samedi 30 juin 2007
A Great Wall
A Great Wall de Peter Wang, 1985 Avec Peter Wang, Li Qin Qin, Shen Guanglan
De nombreuses œuvres sino-américaines ont ensemencée les années 80 et 90 avec comme réalisateurs phares Wayne Wang ou bien encore un certain taiwanais oscarisé il y a peu pour Brokeback Mountain.
De son côté Peter Wang a su marquer de son empreinte les années 80 où les multiples Chinatown, déjà fortement développées aux Etats-Unis, se sont révélés être des villes dans la ville, établissant peu à peu une économie prospère et parfois parallèle.
Notre cinéaste a voulu sortir de cette standardisation et porter sa recherche vers les origines de ses habitants, qui furent dès leurs plus jeunes âges déracinés à leurs terres natales.
Le long métrage s’ouvre donc sur une Chine des années 80 où la foule, semble traversée par une certaine quiétude confucéenne. Lili, une jeune adolescente, habite avec ses parents dans le quartier des hutongs dans une maison à cour carré (siheyuan). Elle vient de recevoir un courrier de son oncle Leo des Etats-Unis qui souhaitent passer quelques jours heureux en Chine pour revoir sa famille.
Cet oncle vit déjà depuis plus de trente ans aux Etats-Unis à San Francisco où son fils apprend le chinois avec la plus grande des négligences. D’un destin et d’une famille à l’autre, Peter Wang alterne habilement les situations des deux pays éveillant la curiosité des chinois pour leurs camarades sino-américains et vice versa.
Du côté communiste, les jeunes chinois apprennent l’anglais, preuve irréfutable d’une ouverture sur le monde, certes encore difficile, mais assumée.
Leo quant à lui devait être promu au siège de directeur d’une nouvelle branche de son agence mais le comité de direction choisit un homme aux origines WASP (White Anglo Saxon Protestant) plutôt que de mettre un « bridé » à la tête de cet
ambitieux développement. Ce racisme insidieux le pousse à prendre du recul et quelques jours de congés mérités. Mais il restera outré sur ces manières peu éthiques et très ethniques de la société américaine dont il pensait faire partie.
Au bout du compte chacun rêve de l’autre : les chinois s’abreuvent de contes américains, et les sino-américains rêvent d’un retour aux sources.
Il est très étonnant et fort appréciable de voir Pékin figé dans les années 80 et ce, à travers les yeux de ces chinois vivant aux Etats-Unis, étrangers à leurs lointaines racines.
Les chinois eux-mêmes s’en délectent en leur disant : « les 2/3 de la famille ne parlent même plus chinois, pourtant vous savez tous tenir des baguettes »
Quoi de plus vrai que cela ? Ils ne sont peut être pas chinois de langue ou de territoire mais ils le sont de cœur et de culture.
L’oncle Léo et sa sœur se souviennent parfois de leur père décédé lors de la révolution culturelle.
Est-ce un constat cinglant du réalisateur ou tout simplement un message autobiographique qui désignerait l’une des causes de son départ aux Etats-Unis ? Il y a probablement du vrai dans ces deux pensées.
Lors d’une séance de tennis de table, les chinois tiennent leurs raquettes différemment des américains, et cela se reproduit dans la manière de faire de la course à pied, autre symbolique forte du long métrage pour exacerber les différences entre deux modes de vie. Le souvenir le plus impérissable de ce film restera cette partie de rugby américain sur la grande muraille, dont je vous laisse comprendre la encore la symbolique entre ce sport américain et ce lieu typiquement chinois.
Les petits détails de la vie sont aussi la source de grandes différences entre ces deux cultures comme le côté vestimentaire plus libertaire du point de vue américain, mais également dans les habitudes quotidiennes, la musique écoutée, la façon de danser, etc.. Les deux familles se distinguent par de nombreuses caractéristiques mais ce n’est que pour mieux se retrouver autour de leurs origines chinoises.
Ainsi Peter Wang est un excellent portraitiste social, loin d’un Wayne Wang parfois trop caricatural à son insu. Malgré un degré de naïveté parfois supérieur à la normale, le cinéaste nous gratifie d’un regard croisé
essentiel sur la situation des chinois de des deux pays et surtout, à ce moment de l’Histoire. Ce témoignage poignant prend toute son ampleur à la croisée des destinées des jeunes chinois mais aussi des plus vieux comme la fameuse pékinoise Lo Yusheng nous récitant ses poèmes sur de la musique traditionnelle (Jing Yun Da Gu ). Avec A Great Wall Peter Wang dépose les remparts de la grande muraille aux Etats-Unis et réalise avec talent l’un des meilleurs films sino-américains.
De nombreuses œuvres sino-américaines ont ensemencée les années 80 et 90 avec comme réalisateurs phares Wayne Wang ou bien encore un certain taiwanais oscarisé il y a peu pour Brokeback Mountain.
De son côté Peter Wang a su marquer de son empreinte les années 80 où les multiples Chinatown, déjà fortement développées aux Etats-Unis, se sont révélés être des villes dans la ville, établissant peu à peu une économie prospère et parfois parallèle.
Notre cinéaste a voulu sortir de cette standardisation et porter sa recherche vers les origines de ses habitants, qui furent dès leurs plus jeunes âges déracinés à leurs terres natales.
Le long métrage s’ouvre donc sur une Chine des années 80 où la foule, semble traversée par une certaine quiétude confucéenne. Lili, une jeune adolescente, habite avec ses parents dans le quartier des hutongs dans une maison à cour carré (siheyuan). Elle vient de recevoir un courrier de son oncle Leo des Etats-Unis qui souhaitent passer quelques jours heureux en Chine pour revoir sa famille.
Cet oncle vit déjà depuis plus de trente ans aux Etats-Unis à San Francisco où son fils apprend le chinois avec la plus grande des négligences. D’un destin et d’une famille à l’autre, Peter Wang alterne habilement les situations des deux pays éveillant la curiosité des chinois pour leurs camarades sino-américains et vice versa.
Du côté communiste, les jeunes chinois apprennent l’anglais, preuve irréfutable d’une ouverture sur le monde, certes encore difficile, mais assumée.
Leo quant à lui devait être promu au siège de directeur d’une nouvelle branche de son agence mais le comité de direction choisit un homme aux origines WASP (White Anglo Saxon Protestant) plutôt que de mettre un « bridé » à la tête de cet
ambitieux développement. Ce racisme insidieux le pousse à prendre du recul et quelques jours de congés mérités. Mais il restera outré sur ces manières peu éthiques et très ethniques de la société américaine dont il pensait faire partie.Au bout du compte chacun rêve de l’autre : les chinois s’abreuvent de contes américains, et les sino-américains rêvent d’un retour aux sources.
Il est très étonnant et fort appréciable de voir Pékin figé dans les années 80 et ce, à travers les yeux de ces chinois vivant aux Etats-Unis, étrangers à leurs lointaines racines.
Les chinois eux-mêmes s’en délectent en leur disant : « les 2/3 de la famille ne parlent même plus chinois, pourtant vous savez tous tenir des baguettes »
Quoi de plus vrai que cela ? Ils ne sont peut être pas chinois de langue ou de territoire mais ils le sont de cœur et de culture.
L’oncle Léo et sa sœur se souviennent parfois de leur père décédé lors de la révolution culturelle.
Est-ce un constat cinglant du réalisateur ou tout simplement un message autobiographique qui désignerait l’une des causes de son départ aux Etats-Unis ? Il y a probablement du vrai dans ces deux pensées.
Lors d’une séance de tennis de table, les chinois tiennent leurs raquettes différemment des américains, et cela se reproduit dans la manière de faire de la course à pied, autre symbolique forte du long métrage pour exacerber les différences entre deux modes de vie. Le souvenir le plus impérissable de ce film restera cette partie de rugby américain sur la grande muraille, dont je vous laisse comprendre la encore la symbolique entre ce sport américain et ce lieu typiquement chinois.
Les petits détails de la vie sont aussi la source de grandes différences entre ces deux cultures comme le côté vestimentaire plus libertaire du point de vue américain, mais également dans les habitudes quotidiennes, la musique écoutée, la façon de danser, etc.. Les deux familles se distinguent par de nombreuses caractéristiques mais ce n’est que pour mieux se retrouver autour de leurs origines chinoises.Ainsi Peter Wang est un excellent portraitiste social, loin d’un Wayne Wang parfois trop caricatural à son insu. Malgré un degré de naïveté parfois supérieur à la normale, le cinéaste nous gratifie d’un regard croisé
essentiel sur la situation des chinois de des deux pays et surtout, à ce moment de l’Histoire. Ce témoignage poignant prend toute son ampleur à la croisée des destinées des jeunes chinois mais aussi des plus vieux comme la fameuse pékinoise Lo Yusheng nous récitant ses poèmes sur de la musique traditionnelle (Jing Yun Da Gu ). Avec A Great Wall Peter Wang dépose les remparts de la grande muraille aux Etats-Unis et réalise avec talent l’un des meilleurs films sino-américains.Damien Paccellieri
vendredi 29 juin 2007
Flash Info : Nanking Nanking de Lu Chuan
Lu Chuan, le fameux réalisateur de Ke Ke Xi Li, long métrage sur les antilopes du Tibet, est sur le point de tourner en Aout Nanking Nanking, son nouveau projet.Basé sur les massacres japonais de la ville de Nankin en 1937 et quelques peu oubliés par l'autre massacre qu'a été la bombe atomique (victimisant les japonais alors qu'ils sont responsables d'une guerre colonisatrice). Le cinéaste change donc complètement de registre.
Serait ce un lieu cinématographique propre à rattraper le retard judiciaire de ces horreurs du passé ?
En attendant, c'est le genre de projets qui plait aux autorités. Les premières vidéos qui circuleront sur Internet à l'automne nous permettrons de donner un regard avisé quant à la qualité de cette thématique... mais nous pouvons d'ors et déja faire confiance à Lu Chuan, l'un des jeunes orfèvres du cinéma chinois.
mardi 26 juin 2007
Feizhou Laowei
Feizhou Laowei de Joseph Kumbela, 1998Court métrage
Les tribulations d’un africain à Pékin, amouraché d’une jeune chinoise.
Il est rare de voir des étrangers et notamment des africains, dans des courts ou longs métrages sur la culture chinoise. Heureusement, les co-productions commencent réellement à porter leurs fruits sur une mixité dans la cinématographie chinoise encore bien difficile, il est vrai.
Cependant regarder ce court métrage tombe à pic en cette période d’échanges économiques et commerciaux intenses entre une Chine qui souhaite sécuriser sa souveraineté énergétique et un continent africains qui a besoin de partenaire dans un co-développement structurel. Il est intéressant en plus de voir aujourd’hui les occidentaux font la leçon à la Chine en Afrique, alors que nous autres français en européens sommes quand même responsable de l’esclavagisme économique qu’est la dette, de nombreux coups fourrés diplomatiques et même de vente d’armes ! Donc avant de faire la morale, balayons peut être un peu devant notre porte…
Bref, on reconnaît immédiatement dans Feizhou Laowei la capitale chinoise et ses quelques quartiers bucoliques comme les hutongs si chers à l’architecture locale.
En regardant de près, on distingue même le centre commercial à l’horloge Citizen en plein cœur de Wangfujing.
Alors même si la mise en scène est totalement rudimentaire et semé de petites incohérences (le héros africain appelé Lulu parle par exemple en français à sa douce qui lui rétorque en mandarin, sans aucunes explications ), le cinéphile se prend au jeu de ce court métrage distrayant.
Dans cet essai sino-africain on retiendra particulièrement une scène ébouriffante où Lulu parle dans un mandarin plus que parfait. La force de cette scène réside dans l’excellente élocution de l’accent pékinois mais aussi dans l’environnement du héros fait entièrement d’une population chinoise qui le regarde comme une bête de foire. Discrimination ? Trop grandes différences culturelles jusqu’à la couleur de peau ? C’est peut être l’un des fins mots de cette histoire.
Avec quelques références à
l’Afrique, le sentiment de se sentir toujours étranger malgré une relation de couple avec une chinoise, Feizhou Laowei est une curiosité à voir rien que pour cette représentation si particulière des différences culturelles. Et pour terminer, une chanson très populaire vient clôturer ce portrait loin sur le quotidien d’un couple pas comme les autres: « Ah ces filles de Daban ! Des Jambes comme celles des gazelles d’Afrique »…
A méditer pour les années à venir dans les relations sino-africaines.
Les tribulations d’un africain à Pékin, amouraché d’une jeune chinoise.
Il est rare de voir des étrangers et notamment des africains, dans des courts ou longs métrages sur la culture chinoise. Heureusement, les co-productions commencent réellement à porter leurs fruits sur une mixité dans la cinématographie chinoise encore bien difficile, il est vrai.
Cependant regarder ce court métrage tombe à pic en cette période d’échanges économiques et commerciaux intenses entre une Chine qui souhaite sécuriser sa souveraineté énergétique et un continent africains qui a besoin de partenaire dans un co-développement structurel. Il est intéressant en plus de voir aujourd’hui les occidentaux font la leçon à la Chine en Afrique, alors que nous autres français en européens sommes quand même responsable de l’esclavagisme économique qu’est la dette, de nombreux coups fourrés diplomatiques et même de vente d’armes ! Donc avant de faire la morale, balayons peut être un peu devant notre porte…
Bref, on reconnaît immédiatement dans Feizhou Laowei la capitale chinoise et ses quelques quartiers bucoliques comme les hutongs si chers à l’architecture locale.
En regardant de près, on distingue même le centre commercial à l’horloge Citizen en plein cœur de Wangfujing.
Alors même si la mise en scène est totalement rudimentaire et semé de petites incohérences (le héros africain appelé Lulu parle par exemple en français à sa douce qui lui rétorque en mandarin, sans aucunes explications ), le cinéphile se prend au jeu de ce court métrage distrayant.Dans cet essai sino-africain on retiendra particulièrement une scène ébouriffante où Lulu parle dans un mandarin plus que parfait. La force de cette scène réside dans l’excellente élocution de l’accent pékinois mais aussi dans l’environnement du héros fait entièrement d’une population chinoise qui le regarde comme une bête de foire. Discrimination ? Trop grandes différences culturelles jusqu’à la couleur de peau ? C’est peut être l’un des fins mots de cette histoire.
Avec quelques références à
l’Afrique, le sentiment de se sentir toujours étranger malgré une relation de couple avec une chinoise, Feizhou Laowei est une curiosité à voir rien que pour cette représentation si particulière des différences culturelles. Et pour terminer, une chanson très populaire vient clôturer ce portrait loin sur le quotidien d’un couple pas comme les autres: « Ah ces filles de Daban ! Des Jambes comme celles des gazelles d’Afrique »…A méditer pour les années à venir dans les relations sino-africaines.
Damien Paccellieri
lundi 25 juin 2007
Made in Hong Kong
Made in Hong Kong de Fruit Chan, 1997 Avec Lee Chan-Sam, Li Wenbers, Tam Amy
Made in Hong Kong, révélation du festival des 3 Continents de Nantes a remporté le prestigieux HK Film Award, équivalent de nos césars. Le film est clairement inspiré des évènements de 1997, quand Hong Kong allait devoir rejoindre la Chine. Fruit Chan (The Longest Summer, Little Cheung), signe un étrange thriller où des adolescents marginaux fréquentent le milieu des triades. Dans un Hong Kong survolté, quelques mois avant la rétrocession des territoires à la Chine populaire, le jeune Mi-Août et son protégé Jacky, attardé mental à la carrure d’un lutteur, vivent de petites combines. Un jour Ah Ping, jeune fille atteinte d’une maladie incurable fait irruption dans la vie de Mi-Août et celui-ci s’obstine à croire qu’il peut la sauver s’il trouve de l’argent, quitte à commettre un crime.
Ah Fruit Chan ! Rien que le nom de ce réalisateur fera plaisir à toute la cinéphilie francophone, toujours assurée de passer un moment cinématographique inoubliable en sa compagnie.
Made in Hong Kong a fait la renommée en France du réalisateur chinois, sorti par Mk2, puis Jean Pierre Dionnet eu l’excellente idée de sortir par la suite Little Cheung et Durian Durian, deux autres monuments de sa filmographie.
Fruit Chan nous conte le désespoir de Mi-Août, un jeune hongkongais, médiocre élève qui quitta l’école pour traîner dans la rue où les règlements de compte font loi.
Depuis quelques temps, le jeune Mi-Août collecte les remboursements de dettes pour Mr Wing, un petit chef
de la mafia locale.
Il rencontre au cours de son travail une mère isolée avec sa fille qui ont contracté de fortes dettes. L’heure du remboursement a sonné mais la famille monoparentale n’a pas les moyens de l’honorer. Le jeune mi-Août remarque la fille (Ah Ping) et semble s’adoucir à sa rencontre.Dans le même temps une jeune fille hongkongaise se suicide du toit d’un immeuble. Jacky, l’ami de Mi-Août, récupère près de ce corps les lettres ensanglantées que tenait la défunte.
L’époque est difficile voir morose : Hong Kong ne va pas très bien. La maman endettée entretient de très mauvaises relations avec sa fille comme si cette tristesse sociale se répandait dans chaque famille, dans chaque foyer, dans chaque âme peuplant la ville.
Quand le jeune Mi-Août rentre dans son petit taudis, il fait des cauchemars de l’autre fille qui a mit fin à ses jours il y a peu. Il commence sérieusement à penser que les lettres de cette suicidée lui portent malheur.
Ah Ping vient alors le voir pour lui dire qu’elle est très malade et qu’elle va peut être mourir.
Mi-Août, Ah Ping et Jacky, trois adolescents perdus se donnent alors pour but de rendre les lettres aux parents de la défunte, et de parcourir la ville tout en s’imaginant grandir…mais le temps est compté pour Ah Ping et Mi-Août le sait…
Comme nous le dit Thierry Jousse dans le bonus du long métrage, Fruit Chan a réalisé ce film avec des bouts de pellicules amassées un peu n’importe où, tout comme l’argent nécessaire à ce long métrage, emprunté à sa famille et ses amis. Quand on voit le résultat, on se dit qu’il en faudrait un peu plus de ces cinéastes qui se tentent au système D !

Made in Hong Kong est une pure merveille. Elle l’est pour son message très symbolique de cette période de transition. Peu de certitudes bradées pour une légion d’incertitudes dans cette ville qui ne sait pas ce que seront ses lendemains auprès de la sphère communiste.
A cette époque ou le tom-tom (« messager » téléphonique) était à la mode, Mi-Août semble tout aussi perdu que ses acolytes, car sortit du système scolaire avec une situation familiale catastrophique, seul lui restait les petites escroqueries et les erreurs de jeunesses pour se donner une ligne de conduite.
Cependant ces erreurs peuvent vous mener loin, ce que connaîtront nos héros d’un jour…
A cette occasion, Fruit Chan marie la colorimétrie poussive de son long métrage avec des plans d’une beauté froide, d’un bleuté glaciale comme pour la scène du suicide jusqu’à l’entrecroisée avec l’église qui flatte notre pupille et qui resteront gravés dans nos mémoires.
Mais le cinéaste ne s’arrête pas lui puisqu’il donnera des sueurs froides par ses plans vertigineux de tours en béton dont il faut escarp
er les marches jusqu’au dernier étage, faute d’ascenseur.Le cimetière, lieu de rendez vous et de pèlerinage pour les trois adolescents, est là aussi pourvu d’une cinématique de toute beauté. On se demande même où le réalisateur va-t-il chercher cela. La réponse tient probablement en ce que Fruit Chan connaît très bien sa ville et ses ruelles les plus secrètes.
Tout le long métrage est une ode à la découverte de Hong Kong et de son architecture unique. Des escaliers usés par l’âge à ce sentiment de vide et de crasse de certains couloirs sans issus, le réalisateur nous transporte en plein cœur des quartiers bitumeux de la métropole.
Il n’hésite pas non plus à exploiter la violence sociale et physique pour mieux exacerber ces sentiments de doutes qui assaillent la ville. On est très loin de la sensualité et de la beauté onirique d’un certain Wong Kar-wai.
La relation à la mort est aussi très importante dans ce long métrage. Chacun des héros y fera face. Ah Ping par sa maladie, Jacky par le destin, et Mi-Août par les conséquences de ses actes. Comme pour déconnecter ces réalistes funestes, Fruit Chan y greffe tout le développement d’un carpe diem par des scènes (le cimetière) inoubliables prenant acte dans la peur d’une ville en pleine rétrocession.
Enfin, avec une bande son de qualité et une relation intemporelle entre ces trois gosses qui connaîtront chacun leurs fins, Fruit Chan termine avec une phrase de Mao envers la jeunesse chinoise.
Pourra t’elle s’appliquer à la jeunesse de Hong Kong ? C’est tout le défi de cette mutation sociale où Made in Hong Kong y apporte un brin de réponse.
Damien Paccellieri
samedi 23 juin 2007
Bandes annonces de films chinois
Vous trouverez une petite sélection régulièrement mise à jour de trailers, teasers, d'interviews et bandes annonces de films chinois en dessous des boutons du site et de la barre de recherche.Maj de la bande annonce de The Assembly de Feng Xiaogang (sous titre anglais), voir ici
Damien Paccellieri
mardi 19 juin 2007
Chinacinema Tv : Isolation 9
Toujours dans le but de promouvoir le cinéma chinois, voici Isolation 9 , un (très) court métrage de Jo Ho (alias Joanne Ho) qui fut maquilleuse sur Anna et le Roi, puis productrice de The Jiang Hu : The Triad Zone.
Elle signe ici son premier essai au cinéma. C'est assez prometteur. Une version plus longue existe mais pas encore sortie des cartons de la demoiselle.
Elle signe ici son premier essai au cinéma. C'est assez prometteur. Une version plus longue existe mais pas encore sortie des cartons de la demoiselle.
samedi 16 juin 2007
Le tibet dans le cinema chinois
Le Tibet dans le cinéma chinois : portrait à travers l'analyse de trois films chinois- Esclave de Li Jun (1963)
- Le Voleur de chevaux de tian Zhuangzhuang (1986)
- Kekexili, la patrouille sauvage (2006)
Le Tibet, sa culture, ses paysages, forment un sujet extraordinaire pour le cinéma. Pourtant, malgré la fascination qu’il exerce sur les imaginations chinoises et occidentales, le Tibet a rarement été porté à l’écran chinois à cause certainement des problèmes de censure liés à l’assimilation de cette culture et des conditions extrêmes de tournage dans cette nature hostile. Trois films chinois, réalisés à trois périodes différentes (années 60, 80 et 2000), s’attachent, chacun à sa manière, à montrer cette région fascinante.
Esclave, réalisé en 1963 par Li Jun, malgré son esthétique remarquable, reste un film de propagande réalisé par le Studio de l’armée. Il nous conte la vie de Jampa, esclave tibétain vivant dans les années 50 sous l’oppression des religieux et « aristocrates » locaux, jusqu’à la « libération » du Tibet par l’armée chinoise. L’esthétique de Esclave échappe cependant à l’esthétique des films de propagande des années 50 et 60. En effet, dès les premiers plans, deux panoramiques sur les paysages de montagnes tibétains, jusqu’aux plongées sur les esclaves montant les marches des villes à flan de montagne et aux « hommes d’acier » dont les corps sont recouverts d’une poussière argentée, le réalisateur Li Jun met en place une esthétique amorçant les conditions de vie extrêmes et l’oppression qu’il en découle.
Plus de 20 ans après, Tian Zhuangzhuang nous offre un autre film se déroulant au Tibet. Le Voleur de chevaux (1986) est cependant réalisé dans un contexte différent, l’apparition de la 5ème génération au milieu des années 80. Le Voleur de chevaux, produit par le fameux Studio de Xi’an, n’est plus un film de propagande, même si Tian Zhuangzhuang a dû ajouter une mention précisant que l’action se déroule dans les années 20, avant la « libération » du Tibet, pour échapper à la censure.
Le Voleur de chevaux est l’histoire de Norbu, un voleur de chevaux exclu de son clan avec sa famille à cause de ses forfaits. Tian Zhuan
gzhuang semble être fasciné par ce mode de vie extrême, les croyances (le film est une ode à la prière) et les paysages tibétains. La nature est omniprésente dans le long métrage à travers les plans magnifiques des paysages. Contrairement à Esclave, la religion n’est pas dénoncée dans Le Voleur de chevaux. Tian Zhuangzhuang la respecte car elle fait partie de la culture tibétaine, mais si dans certains passages de l’oeuvre Norbu et sa femme y voient la cause de la mort de leur fils, punition pour les vols qu’il a commis.
Enfin Kekexili, la patrouille sauvage, réalisé par Lu Chuan en 2006 est une autre vision, plus écologique, du Tibet. Lu Chuan ne s’intéresse pas autant à la culture tibétaine que Tian Zhuangzhuang, même si c’est le seul des trois films dont une partie des dialogues et des chansons sont en langue tibétaine. Kekexili, la patrouille sauvage nous guide sur les pas d’une patrouille qui traquent les braconniers massacrant les antilopes tibétaines à Kekexili. Cette lutte qu’ils mènent avec des moyens dérisoires et jusqu’à l’absurde en devient mortel comme lorsque l’un des patrouilleurs s’enfonce lentement dans les sables mouvant. La nature joue un rôle essentiel dans ce film, on peut même dire qu’elle est le personnage principal. Les montagnes et les plaines étant présentes dans tous les plans, le sujet se borde principalement à la protection des antilopes.
Même si ces trois longs métrages ont été réalisé à trois périodes très différentes du cinéma, ils sont très proches par leur environnement (hostilité des lieux) et par leur l’esthétique (plateaux, montagnes, neiges et deserts) comme si ces trois réalisateurs se laissaient envoûter par ces paysages à la fois merveilleusement beaux et d’une hostilité terrifiante, à l’image des vautours qui, dans Le Voleur de chevaux et Kekexili se régalent des cadavres qui jonchent les terres arrides.
Tourner au Tibet est très particulier pour un réalisateur chinois. Hormis des conditions de tournage très difficiles à des altitudes extrêmes (Tian Zhuangzhuang a failli mourir pendant le tournage du Voleur de chevaux et l’équipe de Kekexili est en partie tombée malade), il s’agit aussi de parler d’une culture mise en danger par l’assimilation chinoise. De ce point de vue, Esclave est le film le plus contestable car il trouve une justification à l’invasion chinoise, mais Tian Zhuangzhuang et Lu Chuan au contraire se montrent d’ardents défenseur de la région tib
étaine, l’un culturellement et l’autre écologiquement.
Aussi, faire un film sur le Tibet peut poser des risques face à la censure. Ces trois films ont d’ailleurs connu diverses fortunes avec celle-ci.
Esclave est un film très officiel, Le Voleur de chevaux a failli être censuré même s’il a été réalisé à une période relativement ouverte de ce point de vue, et Kekexili a crée une ouverture dans la censure chinoise en étant le premier film officiel de Chine continentale à obtenir un prix à Taiwan.
Espérons que cela ouvrira la porte à d’autres réalisateurs chinois qui souhaiteraient s’engager sur la voie tibétaine…
- Le Voleur de chevaux de tian Zhuangzhuang (1986)
- Kekexili, la patrouille sauvage (2006)
Le Tibet, sa culture, ses paysages, forment un sujet extraordinaire pour le cinéma. Pourtant, malgré la fascination qu’il exerce sur les imaginations chinoises et occidentales, le Tibet a rarement été porté à l’écran chinois à cause certainement des problèmes de censure liés à l’assimilation de cette culture et des conditions extrêmes de tournage dans cette nature hostile. Trois films chinois, réalisés à trois périodes différentes (années 60, 80 et 2000), s’attachent, chacun à sa manière, à montrer cette région fascinante.Esclave, réalisé en 1963 par Li Jun, malgré son esthétique remarquable, reste un film de propagande réalisé par le Studio de l’armée. Il nous conte la vie de Jampa, esclave tibétain vivant dans les années 50 sous l’oppression des religieux et « aristocrates » locaux, jusqu’à la « libération » du Tibet par l’armée chinoise. L’esthétique de Esclave échappe cependant à l’esthétique des films de propagande des années 50 et 60. En effet, dès les premiers plans, deux panoramiques sur les paysages de montagnes tibétains, jusqu’aux plongées sur les esclaves montant les marches des villes à flan de montagne et aux « hommes d’acier » dont les corps sont recouverts d’une poussière argentée, le réalisateur Li Jun met en place une esthétique amorçant les conditions de vie extrêmes et l’oppression qu’il en découle.
Plus de 20 ans après, Tian Zhuangzhuang nous offre un autre film se déroulant au Tibet. Le Voleur de chevaux (1986) est cependant réalisé dans un contexte différent, l’apparition de la 5ème génération au milieu des années 80. Le Voleur de chevaux, produit par le fameux Studio de Xi’an, n’est plus un film de propagande, même si Tian Zhuangzhuang a dû ajouter une mention précisant que l’action se déroule dans les années 20, avant la « libération » du Tibet, pour échapper à la censure.
Le Voleur de chevaux est l’histoire de Norbu, un voleur de chevaux exclu de son clan avec sa famille à cause de ses forfaits. Tian Zhuan
gzhuang semble être fasciné par ce mode de vie extrême, les croyances (le film est une ode à la prière) et les paysages tibétains. La nature est omniprésente dans le long métrage à travers les plans magnifiques des paysages. Contrairement à Esclave, la religion n’est pas dénoncée dans Le Voleur de chevaux. Tian Zhuangzhuang la respecte car elle fait partie de la culture tibétaine, mais si dans certains passages de l’oeuvre Norbu et sa femme y voient la cause de la mort de leur fils, punition pour les vols qu’il a commis.Enfin Kekexili, la patrouille sauvage, réalisé par Lu Chuan en 2006 est une autre vision, plus écologique, du Tibet. Lu Chuan ne s’intéresse pas autant à la culture tibétaine que Tian Zhuangzhuang, même si c’est le seul des trois films dont une partie des dialogues et des chansons sont en langue tibétaine. Kekexili, la patrouille sauvage nous guide sur les pas d’une patrouille qui traquent les braconniers massacrant les antilopes tibétaines à Kekexili. Cette lutte qu’ils mènent avec des moyens dérisoires et jusqu’à l’absurde en devient mortel comme lorsque l’un des patrouilleurs s’enfonce lentement dans les sables mouvant. La nature joue un rôle essentiel dans ce film, on peut même dire qu’elle est le personnage principal. Les montagnes et les plaines étant présentes dans tous les plans, le sujet se borde principalement à la protection des antilopes.
Même si ces trois longs métrages ont été réalisé à trois périodes très différentes du cinéma, ils sont très proches par leur environnement (hostilité des lieux) et par leur l’esthétique (plateaux, montagnes, neiges et deserts) comme si ces trois réalisateurs se laissaient envoûter par ces paysages à la fois merveilleusement beaux et d’une hostilité terrifiante, à l’image des vautours qui, dans Le Voleur de chevaux et Kekexili se régalent des cadavres qui jonchent les terres arrides.
Tourner au Tibet est très particulier pour un réalisateur chinois. Hormis des conditions de tournage très difficiles à des altitudes extrêmes (Tian Zhuangzhuang a failli mourir pendant le tournage du Voleur de chevaux et l’équipe de Kekexili est en partie tombée malade), il s’agit aussi de parler d’une culture mise en danger par l’assimilation chinoise. De ce point de vue, Esclave est le film le plus contestable car il trouve une justification à l’invasion chinoise, mais Tian Zhuangzhuang et Lu Chuan au contraire se montrent d’ardents défenseur de la région tib
étaine, l’un culturellement et l’autre écologiquement.Aussi, faire un film sur le Tibet peut poser des risques face à la censure. Ces trois films ont d’ailleurs connu diverses fortunes avec celle-ci.
Esclave est un film très officiel, Le Voleur de chevaux a failli être censuré même s’il a été réalisé à une période relativement ouverte de ce point de vue, et Kekexili a crée une ouverture dans la censure chinoise en étant le premier film officiel de Chine continentale à obtenir un prix à Taiwan.
Espérons que cela ouvrira la porte à d’autres réalisateurs chinois qui souhaiteraient s’engager sur la voie tibétaine…
Christophe Falin
vendredi 15 juin 2007
Epouses et Concubines
Epouses et Concubines de Zhang Yimou, 1991Avec Gong Li, He Saifu, Kong Lin
Chine du Nord, dans les années 20. Songlian, jeune fille de 19 ans, contrainte d’abandonner ses études à la mort de son père, se résigne à devenir la quatrième épouse d’un riche maître. Chaque jour, une lanterne rouge est allumée devant la porte d’une des épouses, signe des faveurs du maître, donc du pouvoir qu’elle prend dans la maison. A travers une initiation aux rites du clan, le film met en scène, durant quatre saisons, les intrigues des femmes pour attirer l’attention du maître et assurer leur suprématie.
Bonus : affiche 1 - affiche 2 - affiche 3
Zhang Yimou signe avec Epouses et Concubines l’une des meilleures œuvres de sa carrière. Inspirée des nouvelles de Su Tong, le cinéaste chinois le plus célèbre propulse Gong Li, son actrice et sa muse, à des sommets d’interprétation qu’aucune autre actrice chinoise contemporaine ne réussira à dépasser en intensité.
Produit par Hou Hsiao-hsien, Epouses et Concubines nous ramène en Chine dans les années 20 où une fille appelée Songlian doit se marier avec un riche propriétaire suite au décès de son père âgé de 53 ans.
Etant très pauvre, elle ne pourrait accéder au titre de 1ere épouse, voir même de bonne épouse. Elle est donc condamnée à devenir la 4eme épouse du maître Chan Zhuoqian, car, immuablement dans la société chinoise d’antan, c’est « le destin d’une femme ».
L’Eté brûle de tout son soleil et Songlian se dirige vers Qiao Jian Da Yuan, véritable nom du domaine où est tourné le long métrage (dans la région du Shanxi). C’est une ville à l’intérieur d’une ville. La résidence est constituée de plusieurs maisons, chacune employées pour divers membres de la famille du maître.
Il existe plusieurs résidences de ce genre en Chine et bien souvent des plus belles, mais Zhang Yimou a choisit celle-ci, qui depuis, est devenu un haut lieu touristique de la région.
Songlian est donc officialisée quatrième épouse par le serviteur de la résidence. Elle est accueillie au sein de cette micro société avec les honneurs et se fait masser, coiffer et baigner les pieds avec un vinaigre spécifique du Shanxi.
Elle apprend alors progressivement le fonctionnement de cette polygamie et rencontre son mari pour la 1ere fois lorsque celui-ci décide d’allumer les lanternes à sa porte (d’ailleurs le vrai titre du film c’est « Allumer les lanternes rouges »).
En effet, là où les lanternes brillent de leurs feux, là est le maître pour la nuit.
Au lendemain, Songlian fait la connaissance de toutes les autres épouses du maître, celles qui partageront sa vie et la couche de son mari.
La première est l’épouse légitime du maître, la plus âgée mais aussi la plus respectée malgré ses difficultés à donner entière satisfaction à son mari.
La deuxième est une concubine comme celles qui suivront. Elle a déjà un enfant mais c’est une fille et comme elle le dit elle-même, « une fille ne sert à rien » pour prendre l’ascendant dans la famille.
La troisième épouse a déjà un fils, Meishan, mais il n’est pas issu du lit du maître.
Enfin, la servante Yan’Er qui partage de temps à autre la couche du maître souhaiterait devenir officiellement l’une des concubines de la maison, ce qui la sortirait de sa précarité.
Le rite des lanternes, procédurales s’il en est, donne accès à de nombreux avantages pour celle(s) qui s’en attire(nt) les lumières. Toutes ces faveurs donnent lieu alors à des luttes, des trahisons afin de savoir qu’elle est celle qui tiendra dans sa main le pouvoir en cette résidence.
Et à ce petit jeu, Songlian abat toutes ses cartes entre naïveté et folie…
Au fil des saisons (une pour chaque épisode pourrait on dire), Zhang Yimou analyse une coutume persistante de la culture chinoise jusqu’à l’avènement du communisme. En effet, tout comme le rite des pieds bandés, la chute de l’empereur Pu Yi n’a pas suffit à modifier ces habitus sociaux ancrés depuis déjà plusieurs générations. La société, amplement à la faveur de la masculinité, laissait alors à la femme la seule responsabilité du foyer et de la procréation. En cela, 1949 changera la donne en établissant des règles paritaires entre homm
es et femmes, et sera l’une des grandes améliorations de la société chinoise grâce à ceux que l’on appelle les rouges. Le cinéaste dénonce avec vigueur le postulat masculin en employant une technique cinématographique simple : aucun plan de visage ne sera fait du maître, dont on apercevra à peine la silhouette. Si cela permet la délation d’une telle supériorité, cela permet aussi de laisser la part belle du long métrage aux femmes, à leurs psychologies et aux déchaînements de violences qu’elles commettront par désespoir.
On remarque aussi l’importance d’avoir un garçon à cette époque, signe de prospérité pour une famille, alors qu’une fille est juste bonne à vendre et à marier.
L’organisation de cette demeure est toute aussi intéressante où s’ébruite secrets et mensonges dans le seul but de s’accaparer le pouvoir la reconnaissance, et quelque part une vile liberté. Cette symbolique s’incarne véritablement dans la trahison de Songlian envers Yan’Er, serveuse véritablement amoureuse du maître et qui croyait naïvement devenir la quatrième épouse. Son destin marquera à jamais nos esprits comme celui de Songlian.
Chacune des épouses possède également son caractère. L’une était cantatrice, l’autre une véritable commère, l’épouse est un por
trait fidèle de l’impératrice douairière…. et la dernière est Gong Li. Oui, Gong Li. Ni plus, ni moins. Une femme qui arrive désarmée à cette résidence et qui s’extirpera de cette fausse au lion pleine de rage et de tristesse. Sa prestation est….que dire ? Il n’y pas de superlatif assez fort pour en définir les contours. Rares sont les actrices habitées par tant de charisme et de féminité, de souffrance et de perfidie.
Ce long métrage donne tout l’ampleur de son immense talent, aujourd’hui encore inégalé. Mention aussi à He Saifi qui terminera telles les plus cruelles tragédies anciennes.
Alors même si la fin manque peut être d’éclat, Epouses et Concubines est un long métrage de caractère, unique et fort de sa thématique. En osant s’attaquer aux mœurs d’hier, Zhang Yimou nous a offert un grand film d’aujourd’hui.
Chine du Nord, dans les années 20. Songlian, jeune fille de 19 ans, contrainte d’abandonner ses études à la mort de son père, se résigne à devenir la quatrième épouse d’un riche maître. Chaque jour, une lanterne rouge est allumée devant la porte d’une des épouses, signe des faveurs du maître, donc du pouvoir qu’elle prend dans la maison. A travers une initiation aux rites du clan, le film met en scène, durant quatre saisons, les intrigues des femmes pour attirer l’attention du maître et assurer leur suprématie.
Bonus : affiche 1 - affiche 2 - affiche 3
Zhang Yimou signe avec Epouses et Concubines l’une des meilleures œuvres de sa carrière. Inspirée des nouvelles de Su Tong, le cinéaste chinois le plus célèbre propulse Gong Li, son actrice et sa muse, à des sommets d’interprétation qu’aucune autre actrice chinoise contemporaine ne réussira à dépasser en intensité.
Produit par Hou Hsiao-hsien, Epouses et Concubines nous ramène en Chine dans les années 20 où une fille appelée Songlian doit se marier avec un riche propriétaire suite au décès de son père âgé de 53 ans.
Etant très pauvre, elle ne pourrait accéder au titre de 1ere épouse, voir même de bonne épouse. Elle est donc condamnée à devenir la 4eme épouse du maître Chan Zhuoqian, car, immuablement dans la société chinoise d’antan, c’est « le destin d’une femme ».
L’Eté brûle de tout son soleil et Songlian se dirige vers Qiao Jian Da Yuan, véritable nom du domaine où est tourné le long métrage (dans la région du Shanxi). C’est une ville à l’intérieur d’une ville. La résidence est constituée de plusieurs maisons, chacune employées pour divers membres de la famille du maître.
Il existe plusieurs résidences de ce genre en Chine et bien souvent des plus belles, mais Zhang Yimou a choisit celle-ci, qui depuis, est devenu un haut lieu touristique de la région.
Songlian est donc officialisée quatrième épouse par le serviteur de la résidence. Elle est accueillie au sein de cette micro société avec les honneurs et se fait masser, coiffer et baigner les pieds avec un vinaigre spécifique du Shanxi.
Elle apprend alors progressivement le fonctionnement de cette polygamie et rencontre son mari pour la 1ere fois lorsque celui-ci décide d’allumer les lanternes à sa porte (d’ailleurs le vrai titre du film c’est « Allumer les lanternes rouges »).En effet, là où les lanternes brillent de leurs feux, là est le maître pour la nuit.
Au lendemain, Songlian fait la connaissance de toutes les autres épouses du maître, celles qui partageront sa vie et la couche de son mari.
La première est l’épouse légitime du maître, la plus âgée mais aussi la plus respectée malgré ses difficultés à donner entière satisfaction à son mari.
La deuxième est une concubine comme celles qui suivront. Elle a déjà un enfant mais c’est une fille et comme elle le dit elle-même, « une fille ne sert à rien » pour prendre l’ascendant dans la famille.
La troisième épouse a déjà un fils, Meishan, mais il n’est pas issu du lit du maître.
Enfin, la servante Yan’Er qui partage de temps à autre la couche du maître souhaiterait devenir officiellement l’une des concubines de la maison, ce qui la sortirait de sa précarité.
Le rite des lanternes, procédurales s’il en est, donne accès à de nombreux avantages pour celle(s) qui s’en attire(nt) les lumières. Toutes ces faveurs donnent lieu alors à des luttes, des trahisons afin de savoir qu’elle est celle qui tiendra dans sa main le pouvoir en cette résidence.
Et à ce petit jeu, Songlian abat toutes ses cartes entre naïveté et folie…
Au fil des saisons (une pour chaque épisode pourrait on dire), Zhang Yimou analyse une coutume persistante de la culture chinoise jusqu’à l’avènement du communisme. En effet, tout comme le rite des pieds bandés, la chute de l’empereur Pu Yi n’a pas suffit à modifier ces habitus sociaux ancrés depuis déjà plusieurs générations. La société, amplement à la faveur de la masculinité, laissait alors à la femme la seule responsabilité du foyer et de la procréation. En cela, 1949 changera la donne en établissant des règles paritaires entre homm
es et femmes, et sera l’une des grandes améliorations de la société chinoise grâce à ceux que l’on appelle les rouges. Le cinéaste dénonce avec vigueur le postulat masculin en employant une technique cinématographique simple : aucun plan de visage ne sera fait du maître, dont on apercevra à peine la silhouette. Si cela permet la délation d’une telle supériorité, cela permet aussi de laisser la part belle du long métrage aux femmes, à leurs psychologies et aux déchaînements de violences qu’elles commettront par désespoir.On remarque aussi l’importance d’avoir un garçon à cette époque, signe de prospérité pour une famille, alors qu’une fille est juste bonne à vendre et à marier.
L’organisation de cette demeure est toute aussi intéressante où s’ébruite secrets et mensonges dans le seul but de s’accaparer le pouvoir la reconnaissance, et quelque part une vile liberté. Cette symbolique s’incarne véritablement dans la trahison de Songlian envers Yan’Er, serveuse véritablement amoureuse du maître et qui croyait naïvement devenir la quatrième épouse. Son destin marquera à jamais nos esprits comme celui de Songlian.
Chacune des épouses possède également son caractère. L’une était cantatrice, l’autre une véritable commère, l’épouse est un por
trait fidèle de l’impératrice douairière…. et la dernière est Gong Li. Oui, Gong Li. Ni plus, ni moins. Une femme qui arrive désarmée à cette résidence et qui s’extirpera de cette fausse au lion pleine de rage et de tristesse. Sa prestation est….que dire ? Il n’y pas de superlatif assez fort pour en définir les contours. Rares sont les actrices habitées par tant de charisme et de féminité, de souffrance et de perfidie.Ce long métrage donne tout l’ampleur de son immense talent, aujourd’hui encore inégalé. Mention aussi à He Saifi qui terminera telles les plus cruelles tragédies anciennes.
Alors même si la fin manque peut être d’éclat, Epouses et Concubines est un long métrage de caractère, unique et fort de sa thématique. En osant s’attaquer aux mœurs d’hier, Zhang Yimou nous a offert un grand film d’aujourd’hui.
Damien Paccellieri
mardi 12 juin 2007
The Passage
The Passage de Cheng Wen-tang, 2004Avec Guey Lun-mei, Leon Dai, Tian Fong
Une étudiante en arts vit sa passion au plus près des Musées. Mais la jeune femme connaît également des tensions, notamment en raison de cet homme, plus âgé qu’elle et qui ne répond jamais à ses charmantes intentions.
Un japonais va alors faire irruption dans leur vie. Il traîne, nonchalamment dans les couloirs du Musée.
Il n’a qu’une idée en tête: voir pour la première fois de sa vie la calligraphie intitulée « Carême ».
Présenté par le Muséum du Palais National de Taipei, The Passage est un film excessivement risqué en raison de ses thèmes abordés. En effet, qui pourrait donc aujourd’hui se passionner pour des jeunes gens dont la seule
préoccupation est celle d’un amour pour la culture ancienne ?
Pas grand monde, sans doute. Et pourtant, il est vraiment rafraîchissant de voir un film si différent. Car ici les personnages aiment l’art, ils parlent le plus souvent de cela, et le cinéma aura même le droit à un petit cours improvisé par Guey Lun-mei sur la calligraphie « Carême ».
Certes, les spectateurs occidentaux, très peu au fait de l’art calligraphique, risquent d’avoir toutes les peines du monde à se passionner pour les non-aventures des trois personnages principaux.
Le premier est photographe et écrivain d’art, le deuxième est un énigmatique touriste japonais qui ne jure que par « Carême », le troisième enfin est la jeune étudiante en arts incarnée par la rayonnante Guey Lun-mei (déjà vue dans le superbe B
lue Gate Crossing). Cependant il est aisé de se laisser prendre au piège de ce voyage doux et reposant, alternant somptueux décors naturels taiwanais et déambulations dans les couloirs d’un Musée. The Passage se révèle alors être un titre empreint d’une profonde mélancolie, ce qui n’est certainement pas un hasard puisque c’est aussi l’une des caractéristiques de la calligraphie « Carême ».
Mais soyons honnête, si ce sujet ne vous intéresse guère et que vous n’avez pas deux heures à y consacrer, il est conseillé de passer votre chemin. Pourtant The Passage est un film qui mérite qu’on lui laisse sa chance. Certes les plus impatients trouveront parfois le temps un peu long, mais encore une fois, pour un cinéma si compétent dans ce domaine, ça serait dommage de s’en priver. De plus, et parallèlement aux quelques réflexions envisagées sur l’art, The Passage met en avant deux individus au passé quelque peu obscur.
Incarnés avec beaucoup de justesse par Leon Dai et Guey Lun-mei, ces personnages paraissent être en perpétuel conflit.Leon Dai est taciturne, obnubilé par son travail, tandis que Guey Lun-mei tente coûte que coûte de percer l’armure de cet homme bien plus âgé qu’elle.
La fin du film apportera un début de réponse aux questions que se sera posé le spectateur durant l’histoire. Il ne s’agit aucunement d’une révélation coup de poing, simplement d’un doux message, un léger clin d’œil qui devrait permettre au cinéphile d’envisager le film et la calligraphie avec un regard différent.
A titre d’information, et si vous souhaitez en savoir plus sur les arts aperçus dans The Passage, je vous invite à visiter le site du Musée du Palais National de Taipei. Le « Carême » y est d’ailleurs décortiqué et il vous est possible de surfer en français.
Un japonais va alors faire irruption dans leur vie. Il traîne, nonchalamment dans les couloirs du Musée.
Il n’a qu’une idée en tête: voir pour la première fois de sa vie la calligraphie intitulée « Carême ».
Présenté par le Muséum du Palais National de Taipei, The Passage est un film excessivement risqué en raison de ses thèmes abordés. En effet, qui pourrait donc aujourd’hui se passionner pour des jeunes gens dont la seule
préoccupation est celle d’un amour pour la culture ancienne ?Pas grand monde, sans doute. Et pourtant, il est vraiment rafraîchissant de voir un film si différent. Car ici les personnages aiment l’art, ils parlent le plus souvent de cela, et le cinéma aura même le droit à un petit cours improvisé par Guey Lun-mei sur la calligraphie « Carême ».
Certes, les spectateurs occidentaux, très peu au fait de l’art calligraphique, risquent d’avoir toutes les peines du monde à se passionner pour les non-aventures des trois personnages principaux.
Le premier est photographe et écrivain d’art, le deuxième est un énigmatique touriste japonais qui ne jure que par « Carême », le troisième enfin est la jeune étudiante en arts incarnée par la rayonnante Guey Lun-mei (déjà vue dans le superbe B
lue Gate Crossing). Cependant il est aisé de se laisser prendre au piège de ce voyage doux et reposant, alternant somptueux décors naturels taiwanais et déambulations dans les couloirs d’un Musée. The Passage se révèle alors être un titre empreint d’une profonde mélancolie, ce qui n’est certainement pas un hasard puisque c’est aussi l’une des caractéristiques de la calligraphie « Carême ». Mais soyons honnête, si ce sujet ne vous intéresse guère et que vous n’avez pas deux heures à y consacrer, il est conseillé de passer votre chemin. Pourtant The Passage est un film qui mérite qu’on lui laisse sa chance. Certes les plus impatients trouveront parfois le temps un peu long, mais encore une fois, pour un cinéma si compétent dans ce domaine, ça serait dommage de s’en priver. De plus, et parallèlement aux quelques réflexions envisagées sur l’art, The Passage met en avant deux individus au passé quelque peu obscur.
Incarnés avec beaucoup de justesse par Leon Dai et Guey Lun-mei, ces personnages paraissent être en perpétuel conflit.Leon Dai est taciturne, obnubilé par son travail, tandis que Guey Lun-mei tente coûte que coûte de percer l’armure de cet homme bien plus âgé qu’elle.La fin du film apportera un début de réponse aux questions que se sera posé le spectateur durant l’histoire. Il ne s’agit aucunement d’une révélation coup de poing, simplement d’un doux message, un léger clin d’œil qui devrait permettre au cinéphile d’envisager le film et la calligraphie avec un regard différent.
A titre d’information, et si vous souhaitez en savoir plus sur les arts aperçus dans The Passage, je vous invite à visiter le site du Musée du Palais National de Taipei. Le « Carême » y est d’ailleurs décortiqué et il vous est possible de surfer en français.
Olivier M.
dimanche 10 juin 2007
Chinacinema Tv : court metrage Bus 44
Voici un court métrage à voir avec sous-titre anglais intitulé Bus 44 et réalisé par Dayyang Eng.samedi 9 juin 2007
A Time To Love
A Time to Love de Huo Jianqi, 2005Avec Vicky Zhao, Lu Yi
Romeo et Juliette de Shakespeare existe en Chine : Hou Jia et Qu Ran sont amis depuis leur enfance et de cette proximité jaillit un amour sous les yeux de leurs familles, terriblement ennemis. Hou Jia et Qu Ran pourront ils encore croire à l’amour ?
Huo Jianqi est un formidable cinéaste et peut être l’un de ceux que j’apprécie le plus. Déjà venu en France lors du festival du cinéma chinois de Strasbourg où siège l’un des consulats du pays, le réalisateur, orfèvre de l’exceptionnel Postmen in the Mountains (inédit en France) s’applique cette fois à transformer le mythe shakespearien en réalité chinoise.
A Time to Love est également inspiré par « les inconnus se sont croisés », des nouvelles de l’écrivain An Dun regroupant plusieurs petites histoires d’amour, d’amitiés, de haine et de vengeances. Il nous propose de suivre à partir des années 70, l’enfance, l’adolescence et l’entrée dans le monde adulte de Hou Jia et Qu Ran étroitement liés par une relation d’amitié tissée au fil des ans. Ces années les poussent jusqu’aux portes de l’université et de ses résultats d’entrées.
A la différence de l
a France, le système éducatif chinois sélectionne les étudiants dès l’entrée à l’université par le passage de concours. Selon les résultats obtenus et votre classement dans la liste des étudiants, du meilleur au plus mauvais, les chinois connaissent leurs possibilités d’admissions à certaines grandes écoles d’après leurs préférences préalablement déposées à l’administration. En France, nous ne préférons pas faire de sélection à l’université et laisser une partie de l’avenir de la nation échouée au bout de deux ans, trois ans, voir plus, sans diplômes.
Ainsi, comme les résultats déterminent le choix de l’université, les deux amis et néanmoins tourtereaux à l’abri de leurs familles respectives, savent qu’il y a de forte probabilité pour qu’ils ne fréquentent plus la même école. En parallèle à cette séquence, nous apprenons qu’entre les deux familles existent de fortes tensions et des sentiments de haine enracinés. En effet, la maman de Qu Ran (le garçon) est en chaise roulante et tient pour responsable la famille de Hou Jia dans le suicide de son mari. Le père de Hou Jia aurait dénoncé le père de Qu Ran qui mit fin à ses jours par la suite. Qu Ran qui ne connaissait pas toute cette histoire commence à repousser Hou Jia et à ne plus la fréquenter même si cela lui brise le cœur. Avec le temps Qu Ran prépare ses valises pour partir étudier loin de Hou Jia alors que les deux amoureux s’étaient promis de s’aimer pour l’éternité…
Même si Huo Jianqi ne fait pas partie de toute la tripotée des cinéastes d’auteurs actuels (le monsieur a quand même commencé sa carrière avant même la promotion de 1982), il lui est toutefois possible de réaliser des films interessants dans la cadre respecté du Bureau des Films.
Avec A time to Love, il ne signe pas de nouveaux chefs d’œuvre mais une œuvre sentimentale, empathique, sans avoir à transgresser la charte de bonne conduite étatique.
Il est d’ailleurs toujours étonnant de voir que les cinéastes tels Huo Jianqi, Huang Jianxin ou bien encore Feng Xiaoning, ne soient pas plus reconnus à leur juste valeur dans la représentation que nous nous faisons du cinéma chinois.
Il n’y a pas que Jia Zhang-ke, je tiens à le rappeler à nos amis distributeurs, éditeurs et parfois même critique de presse.
Ce serait d’utilité publique de rappeler que les cinéastes « d’Etat » financé par les studios et autres appareillages étatiques ne sont pas de piètre réalisateur, bien au contraire.
Romeo et Juliette de Shakespeare existe en Chine : Hou Jia et Qu Ran sont amis depuis leur enfance et de cette proximité jaillit un amour sous les yeux de leurs familles, terriblement ennemis. Hou Jia et Qu Ran pourront ils encore croire à l’amour ?
Huo Jianqi est un formidable cinéaste et peut être l’un de ceux que j’apprécie le plus. Déjà venu en France lors du festival du cinéma chinois de Strasbourg où siège l’un des consulats du pays, le réalisateur, orfèvre de l’exceptionnel Postmen in the Mountains (inédit en France) s’applique cette fois à transformer le mythe shakespearien en réalité chinoise.
A Time to Love est également inspiré par « les inconnus se sont croisés », des nouvelles de l’écrivain An Dun regroupant plusieurs petites histoires d’amour, d’amitiés, de haine et de vengeances. Il nous propose de suivre à partir des années 70, l’enfance, l’adolescence et l’entrée dans le monde adulte de Hou Jia et Qu Ran étroitement liés par une relation d’amitié tissée au fil des ans. Ces années les poussent jusqu’aux portes de l’université et de ses résultats d’entrées.
A la différence de l
a France, le système éducatif chinois sélectionne les étudiants dès l’entrée à l’université par le passage de concours. Selon les résultats obtenus et votre classement dans la liste des étudiants, du meilleur au plus mauvais, les chinois connaissent leurs possibilités d’admissions à certaines grandes écoles d’après leurs préférences préalablement déposées à l’administration. En France, nous ne préférons pas faire de sélection à l’université et laisser une partie de l’avenir de la nation échouée au bout de deux ans, trois ans, voir plus, sans diplômes. Ainsi, comme les résultats déterminent le choix de l’université, les deux amis et néanmoins tourtereaux à l’abri de leurs familles respectives, savent qu’il y a de forte probabilité pour qu’ils ne fréquentent plus la même école. En parallèle à cette séquence, nous apprenons qu’entre les deux familles existent de fortes tensions et des sentiments de haine enracinés. En effet, la maman de Qu Ran (le garçon) est en chaise roulante et tient pour responsable la famille de Hou Jia dans le suicide de son mari. Le père de Hou Jia aurait dénoncé le père de Qu Ran qui mit fin à ses jours par la suite. Qu Ran qui ne connaissait pas toute cette histoire commence à repousser Hou Jia et à ne plus la fréquenter même si cela lui brise le cœur. Avec le temps Qu Ran prépare ses valises pour partir étudier loin de Hou Jia alors que les deux amoureux s’étaient promis de s’aimer pour l’éternité…
Même si Huo Jianqi ne fait pas partie de toute la tripotée des cinéastes d’auteurs actuels (le monsieur a quand même commencé sa carrière avant même la promotion de 1982), il lui est toutefois possible de réaliser des films interessants dans la cadre respecté du Bureau des Films.
Avec A time to Love, il ne signe pas de nouveaux chefs d’œuvre mais une œuvre sentimentale, empathique, sans avoir à transgresser la charte de bonne conduite étatique.Il est d’ailleurs toujours étonnant de voir que les cinéastes tels Huo Jianqi, Huang Jianxin ou bien encore Feng Xiaoning, ne soient pas plus reconnus à leur juste valeur dans la représentation que nous nous faisons du cinéma chinois.
Il n’y a pas que Jia Zhang-ke, je tiens à le rappeler à nos amis distributeurs, éditeurs et parfois même critique de presse.
Ce serait d’utilité publique de rappeler que les cinéastes « d’Etat » financé par les studios et autres appareillages étatiques ne sont pas de piètre réalisateur, bien au contraire.
Mais refermons la parenthèse et continuons sur A Time to Love.
En effet malgré un scénario
vu et revu, les acteurs tirent leurs épingles du jeux avec notamment une Vicky Zhao resplendissante et un Lu Yi très aimé du public chinois. Si cette faiblesse de fond semble parfois très évidente, le spectateur se laissera toutefois chavirer par cette histoire d’amour, certes naïves, mais si enviée.Il y a parfois ce côté trop illusoire, cette beauté illuminée ou ces rappels à l’œuvre écrite de William Shakespeare qui freinent la rythmique et la cohérence du long métrage mais Huo Jianqi est un bon capitaine et sait tenir la barre.
Enfin avec une superbe clôture, A Time to Love termine en beauté grâce à nos deux héros amoureux. C’est donc une œuvre certes imparfaites mais follement généreuse que nous offre le cinéaste, loin de la reprise nerveuse de Baz Luhrmann ou urbaine d’Abel Ferrara. Ceux qui prendront à bras le corps ce long métrage se délecteront, à coup sûr, d’un amour sans fin.
Damien Paccellieri
vendredi 8 juin 2007
Actrice : Ruan Lingyu
Ruan Lingyu, l'immortelle (1910-1935)Ruan Lingyu appartient à la deuxième génération d’actrices shanghaiennes, après les pionnières Wang Hanlun et Yang Naimei qui débutèrent au début des années vingt. Elle commence sa carrière en 1926, en même temps que Hu Die (le « papillon Wu »), l’autre grande actrice du cinéma shanghaien, à un moment où les actrices sont souvent comparées à des prostituées et où les femmes, avec la modernité, trouvent petit à petit leur place dans la société de consommation shanghaienne, dans les publicités et les magazines. Ruan Lingyu est repérée par Bu Wancang lors d’une audition pour la compagnie Mingxing. Elle y joue son premier film, Mariage blanc, en 1926, puis quatre autres avant de rejoindre Bu Wancang à la compagnie Da Zhonghua Baihe pour laquelle elle tourne six films.
Durant cette période, Ruan Lingyu est une actrice parmi beaucoup d’autres. Sa carrière va véritablement démarrer lorsqu’elle intègre la nouvelle compagnie Lianhua fondée en 1929 par Luo Mingyou. L’image plus positive qu’ont les actrices dans les revues et magazines shanghaiens à partir du début des années trente va favoriser la carrière de Ruan Lingyu. Les actrices sont maintenant plus reconnues pour leurs « talents » et les producteurs se servent aussi de plus en plus d’elles pour promouvoir leurs films. Dans le même temps, les revues se mêlent de plus en plus de la vie privée des actrices célèbres. La vie de ces actrices doit ressembler à leur personnage dans les films pour des critiques et de nombreux spectateurs qui ne font pas la différence entre une actrice et les rôles qu’elle interprète.
Ainsi se met en place dans le cinéma shanghaien au début des années trente une sorte de star system copié sur le modèle hollywoodien : la vie privée (les liaisons amoureuses) et publique des actrices sont passées au crible par la presse. Les actrices, et en particulier Ruan Lingyu, deviennent des images et sont l’objet des désirs, des rêves, des fantasmes et des obsessions collectives des spectateurs. Ruan Lingyu, harcelée par la presse sur ses liaisons amoureuses, incarne les dérives de ce star system.
Dès son premier rôle, Mariage blanc (de Bu Wancang), Ruan Lingyu interprète une femme qui veut échapper à la tradition mais qui échoue. Par la suite, de la jeune vendeuse de fleurs dans Herbes folles et fleurs sauvages (de Sun Yu, 1930) à Femmes nouvelles (de Cai Chusheng, 1935), en passant par Les Fleurs de pêchers pleurent des larmes de sang (de Bu Wancang, 1931), Le Petit jouet (de Sun Yu, 1933) ou encore La Divine (de Wu Yonggang, 1934), les personnages interprétés par Ruan Lingyu connaissent le renoncement, le désespoir, la folie et le suicide. Peu d’actrices, dans le cinéma shanghaien des années trente, ont eu autant de rôles tragiques.
La vie de Ruan Lingyu ressemble à ses personnages. Son suicide le jour de la fête des femmes suite aux calomnies publiées dans la presse sur ses liaisons avec Zhang Damin et Tang Jishan, et les lettres écrites par Ruan Lingyu alors qu’elle venait d’avaler le poison, laissent planer une ombre sur sa mort. Ce suicide transforme Ruan Lingyu en symbole des actrices shanghaiennes poursuivies par la presse et des femmes opprimées par la tradition. Le jour de son enterrement, son cercueil, suivis par trois cent mille personnes dans les rues de Shanghai, montre à quel point Ruan Lingyu, par ses rôles et par son geste fatal, a su toucher ses contemporains et devenir une légende. En commémoration du 50e anniversaire de sa mort, l’Association des cinéastes chinois et le Centre de recherches cinématographiques ont organisé un séminaire le 20 mars 1985 à Beijing. Si Ruan Lingyu fascine toujours aujourd’hui, dans le peu de films où l’on peut encore la voir, c’est aussi grâce à son formidable jeu naturel qui faisait dire à Wu Yonggang, le réalisateur de La Divine, que c’était une « pellicule très sensible ».
Durant cette période, Ruan Lingyu est une actrice parmi beaucoup d’autres. Sa carrière va véritablement démarrer lorsqu’elle intègre la nouvelle compagnie Lianhua fondée en 1929 par Luo Mingyou. L’image plus positive qu’ont les actrices dans les revues et magazines shanghaiens à partir du début des années trente va favoriser la carrière de Ruan Lingyu. Les actrices sont maintenant plus reconnues pour leurs « talents » et les producteurs se servent aussi de plus en plus d’elles pour promouvoir leurs films. Dans le même temps, les revues se mêlent de plus en plus de la vie privée des actrices célèbres. La vie de ces actrices doit ressembler à leur personnage dans les films pour des critiques et de nombreux spectateurs qui ne font pas la différence entre une actrice et les rôles qu’elle interprète.
Ainsi se met en place dans le cinéma shanghaien au début des années trente une sorte de star system copié sur le modèle hollywoodien : la vie privée (les liaisons amoureuses) et publique des actrices sont passées au crible par la presse. Les actrices, et en particulier Ruan Lingyu, deviennent des images et sont l’objet des désirs, des rêves, des fantasmes et des obsessions collectives des spectateurs. Ruan Lingyu, harcelée par la presse sur ses liaisons amoureuses, incarne les dérives de ce star system.
Dès son premier rôle, Mariage blanc (de Bu Wancang), Ruan Lingyu interprète une femme qui veut échapper à la tradition mais qui échoue. Par la suite, de la jeune vendeuse de fleurs dans Herbes folles et fleurs sauvages (de Sun Yu, 1930) à Femmes nouvelles (de Cai Chusheng, 1935), en passant par Les Fleurs de pêchers pleurent des larmes de sang (de Bu Wancang, 1931), Le Petit jouet (de Sun Yu, 1933) ou encore La Divine (de Wu Yonggang, 1934), les personnages interprétés par Ruan Lingyu connaissent le renoncement, le désespoir, la folie et le suicide. Peu d’actrices, dans le cinéma shanghaien des années trente, ont eu autant de rôles tragiques.
La vie de Ruan Lingyu ressemble à ses personnages. Son suicide le jour de la fête des femmes suite aux calomnies publiées dans la presse sur ses liaisons avec Zhang Damin et Tang Jishan, et les lettres écrites par Ruan Lingyu alors qu’elle venait d’avaler le poison, laissent planer une ombre sur sa mort. Ce suicide transforme Ruan Lingyu en symbole des actrices shanghaiennes poursuivies par la presse et des femmes opprimées par la tradition. Le jour de son enterrement, son cercueil, suivis par trois cent mille personnes dans les rues de Shanghai, montre à quel point Ruan Lingyu, par ses rôles et par son geste fatal, a su toucher ses contemporains et devenir une légende. En commémoration du 50e anniversaire de sa mort, l’Association des cinéastes chinois et le Centre de recherches cinématographiques ont organisé un séminaire le 20 mars 1985 à Beijing. Si Ruan Lingyu fascine toujours aujourd’hui, dans le peu de films où l’on peut encore la voir, c’est aussi grâce à son formidable jeu naturel qui faisait dire à Wu Yonggang, le réalisateur de La Divine, que c’était une « pellicule très sensible ».
Christophe Falin
mardi 5 juin 2007
Edito de juin 2007
Alors que le mois de Juin est propice au repos, on apprend qu’après le festival itinérant de cinéma chinois, les autorités françaises et chinoises continuent sur leurs lancées avec plus de 10 films chinois projetés en France prévu en Septembre 2007. Pour une nouvelle, c’est une bonne nouvelle ! Le festival de Cannes avait quant à lui marqué un coup d’arrêt dans le succès de la cinématographie chinoise après les deux grandes cuvées de Venise et Berlin. Il aurait été tout de même abusif pour le cinéma chinois de prendre le pouvoir sur la croisette et ses palmiers. Rendez vous compte, les médias auraient immédiatement soutenus la thèse de la corruption. Nous nous sommes donc contentés de Wong Kar-wai, Maggie Cheung, Zhang Ziyi, Gong Li (en photo) toujours aussi resplendissante, Jia Zhang-ke ou bien encore Zhao Tao.
Chen Kaige, Zhang Yimou et Hou Hsiao-hsien étaient de leurs côtés occupés à nous donner des leçons de cinéma avec la particularité pour l’un d’entre eux de proposer pour la selection hors compétition un long métrage tourné en Occident, à l’image du dernier de Wong Kar-wai avec la musicale Norah Jones.
Ces escapades seraient elles une nouvelle fuite des cerveaux chinois ? Après Tsui Hark, Chen Kaige ou bien encore Ang Lee, la Chine tenterait-elle de siniser le vieux continent comme celui du hamburger ?
Le cinéma de langue chinoise n’est donc pas prêt de nous laisser une seconde de répit. Chinacinema prendra toutefois un peu de soleil ces prochains temps, et suivra cette évolution avec un regard avisé. Allez , en avant l’été !
Chen Kaige, Zhang Yimou et Hou Hsiao-hsien étaient de leurs côtés occupés à nous donner des leçons de cinéma avec la particularité pour l’un d’entre eux de proposer pour la selection hors compétition un long métrage tourné en Occident, à l’image du dernier de Wong Kar-wai avec la musicale Norah Jones.
Ces escapades seraient elles une nouvelle fuite des cerveaux chinois ? Après Tsui Hark, Chen Kaige ou bien encore Ang Lee, la Chine tenterait-elle de siniser le vieux continent comme celui du hamburger ?
Le cinéma de langue chinoise n’est donc pas prêt de nous laisser une seconde de répit. Chinacinema prendra toutefois un peu de soleil ces prochains temps, et suivra cette évolution avec un regard avisé. Allez , en avant l’été !
Damien Paccellieri
samedi 2 juin 2007
Flash Info : Shanghai Film Festival
Le Festival de Shanghai ouvre bientôt ses portes et sera présidé par l'immense (de par la taille) Chen Kaige. Un panorama du cinéma français sera proposé aux spectateurs mais aussi quelques films chinois comme Bliss de Sheng Zhimin que nous avions rencontré au Festival de Vesoul en février de cette année.Les perspectives de ce festival sont tout de même interessantes puisqu'il souhaite s'inscrire comme une place forte du cinéma mondial dans les prochaines années...
Pour plus d'informations, le site officiel : SIFF du 16 au 24 juin 2007

















