dimanche 29 juillet 2007

中法电影艺术之缘 Presentation du site chinacinema.fr

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Voici donc une présentation du site chinacinema.fr en chinois.
Damien Paccellieri

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vendredi 27 juillet 2007

The Postmen in the Mountains

Postmen in the Mountains de Huo Jianqi, 1999
Avec Liu Ye, Ten Runjun, Chen Hao

En Chine, un vieux facteur qui parcourt la région montagneuse de Hunan est sur le point de prendre sa retraite. Son fils lui succède et apprend alors le rude métier de facteur…






Voir le trailer


Voilà une valeur étalon de ce que le cinéma chinois continental peut offrir de mieux. On croyait cette cinématographie perdue entre le trop populaire et commercial Zhang Yimou, le trop imbu de sa personne Chen Kaige et le jeune mais talentueux Jia Zhang-ke. C’est avec des longs métrages comme Postmen in the Mountains de Huo Jianq
i (déjà réalisateur de Life Show, A Time to Love), Spring Subway de Zhang Yibai ou plus récement le Mariage de Tuya de Wang Quan’an que la génération DV et celles des électrons libres semblent enfin prendre son envol. Certains d’entre eux ont fait le pari de garder le cinéma chinois dans son intégrité culturelle. Et tel est le cas de Huo Jianqi avec Postmen in the Mountains.

Nous suivons les aventures d’un facteur proche de la retraite qui lègue à son fils ce difficile métier. Dans la région de Hunan, connue pour ses superbes montagnes et ses chemins escarpés, vivent de petits villages chinois de diverses cultures et ethnies avec en commun le même amour de la nature. Le facteur doit en connaître chaque habitant et chaque habitude, comme cette vieille femme dont le fils est parti à la ville sans plus jamais donner de nouvelles et dont il est la seule chose qui la tient encore en vie, pleine d’espoir qu’un jour, elle puisse le revoir. Il se doit aussi d’apprécier la nature qui l’entoure, ses dangers insoupçonnés, ses magnifiques ruisseaux à traverser et ses quelques murs de terre à escalader. Fidèle à son poste, il doit apporter les nouvelles et l’actualité aux habitants coupés du monde par ces montagnes. De la grand-mère à l’étudiant qui attend ses résultats, le facteur le gardien sacré de ces courriers si précieux.

Le fils prend alors la relève d’un père vieillissant et commence son apprentissage des rudiments et des subtilités de ce métier. Alors que son paternel était tous les jours sur les sentiers, ce dernier n’a pas eu la chance de la connaître vraiment et ce passage de relais est le rendez vous propice à la découverte de ces deux membres de la même famille.
Au cours de ce long voyage accompagné par Buddy leur fidèle chien, les deux facteurs, l’ancien et le nouveau, vont brasser leur histoire, leurs découvertes et leurs vies dans les montagnes de Hunan … Postmen in the Mountains est un long métrage incontournable. Alliant tradition, nature, quête identitaire et analyse sociale, le réalisateur ne manque pas de confectionner en 1 h 30 l’un des plus beaux films chinois. L’essence même de l’œuvre se retrouve dans la nature. Qu’elles soient montagneuses, forestières ou rurales, Huo Jianqi nous emporte dans la région des brumes.

Ici tout se fait à pied et si King Hu était un maître dans la prise des cadres naturistes, la succession est ouverte par Huo Jianqi nous déléguant un sublime voyage environnemental et vierge de quasi tout modernisme. Ce dernier point est justement un outil essentiel à la démarche sociale de l’auteur. En effet, à plusieurs reprises le modernisme environnant vient se frotter aux traditions locales. Ainsi, le fils connaît déjà la radio alors que son père ne supporte pas cette boîte à musique. L’autocar passant au loin montre que des transports collectifs se sont mis en place mais le vieux facteur, issu de l’ancienne génération, préfère fouler la terre malgré ses rhumatismes aux genoux. Le réalisateur montre au final ce que le père cherche à préserver : son bonheur dans la montagne, loin de toute trace technologique de la ville. Cette tradition étayée par la présence du chien Buddy. Fidèle parmi les fidèles, il a pour mission d’avertir les habitants de la présence du facteur et de guider nos aventuriers postaux au sein de la mère nature.

Comme Buddy était le chien du père, celui-ci le pousse lors de sa retraite à rejoindre son fils et à le guider dans les montagnes. Un passage de témoin synonyme d’une piété filiale, de la préservation des traditions.
Accoutumés aussi à vivre isolés de toute autre population, certains peuples comme les Dong, (ethnie des régions du sud) animent leurs villages de leurs danses festives autour du feu, où les filles rencontre au clair de lune les garçons du village, séculaire habitus matrimonial.

D’autres thèmes comme la quête identitaire est au centre de Postmen in the Mountains. Ici, le fils souhaite devenir facteur sans connaître réellement le patriarche de sa famille. Ce dernier souffre physiquement depuis des années et montre bien plus ses faiblesses que les qualités d’un père infaillible comme le voit tous les petits garçons. Son fils grandit et avec le temps sa recherche d’une propre identité devient essentielle.

Pour lui, choisir le métier de fa
cteur, c’est croire un jour à la reconnaissance de l’État en tant que membre de son administration. Malheureusement cela n’arrivera pas à son père, et seuls quelques mercis et de petits adieux lui seront donnés en fin de carrière. Si modeste qu’il soit, le père est déçu du manque de reconnaissance par ses supérieurs. Porter sur le dos un sac aussi lourd qu’un homme dans les montagnes dangereuses du Hunan n’est pas chose facile.

Mais le fait que de nombreux interludes sont contés en voix off par le fils, nous offre la chance, petit à petit, de découvrir tout comme lui son père. Tout cet ensemble se rattache à une douce critique de certains éléments étatiques et démographiques. Cela commence par fustiger le corps administratif qui, en plus d’être corrompu, se permet de ne pas reconnaître les mérites d’un homme. Puis lors d’une sortie, le facteur rend une visite personnelle à la vieille grand-mère qui n’a plus de nouvelles de son fils parti à la ville. Ici, le réalisateur met en exergue l’abandon des campagnes pour les villes et celui des personnes âgées laissées pour compte par la nouvelle génération. Les problèmes économiques sont aussi de la partie lors d’une très belle scène entre le facteur et les enfants du village. On découvre alors qu’il n’y a qu’un seul l’instituteur désireux de ne pas rester dans ce village pour plus d’une cinquantaine d’enfants. Tous ces sujets développés dans Postmen in the Mountains s’imbriquent avec succès par le talent naturaliste du cinéaste régalant nos rétines de la première à la dernière minute. On se laisse bercer tendrement par cette comptine chinoise et par sa musique traditionnelle nous délestant, un instant, de nos turpitudes habituelles.

Teng Rugi, acteur prodigieux dans le rôle du père, récompensé comme meilleur acteur chinois grâce à ce film, montre tout son naturel, son expérience, ses joies et ses pleurs. Encore trop peu connu dans nos contrées, on peut le retrouver dans la série ‘Yi en ian Yi en ian’ (Année après année) qui conte la vie de deux familles chinoises, membres après membres et années après années de 1949 aux années 90.
Il absorbe absolument toutes les autres interprétations même celle de son fils, Liu Ye, alors jeune premier à la carrière aujourd’hui fabuleuse, et aussi celle de la célèbre Chen Hao, sous les traits de la fille amoureuse du peuple Dong.


Rien ne peut être retenu à charge à ce long métrage : de la technique artistique aux idées traditionnelles, de la prestation des acteurs à la nature flamboyante, tout est synonyme de réussite cinématographique. Postmen in the Mountains est donc un formidable long métrage si juste à nos cœurs qu’il en devient une œuvre incontournable du cinéma chinois.

Damien Paccellieri

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mardi 24 juillet 2007

Butterfly

Butterfly de Yan-yan Mak, 2004
Avec Josie Ho, Tian Yuan, Eric Kot, Isabelle Chan

Bié (Flavia), professeur de littérature chinoise, est une jeune femme de trente ans, heureuse en ménage, mère d'une adorable petite fille. Sa rencontre avec Yip, une jeune fille, va lui remémorer sa liaison avec une camarade de classe, et l'inciter à remettre sa vie en question.

Butterfly est un film plus complexe que ne le laisse prévoir le scénario, ou même un premier visionnage. En effet, la réalisatrice use de nombreux stratagèmes pour orienter le spectateur vers des voies qu'il n'aurait peut-être pas suivi de sa propre initiative.
Un extrait du film...

Le long métrage se construit en un double récit parallèle: d’une part les conséquences de la rencontre de Bié (son nom signifiant papillon en Chinois...) avec une jeune fille, Yip (Tian Yuan), et
d’autre part chaque évènements, chaque sentiment est ensuite mis en perspective avec une autre période de la vie de Bié quand elle n’était encore qu’une étudiante. Ce choix de double narration est très bien maîtrisé, à aucun moment le spectateur ne s'impatiente de ces incessants flash-back, les deux récits s'imbriquant parfaitement l'un dans l'autre, le deuxième éclairant les hésitations, les blessures et les sentiments de Bié.

Butterfly c'est l'histoire d'une femme de trente ans, mariée heureuse, qui cache un amour de jeunesse. Une rencontre « provoquée », va bousculer sa vie bien rangée. Bié est la parfaite jeune femme de bonne famille ; professeur de littérature chinoise dans un lycée de jeunes filles, mère comblée au sein d'un ménage moderne et heureux, tenues vestimentaires très classiques. Une jeune femme bien sous tout rapport donc, mais peut être pas autant que cela.

Jin, son amour de jeunesse, comme Yip, sous le charme de qui elle tombe, sont des personnes marginales; elles sont indépendantes, libres de tout lien familial. Elles ne sont soumises qu'à leurs propres décisions, leurs propres désirs, contrairement à Bié subissant de nombreuses pressions extérieures.
Le problème de Bié, ce sont les autres, mais pas n’importe lesquels. Ceux qu’elle aime. Sa mère et son époux Ming, qui pratiquent de concert le chantage affectif à son encontre non pas par bêtise mais par amour...D’un autre côté ce que Yip offre à Bié, c'est la liberté de choix. Et pour choisir, la jeune femme est obligée de faire face à la réalité, elle ne peut plus se mentir à elle-même. Le choix est d'autant plus dur que Bié mène une vie de famille très harmonieuse, avec un mari dévoué et bon père de famille.

La liberté...le cadeau de Yip à Bié ; être comme elle le souhaite, faire comme elle le sent, ne subir aucunes pressions, aucunes critiques. Vivre la vie qu'elle souhaite vivre, ne pas subir les préceptes qu'impose la société, qui l’assène de « vous pouvez faire ça, vous ne pouvez pas faire ça ».
Ce n'est pas Yip qui dit cela, c'est une jeune leader politique de Hong-Kong au moment des événements de Tian an Men en 1989...

Il est impossible lorsque l’on regarde attentivement Butterfly de passer sous silence les références politiques du film.
Dès le début, Bié fait étudier à ses élèves « The weith of the thirty years » de Qiuyu, l'histoire d'un homme retrouvant un de ses professeurs victime de la révolution culturelle. Dans le récit de jeunesse de Bié, les événements de Tian an men sont très présents; son amie Jin suit de très près les évènements. Elle assiste à la téléivsion à l'arrivée des étudiants sur la place et à « l'évacuation » de celle-ci. Dans la rue les manifestants scandent le nom de deux célèbres dissidents politique Wei Jingsheng auteur de « Dazibao » en faveur de la démocratie (incarcéré en 1979) et Wang Dan, leader étudiant lors des événement de 1989. Enfin alors que le couple Bié -Ming est en pleine crise, Ming regarde à la télévision un reportage sur Lenny Kwok, chanteur engagé hong-kongais.

Le film est-il en somme un pamphlet politique ? Peut-être, en tout cas ces événements servent l'histoire de Bié et sa prise de conscience, ils invitent à résister aux pressions extérieures d'autant plus que si Ming n'a rien à se reprocher, la mère de Bié et sa famille ne suivent pas les modèles moraux qu'ils prêchent.
Politique ou non, le message dessiné est qu'il ne faut pas abandonner son destin ou sa pensée aux autres . Tian an men a été un échec, la première histoire d'amour de Bié également. S’installe alors le silence et la résignation, prêts à être bousculés…

Butterfly est servi par une excellente distribution ; Josie Ho (Bié) et Eric Kot (Ming) incarnent à la perfection leurs personnages tout en émotion et en retenu. Tian Yuan dont c'est le premier rôle, est une bonne surprise bien que Yip soit certainement très proche de qui elle est réellement (elle est entre autre leader d'un groupe de rock depuis l'âge de 16 ans).

Seul bémol ; la présence d'accès de pudeurs assez inattendus ou/et peu naturels dans certaines scènes, pourtant parfois très sensuelles, qui nuisent au sérieux de la situation.
Butterfly est donc un film très intéressant doté de plusieurs grilles de lecture, qui a en plus le talent d’offrir une histoire filmée avec beaucoup de sensibilité et d'intelligence.
Anne Grosbon

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samedi 21 juillet 2007

Desert Dream

Desert Dream de Zhang Lu, 2006
Avec Suh Jung, Osor Bat-Ulzii, Shin Dongho, Munkhijiin

Un homme mongol lutte pour préserver la steppe du désert qui ne cesse de prendre du terrain. Sa femme et sa fille le quitte car elles ne croient plus en sa réussite. Un soir, une nord coréenne et son fils se présentent à lui et vont changer sa manière de voir son combat…

Auréolé pour ce long métrage d’une sélection à Berlin 2007, Zhang Lu
signe une digne succession à Grain in Ear, son précédent long métrage, mais marque peut être aussi une répétition cinématographique dangereuse, entre marque de fabrique et pénurie d’énergie.



Avec cette immuable méthode rêche, sociale et ph
ilosophique du cinéaste, Hyazgar, nom mongol du film, s’ouvre sur une plantation dans le désert, seul remède à l’avancée du sable qui foule la steppe de ses rafales aveuglantes.

Hungai, l’homme à l’origine de cette plantation, lutte contre la désertification depuis de nombreuses années, ce qui lui vaut le respect des populations environnantes, et la défiance de sa femme délaissée par cette mission qu’il s’est imposé. Sa fille a de sérieux problèmes d’auditions qui doivent être soignés à la ville, loin de leur yourte familiale.
Et comme elle, la steppe va de plus en plus mal, mais têtu comme il l’est, Hungai choisira ses terres plutôt que sa progéniture.
Sa famille se tourne alors vers la ville, exode rural couplé à des raisons médicales.

C’est ainsi que la solitude et l’alcool deviennent ses seul amis de fortune. Mais lors d’une nuit éclairée de sa plus belle lune, une femme nord coréenne accompagnée de son fils viennent le trouver pour s’abriter sous sa yourte, le temps d’une escale sur ces terres d’un des feu plus grands peuples d’Asie.
De langues différentes, Hungai et ses invités apprennent tout de même à se connaître et luttent ensemble face à la progression lente et inexorable du désert…

Zhang Lu, réalisateur venu au cinéma un peu par hasard ne se contente pas seulement d’aborder un thème écologique très intéressant,
il détrousse aussi une thématique ethno-sociale encore mystérieuse, sur ce peuple de nomades conjugués à ses origines coréennes représentées ici par ces migrant nord coréens.
Hungai, le personnage principal du long métrage, est un homme au caractère bien trempée, comme son corps pétrit pour les temps rudes, qui ne laissera rien le détourner de son but. Dans ce combat de tous les jours, Zhang Lu exprime avec s
ensibilité toutes les difficultés de la vie en steppe : du crotin de mouton pour alimenter le feu des poêles au lait de vache chauffé et réchauffé, on tombe dans un univers rustique bien différent de ce qu’il connaît.

La rencontre d’Hungai avec les nords coréens change peu à peu sa perception messianique de sa quête. Il retrouve une nouvelle « famille », plus à même d’appréhender son mode de vie.
Mais c’est aussi une sorte d’échange de bons procédés des nords coréens pour le remercier de sa chaleureuse hospitalité.
Dans cet univers si part
iculier de la lutte contre la désertification des moments d’humour égaillent la dureté de ce panorama géographique où Hungai rencontre un homme mongol, tenancier d’une droguerie qui lui dit soudainement : « Je suis le seul à vendre les arbustes que tu plantes et tu le seul à m’en acheter. Si l’un de nous deux devait disparaître, nous perdrions tout deux notre métier ».
Cela renforce l’idée d’une lutte écologique éprouvante, et d’une vie traditionnelle.
Mais Hungai n’en démord
pas et partage sa culture à ses invités comme ce flacon attaché aux fondations de la yourte pour la protéger des mauvais vents, ou bien encore ces fanions bleus repris du bouddhisme dont le mongol est éprit.

Cependant il y a comme un décalage entre cet homme qui vit le désert de sa vie, et ses nord coréens tourmentés par leurs vécus.
Connectés par leur rencontre, ils ne le sont plus lorsque les résurgences du passé viennent frappé à la porte de leurs mémoires.
Bien entendu, sur ce regard d’éthno-sociologue que le cinéaste aime à porter (notamment envers la minorité sino-coréenne), Zhang Lu greffe ses fondamentaux tel le rôle de l’homme dans la société, sa responsabilité dans la famille mais aussi la place d’un mère dans le cocon sociétal et sa trajectoire face aux hommes.
Le réalisateur embaume
cela par des rictus cinématographiques, signature sur pellicule, dans sa manière de cadrer ses personnages en plan fixe puis caméra à l’épaule dans des moments purement symboliques, tout comme le cadrage des portes et des entrées, violons d’Ingres de Zhang Lu, lieu de tous les possibles, carrefour psychologique de ses personnages.

Il sait aussi se faire faussement subtile, à la manière d’un éléphant dans une boutique de porcelaines, lors du passage répété de ces chars de l’armée près de la yourte d’Hungai, héritage d’un pays tampon entre l’ex-URSS et la Chine communiste. D’ailleurs ne serait ce pas ce communisme inachevé et représenté par un superbe plan d’un bâtiment en construction qui rendrait Hungai si malade ?

Ainsi Zhang Lu donne une large focale de réflexions à ses spectateurs. Cependant la répétition de certains procédés cinématographiques, la maladresse de certaines idées exprimées (un pseudo viol se transforme en pseudo relation sentimen
tale) nous fera hésiter entre une véritable volonté de marquer ses films de sa griffe et un signe de faiblesse quant à sa capacité de renouvellement. De par sa longueur et son âpreté, Desert Dream saura en décourager certains, mais pourra aussi, et comme le suggère le culture bouddhiste, vous amener à faire en faire plusieurs fois le tour pour en comprendre toutes les facettes, prédicatrices pour Zhang Lu d’une cinématographie future encore plus intéressante.

Damien Paccellieri

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vendredi 20 juillet 2007

Une Romance

Une Romance de Liu Te-kai , 2002
Avec Zhou Xun, Jeff Chang, Shun-ching Chiu

C'est en Chine, en 1945, que la jolie Ning-Jing va tomber amoureuse de son cousin Shuang-ruan. Mais elle va rapidement s'apercevoir que celui-ci est déjà fiancé. Embarrassés, les deux jeunes gens, de plus en plus épris l'un de l'autre, vont alors réaliser que leur amour est autant susceptible d'enfanter le bonheur qu'une véritable déferlante de douleurs…

Une Romance est la preuve que la Chine et Taiwan peuvent parfois s'entendre. Bénéficiant de capitaux essentiellement chinois, le taiwanais Liu Te-kai a également reçu l'autorisation de tourner en Chine (Shanghai en particulier).

Et pour un premier film, les réussites de Liu Te-kai ne se sont pas arrêtées là, puisque le jeune réalisateur a aussi bénéficié d'une star chinoise de renom, en la personne de Zhou Xun. Pour lui donner la réplique il fait appel à une autre star : Jeff Chang. Ce taiwanais, chanteur aujourd'hui établi en Chine (où il vit confortablement de son travail), est aussi l'interprète de
la chanson du générique de fin et y parait plus à l'aise que dans le cinéma, malheureusement.

Mais revenons au réalisateur. En effet, Liu Te-kai a pris son temps avant de se lancer dans le grand bain des cinéastes. Producteur, scénariste, acteur, Liu Te-kai avait plus d'une corde à son arc et, avec Une Romance, il n' a pas hésité à toucher à tous les métiers du cinéma : assistant réalisateur dans un premier temps, il est ensuite passé à la production, avant d'étoffer son expérience aux Etats-Unis puis de revenir à Taiwan pour offrir ses services à la télévision locale.

Et voilà qu'enfin, après avoir véritablement fait ses preuves, Liu Te-kai se lance dans la réalisation et adapte une nouvelle de
Zhong Xiaoyang pour le grand écran. Ce long métrage semble s'inscrire, dès ses premières minutes, comme le digne héritier d'un certain classicisme cinématographique chinois. Alors que d'autres réalisateurs de sa génération tentent aujourd'hui de briser les codes et d'immerger leurs caméras dans un désordre urbain beaucoup plus contemporain (Lou Ye, Jia Zhang-ke), Liu Te-kai nous livre ici un film comme il en fleurissait tant il y a dix ou quinze ans. L'époque choisie par le réalisateur renforce encore ce sentiment, car même si l'intéressé n'a pas souhaité illustrer les troubles historiques chinois, Liu Te-kai donne un point de vue finalement quelque peu critique vis-à-vis de certaines coutumes chinoises qui frisaient alors parfois l'immobilisme et condamnaient des jeunes à s'aimer malgré eux.

Car voilà tout le mal qui ronge notre couple d'amoureux : le mariage arrangé, la bague au doigt imposée…

Shuang-Ruan a ainsi été fiancé à l'âge de 14 ans. A cet âge immature il fit une promesse et prit un engagement vis-à-vis d'une jeune fille et de sa famille, en accord avec un pan culturel étouffant. Aujourd'hui il découvre enfin l'amour, le vrai, celui que l'on ne choisit pas toujours. Mais il réalise aussi qu'il est peut-être déjà trop tard. Ainsi tiraillés entre leurs obligations et leur passion, entre le vouloir et le devoir, Shuang-ruan et Ning-jing vont malgré tout essayer de s'aimer ...

C'est avec ce schéma classique et un "amour impossible " que Liu Te-kai tisse l'intrigue de son film. Peut-être trop classique d'ailleurs, puisque Une Romance peine à véritablement surprendre et émouvoir, surtout dans sa première partie, manquant sérieusement de rythme et d'envergure. La prestation assez calamiteuse de Jeff Chang dans le rôle du cousin a sans aucun doute contribué à cette difficulté de s'investir durablement dans cette oeuvre. Jamais bien accordé, Jeff Chang fait perdre beaucoup de crédibilité au couple que le réalisateur tente d'imposer à l'écran. Car si Zhou Xun est bien évidemment parfaite, le manque de charisme de son amant et l'approximation dont il fait preuve dans son jeu transforme la belle histoire d'amour en une idylle improbable.

Heureusement, dans la seconde partie du long métrage les choses rentrent plus ou moins dans l'ordre : peut-être s'habitue-t-on à la présence nonchalante de Jeff Chang, peut-être apprécie-t-on tout simplement la tournure tragique du film (même si elle était annoncée) et le jeu si touchant de Zhou Xun qui finalement, et on ne s'en rend compte que maintenant, est le principal atout du film de Liu Te-kai.

Olivier M.

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jeudi 19 juillet 2007

The World

The World de Jia Zhang-ke, 2004
Avec Zhao Tao, Chen Taisheng, Jing Jue


Premier film de Jia Zhang-ke à se voir avaliser par les autorités officielles, The World marque un tournant dans l’actuel développement cinématographique chinois.
En effet, il n’était pas concevable pour un cinéaste indépendant comme Jia Zhang-ke de réaliser un long métrage sous les regards castrant du pouvoir en place, Wang Xiaoshuai en avait déjà fait les frais avec So Close to Paradise. Cependant l’idée avait fait son bout de chemin grâce à un relatif assouplissement des organes internes du Bureau des Films comprenant que ces talents du cinéma chinois réussissaient à se faire remarquer dans les grands festivals internationaux.

Pour Jia Zhang-ke l’enjeu fut des plus simples : après avoir été coupé de son public naturel, ce film était l’occasion de fêter ses retrouvailles avec les chinois puisque ces œuvres n’avaient pas été autorisées en Chine (même si ça circulait sous le manteau).
Le chef de file de la sixième génération rompit ainsi avec la tradition « indépendantiste » du cinéma chinois pour pactiser avec ceux dont la politique les diabolisait. De ce fait, Jia Zhang-ke se prit de nombreuses critiques de la part des cinéastes indépendants chinois, notamment du côté des documentaristes et des budgets low-cost qui croyaient fermement en sa corruption. Mais Jia Zhang-ke exploita brillamment son projet et se tourna vers l’un des plus curieux parcs de Chine, appelé The World, où les chinois peuvent y voir les plus beaux monuments du monde en taille réduite. En résumé, comment visiter le monde sans avoir quitter son pays, ce qui pourrait se traduire en Chine par « pas besoin d’aller voir les autres, nous le ferons à votre place». Cependant, il faut aussi y voir un divertissement pour le peuple chinois qui n’a pas forcément les moyens de visiter la Tour Eiffel ou le Vatican.

A travers les différences culturelles observées, ce haut lieu pékinois offre une panoplie de petits boulots relevés par Jia Zhang-ke dès les premières minutes lorsque Xiao Tao cherche un pansement à travers une série de longs couloirs habités par une flopé de presdigitateurs les plus divers.

Dès lors le cinéaste ne s’arrête plus dans sa démarche d’abattre les représentations et laisse jaillir des situations sociales habilement mises en scène.
Le début du long métrage est même d’une résonance folle dans l’observation d’un vieil homme ramassant des bouteilles vides, seul travail possible pour se nourrir à son âge avancé, sans protection sociale, sans espoirs de vivre une fin de vie heureuse.

« Je fais le tour du monde sans quitter Pékin. »
Cette idée ancrée et martelée dans la conscience des employés du parc est peut être la seule qui leur donne encore un peu d’espoir surtout lorsque lesdits employés en sortent pour retrouver le climax de la capitale. Dans cet appel au monde, Jia Zhang-ke digitalise les relations sociales par la présence de scène en animation (lors d’un envoi de SMS) où les humains perdent progressivement en proximité pour gagner en distance grâce aux hautes technologies (Internet, téléphone portable..). Le réalisateur marque ainsi de son empreinte comme Hou Hsiao-hsien l’avait fait avant lui, une césure dans les relations sentimentales de la jeunesse en rapport au temps..

« Tu me donnes un jour, je te donne le monde. »
Alors que certaines filles russes venues pour travailler dans le parc se sont échappées pour terminer en filles de plaisir dans un bar karaoké, d’autres se meurent sur les chantiers où parents et familles viennent toucher le maigre butin offert au décès de leurs chairs. L’avenir semble alors bien terne pour tout un pan de la population urbaine qui gît ici, aux portes du monde…

« Est-ce qu’on est mort ? Non c’est juste le début. »
En effet The World marque le début d’une nouvelle transformation de la jeunesse, même si celle-ci se situe dans un parcours évolutif depuis le milieu des années 80.
Jia Zhang-ke lance des regards sur la société, où ce parc, telle une prison sentimentale moderne, reflète la sensibilité d’une génération décalée, dépassée par sa réalité.
Les derniers instants du long métrage, comme une dernière figure contemplative, signée d’une musique de Lim Giong, laissent croire en une Chine qui veut changer, qui peut changer, tout en laissant trépasser une jeunesse sans grands desseins d’avenirs. The World est donc à coup sûr, une réflexion essentielle doublée d’un acte symbolique dans la carrière encore jeune de Jia Zhang-ke. C’est enfin un long métrage à se procurer aussi pour le documentaire présent sur l’édition mk2, portrait d’un futur grand du cinéma mondial.

Damien Paccellieri

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mercredi 18 juillet 2007

Flash Info: Tri Angle

Tri Angle, l'un des films Hk les plus attendus a été dévoilé au Festival de Cannes mais reste encore très secret quant à sa sortie sur grand écran. Trois des plus grands réalisateurs hongkongais, Tsui Hark, Johnnie To et Ringo Lam se sont réunis pour le plaisir et pour notre plus grand plaisir!

Le poster:


Le trailer:

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lundi 16 juillet 2007

CEO

CEO de Wu Tianming, 2002
Avec Li Zhongua, Shi Liang, Ma Yue

Wu Tianming est un cinéaste étonnant. Après
avoir été en porte à faux avec l’Etat chinois pour ses précédents films et ses activités à la tête des studios de Xi’an, le voici à la tête d’un long métrage à la gloire de la réussite entrepreunariale chinoise.
L’un des réalisateurs phares de la quatrième génération dans les années 80 se serait t’il convertit à l’économie de marché si chère à Deng Xiaoping ?
Tout commence en 1985 à Cologne lorsque dans une négociation commerciale difficile, Ling Min cherche à séduire la production allemande de réfrigérateurs. Les a
llemands sont très sceptiques quant aux possibilités et à la qualité de la fabrication chinoise.

Lors de cette opération, les chinois et les allemands tombent d’accord sur un partenariat si les chinois se soumettent aux normes de qualités germaniques.
Ling Min et ses amis relèvent le défi, mais ils ont peur de ne pouvoir tenir leur promesse tant les infrastructures et la main d’œuvre ouvrière chinoise semblent inadaptés à la production industrielle de ces produits de consommation.
Pour vérifier sur le terrain le professionnalisme des ho
mmes et la qualité de l’équipement chinois, une femme allemande se rend à l’usine et y découvre une situation tragicomique. La structure vient tout juste d’être refaite, nettoyée et peinte ; d’ailleurs la peinture est si fraîche qu’elle coule encore sur les murs.
Cependant ma
lgré le nombre foisonnant d’imperfection, l’envoyée allemande décide quand même d’y implanter leur future chaîne de production.
C’est une grande joie et une immense fierté pour tous les ouvriers chinois dans le besoin d’un emploi urgent.
Mais la joie est de court
e durée. Après quelques mois de production pour atteindre un volume quantitatif intéressant, Ling Min se rend compte que les réfrigérateurs sont truffés de défauts et donc non respectueux des normes allemandes. La production ne peut donc être commercialisé alors que les dettes de l’entreprise commence à se creuser.
Pour donner une leçon à ses ouvriers, Ling Min détruit et brûle tous les réfrigérateurs défectueux, fruit du travail collectif de ses employés.

Deng Xiaoping disait : « Le développement économique doit se réaliser tout en maintenant la qualité de production. »
Après la destruction de leu
r production, les ouvriers n’oublieront jamais ces paroles présidentielles restées célèbres.

Avec l’ouverture de la Chine et sa probable entrée dans l’Organisation Mondial du Commerce, Ling Min pense à construire un grand complexe pour son entreprise, même si cette opération est financièrement très risquée..
Les notables chinois visitent le terrain et y découvre le projet de construction. Face à ce travail d’Hercule, ils prennent tous la poudre d’escampette mise à part un investisseur américain. Celui-ci, d’une grande foi en l’avenir de cette entreprise chinoise, propose un partenariat où les américains financeraient la construction en échange du contrô
le à 51% des actifs de l’entreprise. Ling Min ne peut accepter une telle proposition exposant clairement toute perte de pouvoir sur son bébé et devenant à terme avec ses salariés les petites mains des américains.
Ling Min préfère refuser une telle avance, gage de pérennité économique et se concentre plutôt sur une vision stratégique lui permettent de trouver des partenaires chinois. En 1993, la commune de Qingdao lui accorde un prêt pour la construction alors que le régime de la structure est celle d’une entreprise collective (il existe 3 types d’entreprises en Chine : entreprise d’Etat, collective et privée). C’est alors le début d’une nouvelle ère industrielle pour une marque qui deviendra connue dans le monde entier sous le nom de Haier…

Ce film est un paradoxe à lui seul. Il y a à la fois tellement et si peu à dire ! Tellement parce que ce long métrage expose la volonté chinoise d’assouvir leur (future) suprématie économique mondiale en propulsant de grandes marques comme tous les pays occidentaux ont su le faire. Dans la même voie, il est très intéressant de découvrir le parcours de Zhang Ruimin (appelé Ling Min dans le long métrage), premier entrepreneur chinois à faire parler de lui hors de ses frontières et à mener à la réussite une entreprise dont rien ne laissait présager cela.

On peut aussi dire « Enfin ! ». Enfin un film à la gloire de l’économie chinoise, qu’on pourrait prendre comme un film de propagande mais qui n’est autre que la fierté d’un pays qui a subit toutes les pires insultes (coloniales, guerrières, ant
i-communistes). Alors cela apportera certainement du poil à gratter à tous les détracteurs internationaux qui s’apitoient sur les conditions ouvrières de ces chinois. Curieusement, ces mêmes personnes balayent rarement devant leurs portes quand il s’agit de parler de précarité dans leurs pays respectifs. Or, il est toujours plus facile de mettre son nez dans le système communiste chinois, véritable œil du cyclone pour toutes les démocraties du monde, que de faire les comptes d’un système d’économie capitaliste mondialisé où nous sommes responsables d’une large paupérisation : exploitation du continent africain, délocalisation massive dans les pays de l’est de l’Europe ou en Chine pour employer une main d’œuvre meilleur marché sans se soucier de leur conditions de vies, etc...

Par contre là où il y a peu
à dire, c’est dans la démarche artistique de Wu Tianming. Multipliant les excès nationalistes et les caricatures de personnages européens ou américains, le cinéaste a tout simplement réaliser un film d’Etat utile à la pensée économique chinoise actuelle mais complètement obsolète d’un point de vue cinématographique.
Wu Tianming se serait-il rach
eté une bonne conduite après tant d’années gâchées par le système ? Il n’y a qu’un pas pour se convertir à cette idée…

Damien Paccellieri

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dimanche 15 juillet 2007

L'Enfant au Violon

L'Enfant au Violon de Chen Kaige, 2002
Avec Yun Peng, Liu Peiqi, Hong Chen

Xiao Chun a toujours joué au violon. A 13 ans, il est déjà considéré comme un virtuose pour a plus grande fierté de son père, modeste cuisinier. Celui-ci décide de l’emm
ener à Pékin tenter sa chance dans des concours. Pour le jeune garçon, la capitale est fascinante, mais pas autant que la belle Lili, jeune femme entretenue par ses amants, avec laquelle il noue rapidement des liens complices.

Chen Kaige, jadis grand cinéaste de la cinquième génération se fourvoie avec l’Enfant au Violon dans du cinéma grand public, entre divertissement et émotion, après un cuisant échac aux Etats-Unis.

Pour celui qui fut à l’œuvre d’un des plus grands changements cinématographiques chinois avec Terre Jaune en 1983, la route est droite, mais la pente est sévère (merci Jean-Pierre Raffarin).

On ne se surprend pas à rester sur sa faim avec un tel long métrage, car si il n’est pas si mauvais, il est terriblement commun.

Xiao Chun est un brillant violoniste. Son père Liu Cheng, cuisinier de profession, connaît bien le talent de sa progéniture et n’est pas prêt de laisser filer la moindre occasion qui se présentera à eux pour le faire connaître d’avantage. Même si son fils peut parfois jouer quelques airs mélodiques pour aider une femme à accoucher, il sait pertinemment qu’avec quelques efforts, Xiao Chun pourrait bien devenir l’un des plus grands musiciens de ce monde.

Justement cet avenir prend forme dans une lettre où Xiao Chun est cordialement invité à un concours sur Pékin.
C’est alors le début d’une belle aventure entre père et fils qui commence en pliant bagages pour la capitale chinoise.
Le concours permet à Xiao Chun d’exprimer tout son talent. Mais le jeune adolescent a encore besoin de s’épanouir avec les cours d’un professeur.
Liu Cheng doit absolument trouver un professeur de musique si il souhaite que son fils puisse rester sur Pékin et réussisse à développer sa maîtrise du violon.
Entre temps Xiao Chun a croisé la bienveillance de Lili, une escort girl « pang da kuan », qui elle aussi construit peu à peu sa vie.
Du professeur à son père, en passant par Lili, Xiao Chun deviendra t’il le si grand violoniste qui sommeille en lui … ?

Refrain : Quand Chen Kaige copie son frère ennemi Zhang Yimou, cela donne l’enfant au Violon.

Mais là ou le seul chinois à la Palme d’or fait fort de café, c’est en saupoudrant son œuvre d’un égocentrisme démesurée. On le savait imbu de sa personne mais là…

Excusez moi de tiquer sur ça, mais c’est vraiment la première chose qui saute aux yeux.
Tout d’abord, il demande à sa femme de jouer le rôle de Lili pour que le tournage lui permet de vivre près de sa famille. Puis (et c’est ici la catastrophe), Chen Kaige joue lui-même dans le film et pas le plus mauvais rôle (!) puisqu’il interprète le plus grand professeur chinois de violon.
Ce n’est pas une faute en soi, s’il savait être un bon acteur, mais il ne l’est pas et pour couronner le tout, il décore sa maison d’autoportraits ridicules de suffisance.

Refrain : Quand Chen Kaige prend la grosse alors que la qualité de ses œuvres se réduit comme peau de chagrin, cela donne l’enfant au Violon.

Heureusement Liu Peiqi, fabuleux acteur et certainement l’un des meilleurs de sa génération rehausse le long métrage avec une prestation qui réussira à vous arracher quelques larmes, de par les petits boulots et les mésaventures de cet homme prêt à tout pour son fils. Tous les bons pères de famille ne pourront résister à cette histoire et à cette relation père/fils notamment lorsqu’ils apprendront la réelle identité de Xiao Chun. On ne sait pas par quel miracle le long métrage reste sympathique comme divertissement, mais il l’est, à défaut d’exposer un univers social plus réaliste, car il faut bien l’avouer, Chen Kaige ne lésine pas sur les mièvreries les plus diverses.

Refrain : Quand Chen Kaige sied à divertir les masses sans y mettre un soupçon d’engagement cela donne l’Enfant au violon.

Damien Paccellieri

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jeudi 12 juillet 2007

Printemps dans une petite ville

Printemps dans une petite ville de Fei Mu, 1948
Avec Yu Shi, Wei Wei

Printemps dans une petite ville est un film phare de l’histoire du cinéma chinois. Il est réalisé en 1948, en pleine guerre civile entre nationaliste et communiste, alors que le cinéma chinois connaît une renaissance après l’occupation japonaise. L’année précédente, Fei Mu, qui commença a réalisé des films dans les années 30 avec notamment Piété filiale et La Bataille de la montagne aux loups, a réalisé le premier film chinois en couleurs, Regrets éternels (avec le fameux acteur d’opéra Mei Lanfang).

l'affiche originale du film


Printemps dans une petite ville
sort en 1948 mais l’actualité politique, la prise du pouvoir par les communistes, abrège
la carrière du film. Entre 1949 et le début des années 80, Printemps dans une petite ville tombe dans les oubliettes de l’histoire du cinéma chinois car il ne correspond pas à l’idéologie communiste. Il est redécouvert au début des années 80 grâce à la cinémathèque chinoise et est considéré depuis par les critiques chinoises et françaises comme l’un des plus beaux films chinois. En 2004, Tian Zhuangzhuang (le réalisateur du Voleur de chevaux), après une décennie de silence à cause de la censure, réalise un remake-hommage du Printemps dans une petite ville qui fut distribué en France.

L’histoire de Printemps dans une petite ville est universelle : une femme, son mari, son amant. Yuwen (la femme, interprétée par la magnifique Wei Wei) et le mari (Dai Liyan) vivent dans une maison en ruine avec la sœur de Dai Liyan et un vieux serviteur. Un jeune docteur (Zhang Zhishen, l’amant) arrive après un long voyage à travers la Chine pour revoir son ancien camarade de classe sans se douter que celui-ci, très malade, est marié à son amour de jeunesse.

Le mariage entre Yuwen et Liyan n’est pas au beau fixe. Il est très malade et ne semble pas rendre heureuse sa femme. L’arrivée du jeune docteur va tout bouleverser dans la maison. L’amour entre Yuwen et Zhishen va renaître mais les deux amants éprouvent des sentiments contradictoires. Ils ne savent pas quoi faire de leurs sentiments, ils s’attirent et se repoussent, n’osant pas aller contre la morale. Elle hésite entre fidélité à son mari et désirs pour son amant. Il est lié d’amitié au mari et qui plus est le soigne de sa maladie. Les tourments sentimentaux des deux amants, et le désespoir du mari qui a vite tout compris, sont magnifiquement mises en scène par Fei Mu dans des longs plans séquences, lors des promenades et dans les chambres, où les corps s’attirent et se repoussent, suivant les élans des cœurs, où les mains des deux amants se touchent à de nombreuses reprises, alors qu’ils sont à côté du mari.

La mise en scène de Fei Mu est du début à la fin du film en état de grâce. Chaque plan, chaque geste, chaque dialogue dévoilent l’invisible : l’âme des personnages, leur état intérieur, leurs désirs et leurs désespoir.
Mais Printemps dans une petite ville est plus qu’un film sur les tourments amoureux, même si cela en fait déjà un grand film. Tout dans ce film est symbolique. La maison en ruine symbolise la Chine, en proie à la guerre civile et en ruine après la guerre contre les japonais. Le mari malade, toujours habillé en costume traditionnel et appartenant à une famille noble, représente la Chine traditionnelle, la culture chinoise malade et en déliquescence depuis le milieu de 19ème siècle. Le jeune docteur habillé à l’occidentale, représente lui la modernité. Et la femme qui hésite entre la fidélité à son mari et son désir pour son amant, entre tradition et modernité, représente les intellectuels chinois et les chinois eux-même à la veille d’un événement qui va marquer l’histoire de la Chine.
Tout cela fait de Printemps dans une petite ville un des chefs-d’œuvre du cinéma chinois à voir absolument.

Christophe Falin

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mercredi 11 juillet 2007

Et la bas quelle heure est il ?

Et la bas quelle heure est-il ? de Tsai Ming-liang, 2001
Avec Lee Kang-Sheng, Chen Shiang-Chyi, Lu Yi-Ching

Hsiao-kang vient de perdre son père. Il réagira à sa manière, et désespérera sa mère qui, si elle ne supportait plus vraiment son mari de son vivant va, aujourd’hui, faire le constat qu’il lui manque cruellement.

Un peu par hasard Hsiao-kang, qui vit à présent en vendant des montres, va s’attacher à une jeune femme qui lui avouera pourtant décoller le lendemain de leur rencontre pour Paris. Hsiao-kang restera pour sa part à Taipei, mais va décider d’adopter l’heure française…


Avec Et là bas quelle heure est-il ?, Tsai Ming-liang poursuit son étude de moeurs taiwanaises et creuse encore d’avantage sa réflexion sur la solitude, les relations familiales, les actes et relations manqués.


A l’instar de ses précédents films, le cinéaste expose une nouvelle fois le jeune Hsiao-kang et sa famille, ou du moins ce qu’il en reste. En effet dès les premières secondes du film on apprend que son père vient de décéder. Ce père austère et peu loquace, qui trompait sa femme (elle le lui rendait bien) et qui ne comprenait pas son fils, peut être catalogué comme un individu qui ne manquera à personne.

Bien évidemment il n’en sera pas ainsi : ce n’est pas parce
que de son vivant les mots lui venaient à manquer pour exprimer des sensations, des sentiments, qu’une fois franchi le seuil de l’au-delà ses plus proches parents ne vont pas ressentir comme un manque profond.Le long métrage évolue alors dans une direction tragi-comique qui n’est pas sans rappeler les autres longs métrages de Tsai Ming-liang, à ceci près que cette fois-ci qu’il il semble que ce dernier est allé un peu plus loin qu’à l’accoutumée dans le domaine de l’humour.

On ne peut ainsi s’empêcher de vraiment rire parfois, tout en gardant à l’esprit une réelle dimension de noirceur. Il en ira ainsi lorsque la mère tentera tout pour ramener la réincarnation de son mari dans leur appartement, allant jusqu’à invectiver son fils pour avoir tué un cafard (et si c’était ton père ! s’insurgera-t-elle). Oui, certaines réactions sont amusantes, mais elles n’en sont pas pour le moins révélatrices d’une réelle détresse.

Le génialement attachant Hsiao-kang, pour sa part, a trouvé un nouveau petit boulot (il vend des montres à la sauvette). Il semble plus à l’aise dans ses baskets mais sa réserve légendaire lui fera manquer une jolie occasion de se rapprocher de l’amour, en la personne de Shiang-chyi. Cette dernière décollera pour Paris, abandonnant Hsiao-kang à ses illusions, lui qui, bien que resté à Taipei, décidera de vivre à l’heure française. Il l’ignore encore, mais en faisant cela, ce n’est peut être pas de la jeune femme qu’il s’est le plus rapproché...

Ce long métrage est par conséquent, et en toute simplicité, parfaitement indispensable si vous avez apprécié les premiers films dédiés aux pérégrinations de Hsiao-kang et de ses parents. Car en plus d’enrichir une nouvelle fois ses personnages (qui devraient vous faire réfléchir à propos de vos propres expériences), Tsai Ming-liang truffe son long métrage de moments d’une grande finesse mais également de scènes vraiment cocasses (sublime apparition de Jean-Pierre Léaud).

Enfin, ll existe un épilogue « caché » du film. C’est un court métrage qui s’intitule The Skywalk is Gone et fait le lien entre Et là bas quelle heure est-il ? et La saveur de la pastèque.

Olivier M.

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lundi 9 juillet 2007

Le roi des masques

Le Roi des Masques de Wu Tianming, 1996
Zhu Xu, Zhang Zhigang, Zhou Renying

Dans la Chine des années 30, un vieux maître de théâtre va de ville en ville afin de jouer des spectacles, dont celui de changer de masques à une vitesse fulgurante. Proche de la fin de sa vie, celui-ci cherche un héritier à son art…

Auréolé de plus de 30 récompenses de par le monde (dont celui de meilleur film en 1997 au Festival de Venise), Le Roi des Masques marque le retour triomphant de Wu Tianming, cinéaste de l’éphémère 4eme génération, pionner cinématographique de l’après révolution culturelle et découvreur de talents dont ceux de Zhang Yimou et Chen Kaige.

Financé par des apports chinois de Hong Kong et des Etats-Unis où Wu Tianming fut enseignant en cinéma, Le Roi des Masques dévoile la vie d’un vieux maître de l’opéra de Sichuan. Celui-ci arrive dans un petit village pour jouer sa pièce dont il est l’un des seuls à pouvoir l’exécuter. En effet, le vieux maître dispose d’un talent rare ayant presque disparu de la culture chinoise de l’époque : celui de changer de masque à une vitesse iréelle. La maîtrise de cet art ancien de l’opéra de Sichuan fait le bonheur de la population venue le voir dans le village où il joue entre comédie et théâtre. Chaque masque selon ses couleurs donne à son porteur une personnalité différente. Le blanc par exemple laisse deviner que l’acteur sera un mauvais personnage tel un traître ou un ennemi, le rouge donne le rôle d’un homme courageux, loyal et amical.

Ainsi la population chinoise pouvait deviner avec la couleur du masque les sentiments du personnage et son rôle dans la pièce. Malheureusement les temps sont durs pour les artistes itinérants et le vieux maître arrive tout juste à vivre de
ses recettes.

Lors de la fête des Lampes, le plus connu des acteurs de la région, jouant la concubine dans l’opéra traditionnel, remarque les talents du vieux maître.
Il lui propose de rejoindre sa troupe, de faire des bénéfices plus conséquents et de ne pas laisser mourir son talent car ce roi des masques s’approche jour après jour de ses derniers instants de vie.

Cependant, le vieil homme se rechigne à cette idée, car son éthique lui refuse de partager son art des masques à quiconque. Il comprend alors que la recherche d’un successeur est indispensable à la survie de son art.
Le vieil homme cherche alors dans un tripot un jeune et futur héritier. A l’époque, les gens pauvres cédaient la garde de leurs enfants à des plus fortunés en l’échange d’argent et de respect pour cet enfant (bien entendu les plus mauvaise périodes se résumaient à de la vente pure et simple).

Dans la tradition des artistes de l’opéra chinois seul un homme peut apprendre les secrets de cet art et c’est dans cette logique que le roi des masques cherche un petit garçon. Par chance, il trouve parmi de nombreuses filles un garçon qui attendait d’être vendu (on peut reconnaître qu’un enfant est à vendre si celui porte sur la tête un morceau de paille).

Le vieux maître est très heureux d’avoir trouvé ce garçon nommé Gouwa, et chacun se raconte son parcours de vie où l’on apprend que le roi des masques est seul depuis très longtemps et où Gouwa était un enfant battu.
Un jour Gouwa tombe gravement malade et le vieil homme doit vendre quelques unes de ces antiques possessions pour lui payer ses médicaments. Il découvre alors que Gouwa est une fille et souhaite l’abandonner ; mais n’y arrive pas. Elle ne peut donc devenir héritière de son art et est contrainte à rester une simple esclave du ménage de leur barque d’habitation. Mais l’avenir de Gouwa ne semble pas s’arrêter ici…

N’ayons pas peur des mots : le Roi des Masques est un chef d’œuvre. Il est rare d’employer ce terme, mais cela est à juste titre pour cette œuvre cinématographique pleine de sentiments et d’ancrages culturels sur le monde de l’opéra chinois. En effet, ces derniers sont intimement abordés et Wu Tianming permet de distinguer plusieurs opéras selon leurs activités et leurs localités. Ici il s’agit de l’opéra de Sichuan différent de son grand frère l’opéra de Pékin ou de celui de Shaanxi. Ainsi l’opéra de Sichuan se démarque par ses instruments de musiques différents, son maquillage lui aussi bien distinct et certains arts dont celui des masques, spécialité de l’opéra de Sichuan.

L’art des masques est dans ce film d’une beauté insaisissable où chaque changement de masque transporte le spectateur vers des traditions culturelles séculaires. La rapidité d’exécution est véritablement impressionnante et tel qu’on ne découvre pas le secret de cette fulgurance.

Justement ce secret est un lourd fardeau pour l’artiste et limite le développement de cet art, mais en même temps lui permet d’être le gardien d’une tradition chinoise apprécié de tous.
A cet effet, on se demande comment l’acteur principal, le vénérable Zhu Xu, déjà acteur du film Shower, a préparé son rôle afin d’incarner le roi des masques. Connaissait il l’art des masques ? Avait il apprit cela d’un maître ? Ou est-ce seulement le montage du film qui nous donne cette impression ?

Apparemment la deuxième hypothèse demeure la plus pertinente mais rien n’est moins sûr. Dans tous les cas, la performance est à la hauteur du film : exceptionnelle.
Le cinéaste de la quatrième génération aborde aussi les différents sujets de l’opéra chinois dont le bouddhisme tient une grande place. Ici, il est sujet d’expliquer comment Bouddha sauve son père qui avait été traité coupable de mauvaises intentions. Cette clé de compréhension est essentielle pour mieux cerner l’opéra chinois et y découvrir toute sa finesse, sa profondeur, sa magnificence.

Le roi des Masques est bien entendu important pour ce partage culturel mais il l’est encore plus pour ses valeurs sociales car il est bien question d’un immobilisme sur le destin des artistes qui ne peuvent qu’être des hommes. Wu Tianming montrera avec âpreté la difficile vie de la jeune Gouwa qui réussira cependant, à force de volonté et de mansuétude maladroite, à se faire aimer du vieux maître. Cette relation père fille est d’une puissance lacrymale évidente sans pour autant tomber dans le caricaturale portrait de nombreux films chinois souvent trop pessimiste.
Comme ce plan superbe où Gouwa est sur le dos du maître tenant un parapluie jaune, Wu Tianming a su saisir les traditions chinoises dans une quintessence cinématographique pour faire du Roi des Masques l’une des plus belles œuvres chinoises des années 90.

Damien Paccellieri

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dimanche 8 juillet 2007

Flash info : The Drummer

Chinacinema.fr prend l'initiative en vous proposant l'un des prochians grands films de Hong Kong :
The Drummer de Keneth Bi avec Tony Leung Ka-fai, Jaycee Chan.

Toutes les informations nécessaires à ce long métrage sont ici. Notre site étant en connexion permanente avec la boîte de production de ce long métrage nous vous donnerons vite des nouvelles...

Le poster:


Le trailer :



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flash info : paris cinema (chinois)

Le festival Paris Cinema depuis le 3 juillet jusqu'au 14 juillet nous reserve deux belles séances chinoises avec Desert Dream de Zhang Lu, selectionné au festival de Berlin 2007 et le Mariage de Tuya de Wang Quan'an, ours d'Or du même festival.

- Desert Dream de Zhang Lu ce dimanche après midi à 16h30
- Le Mariage de Tuya , rendez vous mercredi 11 juillet à 19h00

Ou ça ? Au Mk2 Bibliothèque du 13eme arrondissement de Paris.

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samedi 7 juillet 2007

Before Born

Before Born de Zhang Ming, 2005
Avec Zhong Liao, Guangliang Huang, Baihui Xu


Un homme nommé Li Chonggao disparaît de la circulation. A sa recherche, un homme accompagné d'une femme se rendent sur ses lieux de passages. Dans le même temps cet homme tente la de séduire...mais un autre individu vient troubler cette recherche...

Before born est un film chinois dont l’idée principale est attrayante. Un individu mystéri
eux : Li Chonggao qu’on ne trouve pas. Deux hommes qui le recherchent, une femme Yu Ran entre eux. Un Smoking/No smoking chinois ou bien… la première partie du film décrit la rencontre de Huang Guangliang et Yu Ran à l’hôtel de Bei Hai où est censé être descendu le dit Li Chonggao.



Seulement dans le lit encor
e chaud, il ne trouve que Yu Ran qui ne lui rendra pas l’expression de son désir au fil des jours qui s’écoulent. Ils partent alors en voyage dans l’espoir de retrouver Li Chonggao qui semble être parti pour une autre ville.
Durant ces excursions, Huang Guangliang fait froidement ses avances incessamment déclinées. Puis dans une deuxième partie du f
ilm, un autre homme fait son apparition, plus jeune, plus avenant. Même rituel, mêmes scènes, sauf que cette fois Yu Ran semblée tombée dans un coma barbiturique se réveille et lui saute au cou.

Visiblement ces deux-là se sont déjà rencontrés. Pourtant il est là pour les mêmes raisons et pour les mêmes raisons insondables Li Chonggao est toujours absent. Ils vont suivre le même parcours à la différence près que l’inclination univoque est maintenant exprimée fortement par Yu Ran.

Cette histoire de personnages qui se croisent et s’étreignent tour à tour à la recherche d’un homme aussi mystérieux que le personnage central d’Usual Suspects, est donc une intrigue intéressante dans la mesure où elle rend compte des relations de désolation entre des personnages solitaires soulignées par une mise en scène dépouillée d’un Ming Zhang sorti de l’Ecole de Pékin. Plans fixes, Long plans d’ensemble, lumières peu travaillées.

Malheureusement, une fois de plus, le film reste creux, sans véritable lumière. On s’ennuie assez rapidement dès la moitié du film là où l’on aurait pu s’interroger. Inutile, par ailleurs, de préciser que celui-ci n’a pas de fin. Comme ce voyage au Vietnam organisé par une agence de voyages et annulé pour cause d’éboulement sur la route.

Le cinéma n’est pas une suite de silences et de soupirs. Le rythme d’un film, c’est l’alternance d’accords, désaccords et de silences. C’est le tempo de l’œuvre qui peut être lent, minimal, soit ! Mais le vide seul ne crée pas l’harmonie.
Ce film manque ainsi profondément de créativité. Des histoires d’enfantement sur fond de station balnéaire hors-saison. Mais qui n’accouche de rien.

Vianney Meunier
(2006)

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vendredi 6 juillet 2007

Realisateur : Wu Tianming

Wu Tianming, le précurseur du renouveau

En 1979, au lendemain de la Révolution culturelle, les forces du changement en Chine, bien qu'encore faibles, étaient déjà en place.
Au niveau du cinéma, contraint au silence durant presque une décennie, elles n'attendaient que le moment propice pour se déverser sur les écrans.
Wu Tianming sera le grand promoteur de ce changement, précurseur d"une nouvelle vague cinématographique.
Né en 1940, il entre aux studios de Xi’an dès 1960 pour y suivre des cours d'art dramatique. Il y revient vingt ans plus tard en tant que cinéaste pour réaliser ses deux premiers films, Le sanglot de la vie (1979) et Une seule famille (1980), en coproduction avec un autre cinéaste, Teng Wenji.

En 1983, il reçoit le prix du Ministère de la Culture pour La rivière sans balise. Dans ce film, on apercevait déjà les premiers signes d'une approche originale. En effet, comment ne pas être frappé par le côté indécis des personnages, leur faiblesse ainsi que leur mélancolie mêlée de regret ? Pour la première fois, le héros est un individu et non plus la collectivité, mais cet individu semble avoir perdu toute certitude. A l'opposé de l'excès de convictions des gardes rouges du village, où font escale les protagonistes du film, M. Wu doute de tout.
Retrouvera-t-il ses vieux amis, but même de ce voyage ? Son imagination ne lui joue-t-elle pas des tours quand il croit reconnaître, sous les traits d'une actrice d'opéra, une femme jadis aimée ? Wu Tianming traduit le trouble de son personnage dans des scènes simples mais significatives. L'idée même de se remémorer le passé est révolutionnaire, jamais les souvenirs n'avaient occupé une place si importante dans les films. En effet, les films des années précédentes avaient systématiquement représenté des hommes presque sans passé ou libres de son emprise et puisant leur force à la seule source des valeurs et des dogmes du Parti.


Wu Tianming rend à l'individu son histoire personnelle ainsi que le droit d'y penser et, pourquoi pas, de s'y abandonner de façon nostalgique. L'homme “social”, celui qui ne se réalisait qu'à travers la collectivité, qui demeurait le héros des films des trois générations précédentes, depuis le cinéma patriotique des années 1930 jusqu'aux figures extrêmes des héros révolutionnaires des années 1950, cet homme-là, n'existe plus. Les certitudes, les valeurs traditionnelles s'effondrent : désormais, seuls les sentiments du personnage comptent, son désarroi et ses interrogations. Le nouveau héros est l'homme " intérieur ", il n'appartient plus à la société qui le crée et le rend immortel mais cherche au contraire à se dégager de son oppression. Les paysages ruraux se prêtent mieux que ceux de la ville à une telle introspection. La campagne devient ainsi l'autre protagoniste des films de Wu Tianming ; une campagne mélancolique qui sert de cadre idéal au chagrin d'amour du personnage central de La vie, film de sa consécration ; ou bien une campagne âpre, contre laquelle les villageois se battent pour obtenir de la montagne le peu d'eau nécessaire à leur survie, comme dans Le vieux puits (1987). Dans ce film, d'une beauté formelle époustouflante, Wu Tianming laisse ses personnages montrer leurs sentiments, mais il propose parallèlement une vision plus réaliste de l'amour avec les premières scènes de nu, certes encore pudiques, mais déjà très audacieuses pour l'époque et le pays. Avec ce film, Wu Tianming trouve son style : un juste équilibre entre la beauté formelle, qui ouvre la voie au symbolisme de la génération suivante, et la tradition romanesque, qui restera toujours importante pour lui. Cette alchimie réussie fait parler d'une nouvelle forme de réalisme poétique et ne passe pas inaperçue : le film remporte le Grand Prix du 2e Festival de Tokyo et permet ainsi à l'Occident de découvrir l'existence d'un nouveau cinéma chinois.

Mais le travail novateur de Wu Tianming va au-delà de ses propres films, le réalisateur s'implique parallèlement pour servir la cause du cinéma national. Il connaît trop bien l'état du 7e art en Chine, où tout est à reconstruire après quasiment dix ans de vide, pour ignorer que le renouveau ne peut venir uniquement du travail d'un ou deux réalisateurs talentueux. La “politique de la porte ouverte”, que la Chine venait d'inaugurer, concerne aussi le cinéma… les temps sont propices à l'audace ! Wu Tianming décide de profiter de ce climat d'ouverture. Grâce à la direction des studios de Xi’an, prise en 1984, il s'entoure de nouveaux talents. Quelques exemples : il donne au réalisateur Chen Kaige la possibilité de tourner son film le plus personnel, Le roi des enfants ; il produit L'affaire du canon noir (l'un des plus beaux films chinois de tous les temps) ainsi que le premier film de Zhang Yimou, Le sorgho rouge, Ours d'or à Berlin en 1988 ...

Grâce à Wu Tianming, en très peu de temps, les studios de Xi’an se transforment en un Eldorado du cinéma, sur lequel souffle l'esprit nouveau et qui marque les débuts de la fameuse cinquième génération, celle qui a, entre autre, lancé le cinéma chinois dans une orbite internationale. Jamais un tel phénomène n'aurait pu se produire sans la détermination et le courage de ce réalisateur hors du commun qui aujourd'hui n'a peut être pas encore dit son dernier mot. Si c'était le cas, ce ne serait que du bonheur…

Filmographie

1979 - Le sanglot de la vie (avec Teng Wenji)
1980 - Une seule famille (avec Teng Wenji)
1982 - La rivière sans balises
1984 - Life
1986 - Le vieux puits
1995 - le roi des masques
2002 - CEO
Luisa Prudentino

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jeudi 5 juillet 2007

Edito de juillet 2007

Difficile de signer un édito lorsque l’un des plus brillants cinéastes taiwanais vient de s’éteindre. Je me rappelle avoir été subjugué par A Brighter Summer Day, l’une des plus belles fresques cinématographiques sur la jeunesse avec In The heat of the Sun de Jiang Wen. Je me souviens aussi de son regard d’enfant et son sourire irrésistible lors de sa remise de prix au Festival de Cannes pour Yiyi.


L’année dernière à Vesoul je découvrais
Taipei Story, l’un des films encore introuvable où jouait Hou Hsiao-hsien, un autre grand du cinéma taiwanais. Tel un trésor du septième art, sa disparition tourne peut être une page idéologique du cinéma de Taiwan, même si Hou Hsiao-hsien, la soixantaine passée, continue de nous émouvoir.

Que restera t’il du cinéma taiwanais après lui ?
Certainement de grands réalisateurs, de grands films, mais seront-ils assez fort pour faire battre le cœur de l’île à l’international ?

En attendant de pouvoir y répondre, chinacinema.fr continuera en ce premier mois d’été à promouvoir le cinéma chinois et verse sa première larme au grand cinéaste que fut Edward Yang.

Damien Paccellieri

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mercredi 4 juillet 2007

Ming Ming

Ming Ming de Susie Ho, 2005
Avec Zhou Xun, Daniel Wu

Ming Ming, un film d'action à la double identité où Zhou Xun interprète Ming Ming et Nana, deux femmes à l'étrange ressemblance...

Visuellement inclassable, Ming Ming, le premier long-métrage de fiction de Susie Au est à la frontière entre le film d’art martiaux, le polar et la romance. Il débute par un clip-séquence effréné qui laisse le spectateur s’interroger sur la possibilité de suivre ce film de bout en bout sans s’essouffler. Puis progressivement le film reprend son souffle comme les personnages qui se remettent de cette ouverture haletante .

Ming Ming est une jeune femme moderne, gothique et terriblement amoureuse de D, un combattant mystérieux à qui elle a promis de rassembler les 5 millions de dollars nécessaires pour aller à Harbin. D est sûr d’avoir déjà vu Ming Ming quelque part. Peu importe, les 5 millions subtilisés à Brother Cat avec une mystérieuse boîte de Pandore, Ming Ming s’enfuit non sans laisser au passage l’argent à un homme de passage qui court plus vite que ses poursuivants.
Lui prend Nana pour Ming Ming et l’embarque dans sa folle course-poursuite. S’ensuit alors un road-movie qui les entraîne de Hong-Kong à Shanghai puis Harbin, leur destination ultime.

On ne doit pas chercher dans Ming Ming la rationalité dont nos yeux ont besoin pour croire aux histoires qu’on nous raconte. Ici il faut se plonger dans un univers onirique, baroque et démentiel où la réalité n’a de frontières que celles que veut bien lui donner notre imagination. Et Susie Au réussit son pari de nous entraîner dans ces histoires d’amour croisées entre deux couples, l’un noir et mystérieux, l’autre comique et coloré. La réalisation est efficace et emprunte aux précédents vidéo-clips de la réalisatrice. On ne s’étonnera pas en disant que Ming Ming est un film hongkongais même si aujourd’hui il est politiquement correct de parler de film chinois. Le style est reconnaissable entre tous. Cette école du film d’action lui sert dans les moments les plus trépidants du film. Et son inspiration occidentale puise dans les thrillers psychologiques européens. Elle revendique même une influence des films français dans la façon de traiter les périodes de tension entre les personnages et dans cette voix-off qui donne au film une épaisseur supplémentaire.

Il faut aller voir Ming Ming pour le spectacle visuel qu’il représente, pour la performance d’actrice de Zhou Xun, une nouvelle fois sublime et surprenante. Elle interprète à merveille les deux rôles antagonistes, les deux facettes de son personnage : l’une froide et forte Ming Ming, l’autre, chaleureuse et fragile, Nana. Une nouvelle performance qui devrait lui valoir la reconnaissance du métier. On regrettera un dénouement spécieux qui n’a pas grand-chose à voir avec le reste du film même si les flashes-back de D nous permettent d’y voir les blessures de son passé.

Mais le scénario tient tout de même bien la route au bout du compte et on pardonnera aux auteurs, cet écart de dernière minute. Voir le trailer

Vianney Meunier
(2007)

Publié par damien à 19:18 et 0 commentaire(s)

lundi 2 juillet 2007

Triste nouvelle...

Edward Yang (杨德昌), l'un des plus grands cinéastes taiwanais vient de s'éteindre d'un cancer du colon rongeant sa vie depuis plus de sept années.
Véritable initiateur de la nouvelle vague taiwanaise, ce réalisateur étonnait ses compères par ses idées cinématographiques, lui qui était alors revenu de ses études aux Etats Unis.
Né en 1947 à Shanghai, il marque les esprits avec l'un des volets du film In Our Times en 1982, oeuvre fondatrice de la nouvelle vague. Sa carrière est alors lancée avec des films inoubliables comme Taipei Story (1985), A Brighter Summer Day (1991) ou bien encore Yiyi (2000) qui avai reçu le prix de la mise en scène à Cannes.
Bien qu'on en parlait peu, il était la clé de voûte de cette nouvelle génération de réalisateurs taiwanais lui qui reçevait dans sa maison à la japonaise les plus grands de l'époque encore en gestation : Hou Hsiao-hsien, Wu Nien-jen, etc...

Un coup dur pour ce cinéma, un coup dur pour la mémoire de ce cinéma. Nous reviendrons prochainement sur ses oeuvres.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 10:55 et 0 commentaire(s)

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