste un territoire cornaqué par la Chine. Et si les opportunités que promet ce grand pays sont à la hauteur des horreurs qu’il leur a fait subir, ils resteront avant tout Tibétains, dans le cœur et dans l’âme.
Dans ce monde spiritu
el où la télévision est un nouveau moyen de propager le savoir et la culture avant d’être une menace impérialiste, un vieil homme sur le chemin du Temple au village continue de graver des pierres sacrées, inlassablement, comme un testament inachevé d’une vie consacrée au bien et au dévouement.

Vianney Meunier
(2005)

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vendredi 12 octobre 2007

Conference sur King Hu

Conférence sur le cinéma chinois - Art chinois et bouddhisme dans le cinéma de King Hu
Lundi 15 octobre 2007 à 19hoo au Collège Prevert 18 rue St Benois - Metro St Germain des Prés - 10€




Christophe Falin, étudiant en doctorat avec pour thèse le début du cinéma chinois parlant et rédacteur pour chinacinema.fr, tiendra une conférence sur King Hu, l'un des plus grands cinéastes du 7eme art hongkongais et chinois.
En introduction à cette conférence, voici la biographie de King Hu que Christophe Falin avait réalisé pour ce site. ::::: par ici :::::

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Shanghai d'hier, shanghai d'aujourd'hui

Shanghai d'Hier, Shanghai d'Aujourd'hui
de Cheng Bugao, 1936

Avec Shu Xiwen, Wang Xianzhai, Huang Naishuang

Plusieurs familles vivent dans un même immeuble de Shanghai. La
crise économique laisse ces différents foyers bourgeois face aux incertitudes des lendemains qui chantent et les pousse à réagir chacun de leur manière…







Produit par les studios de la Mingxin en 1936, Shanghai d’Hier et d’Aujourd’hui propose une relecture des difficultés de Shanghai prise entre les concessions étrangères et la récession économique. Dès les premiers instants du long métrag
e, le réalisateur Cheng Bugao porte deux regards sur sa ville : l’un sur les buildings à l’occidental que l’on connaît bien à Pudong, l’autre sur la vieille ville et ses toits en tuiles faites de terre cuite. Deux mondes bien différents se côtoient. Pourtant dans une maison de deux étages où vivent plusieurs familles, le seul souci est de passer cette période où les prix passent du simple au double et où les banques ferment les unes après les autres. Par un jeu d’éternuements et de mouchoirs, le cinéaste passe de fenêtre en fenêtre pour nous dévoiler le quotidien de deux familles face aux températures hivernales. Des enfants pleurent, une maman est gravement malade ainsi que son plus jeune garçon.

Son mari et leur père, au chômage depuis un moment, n’est pas du genre à porter secours à sa famille, préférant se morfondre et mendier auprès des autres habitants de l’immeuble. A l’inverse, d’autres continuent de cravacher comme ces deux jeunes demoiselles habillées des plus belles soies et des plus manteaux de fourrure. Elles ne parlent entre elles que de choses futiles, mais quoi de plus normal pour ces filles de cabaret dont la présence justifie à elle seule un nombre croissant de client masculin, fin prêt à se bousculer pour quelques pas de danses en leur compagnie. Cependant même pour ces belles filles, la vie est de plus en plus rude. Le spectateur comprend alors que le meilleur des salaires ne suffit plus pour maintenir son train de vie. La plupart des habitants de cet immeuble, au chômage, comme Mr Yuan, ne souhaitent pas que leur bailleur le découvre. Mais la propriétaire veille au grain et surveille toutes les allées et venues. Elle récupérera les loyers que certains locataires n’ont plus payé depuis des lustres…

Si dans un premier temps Shanghai d’Hier et d’Aujourd’hui est tantôt triste, tantôt harassant (Morphée ou es tu ?), les relations entre Mr et Mme Yuan ravivent le long métrage jusqu’à nous faire rire aux éclats. En effet, de cette tentative infructueuse de compiler d’anciennes habitudes sociales aux nouveaux comportements de ces shanghaiens urbains, le cinéaste ressort on ne sait comment avec une composante humoristique inédite et délicieuse. De quoi remercier la providence !

De ces scènes dans le lit où chacun imagine comment dépenser l’argent gagné à la loterie, à celle où la banque met la clé sous la porte, en passant bien entendu l’excellente prestation du couple Yuan qui se présente comme un couple sévèrement fauché, le film de Cheng Bugao gagne le pari de nous séduire, mais de justesse. En effet, il est bien dommage qu’une grande partie du film repose sur la présentation de tous les figurants de l’immeuble sans réelles avancées scénaristiques alors que le couple Yuan est tellement plus représentatif, synthèse même de cette époque. Le jeu d’acteur de Shu Xiuwen et Wang Xianzhi est pourtant irrésistible. Au carrefour des expressions théâtrales et d’un humour espiègle, on prend un malin plaisir à suivre les facéties du couple. On regrettera donc que Cheng Bugao ne s’est pas concentré uniquement sur les aventures rocambolesques de ce couple qui avait de quoi alimenter tout un long métrage. Ainsi Shanghai d’Hier et d’Aujourd’hui manque peut être de sel, mais nous offre toutefois des grands moments de cinéma made in Shanghai.

Damien Paccellieri

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mercredi 10 octobre 2007

Bliss

Bliss de Sheng Zhimin, 2006
Avec Liao Zhang, Wang Lan, Xu Tao

Un couple visite un temple bouddhiste. Jian-jun est particulièrement fasciné par les innombrables bouddhas. Il est chauffe
ur de taxi. Sa femme Xiao-hong qui vient d’être licenciée, essaye de vendre des matelas pour échapper à l’inactivité. Malgré les difficultés de la vie quotidienne, c’est un couple soudé. Lao Li est un ancien policier. Sa femme l’a quitté il y a longtemps et il s’est remarié avec Xiue. Celle-ci a un fils délinquant qui vient de regagner le domicile après un séjour en maison de redressement. Persuadés que leur fils peut s’amender, ils vont essayer de lui trouver un travail et lui offrir une vie calme et rangée. De très douloureux souvenirs, de lourds secrets se cachent derrière ces vies apparemment si ordinaires. Petit à petit, on découvre les liens qui unissent les différents personnages.

Le fleuve coule jour et nuit, et comme un fleuve, la vie s'écoule sans relâche. Les personnages de cette histoire semblent comprendre quelque chose au fond de leur cœur à un moment précis de leur vie. Est-ce de la joie ou de la peine ?

Sheng Zhimin fait partie de ces jeunes réalisateurs chinois a avoir officié chez d’autres cinéastes comme Fruit Chan ou Zhang Yang puis à s’être essayé à la technologie DV, révélatrice de toute une nouvelle génération de réalisateur grâce son coût moindre et sa très grande mobilité.
Le long métrage Bliss s’ouvre sur l’obtention du certificat de mariage au bureau administratif entre Jiangqiu, chauffeur de taxi, et Hong, sa femme ouvrière.
Malheureusement une poignée de jours plus tard, sa femme est victime d’un licenciement économique massif et passe à la trappe avec seulement quelques 3000 yuans de compensations.
Entre temps le spectateur part à la rencontre de Mr et Mme Zhang, couple remarié après le décès de la précédente femme à l’époux.
Ils abritent Lei sous leur toit, un jeune adolescent, fils de la nouvelle femme à Mr Zhang et déjà passé par la case prison. Son père par substitution tente alors de lui retrouver un travail par le biais de la personne responsable du téléphérique de la ville. Celui-ci accepte son fils comme accompagnateur au transport des clients. Progressivement on en apprend d’avantages sur les liens qui unissent ces personnages. En effet, Jiangqiu est le fils naturel de Mr Zhang et donc le demi frère de Lei. Le patriarche de cette famille recomposée reste encore très attaché à son ancienne femme défunte et reçoit par la poste les cendres de celle-ci. Dans un Chongqing délabré, ‘under construction’, bitumeux et pluvieux, les membres de cette famille tissent leurs espoirs et leurs futurs.

Hong retrouve du travail dans la vente de matelas mais trompe Jiangjiu avec le responsable de ce petit business. Mr Zhang quant à lui ne sait quoi faire de son fils Lei, garçon socialement désoeuvré qui traîne avec de mauvaises relations, s’amourache de sa collègue de travail au téléphérique et s’empêtre dans des situations inextricable.
Mr Zhang n’a de cesse de penser à feu sa première épouse dont il regarde la photo chaque jour sur son autel. Celà glace quelque part les relations avec sa seconde et actuelle femme. D’un autre côté, Jiangjiu ne sait plus trop quoi faire avec sa femme qui, depuis, est tombée gravement malade. Saura t’il lui pardonner ? Pourra t’il lui payer l’hospitalisation ?
Dans les méandres de plusieurs vies déchues, ces membres d’une même famille ne semblent plus croire en l’avenir. A moins que la mort puisse être salvatrice…

D’une beauté particulière et d’un regard s’appuyant sur le malheur des uns et des autres, Bliss est un long métrage difficile et intellectuel où son réalisateur laisse quelques interstices dont on ne sait où elles vont nous mener.

Chongqing est ici magnifique de désolation. De ces tours livides d’un béton morcelant à ces parterres de gravier, de détritus et de routes inachevées, Bliss ne manque pas de charme et se dote d’une imagerie forte et rare.
Tourné avec une caméra HD SONY F900, Sheng Zhimin exploite parfaitement le numérique et nous offre quelques superbes scènes d’anthologies. Ainsi une rixe éclate dans le téléphérique durant son parcours d’un bord de la ville à l’autre et seule la cabine s’échaude de la violence soumise à nos regards.

Mais on reste aussi sous perfusion face à ces jeunes qui, plus téméraires que courageux, bondissent d’un immeuble à l’autre jusqu’à ce que l’un d’entre eux fasse le faux pas, celui qui l’emmène de vie à trépas.
Puis nous n’oublierons pas non plus l’excellente scène où Lei tourne autour de sa compagne avec une diminution du nombre d’images par seconde pour donner quelques effets de latences.
Ainsi, si ce côté hautement technique franchement réussi est magistralement orchestré, la dramaturgie ne franchit pas ce même cap qualitatif. En effet, les vingt premières minutes du long métrage sont assez douloureuses car elles ne réussissent pas à immerger le spectateur dans la foultitude de personnages développés par le cinéaste. C’est un véritable bric à brac familial.

Bon nombre de cinéphiles sont sortis de la séance quelque peu circonspect par la complexité du long métrage qui s’adresse à priori ou en premier lieu à des chinois de souche. Pourtant Sheng Zhimin avait la possibilité de simplifier certaines ramifications sociales en s’appuyant avec une plus grande souplesse sur le développement de ses personnages. Or, il continue à semer le doute en rajoutant à la mise terre de la femme de Mr Zhang, sa belle fille dont on ne comprend pas vraiment les raisons du décès.

Mais à travers cette complexité, le cinéaste s’accapare de très bonnes analyses sociales sur les difficultés d’une famille recomposée, sur la relation père fils avec ce distinguo entre fils naturel et fils dans le cadre du remariage, sur le pardon de l’adultère, sur la maladie et enfin sur une certaine jeunesse sans repères. A défaut de rendre fluide sa narration, Sheng Zhimin dresse des portraits humains très attachants et donne à son œuvre un univers visuel intéressant, propre à nous laisser songer, rêver de Chongqing à bien des instants.

Damien Paccellieri

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mardi 9 octobre 2007

Le cinema chinois hier et aujourd'hui - hubert niogret

Le cinema chinois, hier et aujourd'hui d'Hubert Niogret - 2007

Hubert Niogret, connu pour avoir été conférencier à la Sorbonne sur le cinéma chinois, mais aussi pour être l'un des piliers de la revue cinématographique Positif (depuis 1969), nous propose en cette année 2007, un documentaire sur le parcours du cinéma chinois, septième art sous estimé, voir mesestimé pendant de nombreuses années.

Une diffusion est prévue pour fin 2007 sur Cine Cinema (Canal+) et une projection à Pusan 2007 est d'ores et déja engagé...
(Poster réalisé par mes soins , n'a aucune valeur officielle)



Introduction


Le Cinéma Chinois a été connu en Europe avec un retard considérable. Il a fallu attendre le début des années 70 pour que soit porté à la connaissance de cercles spécialisées, de cinémathèques, de festivals, la production cinématographique chinoise des années 20, des débuts du parlant et notamment l’activité extraordinairement créative des studios de Shanghai dans les années 30, puis 40, jusqu’à la proclamation de la République populaire de Chine le 1er Octobre 1949.

En 1949, Mao Zhe Dong installe le pouvoir central à Pékin. Pendant la période qui va de 1949 à la Révolution Culturelle de 1966, le cinéma révolutionnaire prend un véritable essor produisant jusqu’à 100 films par an. Le cinéma est pris en main pour être remodelé dans la ligne idéologique du parti et celle de Mao Zhe Dong, devenant ainsi un cinéma socialiste d’état. La tutelle gouvernementale qui s’est abattu sur le cinéma, en fait un art officiel, et dans les dix-sept années qui ont suivi l’installation de la République Populaire de Chine, le passé du cinéma chinois a été occulté pour ne privilégier qu’un cinéma idéologiquement contrôlé, parfois de propagande simpliste, où les personnalités des cinéastes disparaissaient derrière les directives à exécuter.
En 1966, l’épouse de Mao Zhe Dong, Jiang Qing, ancienne comédienne, s’approprie à son tour le cinéma et l’ensemble de la vie culturelle. Considérée comme « embourgeoisée » la production est totalement arrêtée de 1969 à 1972, à l’exception de quelques films documentaires et de ballets filmés, uniquement motivés par la propagande. A partir de 1972, quelques vétérans retrouvent une activité comme Xie Jin, Xie Tieli, en se pliant aux règles et diktats du cinéma de la Révolution Culturelle. Après la mort de Mao Zhe Dong en 1976, Jiang Qing et la Bande des Quatre sont éliminés du pouvoir. C’est la fin de la Révolution Culturelle. Le cinéma est exsangue et tout est à reconstruire.

L’émergence au début des années 80 d’une nouvelle génération de cinéastes (qualifiée commodément de 5ème génération) a complètement changé la donne, et mis le Cinéma Chinois sur le devant de la scène internationale.
La production redémarre lentement et passe de 24 films en 1977, à 106 en 1981. Les différents studios, installés pendant le cinéma révolutionnaire de Mao Zhe Dong retrouvent leurs pouvoirs, une autonomie relative, une diffusion qui leur permet de toucher une partie des 25 milliards de spectateurs chinois et des moyens pour relancer la production.

Présentation

Au lendemain de la Révolution Culturelle, et à l’aube de l’ère des grandes réformes, la 5ème génération a rompu avec le passé de stricte obédience des cinéastes aux directives de la propagande, a cherché de nouvelles voies d’expression cinématographique en affirmant pleinement le rôle de l’auteur-cinéaste, et s’est interrogé sur son identité nationale.
Terre jaune de Chen Kaige en 1984 est un des films fondateurs de cette nouvelle génération. Racontant l’histoire d’un soldat qui va recueillir dans la campagne des chants folkloriques, le film révélait une nouvelle démarche impensable quelques années auparavant (le regard sur le passé, la quête personnelle d’identité) et un authentique regard de cinéaste que les films suivants allaient confirmer (Notre présent peut se lire dans le miroir du passé, Chen Kaige)

1. Dans la Chine qui cherche son identité, les cinéastes de la 5ème génération.

A côté de celui qui fût pour beaucoup un maître à penser quand il était directeur des studios de Xi’an et qui encourageât l’émergence d’un nouveau groupe de cinéastes – Wu Tianming est né en 1939, et a réalisé notamment Le fleuve sans balise en 1983 – les cinéastes de la 5ème génération sont généralement nés dans les années 50, ont effectués des études classiques de formation cinématographique à l’Académie du cinéma de Beijing, et après la secousse sismique de la Révolution Culturelle (période pendant laquelle ils ont été envoyés dans les campagnes, dans les usines ou dans l’Armée) ont commencé à réaliser des films dans les années 80, très souvent dans des studios régionaux, éloignées du centralisme bureaucratique de Beijing.
Ces cinéastes affirment leur autonomie, leurs pouvoirs, dans une industrie qui, jusque-là, n’était constituée que par des cinéastes aux ordres d’un cinéma socialiste d’Etat. Le modèle unique est toujours en vigueur mais il va désormais être utilisé autrement sous l’impulsion de personnalités différentes et sous la pression d’une Chine en train de se moderniser. Cette identité sociale et économique nouvelle que cherchent les artistes, les écrivains, les scénaristes et les metteurs en scène, s’accompagne d’une relecture du passé, pour redresser certaines visions de l’Histoire, régler des comptes avec l’histoire récente comme celle de la Révolution Culturelle, et passer à travers les mailles d’un système encore très contraignant.
Très vite, certains ont acquis une renommée internationale comme Chen Kaige (Adieu, ma concubine), Zhang Yimou (Epouses et concubines) surtout, mais aussi de manière moindre Huang Jianxin (L’incident du canon noir), Tian Zhuangzhuang (Le voleur de chevaux)...etc…Formé dans la tradition de leurs aînés, mais adhérent d’une autre démarche idéologique, soucieux de redonner le pouvoir à la création, de respecter les individualismes et personnalités, leur travail a marqué une véritable rupture historique, même si dans un cadre plus flexible (ce qui n’a jamais exclu ni les ennuis bureaucratiques, ni la censure avant ou après la réalisation des films), leur attachement à une narration assez traditionnelle et un sens plastique parfois très spectaculaire leur a sans doute permis d’être très bien reçus en Occident et d’y recueillir de nombreuses récompenses, d’obtenir parfois de grands succès lors de leurs sorties (Adieu, ma concubine, Epouses et concubines).
Quelques années plus tard quand cette génération semblait moins productive en matière d’innovation, la Chine s’ouvrait à la désormais célèbre et contradictoire « économie socialiste de marché » et apparaissait une nouvelle génération de cinéastes.

2. Dans la Chine qui s’éveille à la mondialisation, la 6ème génération.

La 5ème génération a été plutôt formé dans la tradition, tandis que la 6ème qui a aussi fait ses études dans la plupart des cas à l’Académie du cinéma de Pékin s’est aussi formé avec les images rapides et électriques de MTV, la vidéo, la musique techno. Quand ils passent à la réalisation, au lendemain des évènements du 4 juin 1989 sur la place de Tian An Men qui vont les marquer profondément pour certains, leurs sujets sont urbains, délaissent les problèmes de la campagne auxquels s’étaient attaché les cinéastes de la génération précédente. Ses narrations pratiquent l’ellipse, ses images électriques s’affrontent à la vidéo numérique qui permet la production de films indépendants bon marché, développés hors des studio d’Etat.

Au sein même de l’Académie du Cinéma de Beijing, Jia Zhanke arrive à créer en 1995, le premier groupe indépendant de production.. Le cocon des studios protégeait les cinéastes de la 5ème génération – en cassant aussi leur carrière au gré des changements de mode idéologique – quand les cinéastes de la 6ème doivent maintenant affronter le marché international, coproduire avec l’Europe, au grand dam des autorités qui n’arrivent plus à les contrôler. Certains cinéastes de la 6ème génération savent aussi que le prix de leur liberté se paye parfois par le fait de ne pas voir sortir leur film dans leur propre pays (avant The World, première production « officielle », aucun film de Jia Zhangke n’a été distribué en Chine) .
Shower de Zhang Yang est un film très métaphorique de ce changement, traitant les rapports père-fils, confrontant le travail à l’ancienne et le monde du nouveau business, dans une capitale où la modernité détruit le monde ancien. Et pour citer un thème extrême, Liu Bingjian traite de l’homosexualité masculine (Le protégé de mme Qing) comme Zhang Yuan avant lui (Côté cour, côté jardin), sujet tabou quelques années auparavant. Mais le film de Liu Bingjian a été tourné presque clandestinement…Après que la 5ème génération ait choisi de mettre en avant les personnages de femme et de porter leur attention à la sexualité à l’intérieur de leurs sujets de film, les cinéastes de la 6ème génération affirment leur volonté de traiter de toutes les sexualités et leur accorder un rôle prédominant dans la description sociale, comme par exemple dans les films de Jia Zhang-ke consacrés à la jeunesse..
Par ailleurs les anciennes structures du cinéma chinois essayent de s’adapter.
Le jeune cinéma chinois se fait désormais ailleurs et autrement que dans les vieilles structures.

3. Miroirs d’une société

Il y a sans doute peu de cinématographies au monde où la production des films est autant dépendante des aléas du pouvoir, de ses mobilités et retournements parfois indéchiffrables. Cette pression du pouvoir n’a cependant jamais empêché les films chinois d’être des miroirs – parfois très codés – passionnants de la société dans laquelle ils prennent naissance et se développent, sans que jamais les collaborations étrangères (financières, parfois techniques, venant d’Hong-Kong, de Taïwan, du Japon, d’Allemagne, de France…) viennent entraver ce travail de reflet identitaire, recherché par les cinéastes de la 5ème génération, sans doute plus inconsciemment exprimés par ceux de la 6ème génération. Le traitement de thèmes plus personnels comme la sexualité, plus périphérique parfois à la tradition, n’en expriment pas moins leur culture et leur société.
Tant les cinéastes de la 5ème que de la 6ème générations ne forment des Ecoles, ni des mouvements proclamés avec un quelconque programme, mais ces deux générations répondent en Chine pour la première fois, avec des réponses différentes, à un désir de faire autrement du cinéma en s’inscrivant dans une évolution politique, sociale, économique, radicalement différente.
Les cinéastes étant souvent en avance sur les politiques, ils trouvent souvent à s’affronter avec le pouvoir. Adieu, ma concubine après de sérieux problèmes de distribution, a fini par faire un triomphe en Chine, et les œuvres tournées récemment en vidéo par les plus jeunes cinéastes, trouvent au moins une carrière à l’étranger.

Pour déchiffrer les vingt dernières années de la République Populaire de Chine, rien ne vaut mieux que de regarder ses films.

Propos receuillis chez le distributeur

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lundi 8 octobre 2007

edito d'octobre 2007

Bonjour à tous,

Pour ce mois d'octobre, on passe à la technologie supérieure avec un podcast. Alors pour l'instant la qualité n'est pas encore optimale mais celà va s'améliorer au fil des essais. Et ce n'est qu'un début puisque chinacinema.fr vous proposera des interviews vidéos dans les mois à venir. Un petit conseil pour le podcast: augmentez le son...

Damien Paccellieri

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dimanche 7 octobre 2007

Fumer est dangereux pour la santé...du cinema chinois

La Chine va t'elle interdire de fumer dans ses films et séries?
Alors qu la France va passer au 1er janvier 2008 à l'interdiction de fumer dans les lieux qui ne l'étaient pas encore (bars, discothèques, resturants en sursis), la SARFT (State Administration of Radio, Film, and Television) a décidé d'intensifier ses contrôles sur cette manie du petit comme du grand écran.
Selon la SARFT, "Limiter ces scènes c'est être responsable auprès de la population et notamment auprès des jeunes ".
Aussi, selon les statistiques chinoises, 36% des séries chinoises qui ont été tourné depuis deux ans montrent leurs acteurs fumant en moyenne dans une trentaine de scènes pour une durée estimée à 12 minutes.

La SARFT a toutefois confirmé qu'aucune loi ou interdiction ne frapperait le monde de l'entertainment chinois, celà se résumera à quelques avertissements.

Si avec ça, le marché des nicorettes ne s'envole pas...

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Bon anniversaire run run shaw !

C'est certainment l'une des plus grandes légendes du cinéma HK.
Run Run Shaw vient de fêter ses 100 ans le 4 octobre 2007. Rappelons que cet homme a donné naissance à la Shaw Brothers (en 1958), mais aussi à la chaîne télévision TVB.
Philantrope pour de nombreuses aides aux écoles chinoises et hongkongaises, ce centenaire tiendrait la forme paraît il grâce à des activités physiques soutenues.
Un exemple à suivre ....et bon anniversaire !




Voir l'excellent dossier sur la Shaw Brothers par Hkcinemagic


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samedi 6 octobre 2007

Le cinema chinois made in ChinePlus

Souvenez-vous, il y a quelques mois, je vous parlais de ma participation au magazine ChinePlus pour un dossier sur le cinéma chinois. Et bien le voici consultable en pdf.
Avec pour intitulé
"Action! le cinéma chinois décolle", il vous proposera une relecture du parcours du cinéma chinois à l'international (avant le Lion d'Or et Ours d'Or 2006-2007), un explicatif des différentes générations, et plein d'autres choses. En vous souhaitant une bonne lecture...





Action! le cinéma chinois décolle


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vendredi 5 octobre 2007

Flash Info : Zhang Ziyi serait elle hongkongaise ?

Zhang Ziyi, hongkongaise ?
On en parle rarement, mais c'est un fait de plus en plus avéré. En effet, de nombreux artistes et hommes d'affaires, dépassés par les impôts chinois, se tournent vers Hong Kong pour y déclarer leurs résidences principales. Ainsi, Zhang Ziyi a parachevé son immigration administrative pour Hong Kong et rejoint au tableau des Johnny et Pagny chinois le célèbre pianiste Lang Lang.

Damien Paccellieri

Petit retour en arrière avec cette pub de la demoiselle avant qu'elle soit découverte par Zhang Yimou dans The Road Home.








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jeudi 4 octobre 2007

Flash Info : sortie du film Tri Angle en France

Tri Angle de Johnnie To, Ringo Lam et Tsui Hark, 2007
Avec Louis Koo, Simon Yam
Sortie prévue le 16 janvier 2008 !

Inititialement prévu pour le 12 décembre 2007, Tri Angle, le projet hongkongais que tout le monde attend, sortira le 16 janvier 2008 dans les salles françaises. Wild Side, l'éditeur le plus capé du cinéma asiatique, nous fera l'honneur d'être son distributeur.


Pour voir la bande annonce du film à Cannes 2007






Les infos du film en exclusivité!!


Synopsis

La vie n’est pas facile pour Sam, Fai et Mok, trois amis qui se démènent pour joindre les deux bouts, jusqu’à ce soir d’orage où un mystérieux vieillard vient les trouver dans un bar en leur proposant de devenir riche rapidement. Un antique trésor serait enterré sous un bâtiment du gouvernement, placé sous haute surveillance. Croient-ils en son histoire ?
Ils décident de tenter tout de même l’aventure et de forcer leur destin. Mais ce qu’ils découvrent dépasse leurs rêves les plus fous : un ancien cercueil contenant une robe de cérémonie parée d’or. Selon Mok, qui est antiquaire, ils ont une fortune entre les mains. Cette perspective met leur amitié à rude épreuve, les trois amis étant pris d’une avidité incontrôlable. Tout se complique lorsque Ling, la femme de Sam, décide de voler la robe pour s’enfuir avec son amant et que des gangsters, venus du continent, sont bien décidés, eux aussi, à mettre la main sur le trésor.Une rocambolesque course-poursuite s’engage ! Entre survie, avidité et amitié, Sam, Fai et Mok devront faire leur choix…
Le premier film réalisé sur le principe du jeu du cadavre exquis, par les trois maîtres du cinéma de Hong Kong.

Note de Tsui Hark

J’ai rencontré Ringo Lam et Johnnie To pour la première fois chez TVB, la télévision de Hong Kong, il y a trente ans. Nous sommes devenus très proches grâce à notre passion commune pour le cinéma et la télévision. Il y a trois ans, alors que je tournais au Japon, je suis tombé sur un vieux programme télé qui m’a rappelé de bons souvenirs et j’ai aussitôt eu une envie irrépressible de joindre Ringo. C’est là qu’on a commencé à évoquer la possibilité de faire un film ensemble. Ringo, Johnnie et moi avons tenu notre première réunion dans un restaurant très agréable. Six heures de discussion animée et de fréquents éclats de rires plus tard, nous savions qu’en dépit des années, nous n’avions pas changé.

Chacun d’entre nous a une manière unique de voir le monde. Nous sommes obstinés et refusons toujours de nous compromettre. A la fin de la soirée, nous étions d’accord pour faire un film ensemble. Mais comment allait s’organiser cette collaboration? Mystère. Il y avait plusieurs possibilités. Finalement nous avons opté pour la plus attirante : la série. Ringo Lam comparait cette entreprise à de la poésie chinoise, lorsqu’un poète y prend la suite d’un autre, complétant la structure et le sens de sa composition.
Notre série comporte trois parties. Ensemble, elles devaient constituer une histoire homogène. Nous nous sommes mis d'accord pour ne pas nous mêler des idées des autres. Chaque réalisateur devait avoir un contrôle absolu sur ce qu’il voulait faire, en espérant que nos efforts conjoints déboucheraient sur une oeuvre excitante et divertissante.

J’étais le premier réalisateur. J’ai choisi un sujet familier pour tout le monde : le pouvoir de l’argent. Absolument tout dans notre société de consommation semble avoir un prix. L’argent semble être le seul dénominateur qui affecte chacun, il a tranquillement corrompu notre civilisation, de la même manière que la technologie a pollué cette planète.
Les personnages de mon film ont la vue courte, ils n’ont aucun moyen de savoir ce que le futur leur réserve. Ils vivent pour l’argent et mourront pour l’argent. Dans ce qu’on appelle « le vrai monde », c’est malheureusement aussi simple et cruel que cela.
Dans ce monde incertain, mes personnages découvrent une énigmatique boîte métallique. Elle contient peut-être de quoi comprendre les mystères de notre univers, ou bien un mal qui mènera le monde à sa perte, ou des prospectus de propagande politique, ou juste un tas de trucs inutiles. Et alors qu’on se demande ce que contient cette boîte, je laisseà mes collègues le soin de dévoiler la réponse…

Note de Johnnie To

Ringo Lam, Tsui Hark et moi avons toujours parlé de faire un film ensemble. Nous n’avons jamais su quelle forme il allait prendre jusqu’à ce que TriAngle se concrétise. J’espère que ce projet repoussera les limites du cinéma de Hong Kong. En ce qui concerne la partie dont je suis responsable, mon intérêt s’est porté sur le dilemme suivant : quel prix sommesnous prêts à payer pour nos désirs et nos obsessions ? Dans le film nous voyons les trois personnages principaux enchaîner les situations périlleuses, tout ça pour la promesse d’un jour meilleur. Ironiquement, en cours de route, des choses précieuses telles que la famille, l’amitié et la confiance se désintègrent graduellement, sans qu’ils ne s’en rendent compte. Face à cela, je souhaitais proposer à mes personnages une al et laissaient simplement tomber ? Bien sûr, dans la vie, quasiment personne n’envisage cela. Mais selon moi, apprendre à laisser tomber est parfois la décision la plus courageuse que quiconque puisse prendre.

Note de Ringo Lam

Tsui Hark, Johnnie To et moi sommes amis depuis plus de trente ans. Grâce à ce projet, nous avons enfin eu l’occasion de travailler ensemble, de partager une vision et de se lancer un défi en tant que réalisateurs. C’est une chance extraordinaire que de pouvoir faire un film avec Tsui et Johnnie. Je ne crois pas qu’un autre film n’ait jamais été conçu comme celui-ci. Comme pour les trois protagonistes du film, ce projet met en jeu notre confiance mutuelle et notre amitié !
Selon moi, TriAngle raconte comment le destin joue avec nos héros. Je m’intéresse plus particulièrement à l’obsession du personnage de Sam pour son épouse. Il s’agit d’une femme capable de ressentir amour et haine en même temps. Elle incarne à la fois les qualités du bien et du mal. Sam, deux fois marié, est pris dans ce rapport d’amour-haine, incapable ou acharné. Son histoire illustre assez métaphoriquement mon rapport à la réalisation : une histoire d’amour et de haine.

Je voulais raconter l’histoire du point de vue d’un observateur
extérieur. Du coup j’ai évité les mouvements de caméra rapides et me suis concentré sur les plans fixes. Ceci afin que le public partage l’état d’esprit des personnages.

-fin-

Publié par damien à 10:38 et 0 commentaire(s)

mercredi 3 octobre 2007

Sortie cinema : le dernier voyage du juge feng

Le dernier Voyage du Juge Feng de Liu Jie
Avec Li Baotian, Lu Yulai
Sortie le 3 octobre 2007

Un tribunal ambulant : un juge, une greffière, un apprenti et un vieux cheval qui transporte les dossiers. Un voyage hors du commun à travers la Chine rurale et ses minorités ethniques.

Le Dernier voyage du juge Feng
est le tout premier long-métrage que réalise Liu Jie. Lors de ses études à l'Académie de Cinéma de Pékin, il étudie la photographie, et se sert par la suite de ses talents en tant que directeur de la photographie et producteur.





Cliquez sur Play pour lancer le trailer:





Publié par damien à 17:34 et 0 commentaire(s)

mardi 2 octobre 2007

Call For Love

Call for Love de Zhang Jianya, 2007
Avec Xu Zheng, Ning Jing, Qin Hailu, Anna-shizuka Inno

Il est une habitude qui ne déroge pas à la règle : celle de produire des longs métrages pour la période du Nouvel An chinois.

Ce laps de temps d’une quinzaine de jours est l’une des plus fructueuses pour le monde du commerce et cette caractéristique donne forcément une appétence aux producteurs et cinéastes.
Zhang Yang en a par exemple profité pour sortir son long métrage Getting Home. Il en est de même pour Call for Love de Zhang Jianya. En effet, Call for Love a été réalisé spécialement à cette occasion (contrairement à Getting Home qui profite juste d’un élan plus important à la consommation et au divertissement) et réunit une ribambelle de stars sous l’étendard de la comédie romantique pour bien débuter cette nouvelle année du cochon.

L’histoire est simple et triviale :
Zhang se lasse doucement est de son épouse qui lui mijote toujours les mêmes plats, porte toujours les mêmes vêtements, regarde toujours la même série à la télévision et lui parle toujours de la même chose. La monotonie s’est ainsi installer dans ce couple et à biaiser leur vie conjugale. Il demande alors le divorce.

Dans le même temps Zhang va faire réparer son portable chez un réparateur pas comme les autres. Celui-ci, homme de nature très étrange, lui donne un autre portable en remplacement. Il lui affirme que ce portable est magique : chaque fois qu’il appuiera sur une touche, il rencontrera une nouvelle femme pour refaire sa vie !

Interprété par Xu Zheng, acteur devenu célèbre pour ses comédies et sa participation à Crazy Stone, le désormais célibataire, teste non nouvel appareil.
En appuyant sur la première touche, il croise une femme très charmante, idéale comme nouvelle épouse à un détail près. Homme de bon sens, Zhang pousse le raisonnement plus loin : autant essayer toutes ces femmes jusqu’à la touche numéro 9 et jusqu’à trouver l’idylle parfaite. Mais il n’en est pas encore là…
Devant un cruel dilemme avec sa première rencontre, il préfère presser la touche suivante de son téléphone.

Comme par magie, le voilà face à une femme policière au tempérament bien trempé. Ce qui semble être un fantasme masculin devient en quelques instants un véritable calvaire.
Direction alors la troisième tentatrice, superficielle à souhait, dépensière et passant toutes ses soirées en discothèque tout en collectionnant les nounours et les maillots de football. Tout un programme pour notre Zhang ! Mais trouvera t’il l’âme sœur ? Se trouvera t’il lui-même ?

Voilà typiquement un long métrage chinois de pur divertissement ; une comédie loufoque mené tambour battant au gré de nombreuses rencontres féminines.
Si l’image ou le concept de ce long métrage véhicule une connotation pro masculine (c’est toujours un homme qui rencontre neuf femmes !), le pari de Call for Love est de nous faire oublier nos petits soucis de la vie quotidienne. Et sur ce point, le long métrage de Zhang Jianya ne manque pas à l’appel !
La mise en scène est très rythmée, empreinte de plans sophistiqués et marqués par une fraîcheur hilare efficace.
Certes, le développement ne brille pas par son originalité, vous l’aurez compris, mais la caméra se positionne ici comme un objet technique permettant d’ajouter un grain de folie cinématographique dans de nombreuses prises très atypique qui pallie à ce défaut majeur.

Xu Zheng est tout simplement merveilleux dans ce long métrage, propriétaire d’un brin de naïveté et de drague qui n’est pas sans épicer ses relations. Bien entendu, Call for Love ne serait rien sans toutes ces femmes qui arborent son tableau de chasse. On y croise pelle mêle Fan Bingbing, nouvelle égérie chinoise, Ning Jing (In The Heat of the Sun), Qin Hailu (Durian Durian),… et bien d’autres. En définitive ce n’est pas la beauté et le talent qui manquent.
Alors bien sûr si parfois cela peut paraître plombé par une belle pellicule de matière grasse comique, c’est certainement ce côté tendancieux et complètement à l’Ouest qui a séduit le jeune public chinois et séduira les cinéphiles de tout bord.
Call for Love n’est donc rien de moins (ou de plus) qu’un amassé de petites frasques délirantes pour le plus grand bonheur des amateurs du genre. Et si au bout du compte vous n’êtes pas satisfait, prenez donc un coup de tête de Zidane, cela vous rappellera certainement quelque chose...

Damien Paccellieri

Publié par damien à 16:04 et 0 commentaire(s)

lundi 1 octobre 2007

Everlasting Regret

Everlasting Regret de Stanley Kwan, 2005
Avec Sammi Cheng, Tony Leung Ka-fai, Hu Jun

Wang Qiyao (Sammi Cheng), une jeune fille ordinaire issue d’une famille m
odeste, est élue dauphine au concours de Miss Shanghai tandis qu’un photographe M.Cheng, introduit par sa cousine Lili tombe sous le charme de Qiyao et soutient sa candidature. Propulsée dans la haute-société shanghaïenne, elle se voit alors courtisée de toutes parts par des hommes plus ou moins sincères. Quatre hommes, quatre époques, chacune apportant son lot de regrets. Couvrant plusieurs décennies, des années 50 aux années 80, Everlasting Regret conte la déchéance progressive d’un rêve et d’une femme, perdue entre espoirs et désillusions. Elle ira de relations en ruptures, d’abandons en retrouvailles. Mais partie de très haut, elle ne pourra arriver que très bas. Ainsi en va du film lui-même.


Comment passer en quelques années de Miss Shanghai à l’isolement et l’anonymat le plus total? Même une vie n’y suffirait pas. Pourtant la ville de Shanghai entraîne avec elle, dans ses révolutions, les êtres qui la fabriquent. Et ces changements ne laissent que peu de chance à ceux qui ne peuvent la suivre. En quelques années Qiyao passe ainsi par des pertes de statuts successives, obligée de renier certaines personnes, de se justifier des relations de son passé .

Dans le style d'un Three Times taïwanais, on assiste une nouvelle fois ici à une analyse fine de la façon dont le contexte culturel et politique d’un pays peut influer sur les relations individuelles et collectives. En particulier à Shanghai où la ville vit de ses relations superficielles et éphémères. A Shanghai, l’amour ne se donne pas, il se prend ou se refuse. Au risque de se retrouver seule, Qiyao choisit de ne pas céder aux avances de ses prétendants, mais quand elle leur cède, ce sont eux qui disparaissent .

Finalement la fidélité, il faudra la chercher dans cette métropole où elle est née et où elle s’éteindra. Le salut, pour le trouver, il faudra envisager sortir de cette ville étouffante vers un Hong-Kong non moins mythique et claustrogène. Pour ceux qui partent ou ceux qui restent, seuls les regrets demeurent éternels.

C’est bien filmé, tout en douceur avec des influences marquées par le cinéma taïwanais cependant des longueurs viennent tuer l’intrigue à petit feu. On perd l’enjeu du film, l’intérêt pour les personnages. Bref, c’est un beau portrait, sur fond de révolutions populaires, culturelles et de renouveau libéral. En tirant ce scénario du roman homonyme Changhen Ge (1996) de Wang Anyi, Stanley Kwan n’atteint pas son but inavoué, en faire un nouveau Centre Stage. Ceci d’autant plus que l’actrice principale n’est pas Maggie Cheung.

Il est d’ailleurs amusant de
voir les gens évoluer et vieillir autour d’elle, au premier rang desquels on trouve Tony Leung Ka-fai qui joue brillament ce rôle d’admirateur transi qui la supportera jusqu’à la fin, alors que le temps ne semble pas avoir d’emprise sur elle. En trente ans d’histoire relatée, on restera sceptique quant à la signification de ce choix esthétique de sénescence ralentie: immuabilité d’une image figée dans la cité éternelle ou simple exigence de star sur son maquillage ? Il reste que ce film plaira aux nostalgique d’un Shanghai révolu où le style dictait sa manière au reste du monde .
Vianney Meunier
(2005)

Publié par damien à 20:33 et 0 commentaire(s)

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