dimanche 29 avril 2007
sortie cinema : still life
Still Life de Jia Zhang-ke, 2006Avec Zhao Tao, Han Sanming
sortie le 02/05/07 voir un extrait du film
synopsis:
Ville de Fenjge, vallée des Trois Gorges, en amont du plus grand barrage du monde. Sam Ming fait le voyage dans la region pour retrouver son ex-femme et sa fille qu'il n'a pas vu depuis seize ans. Aujourd'hui, là où elles ont vecu n'est plus qu'une tache verte engloutie sous les eaux du barrage. Dans la même ville, Shen Hong cherche son mari disparu depuis deux ans. Au coeur d'un gigantesque chantier qui entraine la destruction de villages entiers et les déplacements de population, un homme et une femme partent à la rercherche de leur passé, en quête de leurs amours perdues.
Flash Info : Hou Hsiao-hsien à Cannes 2007
Après ne pas avoir été retenu dans la compétition officielle et même dans la selection du festival le 19 avril, Hou Hsiao-hsien a certainment dû tourmenté l'esprit de Thierry Frémeaux qui a décidé de rejouter dans la section Un Certain Regard, son film Le Ballon Rouge, premier long métrage du maître à avoir été tourné hors des terres taiwanaises.Le Ballon Rouge, devenu A la recherche du ballon rouge, ouvrira la section Un Certain Regard le jeudi 17 Mai 2007.
Le trailer du Ballon Rouge
jeudi 26 avril 2007
Realisateur : Sun Yu
Sun Yu, le précurseur des années 30Sun Yu fut le premier Chinois à être diplômé de l'école de cinéma de New York à la fois en technique cinématographique et en réalisation après avoir suivi des études littéraires à Tianjin puis à l'université Qinghua de Pékin, et le premier à suivre une formation d'art dramatique à l'université Columbia. Né en 1900 à Chongqing, il fut aussi le premier en Chine à mettre au point une caméra montée sur grue et, malheureusement pour lui, il fut encore le premier, après l'avènement du régime communiste, à subir une critique injuste et de grande envergure pour son film La Vie de Wu Xun .
De 1928 à 1950, Sun Yu réalisa dix huit films, notamment Le Petit jouet, La Route, La Vie de Wu Xun, mais de 1950 à 1990 il ne réalisa que quatre films, dont une comédie Le vent en poupe. Sun Yu était imprégné par la culture chinoise traditionnelle dont il a contribué à transmettre les valeurs, tout en étant ouvert aux idées occidentales de démocratie, de liberté et d'humanisme. Il était influencé à la fois par le romantisme révolutionnaire de Gorki, et par la conception artistique de la poésie chinoise classique, par le réalisme de son temps et les idéaux du romantisme. C'est la rencontre de tous ces éléments qui donne aux films du cinéaste toutes leurs saveurs.
Sun Yu aimait se servir d'accessoires et de petits objets pour suggérer les situations et le caractère de ses personnages. Par exemple, dans Le Petit Jouet, les avions, les canons et les tanks en bois évoquent les canons, les tanks et les avions japonais qui au même moment bombardaient la Chine. Par ces quelques images sobres et précises, Sun Yu révèlent les méfaits du militarisme japonais. De même à la fin de La Vie de Wu Xun, le jouet d'argile qui se redresse toujours symbolise l'inébranlable détermination de Wu Xun à construire des écoles.
Dans Rêve de Printemps dans l'ancienne capitale, le héros devenu fonctionnaire revient de la ville dans son village natal. Sa femme toute heureuse de le retrouver lui présente la pipe de terre qu'il aimait tant, mais il sort une cigarette. Sa femme se précipite alors avec une allumette mais il tire de sa poche un briquet dernier cri et allume sa cigarette. Dans cette scène muette, tourné en un seul plan, Sun Yu a magistralement exprimé l'état d'esprit du héros à l'égard de son village après sa promotion, et l'altération de ses sentiments envers son épouse.
Dans La Route, le cinéphile voit une bande de jeunes ouvriers pleins de vigueur surpris par les deux héroïnes au moment où ils se baignent nus dans l'eau claire d'un torrent. L'une d'elles se tord de rire en les montrant du doigt, l'autre détourne la tête, gênée. Ici, Sun Yu célèbre la beauté sculpturale des jeunes corps masculins, et souligne la différence de caractère entre les deux jeunes filles, l'une audacieuse et exubérante, et l'autre timide et réservée. A l'époque, cette scène a fait l'admiration de plusieurs critiques occidentaux.
Sun Yu excelle à utiliser l'image comme un langage, en faisant au maximum l'économie de dialogues. Dans L'Aube, il monte en parallèle 4 plans des ouvrières sortant de l'usine et 4 plans de déversement des ordures de la ville. A l'ouverture des portes de l'usine, un flot d'ouvrières se répand au dehors, avec le mouvement des ordures que l'on déverse. Ces quelques images sobres et puissantes suggèrent le misérable destin des ouvriers chinois de l'époque. Autres plans inoubliables, toujours dans le même film, celui des lumières scintillantes de la ville, juxtaposées avec un plan des filles aux rictus fatigués faisant le trottoir sur un quai glacial.
Sun Yu excelle à utiliser l'image comme un langage, en faisant au maximum l'économie de dialogues. Dans L'Aube, il monte en parallèle 4 plans des ouvrières sortant de l'usine et 4 plans de déversement des ordures de la ville. A l'ouverture des portes de l'usine, un flot d'ouvrières se répand au dehors, avec le mouvement des ordures que l'on déverse. Ces quelques images sobres et puissantes suggèrent le misérable destin des ouvriers chinois de l'époque. Autres plans inoubliables, toujours dans le même film, celui des lumières scintillantes de la ville, juxtaposées avec un plan des filles aux rictus fatigués faisant le trottoir sur un quai glacial.
Le cinéaste adorait travailler avec des acteurs jeunes et sans expériences préalables, dont il faisait, souvent du jour au lendemain, des stars. Ainsi l'acteur Jin Yan, qui devint « Le dieu de l'écran », et l'actrice Ruan Lingyu, dont il fit la star la plus adulée du moment. Sun Yu découvrit aussi l'acteur Li Wei et l'actrice Chen Yanyan alors qu'ils n'avaient que 16 ans, l'actrice Li Lili âgée seulement de 17 ans, comme l'actrice Wang Pei et d'autres encore.
Au cours des vingt dernières années, plusieurs pays dont la France , l'Italie, les Etats-Unis, le Japon, ont consacré des rétrospectives à l'œuvre de Sun Yu.
Sun Yu a consacré toute son existence à son art, et jusqu'à sa mort en 1990, il a vécu pour son idéal.
Filmographie
1928 - Le Parti de l’araignée
1929 - Le Chevalier errant romantique
1930 - Le Chevalier errant pêcheur
1930 - Rêve de printemps dans l’ancienne capitale
1930 - Herbes folles et fleurs sauvages
1931 - L’esprit de la liberté
1932 - Du sang sur le volcan
1932 - La Rose sauvage
1932 - Aller ensemble à la guerre (réalisé en collaboration avec les réalisateurs Cai Chusheng, Shi Dongshan et Wang Cilong)
1933 - L’Aube
1933 - Le Petit jouet
1934 - La Reine du sport
1934 - La Route
1936 - Retour à la nature
1937 - Rhapsodie d’un fou (court métrage dans La Symphonie de la Lianhua)
1937 - Le Printemps parmi les hommes
1940 - Le Ciel immense
1940 - Le Baptême du feu
1950 - La Vie de Wu Xun
1957 - Le Vent en poupe
1958 - La Légende de Lu Ban
1960 - Qin Niangmei
Sun Dongguang
La Main
La Main de Wong Kar-wai, 2005Moyen métrage
Hong Kong 1963. Chang, un jeune tailleur, s'est éprit de la séduisante courtisane Mademoiselle Hua le jour où il la rencontra et découvrait ses formes sensuelles en prenant ses mesures. Les années passèrent et Chang lui resta fidèle sans attendre ou espérer d'être aimé en retour. Mais Mademoiselle Hua connaît des temps difficiles et Chang la voit se décomposer...
La Main de Wong Kar-wai est tirée du projet cinématographique Eros insufflé par Michelangelo Antonioni auquel participe également Steven Sondenbergh.
Le président du jury de Cannes 2006 se permit ainsi une petite parenthèse lors du tournage de 2046 car la crise du SRAS l’empêchait de produire ce long métrage comme il le souhaitait.
Pour résumer brièvement Eros, on pourrait dire que Wong Kar Wai sauve généreusement le projet de la débandade. En effet, le maitre Antonioni dans son âge avancé n’a pas su tirer profit de son expérience pour sa partie Le périlleux enchainement des choses en nous gratifiant malheureusement d’une naïveté insolente.
Cela peut être irrévérencieux de juger un tel cinéaste qui s’était constitué une carrière longue de soixante années, mais il fait bon dire la vérité et aller au-delà du simple courbement d’échine.
Le moyen métrage de Steven Sondenbergh est quant à lui pourvu d’une très bonne mise en scène mais souffre d’un désintérêt croissant. Cependant, malgré cet essoufflement, sa participation au projet est une brise cinématographique appréciable.
Nous en venons alors à notre cinéaste chinois, mis à l’honneur l'année dernière par le plus grand festival de cinéma du monde et qui réussit une fois de plus à nous subjuguer, en seulement 39 minutes, à nous subjuguer par cet univers du vieux Hong Kong des années 60. A vrai dire, le cinéaste s’est inspiré d’un roman où les évènements se passaient dans le Shanghai des années 30, mais pour des raisons de mobilité artistique, le réalisateur transposa le tout dans sa ville de prédilection.
L’homme aux lunettes noires, doté d’un talent exceptionnel de la mise en scène, ne s’en est pas privé pour le mettre à notre service et nous plonger dans les conditions de l’époque, dans cette beauté d’antan qui, je crois, nous passionnera encore et toujours.
On se retrouve en quelques minutes entre InThe Mood For Love et 2046 tout en apportant une nouvelle dimension à son sujet. En effet, la sexualité et la sensualité sont ici présentées sans pudeur par la main et le toucher de Mademoiselle Hua.
Cette partie du corps si précieuse apparaît tel un obscur objet du désir pour le tailleur qui souhaite tellement réaliser de belles robes à celle dont son cœur s’est amouraché.
Affaiblie par la prostitution, Mademoiselle Hua s’aperçoit que seul Chang lui est dévouée véritablement même si elle séduira dans un dernier soubresaut un homme fortuné oubliant derrière elle le bel et fidèle tailleur.Les deux interprétations peuvent se targuer d’être tout simplement parfaite mis à part un moment de naïveté sur la relation au sexe qu’aura Chang de manière totalement déconvenue face à Mademoiselle Hua.
Gong Li est à tomber raide tant sa beauté, telle une veuve noire, prend le pouvoir sur la caméra. On ne l’a jamais vu aussi désira
ble si ce n’est dans le long métrage Zhou Yu’s Train.
Chang Chen réalise de son côté une excellente prestation entre une jeunesse hésitante et une maturité délivrée à la seule Mademoiselle Hua. Il va sans dire que cet acteur fait partie des meilleurs de sa génération. Au final Wong Kar-wai, sans oublier sa voluptueuse musique, arrive une fois de plus à nous envoûter et à dresser un portrait charnel du toucher dont il est le seul actuellement à en être capable. Mais attention, la redite n'et plus très loin...
La Main de Wong Kar-wai est tirée du projet cinématographique Eros insufflé par Michelangelo Antonioni auquel participe également Steven Sondenbergh.
Le président du jury de Cannes 2006 se permit ainsi une petite parenthèse lors du tournage de 2046 car la crise du SRAS l’empêchait de produire ce long métrage comme il le souhaitait.
Pour résumer brièvement Eros, on pourrait dire que Wong Kar Wai sauve généreusement le projet de la débandade. En effet, le maitre Antonioni dans son âge avancé n’a pas su tirer profit de son expérience pour sa partie Le périlleux enchainement des choses en nous gratifiant malheureusement d’une naïveté insolente.
Cela peut être irrévérencieux de juger un tel cinéaste qui s’était constitué une carrière longue de soixante années, mais il fait bon dire la vérité et aller au-delà du simple courbement d’échine.
Le moyen métrage de Steven Sondenbergh est quant à lui pourvu d’une très bonne mise en scène mais souffre d’un désintérêt croissant. Cependant, malgré cet essoufflement, sa participation au projet est une brise cinématographique appréciable.
Nous en venons alors à notre cinéaste chinois, mis à l’honneur l'année dernière par le plus grand festival de cinéma du monde et qui réussit une fois de plus à nous subjuguer, en seulement 39 minutes, à nous subjuguer par cet univers du vieux Hong Kong des années 60. A vrai dire, le cinéaste s’est inspiré d’un roman où les évènements se passaient dans le Shanghai des années 30, mais pour des raisons de mobilité artistique, le réalisateur transposa le tout dans sa ville de prédilection.
L’homme aux lunettes noires, doté d’un talent exceptionnel de la mise en scène, ne s’en est pas privé pour le mettre à notre service et nous plonger dans les conditions de l’époque, dans cette beauté d’antan qui, je crois, nous passionnera encore et toujours.
On se retrouve en quelques minutes entre InThe Mood For Love et 2046 tout en apportant une nouvelle dimension à son sujet. En effet, la sexualité et la sensualité sont ici présentées sans pudeur par la main et le toucher de Mademoiselle Hua.Cette partie du corps si précieuse apparaît tel un obscur objet du désir pour le tailleur qui souhaite tellement réaliser de belles robes à celle dont son cœur s’est amouraché.
Affaiblie par la prostitution, Mademoiselle Hua s’aperçoit que seul Chang lui est dévouée véritablement même si elle séduira dans un dernier soubresaut un homme fortuné oubliant derrière elle le bel et fidèle tailleur.Les deux interprétations peuvent se targuer d’être tout simplement parfaite mis à part un moment de naïveté sur la relation au sexe qu’aura Chang de manière totalement déconvenue face à Mademoiselle Hua.
Gong Li est à tomber raide tant sa beauté, telle une veuve noire, prend le pouvoir sur la caméra. On ne l’a jamais vu aussi désira
ble si ce n’est dans le long métrage Zhou Yu’s Train.Chang Chen réalise de son côté une excellente prestation entre une jeunesse hésitante et une maturité délivrée à la seule Mademoiselle Hua. Il va sans dire que cet acteur fait partie des meilleurs de sa génération. Au final Wong Kar-wai, sans oublier sa voluptueuse musique, arrive une fois de plus à nous envoûter et à dresser un portrait charnel du toucher dont il est le seul actuellement à en être capable. Mais attention, la redite n'et plus très loin...
Damien Paccellieri
lundi 23 avril 2007
LIVRES SUR LE CINEMA CHINOIS
Le cinéma chinois de Jean Michel Frodon - 9€Le Regard des Ombres de Luisa Prudentino - 19€
Livre : Le cinema chinois
Le cinéma chinois de Jean Michel FrodonPrix : 9€
C'est à travers l'importation d'un genre populaire, le film de kung-fu, et d'une star internationale, Bruce Lee, que les spectateurs occidentaux ont fait connaissance avec le cinéma chinois dans les années 70. Au cours des 15 dernières années, les films chinois ont gagné toutes les grandes récompenses internationales, conquis le grand public, et transformé de manière irréversible le cinéma d'action, à Hollywood comme partout ailleurs. S'il est légitime aujourd'hui de parler d'"un" cinéma chinois - il existe un monde chinois, une culture chinoise, reflétés par le cinéma qui en est issu - il y a bien, en fait, quatre cinémas chinois : ceux de Chine continentale, de Hong-Kong, de Taiwan et de la diaspora chinoise, dotés chacun d'une identité spécifique.
L'ouvrage retrace un siècle d'histoire jalonné d'oeuvres exceptionnelles incarnées par des figures marquantes. On peut citer en Chine : Le Roi des enfants de Chen Kaige, Épouses et concubines de Zhang Yimou, The World de Jia Zhang-ke; à Hong Kong : L'Hirondelle d'or de King Hu, The Killer de John Woo, In the Mood for love de Wong Kar-wai; à Taiwan: Le Maître de marionnettes de Hou Hsiao-hsien, Yi yi de Edward Yang. Jean-Michel Frodon met en évidence les principaux traits stylistiques du cinéma chinois, leurs relations avec la culture de cette région du monde, les multiples apports spécifiques de la Chine au langage cinématographique.
L'ouvrage retrace un siècle d'histoire jalonné d'oeuvres exceptionnelles incarnées par des figures marquantes. On peut citer en Chine : Le Roi des enfants de Chen Kaige, Épouses et concubines de Zhang Yimou, The World de Jia Zhang-ke; à Hong Kong : L'Hirondelle d'or de King Hu, The Killer de John Woo, In the Mood for love de Wong Kar-wai; à Taiwan: Le Maître de marionnettes de Hou Hsiao-hsien, Yi yi de Edward Yang. Jean-Michel Frodon met en évidence les principaux traits stylistiques du cinéma chinois, leurs relations avec la culture de cette région du monde, les multiples apports spécifiques de la Chine au langage cinématographique.
Jean Michel Frodon, excellent journaliste des Cahiers du cinéma nous propose pour la modique somme de 9€ un livret de 150pages sur le(s) cinéma(s) chinois. Il faut avouer qu'il est vraiment difficile de synthétiser toute la richesse de ce septième art. L' auteur s'y essaye avec le plus de pédagogie possible, mais dans un format très poche, il est impossible de développer et d'analyser le cinéma de plus d'1 milliards 300 millions d'être humain. L'auteur se limite donc à brosser un portrait très concis de cette cinématographique et l'oblige à passer outre divers domaines essentiels au cinéma chinois (très peu de références sur le début de ce(s) cinéma(s), ses âges d'or, son cinéma de propagande, les studios de l'Armée, etc...).
Evitant de se plonger dans le plus interessant ou du moins dans ce qui reste à défricher, ce livret ressasse malheureusement les mêmes sujets et les mêmes cinéastes que l'on connaît depuis. Hong Kong et John Woo, la Chine et Zhang Yimou, Taiwan et Hou Hsiao-hsien: et le reste ? Et bien ça ne sera pas pour cette fois.
Le cinéma chinois de Jean Michel Frodon s'adresse donc clairement aux néophytes ou à ceux qui souhaitent s'en servir comme simple outil de présentation dans une école ou un exposé, etc.
Mais il est triste de dire que ce public méritait mieux, tant l'auteur avait tous les talents pour le faire...
Evitant de se plonger dans le plus interessant ou du moins dans ce qui reste à défricher, ce livret ressasse malheureusement les mêmes sujets et les mêmes cinéastes que l'on connaît depuis. Hong Kong et John Woo, la Chine et Zhang Yimou, Taiwan et Hou Hsiao-hsien: et le reste ? Et bien ça ne sera pas pour cette fois.
Le cinéma chinois de Jean Michel Frodon s'adresse donc clairement aux néophytes ou à ceux qui souhaitent s'en servir comme simple outil de présentation dans une école ou un exposé, etc.
Mais il est triste de dire que ce public méritait mieux, tant l'auteur avait tous les talents pour le faire...
Damien Paccellieri
dimanche 22 avril 2007
Entretien avec mylene jampanoi
Lors la sortie des Filles du Botaniste j'ai eu la chance de m'entretenir avec Mylène Jampanoï autour de son expérience en Asie au travers de deux tournages, l'un au Vietnam et l'autre au Népal. Mylène naît à Aix en Provence d'une mère Française et d'un père Chinois. En 2004 elle obtienne le rôle principal du nouveau film de Nalin Pan, Valley of Flowers.
Elle interprète une héroïne démoniaque qui doit séduire un homme et l'emmener vers l'immortalité.
Mylène s'embarque alors dans l'aventure sans réellement savoir ce qu'il l'attend, ni vraiment ou elle va. Valley of Flowers sera 4 mois de tournage intense dans L'Himalaya à 5000M d'altitude, mais surtout la rencontre fabuleuse avec l'acteur indien Milind Soman devenu par la suite un peu plus qu'un simple acteur aux yeux de la belle.
Elle interprète une héroïne démoniaque qui doit séduire un homme et l'emmener vers l'immortalité.
Mylène s'embarque alors dans l'aventure sans réellement savoir ce qu'il l'attend, ni vraiment ou elle va. Valley of Flowers sera 4 mois de tournage intense dans L'Himalaya à 5000M d'altitude, mais surtout la rencontre fabuleuse avec l'acteur indien Milind Soman devenu par la suite un peu plus qu'un simple acteur aux yeux de la belle.
En 2005, à son retour en France, Mylène a la surprise d'être appelée par la productrice Lise Fayolle pour passer un casting en Chine.
Le réalisateur et écrivain Dai Sijie, qui prépare Les Filles du botaniste, vient d'apprendre qu'il ne pourra pas travailler avec Zhou Xun, sa comédienne de Balzac et la petite tailleuse chinoise.
Le gouvernement chinois déconseille en effet Zhou Xun de tourner à nouveau avec Dai Sijie, en raison du sujet sulfureux du film, une histoire d'amour homosexuelle impossible dans la Chine communiste des années 80. Mylène obtiendra le rôle et Dai Sijie réadaptera le script pour elle...
Je vous invite donc à découvrir l'une des beautés d'aujourd'hui, certes, mais surtout l'un des grands talents cinématographiques de demain.
Pour lire, cliquer sur les deux images suivantes (page 1 et page 2 respectivement):


Damien Paccellieri
samedi 21 avril 2007
Les Filles du Botaniste
Les Filles du Botaniste de Dai Sijie, 2005Avec Mylène Jampanoï, Li Xiaoran, Dongfu Lin
Dans la Chine des années 80, tous les tabous ne sont pas levés.
Min, une jeune orpheline part faire ses études chez un botaniste de renom. Homme secret et père autoritaire, son professeur vit sur une île qu'il a transformée en jardin luxuriant.
Contrainte de partager cette vie solitaire et effacée, sa fille An accueille avec joie l'arrivée de l'étudiante. Très vite complices, les deux jeunes femmes voient leur amitié évoluer vers une attraction troublante, sensuelle et interdite.
Incapables de se séparer, Min et An imaginent bientôt un dangereux arrangement pour continuer à partager le même toit...
Depuis Balzac et la petite tailleuse chinoise, Dai Sijie est devenu une référence littéraire en France mais aussi un cinéaste aguerrit et Les filles du Botaniste n’est certainement pas l’œuvre la plus facile dans la carrière du réalisateur. En effet, abordant la thématique de l’homosexualité féminine, le plus français des artistes chinois s’est attiré, en connaissance de cause, le refus de pouvoir tourner son film en Chine. Dai Sijie a donc choisit le Vietnam, un pays qui réunit le plus de similitudes avec la région de Chine (le Yunnan très certainement) correspondant à l’histoire de son œuvre.
Il nous conte l’amour d’une fille élevé et éduqué dans un orphelinat suite au décès de ses parents dans le terrible tremblement de terre de Tangshan en 1976 causant la mort de milliers de chinois. En aparté, il est rare de voir cinéaste faire référence à cet évènement dont certains diront qu’il fut précurseur de la fin de l’époque maoïste. L’ampleur des dégâts et ses pertes humaines resteront cachées de la population chinoise pendant de nombreuses années, préférant regarder les survivants sortir des gravas en s’égosillant « vive le président Mao ! Longue vie au président !».
Cette petite fille survivante de ce désastre a depuis bien grandit et se prépare au poste de stagiaire chez le botaniste le plus estimé de la région. Pour ce faire, elle amène un cadeau à son nouveau professeur, un joli oiseau qui sait dire «
Vive le président Mao ». Avec ce premier contact, elle croise le regard de sa fille, qui deviendra avec le temps plus qu’une simple amie.
Elles viennent alors à développer ensemble leurs dons pour les plantes. De cet apprentissage mutuel, le cinéphile sera amené à découvrir un pan de la culture chinoise contenu dans la médecine par les plantes. Attacher un ginseng pour ne pas qu’il perde son âme est un exemple parmi d’autres. Cependant elles tendent de plus en plus l’une vers l’autres et se vouent à devenir des âmes sœurs …
Les Filles du Botaniste est un film à double tranchant. S’il séduira par cette homosexualité dans un pays et dans une époque où elle était punit de peine de mort, il pourra décevoir par son développement enchevêtré dans une naïveté dérisoire.
Vous l’aurez donc compris, il y a dans cette œuvre une grande concentration de qualités comme de défauts.
Dai Sijie sait comme personne manier le visu des régions luxuriantes et verdoyantes comme le sont celles du Vietnam, parallèles à celles que l’ont peut trouver non loin de Guilin. Cependant, faut il encore que cette surimpression visuelle consolide le développement de l’œuvre, le premier chaînon manquant des Filles du Botaniste. En effet, derrière ces images, il n’y a pas de raison ou d’aboutissement, si ce n’est produire de belles images. On en attend plus d’un réalisateur qui avait déjà exploité cela dans Balzac et la petite tailleuse chinoise.
L’imbriquement narratif fébrile adjoint à une musique omniprésente, dessert fortement la densité de l’amour porté dans cette relation.
Mylène Jampanoï qui incarne Li Min est peut être au départ difficilement identifiable par son métissage comme une véritable chinoise et ce, malgré la réécriture, seule excuse viable à cet entre deux culturel. Cependant elle construit
durablement une prestation très intéressante, très consistante pour un premier grand rôle au cinéma. Ses débuts sont prometteurs et il y a fort à parier sur une belle carrière.
Li Xiaoren, l’autre femme de ce long métrage campe une fille botaniste qui, fait rare dans le cinéma chinois, dévoile son corps, courage qui n’est pas sans rappeler celui de l’actrice Li Xiaolu dans Xiu Xiu de Joan Chen ou bien encore Hao Lei dans une Jeunesse chinoise de Lou Ye.
Il n’y a donc, au regard de la prestation de ces deux actrices, pas la moindre trace d’erreurs de jeu. Conclusion : c’est bien dans le scénario de départ que se loge tous les véritables maux de ce film.
En effet, la thématique homosexuelle est endeuillée de quelques importantes névroses. La naïveté, à certains passages fondamentaux du film, dégrade fortement les réflexions autour de la réelle histoire d’amour de ces deux femmes, épicentre des Filles du Botaniste, qui malheureusement n’arrivera pas à s’amarrer complètement à la mémoire des cinéphiles.
Il n’y a pas réellement de constructions sentimentales entre ces deux femmes, juste une affection réciproque autour de leur occupation végétale, et puis soudain le grand amour. Dai Sijie n’insiste pas assez sur la psychologie de ses deux héroïnes. Pourquoi deviennent elles lesbiennes ? Quel est vraiment le parcours ou le déclic qui les amènent à franchir le pas de l’amitié pour celui de l’amour ? Quelles peuvent être les aspérités sexuelles de ce choix ?
Autant de questions où Dai Sijie semble manquer le coche sur un domaine, très sensible et très à même de susciter de nombreuses réactions.
Les Filles du Botanistes reste donc à l’état de cocon et n’arrivera pas à achever sa chrysalide cinématographique. Il n’en est pas moins un film courageux, très bien interprété par deux excellentes actrices et continuant à ouvrir le bal d’un sujet social tabou (avec les grands pionniers que sont Cui Zi’en, Stanley Kwan ou bien encore Zhang Yuan).
Introduction de Dai Sijie
« C’est un film d’amour homosexuel dans un jardin chinois, un lieu paradisiaque »
« Il a été impossible de le produire en studio chinois, ou même dans une maison de production chinoise car c’est un sujet tabou. Il a donc été tourné au Vietnam »
Le tournage selon Lise Fayolle, Alfred Lot et Dai Sijie
«Nous avons très bien accueillit au Vietnam cependant la barrière de langue n’est pas des plus faciles.»
«L’équipe du film était très diversifiée entre chinois et québécois sur le tournage, il était nécessaire de parler en anglais. Dai Sijie a même joué les traducteurs.»
«Ici, tout se paye en cash, même les décors, les nuits d’hôtel et ce, parfois, par des sommes astronomiques.»
«Ce film fut éprouvant car la préparation a été très courte. De plus, les équipements cinématographiques vietnamiens étaient très réduits.»
Mylène Jampanoï sur sa préparation
« J’ai ingéré de nombreuses histoires d’hommes et de femmes chinois pour mieux appréhender le poids culturel du film.»
Dans la Chine des années 80, tous les tabous ne sont pas levés.
Min, une jeune orpheline part faire ses études chez un botaniste de renom. Homme secret et père autoritaire, son professeur vit sur une île qu'il a transformée en jardin luxuriant.
Contrainte de partager cette vie solitaire et effacée, sa fille An accueille avec joie l'arrivée de l'étudiante. Très vite complices, les deux jeunes femmes voient leur amitié évoluer vers une attraction troublante, sensuelle et interdite.
Incapables de se séparer, Min et An imaginent bientôt un dangereux arrangement pour continuer à partager le même toit...
Depuis Balzac et la petite tailleuse chinoise, Dai Sijie est devenu une référence littéraire en France mais aussi un cinéaste aguerrit et Les filles du Botaniste n’est certainement pas l’œuvre la plus facile dans la carrière du réalisateur. En effet, abordant la thématique de l’homosexualité féminine, le plus français des artistes chinois s’est attiré, en connaissance de cause, le refus de pouvoir tourner son film en Chine. Dai Sijie a donc choisit le Vietnam, un pays qui réunit le plus de similitudes avec la région de Chine (le Yunnan très certainement) correspondant à l’histoire de son œuvre.
Il nous conte l’amour d’une fille élevé et éduqué dans un orphelinat suite au décès de ses parents dans le terrible tremblement de terre de Tangshan en 1976 causant la mort de milliers de chinois. En aparté, il est rare de voir cinéaste faire référence à cet évènement dont certains diront qu’il fut précurseur de la fin de l’époque maoïste. L’ampleur des dégâts et ses pertes humaines resteront cachées de la population chinoise pendant de nombreuses années, préférant regarder les survivants sortir des gravas en s’égosillant « vive le président Mao ! Longue vie au président !».
Cette petite fille survivante de ce désastre a depuis bien grandit et se prépare au poste de stagiaire chez le botaniste le plus estimé de la région. Pour ce faire, elle amène un cadeau à son nouveau professeur, un joli oiseau qui sait dire «
Vive le président Mao ». Avec ce premier contact, elle croise le regard de sa fille, qui deviendra avec le temps plus qu’une simple amie.Elles viennent alors à développer ensemble leurs dons pour les plantes. De cet apprentissage mutuel, le cinéphile sera amené à découvrir un pan de la culture chinoise contenu dans la médecine par les plantes. Attacher un ginseng pour ne pas qu’il perde son âme est un exemple parmi d’autres. Cependant elles tendent de plus en plus l’une vers l’autres et se vouent à devenir des âmes sœurs …
Les Filles du Botaniste est un film à double tranchant. S’il séduira par cette homosexualité dans un pays et dans une époque où elle était punit de peine de mort, il pourra décevoir par son développement enchevêtré dans une naïveté dérisoire.
Vous l’aurez donc compris, il y a dans cette œuvre une grande concentration de qualités comme de défauts.
Dai Sijie sait comme personne manier le visu des régions luxuriantes et verdoyantes comme le sont celles du Vietnam, parallèles à celles que l’ont peut trouver non loin de Guilin. Cependant, faut il encore que cette surimpression visuelle consolide le développement de l’œuvre, le premier chaînon manquant des Filles du Botaniste. En effet, derrière ces images, il n’y a pas de raison ou d’aboutissement, si ce n’est produire de belles images. On en attend plus d’un réalisateur qui avait déjà exploité cela dans Balzac et la petite tailleuse chinoise.
L’imbriquement narratif fébrile adjoint à une musique omniprésente, dessert fortement la densité de l’amour porté dans cette relation.
Mylène Jampanoï qui incarne Li Min est peut être au départ difficilement identifiable par son métissage comme une véritable chinoise et ce, malgré la réécriture, seule excuse viable à cet entre deux culturel. Cependant elle construit
durablement une prestation très intéressante, très consistante pour un premier grand rôle au cinéma. Ses débuts sont prometteurs et il y a fort à parier sur une belle carrière.Li Xiaoren, l’autre femme de ce long métrage campe une fille botaniste qui, fait rare dans le cinéma chinois, dévoile son corps, courage qui n’est pas sans rappeler celui de l’actrice Li Xiaolu dans Xiu Xiu de Joan Chen ou bien encore Hao Lei dans une Jeunesse chinoise de Lou Ye.
Il n’y a donc, au regard de la prestation de ces deux actrices, pas la moindre trace d’erreurs de jeu. Conclusion : c’est bien dans le scénario de départ que se loge tous les véritables maux de ce film.
En effet, la thématique homosexuelle est endeuillée de quelques importantes névroses. La naïveté, à certains passages fondamentaux du film, dégrade fortement les réflexions autour de la réelle histoire d’amour de ces deux femmes, épicentre des Filles du Botaniste, qui malheureusement n’arrivera pas à s’amarrer complètement à la mémoire des cinéphiles.
Il n’y a pas réellement de constructions sentimentales entre ces deux femmes, juste une affection réciproque autour de leur occupation végétale, et puis soudain le grand amour. Dai Sijie n’insiste pas assez sur la psychologie de ses deux héroïnes. Pourquoi deviennent elles lesbiennes ? Quel est vraiment le parcours ou le déclic qui les amènent à franchir le pas de l’amitié pour celui de l’amour ? Quelles peuvent être les aspérités sexuelles de ce choix ?Autant de questions où Dai Sijie semble manquer le coche sur un domaine, très sensible et très à même de susciter de nombreuses réactions.
Les Filles du Botanistes reste donc à l’état de cocon et n’arrivera pas à achever sa chrysalide cinématographique. Il n’en est pas moins un film courageux, très bien interprété par deux excellentes actrices et continuant à ouvrir le bal d’un sujet social tabou (avec les grands pionniers que sont Cui Zi’en, Stanley Kwan ou bien encore Zhang Yuan).
Les Filles du Botanistes (Bonus)
Introduction de Dai Sijie
« C’est un film d’amour homosexuel dans un jardin chinois, un lieu paradisiaque »
« Il a été impossible de le produire en studio chinois, ou même dans une maison de production chinoise car c’est un sujet tabou. Il a donc été tourné au Vietnam »
Le tournage selon Lise Fayolle, Alfred Lot et Dai Sijie
«Nous avons très bien accueillit au Vietnam cependant la barrière de langue n’est pas des plus faciles.»
«L’équipe du film était très diversifiée entre chinois et québécois sur le tournage, il était nécessaire de parler en anglais. Dai Sijie a même joué les traducteurs.»
«Ici, tout se paye en cash, même les décors, les nuits d’hôtel et ce, parfois, par des sommes astronomiques.»
«Ce film fut éprouvant car la préparation a été très courte. De plus, les équipements cinématographiques vietnamiens étaient très réduits.»
Mylène Jampanoï sur sa préparation
« J’ai ingéré de nombreuses histoires d’hommes et de femmes chinois pour mieux appréhender le poids culturel du film.»
Damien Paccellieri
Realisateur : Jia Zhang-ke
Jia Zhang-ke, au-delà du réelDevenu chef de file de la sixième génération des réalisateurs chinois, Jia Zhang-ke est resté quelqu’un de simple, avec son timbre de voix unique qui le fera toujours passer pour plus jeune que son âge. L’enfant roi de la scène indépendante voit le jour en 1970 à Fenyang, une ville aux mutations économiques violentes située dans la province du Shanxi. Le Shanxi est depuis fort longtemps une terre de cinéma qui a vu passer d’autres grands réalisateurs comme Wu Tianming et de nombreux longs métrages des années 80.
De ses études, Jia Zhang-ke choisira la voie des beaux arts, mais Terre Jaune de Chen Kaige (1984) le ramènera vers le cinéma, un art synthétisant les autres.
Lors des évènements de 1989, Jia Zhang-ke a tout juste 19 ans et l’âge pour voir s’annoncer les mouvements estudiantins de l’époque. Alors que de nombreux rêves de jeunesse se voient reportés vers d’autres lendemains, c’est le début d’une nouvelle ère cinématographique en Chine avec l’arrivée des premiers films indépendants, Mama de Zhang Yuan en tête.
Fraichement diplômé de l’Institut de Cinéma de Pékin en 1993, Jia Zhangke s’immisce déjà à l’écriture de ses premiers scénarii. C’est le temps des clopes au bec et des clopinettes, des idées fulgurantes et belliqueuses. Alors que son premier scénario sera employé pour Platform, son deuxième film, l’apprenti magicien se consacre à Xiao Wu (1997), sa première œuvre tournée en totale indépendance de l’Etat.
A cette époque, peu de cinéastes chinois choisissaient d’emprunter les chemins escarpés des productions privées voir le cas échéant de fortune où les proches mettaient tous leurs mains à la poche. Sa liberté d’expression comme seule trophée, Jia Zhang-ke optera pour cette solution quitte à se priver malheureusement de son public naturel en étant interdit de sortie dans les cinémas chinois.
Avec Xiao Wu, le désormais cinéaste observe par le biais d’un voleur, le dérèglement social de son pays. Par le prisme de sa ville natale, Jia Zhang-ke amorce déjà l’écueil d’un talent en devenir.
Français comme nous sommes, le Festival des 3 Continents a su encourager le jeune homme qui ne tarde pas alors à se remettre en scelle trois ans plus tard avec Platform (2000).
Sur les traces d’une troupe d’artistes vers la fin des années 70 jusqu’à la fin des années 80 (tant d’années d’évolutions incessantes), le réalisateur parvient à émettre des réflexions autour de la jeunesse ouverte à de nouvelles perspectives grâce aux réformes de Deng Xiaoping malgré un engrenage de ruptures identitaires.
Il y a aussi dans ce long métrage une forte partie autobiographique certainement capitale dans la remise d’une seconde Mongolfière d’Or, un doublé qui l’encourage, le fait connaitre à l’international et le propulse comme nouveau prodige du cinéma chinois.
En 2001, Jia Zhang-ke tourne In Public un documentaire commandé par le festival de Jeonju en Corée, tourné exclusivement dans des lieux publics où les changements urbains et sociaux nécessaires à la Chine ont dénature l’authenticité des relations humaines. Dans un double langage des images, le cinéaste mise sur une technicité, un visuel très cinématographique tout en dégageant par delà des thématiques sociales essentielles.
Daté de 2002, Plaisirs Inconnus, tourné en numérique (faible coût, nouvel outil de travail, mobilité et développement du montage plus aisé) dans sa province bien aimée du Shanxi, confirme le plaisir maladif de jeunes chinois à s’ennuyer ferme jusqu’à contempler leurs propres vicissitudes.
Ces jeunes sans connexions familiales, sans pare chocs sociaux, évoluent dans leur petite ville, déboussolés, rêvant de grandes métropoles à l’image de Pékin ou Shanghai qu’ils souhaiteraient tant rejoindre. Mais peu à peu ces jeunes voient leurs vies se faner, sans pouvoir y changer quelque chose.
En seulement trois long métrages et un court le gaillard de Fenyang s’est imposé comme un cinéaste du réel posé sur des réflexions concernant la jeunesse de son pays loin de pouvoir encore assimiler leurs nouvelles identités individuelles, dans une marche orchestrée par une évolution économique fulgurante.
Mais le réalisateur au regard attendrissant et au sourire d’enfant continue son chemin de croix avec The World (2004), premier de ses films à être passé au crible du le bureau du cinéma et à sortir sur le territoire chinois.
A cet instant tous les cinéastes indépendants s’étaient demandés si le timide jeune homme ne s’était pas fourvoyé avec ce projet. A la vue de la poigne de fer et de la ténacité avec laquelle il tenait le plateau lors du tournage du film, ses proches le savait déjà éminemment sûr de ses convictions et destiné à marquer d’une pierre blanche le parcours du cinéma chinois actuel.
En effet The World est l’un des premiers signes d’amélioration dans les relations entre l’Etat et le bulle du cinéma chinois indépendant proposant à ces réalisateurs une nouvelle démarche de coopération. Malheureusement cette démarche s’entrave de nombreuses fausses notes comme la mise à pied de Lou Ye pour une durée de 5 ans qui suit celle de Jiang Wen.
Grand ami de Wang Xiaoshuai, Jia Zhang-ke n’hésite pas à demander au réalisateur de Beijing Bicycle de tenir un petit rôle dans son film, histoire d’entretenir une amitié plus que cinématographique.
Quand on pense à toutes les beuveries de ces deux cinéastes qui aiment se retrouver dans les locaux de production de Jia Zhang-ke non loin de la cinémathèque chinoise, l’avenir d’un pan du cinéma chinois se joue peut être entre ces quelques murs.
L’année 2006 fut certainement l’année « Jia Zhang-ke » avec l’obtention au Festival de Venise du Lion d’Or pour Still Life, une très haute distinction du cinéma international de plus pour le cinéma chinois en plein développement. Réalisant Dong dans la foulée, les deux œuvres se colmatent pour mieux nous profiler la situation instable de toute une région autour des Trois Gorges, obligée à déménager mais à subir aussi de plein fouet les mutations chinoises et leurs gourmandises énergétiques.
Jia Zhang-ke tire ainsi la sonnette d’alarme et nous informe de la perte sociale et culturelle de cette région face à la frénésie économique ambiante. A noter qu’il s’agit aussi de la première fois où le cinéaste laisse au repos la jeunesse, sa thématique de prédilection.
Accompagné par le brillant Yu Lik-wai aux manettes du chef opérateur, Jia Zhang-ke est un artiste prolifique. Par sa démarche croulante et son regard commutatif, le chef de la sixième génération, comme il ne l’aime pas l’entendre, risque encore de nous surprendre ces prochaines années. En attendant Jia Zhang-ke trouve encore le temps d’écrire un livre sur le cinéma chinois indépendant (il a écrit plusieurs sur ses propres films) et songe à ouvrir une école de cinéma. Ses parents, modèles de mansuétude, n’en reviennent toujours pas ! Leur progéniture mènera le cinéma chinois vers un exceptionnel destin…
A voir : l'excellent documentaire Made in China sur Jia Zhang-ke disponible en France sur le dvd de The World édité par Mk2. Rares sont les portraits cinématographiques chinois et Julien Selleron nous offre une chance unique de découvrir au plus près la personnalité du cinéaste. Un grand coup de chapeau à la Belgique.
Filmographie
1997 - Xiao Wu
2000 - Platform
2001 - In public (court métrage)
2002 - Plaisirs inconnus
2004 - The world
2006 - Still life
2006 - Dong (documentaire)
Damien Paccellieri
jeudi 19 avril 2007
Realisateur : Lou Ye
Lou Ye, en char et en osEt si on parlait d'amour ? Il a quelque chose de romantique, ce garçon en tee-shirt et treillis noir. Une douceur dans le regard, dans le sourire, comme une jeunesse qui ne s'enfuira pas. Lou Ye ne le dira pas, mais ses films parlent pour lui. C'est un éternel amoureux de l'amour, «état irrationnel, occasionnel, que la philosophie n'a jamais pu expliquer».
Et d'ajouter, l'air de connaître son sujet : «On y entre pour un moment ou un peu plus, c'est toujours un fracas.»
Lorsque le fracas rencontre le chaos du monde, cela donne son nouveau film, Une jeunesse chinoise, qui raconte la passion de deux étudiants pékinois en juin 1989, place Tiananmen.
Puis la vie passe. Les chars aussi, jusque dans la mémoire collective qui ferme la parenthèse. L'amour reste, souvenir vivant, paralysant. «Les drames extérieurs sont toujours plus faciles à résoudre que les conflits intimes», dit Lou Ye, les pommettes rosies.
Une jeunesse chinoise, premier film à aborder les évènements de juin 1989, montre plus de poils, de seins et de sentiments complexes que le cinéma chinois n'a jamais osés : «L'amour est surtout physique, non ? C'est bien plus fort que les idéologies et la morale, c'est ça qui dérange au fond.» Il s'est cogné brutalement à la censure à la veille de la présentation de son film dans les festivals. Les messieurs du Bureau du cinéma ont d'abord jugé Une jeunesse chinoise (tourné avec autorisation) «mauvais techniquement». Lou Ye a négligé l'avertissement, partant montrer son travail sur la Croisette comme si de rien n'était. En septembre, Une jeunesse chinoise était banni définitivement, cette fois pour les causes véritables : «Trop de scènes sexuelles et de sujets sensibles.»
Pour Suzhou River (histoire d'amour à Shanghai tournée sans autorisation), Lou Ye s'en était sorti avec une autocritique et deux ans d'interdiction de tourner. Le temps qu'il fallait à ce perfectionniste pour préparer le Papillon pourpre, histoire de guerre et d'amours sino-japonaises dans les années 30. Tiananmen et le sexe valent double peine : pas de tournage pendant cinq ans et pas de film en salle. Un crève-coeur. Prêt à s'autocensurer pour avoir un public chinois, Lou Ye a proposé une version enfant, épilée. Mais en dépit de coups de fil quotidiens au Bureau du cinéma, les juges ont maintenu leur verdict. C'est donc bien Tiananmen qui fâche. Fataliste, il dit : «C'est absurde, cette censure favorise ce qu'elle veut interdire. C'est à cause d'elle qu'est né le cinéma underground chinois.»
Et Une jeunesse chinoise devrait trouver un public à domicile, via le très actif circuit des DVD pirates.
Crâne rasé et baskets fatiguées, Lou Ye écrase une cigarette dans la bobine de films qui sert de cendrier. Dans le dossier de presse français, il pose la clope au bec, comme un acteur américain des années 50. Il n'aime pas manger, et surtout se mettre à table. Mais il fume. La censure ne l'empêche ni de dormir ni de faire du cinéma. Il est en contact avec d'autres indépendants comme Jia Zhang-ke ou Wang Bing, se gave de DVD, joue au badminton, sort avec ses potes, «surtout pas de soirées mondaines, je déteste», écrit son prochain scénario, une histoire d'amour en Palestine. Chaque matin, il ouvre la Dream Factory, maison de production qu'il a fondée à Pékin avec sa meilleure amie de fac, Nai An, il y a presque quinze ans, pour produire ses films et aider les jeunes réalisateurs chinois : «Peut-être qu'on devra fermer dans deux mois, qui sait ? On verra alors.» Pour l'heure, il vit, et plutôt bien, de son oeuvre, diffusée à l'étranger. Nai An : «C'est un garçon calme, il relativise tout. Parfois, il est mélancolique comme un poète, mais, le plus souvent, il est gai.» Elle est solide, volubile, généreuse. Lou Ye dessine des cartoons sur les murs des toilettes et se nourrit de cacahuètes et de gâteaux. Les deux associés ne sont pas amoureux. «Il est marié et il a un petit garçon», confie-t-elle.
L'épouse est chinoise et travaille dans le cinéma. Ils se sont connus à Berlin où elle habitait. Anaïs, une amie : «Elle est aussi extravertie qu'il est discret.»
Pas le genre à afficher ses photos de famille dans son bureau ou à feuilleter la presse people. Ni poseur ni intello : «Quelqu'un qui sait incroyablement ce qu'il veut», dit Sylvain Bursztejn, son producteur français.
Que faisait Lou Ye en juin 1989 ? L'amour et la révolution. «Je traversais une situation sentimentale désordonnée, on peut le dire comme ça. Mais je ne sais toujours pas si mon problème amoureux m'a poussé à participer au mouvement, ou si c'est 1989 qui a perturbé mon histoire d'amour. Ce n'est pas clair. Nous étions nombreux dans ce cas.»
Etudiant en quatrième année de cinéma à Pékin, à 24 ans, il était certain de sa vocation, emporté par le vent libertaire. Il a participé, comme tout le monde. «Notre pays s'ouvrait enfin, on avait tous l'espoir que tout allait changer. C'est ce qui s'est passé d'ailleurs, il faut le reconnaître. Mais pas comme on l'avait espéré.» Né à Shanghai, l'autre capitale de la Chine, il a grandi dans les coulisses des théâtres, entre un père et une mère comédiens, et garde un souvenir radieux de la Révolution dite culturelle : «Mes parents, qui jouaient Shakespeare et Molière, ont été envoyés à la campagne élever des cochons. Je les ai suivis. J'étais heureux. On n'était pas obligés d'aller à l'école.»
A l'époque, il voulait faire des dessins animés. Kurosawa, découvert plus tard sur les écrans de Shanghai, l'en a détourné. A 18 ans, il savait qu'il serait cinéaste.
L'intermède «école des cadres» a duré trois ans. La famille de Lou Ye n'en a plus jamais reparlé. En Chine, chaque génération tait son histoire. Les grands-parents ont connu la famine de la fin des années 50, leurs enfants la dernière folie de Mao, les petits-enfants ont ravalé leurs larmes de Tiananmen : «La Chine se construit sur des silences, estime Lou Ye. Moi-même, je ne connais pas grand-chose de la Révolution culturelle, pas plus que les jeunes d'aujourd'hui ne connaissent Tiananmen. Ils en ont entendu parler mais ne posent pas de questions. C'est dangereux, un pays qui découpe son histoire en tranches. Et pourtant nous avançons vite. Peut-être à cause de ce silence, justement.» Faire du bruit, la littérature et le cinéma, les deux cibles favorites de la censure, s'en chargent.
Parfois surnommé «le Wong Kar-wai chinois» en référence au réalisateur hongkongais de In the Mood for Love, surdoué reconnu dès sa première oeuvre par la critique internationale, Lou Ye se défend de faire des films politiques : «J'aime raconter les gens, les femmes surtout. Dans tous mes films, le personnage principal est une femme.»
Ses collaborateurs racontent l'extrême minutie de ses tournages, l'attention donnée à chaque prise, et son talent pour «métamorphoser les acteurs, les modeler en douceur, sans qu'ils s'en rendent comptent». Sur les étagères de ce cinéphile, Truffaut et la Nouvelle Vague occupent une bonne place. Il ne s'en lasse pas. C'est un homme qui aime les femmes.
Filmographie
1994 - Weekend lover
2000 - Suzhou River
2001 - In Shanghai (court métrage)
2002 - Purple butterfly
2006 - Une jeunesse chinoise
Pascale Nivelle (article paru dans Libération le 13.04.07)
(photo d'Anaïs Martane)
(photo d'Anaïs Martane)
La selection du Festival de Cannes 2007
Enfin ! Les dés de la sélection sont jetés !Et malheureusement pour la communauté sinophone, il y a de belles déceptions:
Jiang Wen n'a pas été retenu pour son nouveau long métrage.
Hou Hsiao-hsien, malgré ses nombreuses sélections, n'a pas été retenu lui aussi.
Mais réjouissons nous tout de même de ce que le 60e festival de Cannes nous réserve:
Wong Kar-wai que vous pouvez voir sur le poster est confirmé pour son film tourné aux États Unis. Li Yang qui s'était presque fait oublier sera dans la sélection Un certain regard avec Mang Shan. Dans une séance spécial, le documentariste Wang Bing nous revient avec plus de 3h de films pour He Fengming. Enfin Chen Tao, présentera un court métrage dans le cadre de la cinéfondation.
A noter tout de même la présence de Maggie Cheung dans le jury des films en compétition et Jia Zhang-ke comme président du jury court métrage.
lundi 16 avril 2007
The Floating Landscape
The Floating Landscape de Carol Lai, 2003Avec Karena Lam, Ekin Cheng, Liu Ye
Hong Kong. Maan vient juste de perdre l'homme qu'elle aime des suites d'une longue maladie : Sam, un jeune peintre talentueux. Depuis peu, il était obsédé par un paysage qu'il pensait avoir vu lorsqu'il jouait enfant dans la campagne autour de la ville de Qingdao. En souvenir de lui, elle décide de retrouver ce paysage. Là-bas, elle fait la connaissance de Lit, qui dessine des livres pour enfant et travaille comme postier pour vivre. Il l'aide dans sa quête et tombe amoureux tandis que Maan, encore hantée par son chagrin, ne voit pas leur amitié se transformer.
Après Glass Tears en 2001, Carol Lai revient à nous avec The Floating Landscape, un drame intimiste sur la difficulté du deuil. Maan est une jeune Hongkongaise qui vient de perdre l'être cher à son cœur. Il s'agit de Sam, un jeune homme qui s'est éteint à la suite d'une maladie incurable. Durant les derniers moments de sa vie, il était obnubilé par un paysage de son enfance situé en Chine continentale et l'avait décrit dans son journal. En souvenir de Sam, Maan décide de se rendre à Qingdao où ce paysage est supposé avoir existé afin de le retrouver. Sur place, elle rencontre Lit, un jeune facteur qui va l'aider dans sa recherche. Ils vont peu à peu se rapprocher mais le deuil de Maan dresse entre eux comme un mur infranchissable qui les empêche de s'aimer...
Ce film est d'un abord difficile, peut-être parce qu'il est intensément féminin comme le dit la réalisatrice, qu'il traite de sentiments qu'il faut avoir vécu pour comprendre. C'est humblement le cas de votre serviteur mais sans tomber dans
une étude approfondie du contenu, The floating landscape, comme une peinture est une œuvre qu'il faut apprivoiser, analyser, regarder de loin puis de près pour en saisir toute la dimension. La thématique du deuil n'a jamais été facile à traiter. Carol Lai l'aborde ici avec pudeur et retenue. En nous présentant cette jeune femme Maan (Karena Lam) qui court après une image du passé comme un remède à son mal, la réalisatrice souligne toute la difficulté de recommencer à vivre quand on a perdu une moitié de soi.
Elle tire un parallèle avec Lit (Liu Ye), le facteur qui, comme Sam, a vécu à Qindao mais qui ne sait pas insuffler à Maan l'espoir d'aimer à nouveau. De décisions en hésitations - monter les escaliers, les redescendre, déterrer le passé ou l'enfo
uir à jamais -, les symboles sont nombreux dans ce film, au demeurant assez bien construit. Aidée par Danny Pang, Carol Lai a monté son film en choisissant des plans qui se font écho. Ce mur jaune avec ou sans vélo, espace vide qui sera comblé par du sens. Dessiner pour ne pas mourir. Les situations s'interpellent aussi. Demander son chemin à un facteur, la vieille femme dont le mari est mourant qui recopie les sutras tandis que Maan recopie le journal de son ex-ami dont elle ne connaissait que partiellement le passé.
Elle le découvre jour après jour. Et puis le cinéma de Carol Lai c'est, comme elle le dit elle-même, "une peinture chinoise où une grande part est laissée à l'imagination".
Hiver ou printemps, ce paysage peint par Sam n'a plus la même signification. Couvert de neige, il représente la tristesse du trépas, la beauté froide et figée d'un passé abandonné. Au printemps, les fleurs de pêcher, symboles du renouveau, de la renaissance, en font un des paysages les plus célèbres de Chine. C'est alors à Maan de décider, si elle veut voir à Qingdao, l'hiver de sa jeunesse ou le printemps de ses amours.
Hong Kong. Maan vient juste de perdre l'homme qu'elle aime des suites d'une longue maladie : Sam, un jeune peintre talentueux. Depuis peu, il était obsédé par un paysage qu'il pensait avoir vu lorsqu'il jouait enfant dans la campagne autour de la ville de Qingdao. En souvenir de lui, elle décide de retrouver ce paysage. Là-bas, elle fait la connaissance de Lit, qui dessine des livres pour enfant et travaille comme postier pour vivre. Il l'aide dans sa quête et tombe amoureux tandis que Maan, encore hantée par son chagrin, ne voit pas leur amitié se transformer.
Après Glass Tears en 2001, Carol Lai revient à nous avec The Floating Landscape, un drame intimiste sur la difficulté du deuil. Maan est une jeune Hongkongaise qui vient de perdre l'être cher à son cœur. Il s'agit de Sam, un jeune homme qui s'est éteint à la suite d'une maladie incurable. Durant les derniers moments de sa vie, il était obnubilé par un paysage de son enfance situé en Chine continentale et l'avait décrit dans son journal. En souvenir de Sam, Maan décide de se rendre à Qingdao où ce paysage est supposé avoir existé afin de le retrouver. Sur place, elle rencontre Lit, un jeune facteur qui va l'aider dans sa recherche. Ils vont peu à peu se rapprocher mais le deuil de Maan dresse entre eux comme un mur infranchissable qui les empêche de s'aimer...
Ce film est d'un abord difficile, peut-être parce qu'il est intensément féminin comme le dit la réalisatrice, qu'il traite de sentiments qu'il faut avoir vécu pour comprendre. C'est humblement le cas de votre serviteur mais sans tomber dans
une étude approfondie du contenu, The floating landscape, comme une peinture est une œuvre qu'il faut apprivoiser, analyser, regarder de loin puis de près pour en saisir toute la dimension. La thématique du deuil n'a jamais été facile à traiter. Carol Lai l'aborde ici avec pudeur et retenue. En nous présentant cette jeune femme Maan (Karena Lam) qui court après une image du passé comme un remède à son mal, la réalisatrice souligne toute la difficulté de recommencer à vivre quand on a perdu une moitié de soi. Elle tire un parallèle avec Lit (Liu Ye), le facteur qui, comme Sam, a vécu à Qindao mais qui ne sait pas insuffler à Maan l'espoir d'aimer à nouveau. De décisions en hésitations - monter les escaliers, les redescendre, déterrer le passé ou l'enfo
uir à jamais -, les symboles sont nombreux dans ce film, au demeurant assez bien construit. Aidée par Danny Pang, Carol Lai a monté son film en choisissant des plans qui se font écho. Ce mur jaune avec ou sans vélo, espace vide qui sera comblé par du sens. Dessiner pour ne pas mourir. Les situations s'interpellent aussi. Demander son chemin à un facteur, la vieille femme dont le mari est mourant qui recopie les sutras tandis que Maan recopie le journal de son ex-ami dont elle ne connaissait que partiellement le passé.Elle le découvre jour après jour. Et puis le cinéma de Carol Lai c'est, comme elle le dit elle-même, "une peinture chinoise où une grande part est laissée à l'imagination".
Hiver ou printemps, ce paysage peint par Sam n'a plus la même signification. Couvert de neige, il représente la tristesse du trépas, la beauté froide et figée d'un passé abandonné. Au printemps, les fleurs de pêcher, symboles du renouveau, de la renaissance, en font un des paysages les plus célèbres de Chine. C'est alors à Maan de décider, si elle veut voir à Qingdao, l'hiver de sa jeunesse ou le printemps de ses amours.Vianney Meunier
(2003)
(2003)
The Banquet
The Banquet de Feng Xiaogang, 2006 Avec Zhang Ziyi, Ge You, Zhou Xun
Au X ème siècle en Chine, un empereur est assassiné par son frère Li qui aussitôt le remplace sur le trône mais aussi dans son lit auprès de l'impératrice. Il ordonne son neveu, prince héritier artiste et mélancolique, rejoigne son père. Ses projets se réaliseraient pour le mieux si l'impératrice ne se révélait pas unpersonnage retors, aux multiples facettes. Qui aime-t-elle, quelles ambitions et quels désirs la dévorent ? En a-t-elle seulement ? L'impératrice joue avec les sentiments et la vie des autres avec cruauté, mais semble-t-il pas sans remords, pour arriver à ses fins, mais lesquelles ?
Le Trailer U.S.
The Banquet est une adaptation libre de Hamlet. Le drame se passe en Chine, au moment où la dynastie Tang (618-907) a sombré et qu'une multitude de seigneurs se déclarèrent rois de territoires qu'ils contrôlèrent militairement pour convoiter le trône impérial.
Dans cette repise littéraire, les personnages sont entièrement sinisés, Feng Xiaogang ne transpose pas un monument de la littérature européenne dans la Chine impériale, il s'en inspire dans les grandes lignes pour nous conter une histoire 100 % chinoise.
Oui, on retrouve le frère assassin, le neveu perdu, la femme infidèle, l'amoureuse transie, le poison, mais voilà de plus.
Ne cherchez pas donc pas à comparer d'avantage Hamlet et The Banquet.
Les gardes noirs de l'empereur usurpateur viennent assassiner le prince héritier dans une école d'art perdue au milieu de la forêt. L'école est superbe, toute en bois bâtie sur plusieurs niveaux, c’est un bijou d'architecture en harmonie avec la nature. Les mîmes y évoluent étrangement, hors du temps. Les gardes arrivent...et là, arrêt sur image: les combats sont une suite de ralentis, de vols, et d'eau jaillissant sous les sabots des chevaux, puis les mîmes meurent sans se défendre (on ne sait pas pourquoi).
The Banquet est un drame historique , pourquoi le réalisateur a-t-il donc voulu y insérer des scènes de wu xia pian ? Pour se sacrifier à la mode ? Pour s'attirer un plus large public ? Si c'est le cas c'est bien dommage ; ce sera la seule tare de ce long métrage car The Banquet est par ailleurs digne d’intérêt .
D'abord par ses choix
artistiques. The Banquet a un coté très théâtral, sans pour autant faire du film une pièce de théâtre ou un opéra (l'esthétisme du film s'apparente plus au monde de l'opéra qu'à celui du théâtre). Cette impression est due au fait que le long métrage est découpé en une succession de scènes présentées sous formes de tableaux. Parfois ce choix est si radical que certaines scènes semblent ne pas être liées au récit. Les éclairages, les décors, les costumes et les maquillages de l’impératrice participent assurément à cette théâtralité.
Certaines scènes du film n'ont pas d'arrière plan et le rouge se détache violemment de la pénombre, sinon de l'obscurité des pièces du palais, comme s'il n'y avait comme décor qu'un fond noir. La photo dans ces conditions est extrêmement soignée aussi bien lors de gros plans que de scènes d'ensemble, là encore avec un soin très particulier accordé au rouge et au noir. Certaines cinématiques de Zhang Ziyi sont absolument magnifiques. La mise en scène est là encore digne de celle de grands opéras, solennelle et éclatante mais sans excès, privilégiant la sobriété plutôt que le grandiose, qu'il y ait deux personnages en scène dans une pièce privée, ou l'ensemble de la cour dans une salle de réception.
Mais The banquet est un film , les personnages ne sont donc pas sacrifiés au visuel et le héro du film est une femme: l'impératrice. D'abord prévu pour être tenu par une actrice plus âgée (on a parlé de Gong Li et de Maggie Cheung), le rôle a finalement échu à Zhang Ziyi, et a donc été réécrit car dans The Banquet l'impératrice est de qu
atre ans la cadette du prince héritier. Ils furent tout deux amoureux avant que l'Empereur, le père du prince, n’épouse lui-même la jeune fille. La belle mère est plus jeune, son amour pour son beau fils est moins scandaleux, son ambiguïté se révèlera alors dans le rapport qu'elle entretient avec le pouvoir et surtout avec l'empereur. Elle est déconcertante, cruelle, tendre, immorale, vicieuse, ambitieuse, manipulatrice. Un vrai monstre, mais voilà on n'en est jamais sûr, car on n'arrive pas savoir si elle joue son propre jeu ou feint de le jouer.
Zhang Ziyi avec son visage d'ange buté et sa froideur convient parfaitement au rôle, et y est très belle (elle a de jolies fesses en plus...si ce sont bien les siennes !).
Ge You est l'acteur fétiche de Feng Xiao Gang (Cell Phone, A World without Thieves...) et connaît bien les attentes du réalisateur. Il sait être impeccable. Zhou Xun qui joue Qing l’amoureuse transie, possède une beauté étrange et gracieuse, une personne qui retient l'attention sans qu' on y trouve de la grâce. Quant à Daniel Wu, il exécute son rôle de rêveur un peu mou et perdu avec beaucoup de justesse. Son manque de charisme, sa personnalité anodine et un peu niaise en font un prince héritier très crédible, la personnalité de l'un correspondant à celle de l'autre. Ainsi tous les personnages tiennent donc bien leur place dans le drame, tous sont bien campés et aucuns n'éclipsent l'autre.
Ce long métrage est donc un drame, dans lequel pouvoir et amour s'affrontent, dans lequel les amoureux ne sont pas aimés ou cherche l'amour là où il ne le trouveront pas alors qu'à leur coté s'offre l'amour pur qu'ils ne voient pas. Le film a toute la cruauté et la violence des luttes de pouvoir au sein d'une cour impériale chinoise, parfois jusqu'au malaise. Certaines scènes « érotiques » mettant en scène le couple impérial sont détestables, et laissent un goût amer dans la bouche parce que derrière on sent le dégoût, la manipulation, c'est aussi révulsant qu'
un viol. Le sang comme les tissus rouges abondent et déchirent l'écran, et l'innocence incarnée par Qing est bafouée, trahie et manipulée, par tous les autres personnages quelques soient leurs sentiments à son égard. Malgré ses scènes de wu xia pian en demi teinte, même si parfois le réalisateur fait traîner une scène en longueur jouant avec la patience du spectateur, The Banquet nous manipule comme le fait l'impératrice avec ses proches.
C'est un film dans lequel Feng Xiaogang a joué une carte stylistique et narrative originale, ce qui n'est pas si courant, et celle-ci se révèle être au bout du compte très interessante.
Au X ème siècle en Chine, un empereur est assassiné par son frère Li qui aussitôt le remplace sur le trône mais aussi dans son lit auprès de l'impératrice. Il ordonne son neveu, prince héritier artiste et mélancolique, rejoigne son père. Ses projets se réaliseraient pour le mieux si l'impératrice ne se révélait pas unpersonnage retors, aux multiples facettes. Qui aime-t-elle, quelles ambitions et quels désirs la dévorent ? En a-t-elle seulement ? L'impératrice joue avec les sentiments et la vie des autres avec cruauté, mais semble-t-il pas sans remords, pour arriver à ses fins, mais lesquelles ?
Le Trailer U.S.
The Banquet est une adaptation libre de Hamlet. Le drame se passe en Chine, au moment où la dynastie Tang (618-907) a sombré et qu'une multitude de seigneurs se déclarèrent rois de territoires qu'ils contrôlèrent militairement pour convoiter le trône impérial.
Dans cette repise littéraire, les personnages sont entièrement sinisés, Feng Xiaogang ne transpose pas un monument de la littérature européenne dans la Chine impériale, il s'en inspire dans les grandes lignes pour nous conter une histoire 100 % chinoise.
Oui, on retrouve le frère assassin, le neveu perdu, la femme infidèle, l'amoureuse transie, le poison, mais voilà de plus.
Ne cherchez pas donc pas à comparer d'avantage Hamlet et The Banquet.
Les gardes noirs de l'empereur usurpateur viennent assassiner le prince héritier dans une école d'art perdue au milieu de la forêt. L'école est superbe, toute en bois bâtie sur plusieurs niveaux, c’est un bijou d'architecture en harmonie avec la nature. Les mîmes y évoluent étrangement, hors du temps. Les gardes arrivent...et là, arrêt sur image: les combats sont une suite de ralentis, de vols, et d'eau jaillissant sous les sabots des chevaux, puis les mîmes meurent sans se défendre (on ne sait pas pourquoi).
The Banquet est un drame historique , pourquoi le réalisateur a-t-il donc voulu y insérer des scènes de wu xia pian ? Pour se sacrifier à la mode ? Pour s'attirer un plus large public ? Si c'est le cas c'est bien dommage ; ce sera la seule tare de ce long métrage car The Banquet est par ailleurs digne d’intérêt .
D'abord par ses choix
artistiques. The Banquet a un coté très théâtral, sans pour autant faire du film une pièce de théâtre ou un opéra (l'esthétisme du film s'apparente plus au monde de l'opéra qu'à celui du théâtre). Cette impression est due au fait que le long métrage est découpé en une succession de scènes présentées sous formes de tableaux. Parfois ce choix est si radical que certaines scènes semblent ne pas être liées au récit. Les éclairages, les décors, les costumes et les maquillages de l’impératrice participent assurément à cette théâtralité.Certaines scènes du film n'ont pas d'arrière plan et le rouge se détache violemment de la pénombre, sinon de l'obscurité des pièces du palais, comme s'il n'y avait comme décor qu'un fond noir. La photo dans ces conditions est extrêmement soignée aussi bien lors de gros plans que de scènes d'ensemble, là encore avec un soin très particulier accordé au rouge et au noir. Certaines cinématiques de Zhang Ziyi sont absolument magnifiques. La mise en scène est là encore digne de celle de grands opéras, solennelle et éclatante mais sans excès, privilégiant la sobriété plutôt que le grandiose, qu'il y ait deux personnages en scène dans une pièce privée, ou l'ensemble de la cour dans une salle de réception.
Mais The banquet est un film , les personnages ne sont donc pas sacrifiés au visuel et le héro du film est une femme: l'impératrice. D'abord prévu pour être tenu par une actrice plus âgée (on a parlé de Gong Li et de Maggie Cheung), le rôle a finalement échu à Zhang Ziyi, et a donc été réécrit car dans The Banquet l'impératrice est de qu
atre ans la cadette du prince héritier. Ils furent tout deux amoureux avant que l'Empereur, le père du prince, n’épouse lui-même la jeune fille. La belle mère est plus jeune, son amour pour son beau fils est moins scandaleux, son ambiguïté se révèlera alors dans le rapport qu'elle entretient avec le pouvoir et surtout avec l'empereur. Elle est déconcertante, cruelle, tendre, immorale, vicieuse, ambitieuse, manipulatrice. Un vrai monstre, mais voilà on n'en est jamais sûr, car on n'arrive pas savoir si elle joue son propre jeu ou feint de le jouer.Zhang Ziyi avec son visage d'ange buté et sa froideur convient parfaitement au rôle, et y est très belle (elle a de jolies fesses en plus...si ce sont bien les siennes !).
Ge You est l'acteur fétiche de Feng Xiao Gang (Cell Phone, A World without Thieves...) et connaît bien les attentes du réalisateur. Il sait être impeccable. Zhou Xun qui joue Qing l’amoureuse transie, possède une beauté étrange et gracieuse, une personne qui retient l'attention sans qu' on y trouve de la grâce. Quant à Daniel Wu, il exécute son rôle de rêveur un peu mou et perdu avec beaucoup de justesse. Son manque de charisme, sa personnalité anodine et un peu niaise en font un prince héritier très crédible, la personnalité de l'un correspondant à celle de l'autre. Ainsi tous les personnages tiennent donc bien leur place dans le drame, tous sont bien campés et aucuns n'éclipsent l'autre.
Ce long métrage est donc un drame, dans lequel pouvoir et amour s'affrontent, dans lequel les amoureux ne sont pas aimés ou cherche l'amour là où il ne le trouveront pas alors qu'à leur coté s'offre l'amour pur qu'ils ne voient pas. Le film a toute la cruauté et la violence des luttes de pouvoir au sein d'une cour impériale chinoise, parfois jusqu'au malaise. Certaines scènes « érotiques » mettant en scène le couple impérial sont détestables, et laissent un goût amer dans la bouche parce que derrière on sent le dégoût, la manipulation, c'est aussi révulsant qu'
un viol. Le sang comme les tissus rouges abondent et déchirent l'écran, et l'innocence incarnée par Qing est bafouée, trahie et manipulée, par tous les autres personnages quelques soient leurs sentiments à son égard. Malgré ses scènes de wu xia pian en demi teinte, même si parfois le réalisateur fait traîner une scène en longueur jouant avec la patience du spectateur, The Banquet nous manipule comme le fait l'impératrice avec ses proches.C'est un film dans lequel Feng Xiaogang a joué une carte stylistique et narrative originale, ce qui n'est pas si courant, et celle-ci se révèle être au bout du compte très interessante.
Anne Grosbon
dimanche 15 avril 2007
Quoi de neuf sur chinacinema ?
Petit à petit je développe chinacinema.fr afin que vous puissiez en profiter pleinement. Aujourd'hui vous trouverez une barre de recherche dans le menu de droite pour trouver toutes les informations souhaitées et disponibles sur le site.
J'ai aussi retravailler quelques mots anglais pour les franciser:
"Comments" devient ainsi commentaire(s) , "posted by" se transforme en publié par, etc...
A bientôt,
Damien
J'ai aussi retravailler quelques mots anglais pour les franciser:
"Comments" devient ainsi commentaire(s) , "posted by" se transforme en publié par, etc...
A bientôt,
Damien
samedi 14 avril 2007
Flash info : How is Your Fish today ? - Guo Xiaolu
Guo Xiaolu, artiste chinoise de renom de par ses livres et ses films vient une nouvelle fois d'être récompensé il y a deux semaines au Festival intenational des Femmes de Créteil avec son long métrage How is your Fish today ? Déja primé à Fribourg et Rotterdam, la romancière du Village de Pierre (édition Picquier) mêle ici la fiction au documentaire.
Je vous laisse pour une fois faire le boulot à ma place avec la lecture en anglais du synopsis:
A young man in southern China has killed his lover. He starts a lonely escape across the whole country towards his land of wonder, a snowy village at the northern border.Sitting at his desk in Beijing, a scriptwriter is writing that man’s story.
It is through his characters that his life gains its weight, meaning and freedom. His imagination blurs the boundaries between reality and fiction.The snowy village lies on the quiet border between China and Russia. Old villagers fish under the ice, school children study English text about America. They endure the long winter nights waiting for the sun to come back.When the scriptwriter arrives in that mysterious
village, he meets his own fictional character, lying on the frozen river at the border, covered in snow.Two men contemplate the icy landscape. One wants to cross the border to see the other side of the world. The other longs to head back to his hometown, which he left so many years ago. Un long métrage qui, esperons, aura le droit à plus de considérations de la part des éditeurs français. Cela changerait évidemment de la politique actuelle de l'édition des films chinois, à savoir "zéro film", ou presque. Grrrr!
Damien Paccellieri
vendredi 13 avril 2007
Flash Info : La Chine à Udine
Le festival Far From East de Udine en Italie est un rendez vous connu des cinéphiles. Avec une programmation populaire et souvent recherché, cet évènement est un haut lieu du divertissement cinématographique et des rencontres enrichissantes.Si vous avez la chance d'être de ce côté là du monde, n'hésitez pas à y faire escale vous ne serez pas déçu.
Le site officiel
Du 20 au 28 Avril 2007
La Chine sera en compétion avec les films suivants:
The Big Movie de A Gan, 2006
The Case de WANG Fen, 2007
Curiosity Kills The Cat de ZHANG Yibai, 2006
The Matrimony de TENG Huatao, 2007
One Foot Off The Ground de CHEN Daming, 2006
One Summer With You de XIE Dong, 2005
Thirteen Princess Trees de LU Yue, 2006
Young & Clueless de TANG Danian, 2006
Eternal Summer de Leste CHEN, 2006 (Taiwan)
Cette année la délagation chinoise sera représentée par:
XIE Dong, réalisateur de One Summer With You
XU Tao, acteur One Summer With You
JIANG Yan, actrice de One Summer With You
ZHANG Hao, editeur/producteur de One Summer With You
CHEN Daming, réalisateur de One Foot Off The Ground
CHEN Daming, réalisateur de One Foot Off The Ground
LI Yixiang, acteur de One Foot Off The Ground
TENG Huatao, réalisateur de The Matrimony
TENG Huatao, réalisateur de The Matrimony
LIU Chris, producteur de Thirteen Princess Trees
WU Jimmy, producteur de Curiosity Kills the Cat
Et Hong Kong sera aussi dans la place avec:
Patrick TAM, réalisateur dont une rétrospective sera présentée
YAU Nai Hoi réalisateur de Eye in the Sky
jeudi 12 avril 2007
Chicken Poets
Chicken Poets de Meng Jinghui, 2002 Avec Qin Hailu, Chen Jiabin
Ouyang Yungfei est un poète chinois dans une mauvaise passe créatrice et sociale. Il fait la rencontre de Fang Fang et se retrouve avec un logiciel apportant gloire et argent…
Chicken Poets est un ovni de la nouvelle scène cinématographique chinoise à ne manquer sous aucun prétexte. Tout comme l’était Dazzling de Lee Xin, Meng Jinghui fait partie de ces jeunes cinéastes à offrir des perspectives innovantes dans un cinéma qui aime bien se pavaner dans ses fresques historiques ou ses portraits de société. N’ayons pas peur des mots : Chicken Poets pourrait même faire l’objet d’un culte…
Ouyang Yungfei est un poète en mal d’inspiration qui vit assez misérablement la voie qu’il s’est choisit. Il se sent inutile à la société, n’a presque pas d’amis et peine à faire des efforts afin de réussir sa vie.
Admira
teur de Mayakovsky, un poète russe et l’un des pères du courant futuriste, cela ne l’empêche pas d’être ridicule face à la police lorsque ces derniers lui demandent son métier. En effet, la profession de poète est synonyme d’oisiveté aux yeux de nombreux chinois dont le matérialisme et le fatalisme sont devenus les seules armes de jugement.
Par chance Xiaoyang, son seul ami d’enfance, vient le sortir des mains de la police. Xiaoyang est devenu directeur d’une usine agricole qui élève des poules noires dont les œufs pondus sont eux aussi de cette couleur. Ces œufs auraient selon lui de grandes vertus médicales. Doué d’une faculté d’adaptation sans bornes, Xiaoyang a été au cours de ces dernières années un touche à tout fort de nombreux succès. Pourtant rien ne le prédestinait à ce travail car il connut Ouyang Yungfei sur les bancs de l’école où tout deux rêvaient de devenir de grands poètes. L’un choisira de continuer dans cette voie infructueuse, l’autre decidera de mettre une croix sur ses rêves et de devenir un manager surfant sur les tendances commerciales actuelles.
Sur ces deux parcours alambiqués se greffe celui de Fang Fang, jeune femme daltonienne, ne lui permettant pas de voir les couleurs, mis à part certaines teintes de noir, de gris et de blanc. Fang Fang est dans une situation où elle ne maîtrise pas son destin, où des emplois intéressant lui passent sous le nez. Elle subit sa vie, entre ses rêves et sa réalité.
Tout bascule cependant pour Ouyang Yungfei lorsqu’un homme qui l’agresse sur un pont lui vend un étrange cd. C’est un logiciel qui permet selon le style que l’on souhaite (psychologie, arts contemporains, etc…) de composer des poèmes sur mesures sans faire le moindre effort. Ouyang Yungfei s’essaye à ce logiciel qui lui offre peu à peu la gloire et la reconnaissance de ses pairs. Mais la réalité le rattrape : son idéal s’éloigne…
La Chine manquait cruellement de réalisateurs innovants qui osaient fantasmer sur des œuvres sortants des sentiers battus. Meng Jinghui vient remettre les pendules à l’heure et donner au public ce qu’il ne s’attendait pas à voir. En effet depuis quelques temps, le cinéma chinois avait du mal à s’immiscer dans la science fiction, des œuvres qui sortent du cadre social toujours débattu. En bref, il manquait dans ce cinéma un peu d’imagination. Chicken Poets fait partie des premières œuvres à redonner un peu de piquant à une cinématographie quelques fois monotone.
Tout commence par une imagerie hors du commun ou dirais je plutôt sortit de l’esprit d’un génie. Plans après plans, Meng Jinghui subjugue avec une maîtrise du cadre et de la couleur encore jamais vue dans le cinéma chinois contemporain. Il n’y a qu’à voir ce plan magnifique de Ouyang Yungfei avec cet avion de ligne le survolant à quelques mètres de haut. Etourdissant. Les visions monochromatiques de Fang Fang sont elles aussi superbes et donne à l’œuvre une certaine mélancolie, une certaine tristesse propre au caractère de l’héroïne.
On pourrait sincèrement
prendre un bon thé et discuter des heures entières sur ces images incroyables comme les poules noires et leurs œufs de la même couleur, ces plans sous l’eau, ceux des grands espaces verts ou des déserts, les nombreux jumeaux du long métrage, l’utilisation du documentaire pour expliquer les nouvelles mesures de l’économie chinoise, le superbe cadrage lors de l’entrée en ville, ce mariage où la lumière change en plein air grâce à l’allocution de l’époux, le frigo qui sert de bibliothèque, etc…
Bien sûr, si les images sont aussi percutantes c’est parce qu’elle s’accorde parfaitement avec le caractère et la narration du film, morcelés pour mieux rejaillir en fin de films. C’est bien grâce à Chen Jiabin interprétant Ouyang Yungfei et Qin Hailu dans le rôle de Fang Fang (souvenez vous du personnage principal dans Durian Durian de Fruit Chan) q
ue Chicken Poets apparaît comme une première œuvre maîtrisé d’un bout à l’autre.
Ce long métrage vous poussera certainement à la réflexion sur les décisions et les choix entrepris dans votre vie qui vous éloigne de vos rêves ou de vos perspectives idéales. C’est assurérement en cela que Chicken Poets est une œuvre à part dans le cinéma chinois de ces dernières années et qui laisse présager pour son réalisateur, de formation théâtrale, un avenir prometteur.
Ainsi et vous l’aurez compris, Chicken Poets se démarque de la foultitude d’œuvres sociales chinoises en foulant, avec un grand plaisir, un visuel sous acide. A voir en boucle.
Ouyang Yungfei est un poète chinois dans une mauvaise passe créatrice et sociale. Il fait la rencontre de Fang Fang et se retrouve avec un logiciel apportant gloire et argent…
Chicken Poets est un ovni de la nouvelle scène cinématographique chinoise à ne manquer sous aucun prétexte. Tout comme l’était Dazzling de Lee Xin, Meng Jinghui fait partie de ces jeunes cinéastes à offrir des perspectives innovantes dans un cinéma qui aime bien se pavaner dans ses fresques historiques ou ses portraits de société. N’ayons pas peur des mots : Chicken Poets pourrait même faire l’objet d’un culte…
Ouyang Yungfei est un poète en mal d’inspiration qui vit assez misérablement la voie qu’il s’est choisit. Il se sent inutile à la société, n’a presque pas d’amis et peine à faire des efforts afin de réussir sa vie.
Admira
teur de Mayakovsky, un poète russe et l’un des pères du courant futuriste, cela ne l’empêche pas d’être ridicule face à la police lorsque ces derniers lui demandent son métier. En effet, la profession de poète est synonyme d’oisiveté aux yeux de nombreux chinois dont le matérialisme et le fatalisme sont devenus les seules armes de jugement.Par chance Xiaoyang, son seul ami d’enfance, vient le sortir des mains de la police. Xiaoyang est devenu directeur d’une usine agricole qui élève des poules noires dont les œufs pondus sont eux aussi de cette couleur. Ces œufs auraient selon lui de grandes vertus médicales. Doué d’une faculté d’adaptation sans bornes, Xiaoyang a été au cours de ces dernières années un touche à tout fort de nombreux succès. Pourtant rien ne le prédestinait à ce travail car il connut Ouyang Yungfei sur les bancs de l’école où tout deux rêvaient de devenir de grands poètes. L’un choisira de continuer dans cette voie infructueuse, l’autre decidera de mettre une croix sur ses rêves et de devenir un manager surfant sur les tendances commerciales actuelles.
Sur ces deux parcours alambiqués se greffe celui de Fang Fang, jeune femme daltonienne, ne lui permettant pas de voir les couleurs, mis à part certaines teintes de noir, de gris et de blanc. Fang Fang est dans une situation où elle ne maîtrise pas son destin, où des emplois intéressant lui passent sous le nez. Elle subit sa vie, entre ses rêves et sa réalité.
Tout bascule cependant pour Ouyang Yungfei lorsqu’un homme qui l’agresse sur un pont lui vend un étrange cd. C’est un logiciel qui permet selon le style que l’on souhaite (psychologie, arts contemporains, etc…) de composer des poèmes sur mesures sans faire le moindre effort. Ouyang Yungfei s’essaye à ce logiciel qui lui offre peu à peu la gloire et la reconnaissance de ses pairs. Mais la réalité le rattrape : son idéal s’éloigne…
La Chine manquait cruellement de réalisateurs innovants qui osaient fantasmer sur des œuvres sortants des sentiers battus. Meng Jinghui vient remettre les pendules à l’heure et donner au public ce qu’il ne s’attendait pas à voir. En effet depuis quelques temps, le cinéma chinois avait du mal à s’immiscer dans la science fiction, des œuvres qui sortent du cadre social toujours débattu. En bref, il manquait dans ce cinéma un peu d’imagination. Chicken Poets fait partie des premières œuvres à redonner un peu de piquant à une cinématographie quelques fois monotone.
Tout commence par une imagerie hors du commun ou dirais je plutôt sortit de l’esprit d’un génie. Plans après plans, Meng Jinghui subjugue avec une maîtrise du cadre et de la couleur encore jamais vue dans le cinéma chinois contemporain. Il n’y a qu’à voir ce plan magnifique de Ouyang Yungfei avec cet avion de ligne le survolant à quelques mètres de haut. Etourdissant. Les visions monochromatiques de Fang Fang sont elles aussi superbes et donne à l’œuvre une certaine mélancolie, une certaine tristesse propre au caractère de l’héroïne.
On pourrait sincèrement
prendre un bon thé et discuter des heures entières sur ces images incroyables comme les poules noires et leurs œufs de la même couleur, ces plans sous l’eau, ceux des grands espaces verts ou des déserts, les nombreux jumeaux du long métrage, l’utilisation du documentaire pour expliquer les nouvelles mesures de l’économie chinoise, le superbe cadrage lors de l’entrée en ville, ce mariage où la lumière change en plein air grâce à l’allocution de l’époux, le frigo qui sert de bibliothèque, etc… Bien sûr, si les images sont aussi percutantes c’est parce qu’elle s’accorde parfaitement avec le caractère et la narration du film, morcelés pour mieux rejaillir en fin de films. C’est bien grâce à Chen Jiabin interprétant Ouyang Yungfei et Qin Hailu dans le rôle de Fang Fang (souvenez vous du personnage principal dans Durian Durian de Fruit Chan) q
ue Chicken Poets apparaît comme une première œuvre maîtrisé d’un bout à l’autre.Ce long métrage vous poussera certainement à la réflexion sur les décisions et les choix entrepris dans votre vie qui vous éloigne de vos rêves ou de vos perspectives idéales. C’est assurérement en cela que Chicken Poets est une œuvre à part dans le cinéma chinois de ces dernières années et qui laisse présager pour son réalisateur, de formation théâtrale, un avenir prometteur.
Ainsi et vous l’aurez compris, Chicken Poets se démarque de la foultitude d’œuvres sociales chinoises en foulant, avec un grand plaisir, un visuel sous acide. A voir en boucle.
Damien Paccellieri
mercredi 11 avril 2007
Le Buzz du Festival de Cannes 2007
Les rumeurs vont bons trains pour le grand festival cinématographique au monde version 2007.
Du côté de la Chine, le pre
mier long métrage préssenti est The Sun Also Rises de Jiang Wen mais il subsite de nombreux doutes. En effet, la selection va être difficile car hormis les habitués (Gus Van Sant, les frères Cohen, Ken Loach...), de nombreux cinéastes français souhaiteraient poser leurs pieds sur le sable chaud de la Croisette parmi lesquelles Olivier Assayas, Claude Miller et Julien Zonca.
Jiang Wen risque donc de passer à trappe de la compétition pour tomber dans la selection hors compétition. Ce serait dommage pour le cinéaste chinois récompensé par un Grand Prix à Cannes en 2000.
mier long métrage préssenti est The Sun Also Rises de Jiang Wen mais il subsite de nombreux doutes. En effet, la selection va être difficile car hormis les habitués (Gus Van Sant, les frères Cohen, Ken Loach...), de nombreux cinéastes français souhaiteraient poser leurs pieds sur le sable chaud de la Croisette parmi lesquelles Olivier Assayas, Claude Miller et Julien Zonca.Jiang Wen risque donc de passer à trappe de la compétition pour tomber dans la selection hors compétition. Ce serait dommage pour le cinéaste chinois récompensé par un Grand Prix à Cannes en 2000.
Voir ici l'article sur The Sun Also Rises
Le deuxième sera à coup sûr dans la selection, c'est l'habitué Hou Hsiao-hsien qui n'a malheureusement jamais été récompensé à la hauteur de son talent. Mais puisque Martin Scorcese a reçu des oscars cette année, il n'est pas trop tard pour le taiwanais. Son film Le Ballon Rouge sera l'occasion de voir l'actrice française Juliette Binoche dont on attend maintenant qu'elle réussisse à dépasser ses prestations d'antan.synopsis:
Simon a sept ans. Sa maman Susanne est débordée. Entre ses spectacles de marionettes,ses cours à l'université et ses deux enfants qu'elle élève seule, elle n'a pas une minute à elle. La baby-sitter de Simon est Taïwanaise, elle étudie le cinéma à Paris.Simon passe beaucoup de temps avec Song Fang. En revenant de l'école, il l'entraîne à travers les rues et les cafés de son quartier, lui apprend à jouer au flipper...Simon a aussi un étrange ami qui le suit partout et qu'il est le seul à voir : un ballon rouge qui flotte au-dessus des toits de Paris...
Le trailer du Ballon Rouge
Enfin, le président du festival 2006 en remet une couche avec son Blueberry Nights, oeuvre tournée aux Etats Unis avec la belle chanteuse Norah Jones qui est prévue comme film d'ouverture.
Le trailer du Ballon Rouge
Enfin, le président du festival 2006 en remet une couche avec son Blueberry Nights, oeuvre tournée aux Etats Unis avec la belle chanteuse Norah Jones qui est prévue comme film d'ouverture. synopsis:
Une jeune femme parcourt l'Amérique pour trouver un sens à l'amour. Elle croisera sur son chemin une galerie de personnages étranges et excentriques.
Toutes les infos officielles seront présentées le 19 avril. En attendant, rêvons un peu...
Damien Paccellieri
Damien Paccellieri
mardi 10 avril 2007
sortie cinema : une jeunesse chinoise
Une Jeunesse Chinoise de Lou Ye, 2006Avec Hao Lei, Guo Xiaodong
sortie le 18/04/07
synopsis:
Chine, 1989. Deux jeunes amoureux vivent une relation d'amour-haine, complexe et érotique, dans un pays soumis aux troubles et à l'instabilité politiques.La belle Yu Hong quitte son village, sa famille et son fiancé pour étudier à Pékin. Elle y découvre un monde d'intenses expériences sexuelles et affectives et tombe follement amoureuse d'un autre étudiant, Zhou Wei. Leur rapport tourne au jeu dangereux alors qu'autour d'eux, les étudiants commencent à manifester, exigeant la démocratie et la liberté.
Voir le trailer
synopsis:
Chine, 1989. Deux jeunes amoureux vivent une relation d'amour-haine, complexe et érotique, dans un pays soumis aux troubles et à l'instabilité politiques.La belle Yu Hong quitte son village, sa famille et son fiancé pour étudier à Pékin. Elle y découvre un monde d'intenses expériences sexuelles et affectives et tombe follement amoureuse d'un autre étudiant, Zhou Wei. Leur rapport tourne au jeu dangereux alors qu'autour d'eux, les étudiants commencent à manifester, exigeant la démocratie et la liberté.
Voir le trailer
lundi 9 avril 2007
Vesoul : Bilan de la famille des cinemas d'asie
Voici venu le temps du bilan, le temps des souvenirs, le temps des plaisirs. Le festival de Vesoul 2007 fut une épopée cinématographique inoubliable et je vous présente en ces quelques lignes, une partie de cette aventure humaine.Voir le palmarès
site du festival de Vesoul
Une cuvée d’exception
Pour sa treizième édition, le Festival des Cinémas d’Asie de Vesoul continue son chemin vers l’excellence cinématographique. Chinacinema.fr (et le rédacteur de cineasie.com que je suis aussi) suit le festival depuis l’année dernière où le maître, que dis-je, l’un des meilleurs réalisateurs au monde, Hou Hsiao-hsien nous avait fait l’honneur de sa présence. En cette année 2007, le couple Thérouanne pionnier et forgeron du cinéma en Franche-Comté, ont offert à leur ville et à leurs cinéphiles une programmation éclectique autour d’excellentes thématiques.
Une magnifique sélection intitulée « Interdits et Tabous » nous a conté de nombreuses expériences culturelles, qui dans leurs pays réciproques, sont encore difficiles à comprendre, à expliquer et à débattre. Sweet Degeneration de Lin Cheng-sheng nous proposa de suivre les aléas d’un amour co-sanguin, Un Jour de Plus de Bahak Payami
dénonça la solitude et l’étouffement d’un couple iranien vivant leur amour en toute discrétion, puis la Saison des Herbes Jaunes de Maryam Yusupova arriva à exposer la mort et ses non-dits. Ces quelques exemples abreuvèrent ainsi le public de nouveaux horizons, de nouvelles destinées cinématographiques qu’il ne connaît que très peu tel l’Iran, le Tadjikistan, la Turquie ou bien même le Pakistan, des trésors oubliés dont l’organisation du festival a su dénicher les plus belles pièces. Bien entendu il n’y a pas de bons festivals sans de bonnes rétrospectives et celles de 2007 furent des plus réussis, à commencer par Shohei Imamura qui s’est éteint l’année dernière laissant le Japon orphelin d’un de ses plus grands réalisateurs. Les Thérouanne se sont donnés du mal pour offrir à leurs festivaliers des bouts de pellicules nippones rarement exploités. On citera évidemment la collection Citoyens Japonais abandonnés composé de 4 épisodes tournés en 1971 et 1973 en 16mm ; mais aussi le chef d’œuvre L’évaporation de l’Homme et L’histoire du Japon raconté par une Hôtesse de bar, pièces uniques d’un ensemblier cinématographique social d’une rare élégance. La sélection en compétition officielle fut aussi l’une des plus intéressantes de ces dernières années.
Dans le livret de programmation, l’introduction rappelle que le nerf de la guerre pour un festival est et restera toujours les subventions qui jouent leur rôle dans la qualité de la programmation d’un évènement comme celui-ci. Et bien le Fest
ival de Vesoul tient toujours aussi bien la barre avec une qualité sans équivoque. Il en va ainsi pour Adieu la Vie dans une cinématique autour d’un gamin dans un désert de casque militaire, pour Out of Sight dont on ne regardera plus les aveugles comme avant, pour Des Temps et des Vents exposant une Turquie figée sur ses anciennes valeurs sociales et pour Barberlés une véritable mise au point indienne sur la religion et le communautarisme lorsqu’il s’agit non pas de vivre, mais de survivre. Par ces quelques thématiques citées parmi bien d’autres, il va sans dire que Vesoul made in 2007 ne fut pas un bon festival, non, il fut excellent, tout simplement. C’est un peu comme ces vins et ces cuvées qui avec l’âge, le temps et la passion, se bonifient et se délectent avec plaisir.
Et si Vesoul était chinoise ?
A en voir l’affiche à l’effigie de Mao et Deng Xiaoping, cette année vesoulienne allait forcément être chinoise ou ne serait pas. Avec une rétrospective complète de Wu Tianming en sa présence, le duo Thérouanne a serti le festival d’un des plus éminents personnages du cinéma chinois. Directeur des studios de Xi’an dans les années 80 et découvre
ur de Chen Kaige et Zhang Yimou (pour ne citer qu’eux), son volontariat a été tout aussi déterminant que ces longs métrages devenus célèbres pour certains comme le Roi des Masques, le Rivière sans Balises, ou bien encore le superbe Life. Quelques perles produites par le cinéaste étaient aussi au rendez vous comme l’Affaire du Canon Noir de Huang Jianxin (on remerciera Hubert Laot) et le Voleur de Chevaux du célèbre cinéaste ethnologue Tian Zhuangzhuang.D’une extrême sincérité et gentillesse, Wu Tianming fut certainement l’homme clé de ce festival, offrant de nombreux moments d’échanges avec le public. Mais derrière cet arbre, ce song chu du cinéma chinois, se cacha cette année une forêt luxuriante représentée par Xie Fei, lui aussi présent à Vesoul pour mener la présidence du Jury des films en compétitions. Déjà récompensé d’un Ours d’Or il y a de cela quelques années pour son film Les femmes du lac aux âmes parfumées, sa présence, son sourire, sa discrétion et sa mansuétude ont su illuminer le festival. Comme le dira encore affectueusement Jean Marc Thérouanne le « Ye Ye » laissera de merveilleux souvenirs aux cinéphiles. Le cinéaste Sheng Zhimin était aussi dans la place pour nous présenter, Bliss, son dernier long métrage, après avoir bataillé aux côtés de Fruit Chan et Jia Zhang-ke.
Enfin Vesoul a été aussi le moment du passage furtif d’un producteur solaire nommé Chu Chen-on (une bonne humeur à l’épreuve des balles), hongkongais de souche, venant présenter le long métrage / documentaire Ma belle mère est une danseuse de ventre qui a su charmer le public, obligeant les cinéphiles de tout bord à prendre en route le train du cinéma chinois, aujourd’hui à grande vitesse pour avoir raflé le Lion d’Or 2006 et l' Ours d’Or 2007. Quand le cinéma chinois se réveillera, la terre tremblera. Vesoul a tremblé…de plaisir !
Vesoul, c’est vivre en famille
Si le festival de Vesoul possède bien une qualité que les autres n’ont pas, c’est bien cette ambiance unique et familiale propre à tous les efforts et toute la sympathie du duo Thérouanne. Le public put librement parler aux intervenants, les cinéastes prirent un café au bar du cinéma, pas de gorilles de sécurité comme dans d’autres évènements de même ampleur et et et…. une Bambouseraie relaxante et vivifiante puisqu’elle a su soulager les grandes soifs comme les plus morfales d’entre nous. Chaque festivalier devint le temps d’une semaine un proche, un ami, un membre de la famille.
Par expérience de f
estivalier, vous ne retrouverez pas cette sensation dans les autres manifestations françaises du genre et c’est en cela l’essence même de ce festival : ce n’est plus seulement un festival des cinémas d’Asie, mais La famille des cinémas d’Asie. Et à cet instant précis, je vous prie de croire que chaque festivalier se remémorera ces instants fabuleux, toutes ces soirées festives, ces instants de partages, ces retrouvailles entre cinéphiles et grand public qui ont su donner le plus beau des sourires cinématographiques à cet évènement.Alors chapeau bas les artistes Thérouanne, Yannick et toute l’organisation. A l’année prochaine !
Damien Paccellieri
vendredi 6 avril 2007
Flash Info : Feng Xiaogang - The Assembly
Après un The Banquet en demi teinte, Feng Xiaogang nous reviens avec un long métrage grand public sur fond de guerre. The Assembly témoigne de la vie d'une compagnie de soldats de l'Armée de Libération à la fin de la seconde guerre mondiale où la Chine se déchirait pour savoir qui des communistes ou des nationalistes sortirait vainqueur. Tiré d'une histoire vraie, cette compagnie devait défendre une ville jusqu'à ce que sonne l'heure de la retraite, l'heure de la fin des hospitalités. Mais elle ne fut jamais appelée à rentrer... Sortie prévu en hiver 2007
Flash Info : Jia Zhang-ke - Nouveau projet
Jia Zhang-ke est un homme de projet, il n'arrête pas. Son prochain long métrage sera certainement 24 Villes qui relatera l'histoire de trois générations de femmes ouvrières durant l'ascension puis la chute de leur entreprise d'Etat. Le principal sujet sera de montrer comment la vie des chinois urbains et des villes chinoises ont changé depuis les années 60.Cette idée lui trottait dans la tête depuis de nombreuses années notamment après en avoir vu un exemple à Chengdu. Le titre vient justement d'une usine de construction en bâtiment de cette ville qui aurait appelé sa série de résidence HLM "24 Villes" après moults tumultes économiques et sociaux.
Comme il ne fait pas les choses à moitié, le cinéaste accompagnera son oeuvre d'un documentaire de plus de 3h intitulé "L'histoire des 24 Villes". Ca sera la première fois pour Jia Zhang-ke qu'il écrira le scénario à quatre mains puisqu'il sera accompagné pour cette tâche par Zhai Yongming, une poète de Chengdu.
Mais comment fait il pour être sur autant de projets ? Car faut il le rappeler, le chef de file de la sixième génération doit encore paufiner the Age of Tatoo et Shuang Xiong Di, deux autres projets chers à ses yeux.
mardi 3 avril 2007
Happy Times
Happy Times de Zhang Yimou, 2001Avec Dong Jie, Fu Biao, Zhao Benshan
Zhao, modeste retraité, a enfin trouvé une femme qui consent à l’épouser…à condition qu’il paye une somme considérable. Trop pauvre pour satisfaire les exigences de sa promise, Zhao s’invente une situation enviable et un porte-monnaie bien garni.
Sa promise, le croyant directeur d’hôtel, exige qu’il trouve du travail à sa belle fille aveugle, Wu Ying, abandonné par ses parents.Zhao l’engage alors comme masseuse et s’enferre peu à peu dans un mensonge de plus en plus compliqué.
Sa promise, le croyant directeur d’hôtel, exige qu’il trouve du travail à sa belle fille aveugle, Wu Ying, abandonné par ses parents.Zhao l’engage alors comme masseuse et s’enferre peu à peu dans un mensonge de plus en plus compliqué.
Avant les grandes fresques aventurières que sont Hero, Le Secret des Poignards Volants, La Cité Interdite, Zhang Yimou, était l’un des plus grands conteurs chinois parmi les cinéastes de la cinquième génération.
Happy Times, réalisé en 2001, avec la participation de Zhao Benshan, l’un des plus grands comiques chinois (toujours de la partie lorsqu’il s’agit de participer à l’émission télé du nouvel an chinois diffusé sur CCTV), et Dong Jie, autrefois l’une des actrices les plus en vue de Chine, est un exemple parfait du cinéma chinois populaire dont les citoyens de l’Empire du Milieu raffolent. En abordant la classe sociale modeste des retraités, celle des handicapés (avec ici une fille aveugle) et la relation parent-enfant, Zhang Yimou prend la défense d’un cinéma social et critique sur un pays en pleine évolution.
Cette envie d’aborder les petits gens de la société est véritablement l’une des marques de fabrique chez les réalisateurs post-1982 comme Yimou ou Kaige.
Zhao (Zhao Benshan), modeste retraité est l’exemple même d’un pan de toute une classe ouvrière chinoise. Son parcours, identique à celui de milliers d’autres, a connu les grands changements politiques et culturels de sa patrie. Zhao baigne dans des mensonges de plus en plus importants jusqu'à mentir sur sa situation professionnelle relevan
t quelque part le malaise de la classe ouvrière à la retraite.La situation amoureuse de ce dernier, à la recherche d’une femme qui puisse l’aimer pour ce qu’il est réellement et non pour lui subtiliser ses richesses, est proprement désastreuse, mais sonne aussi ici comme l’écho de toute une génération. Ses mensonges le lance dans un jeu malheureux puisque la femme de ses rêves choisira finalement un salary-man plus jeune et plus riche pour bâtir de meilleurs lendemains. Avec Wu Ying, fille aveugle laissée pour compte par sa famille telle une Cendrillon sans les douze coups de minuits et la citrouille magique, le cinéaste s’attache à rendre justice d’une certaine manière au rôle des handicapés dans une société qui, contrairement à la nôtre, ne les oublis (presque) jamais.
Zhang Yimou aime mettre en avant ces aspérités sociales, même si depuis ses trois derniers films (hormis Riding Alone), il semble avoir oublié la force politique de ses premières œuvres.
La place plus importante dans l’analyse de Yimou sur ce film est offerte à la relation entre Zhao et Wu Ying. Ils ne se connaissent pas ; mais petit a petit, de gré et de force, une relation de père (de substitution) à fille prend forme pour le plus grand bien de ces deux âmes en mal d’amour. Zhao se sent responsable devant une mère et un frère infligeant de tels supplices à cette Causette. Il acquiesce et se donne les moyens de transformer sa vie …Si au départ le film à des allures de comédie, la tournure change de ton vers la conclusion avec un retournement des évènements des plus surprenants si l’on regarde le reste du long métrage notamment vis-à-vis d’une fin concise qui montre l’impatience de Zhang Yimou à boucler son long métrage. Cette dernière partie aurait eu le mérite d’être un peu plus travaillé et d’aboutir à de véritables réponses mais malgré sa rapidité elle correspond parfaitement à l’esprit du film, une sorte de nouveau départ pour tous les personnages, leur vill
e et le pays qui les abritent. Il va sans dire que tous les acteurs sont merveilleux à commencer par Zhao Benshan et toute sa troupe de joyeux saltimbanques puis par Dong Jie, qui malheureusement depuis n'a pas encore reussi à perçer . Happy Times (ou « Les jours heureux », référence au petit bus-hotel de Zhao), procure cette sensation heureuse qu’avec peu de choses on peut réussir à changer la vie d’une fille et lui redonner son plus beau sourire. Zhao l’a réussi pour Wu Ying, Zhang Yimou le réussit pour nous.Damien Paccellieri
lundi 2 avril 2007
Little Cheung
Little Cheung de Fruit Chan, 1999Tourné avec des acteurs non professionnels
Little Cheung, neuf ans, travaille comme livreur pour son père restaurateur, servant aussi bien des clients normaux que des mafieux. Après avoir rencontré Fan, gamine chinoise immigrée clandestine, avec qui il se liera d'amitié, ces deux-là vont déambuler dans le quartier en faisant quelques blagues au gré de leurs livraisons…
Little Cheung, troisième et dernier volet de la trilogie de Fruit Chan à propos de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997 (bien qu'il réalisera ensuite l'excellentissime Durian Durian) nous narre la vie d'un petit garçon connu de toute la ville comme le "petit Cheung".
Cheung est un gamin assez chétif et débordant d'imagination tels les gamins de son âge mais qui doit renoncer à son innocence enfantine pour affronter la dure réalité de la vie. L'argent est difficile à gagner à Hong Kong et il doit pour cela se plier en quatre afin de pouvoir apporter sa participation à la rente familiale. Le travail des enfants étant bien évidemment illégal, il aide son père en livrant à domicile les commandes des clients en prenant bien soin de se garder les pourboires. Dans sa quête de la richesse, il va rencontrer Fan, une fillette émigrée clandestinement, et qui va très rapidement susciter son attention.
Fruit Chan nous livre ici une fois de plus un film d'auteur passionnant mais à l'attractivité peu évidente pour de nombreux spectateurs. En effet pour apprécier ce cinéma, la seule passion du septième art chinois est insuffisante, il faut en effet nouer un réel amour pour la Chine (et ici plus particulièrement Hong Kong) afin de pouvoir cerner effica
cement l'ambition des propos exposés ainsi qu'apprécier la portée émotionnelle des personnages.
De la même manière que Wong Kar Wai, Fruit Chan ne développe pas de scénario pour y inscrire ensuite des personnages mais développe des personnages touchant qui vont, par leur prestance et leurs gestes quotidiens, créer la trame du film. Le public visé par Fruit Chan reste relativement restreint et c'est là même son principal défaut : on pourrait aisément qualifier le film d'élitiste.
Tourné de manière très classique (on est loin des plans à la Wong Kar Wai) avec des acteurs amateurs, l'oeuvre pourrait avoir des allures repoussantes. Et pourtant il n'en est rien. Bien au contraire même. Les acteurs sont tous plus formidables les uns que les autres et parviennent à nous transmettre de réelles émotions telles que l'amitié, la honte ou encore la tristesse, la joie avec une telle authenticité, un tel réalisme que bien des comédiens professionnels devraient s'en inspirer. Le petit Cheung est fabuleux d'ingéniosité et sa joie de vivre malgré sa solitude est à la fois émouvante et triste. Sa rencontre avec la petite Fan va ê
tre déterminante.Clandestine, elle connait déjà le monde du travail et va par son sourire malicieux redonner un véritable sens à la vie de Cheung, une raison de partir travailler chaque jour le sourire aux lèvres. Car dorénavant il n'est plus seul. La palette d'émotions de ces deux jeunes acteurs (qui n'en sont pas d'ailleurs) est étonnante, notamment la scène où Cheung se fait fesser par son père sur le palier de la porte devant les passants et qui finit par s'effondrer en larmes dans la jupe de la bonne de maison.
La vision de Hong Kong y est donc traitée de manière très réaliste à la limite du documentaire ce qui tend à réduire les plans stylisés ainsi que les ambiances sonores. Terminée la vision de Little Cheung, on a l'impression d'avoir arpenter deux heures les ruelles de Hong Kong pour y observer la vie, les coutumes mais aussi les habitudes, les loisirs de cette petite ville pas très grande (si l’on ne compte pas les nouveaux territoires). L'immersion est totale et surtout, inconsciente, puisque lorsque apparaît le générique de fin (très amusant d'ailleurs puisqu'une troupe chinoise reprend à sa manière des succès musicaux occidentaux), on se surprend à regretter de rentrer chez nous.
Cependant il n'est pas exempt de défauts. Tout d'abord, la narration est traitée de manière excessivement lente et l'action y est qu
asiment absente. C'est un trait caractéristique du cinéma dramatique chinois (Cf. In the Mood For Love) qui permet de s'imprégner totalement des personnages, on ne regarde plus un acteur, on vit à ses cotés. Toutefois, les moins robustes risquent de ne pas réussir à retenir quelques bâillements. Ensuite, le film étant traité à la manière d'un documentaire, l'image est bien loin de la qualité des standards actuels et les plans ne font preuve ni d'une réelle originalité et encore moins d'une quelconque créativité artistique. Enfin l'absence chronique de scénario réel rend l'adhésion au film difficile à quiconque ne possède pas d'affinité avec l'Empire du milieu.
Little Cheung n'est clairement pas un film qui vous en mettra plein la vue, il est même aux antipodes du cinéma pop corn.
Mais même si pour certains ce long métrage rebutera plus qu'il ne plaira, ceux qui prendront le temps de l'adopter trouveront là une pépite culturelle rare signée Fruit Chan. Un film à posséder d'urgence.
Little Cheung, neuf ans, travaille comme livreur pour son père restaurateur, servant aussi bien des clients normaux que des mafieux. Après avoir rencontré Fan, gamine chinoise immigrée clandestine, avec qui il se liera d'amitié, ces deux-là vont déambuler dans le quartier en faisant quelques blagues au gré de leurs livraisons…
Little Cheung, troisième et dernier volet de la trilogie de Fruit Chan à propos de la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997 (bien qu'il réalisera ensuite l'excellentissime Durian Durian) nous narre la vie d'un petit garçon connu de toute la ville comme le "petit Cheung".
Cheung est un gamin assez chétif et débordant d'imagination tels les gamins de son âge mais qui doit renoncer à son innocence enfantine pour affronter la dure réalité de la vie. L'argent est difficile à gagner à Hong Kong et il doit pour cela se plier en quatre afin de pouvoir apporter sa participation à la rente familiale. Le travail des enfants étant bien évidemment illégal, il aide son père en livrant à domicile les commandes des clients en prenant bien soin de se garder les pourboires. Dans sa quête de la richesse, il va rencontrer Fan, une fillette émigrée clandestinement, et qui va très rapidement susciter son attention.
Fruit Chan nous livre ici une fois de plus un film d'auteur passionnant mais à l'attractivité peu évidente pour de nombreux spectateurs. En effet pour apprécier ce cinéma, la seule passion du septième art chinois est insuffisante, il faut en effet nouer un réel amour pour la Chine (et ici plus particulièrement Hong Kong) afin de pouvoir cerner effica
cement l'ambition des propos exposés ainsi qu'apprécier la portée émotionnelle des personnages.De la même manière que Wong Kar Wai, Fruit Chan ne développe pas de scénario pour y inscrire ensuite des personnages mais développe des personnages touchant qui vont, par leur prestance et leurs gestes quotidiens, créer la trame du film. Le public visé par Fruit Chan reste relativement restreint et c'est là même son principal défaut : on pourrait aisément qualifier le film d'élitiste.
Tourné de manière très classique (on est loin des plans à la Wong Kar Wai) avec des acteurs amateurs, l'oeuvre pourrait avoir des allures repoussantes. Et pourtant il n'en est rien. Bien au contraire même. Les acteurs sont tous plus formidables les uns que les autres et parviennent à nous transmettre de réelles émotions telles que l'amitié, la honte ou encore la tristesse, la joie avec une telle authenticité, un tel réalisme que bien des comédiens professionnels devraient s'en inspirer. Le petit Cheung est fabuleux d'ingéniosité et sa joie de vivre malgré sa solitude est à la fois émouvante et triste. Sa rencontre avec la petite Fan va ê
tre déterminante.Clandestine, elle connait déjà le monde du travail et va par son sourire malicieux redonner un véritable sens à la vie de Cheung, une raison de partir travailler chaque jour le sourire aux lèvres. Car dorénavant il n'est plus seul. La palette d'émotions de ces deux jeunes acteurs (qui n'en sont pas d'ailleurs) est étonnante, notamment la scène où Cheung se fait fesser par son père sur le palier de la porte devant les passants et qui finit par s'effondrer en larmes dans la jupe de la bonne de maison. La vision de Hong Kong y est donc traitée de manière très réaliste à la limite du documentaire ce qui tend à réduire les plans stylisés ainsi que les ambiances sonores. Terminée la vision de Little Cheung, on a l'impression d'avoir arpenter deux heures les ruelles de Hong Kong pour y observer la vie, les coutumes mais aussi les habitudes, les loisirs de cette petite ville pas très grande (si l’on ne compte pas les nouveaux territoires). L'immersion est totale et surtout, inconsciente, puisque lorsque apparaît le générique de fin (très amusant d'ailleurs puisqu'une troupe chinoise reprend à sa manière des succès musicaux occidentaux), on se surprend à regretter de rentrer chez nous.
Cependant il n'est pas exempt de défauts. Tout d'abord, la narration est traitée de manière excessivement lente et l'action y est qu
asiment absente. C'est un trait caractéristique du cinéma dramatique chinois (Cf. In the Mood For Love) qui permet de s'imprégner totalement des personnages, on ne regarde plus un acteur, on vit à ses cotés. Toutefois, les moins robustes risquent de ne pas réussir à retenir quelques bâillements. Ensuite, le film étant traité à la manière d'un documentaire, l'image est bien loin de la qualité des standards actuels et les plans ne font preuve ni d'une réelle originalité et encore moins d'une quelconque créativité artistique. Enfin l'absence chronique de scénario réel rend l'adhésion au film difficile à quiconque ne possède pas d'affinité avec l'Empire du milieu.Little Cheung n'est clairement pas un film qui vous en mettra plein la vue, il est même aux antipodes du cinéma pop corn.
Mais même si pour certains ce long métrage rebutera plus qu'il ne plaira, ceux qui prendront le temps de l'adopter trouveront là une pépite culturelle rare signée Fruit Chan. Un film à posséder d'urgence.
Jean Baptiste Champion
Les demons a ma porte a Strasbourg
Pour tous les alsaciens (et les autres aussi!), notez bien sur votre agenda: le 4 Avril 2007 à 18h00 projection des Démons à Ma Porte de Jiang Wen en vostf à l'université Marc Bloch, Amphi 6 avec une table ronde en fin de projection avec Mr Li (UMB).
Cette projection se déroule dans le cadre d'un petit festival de films asiatiques organisé par l'association de japonais Hotaru Danketsu.
Voir le programme
dimanche 1 avril 2007
Edito d'Avril 2007
Chers cinéphiles,Après un mois de Mars très chargé, Avril constituera certainement une petite pause dans la cinématographie chinoise. Cependant comme nous autres francophones avons toujours un siècle de retard, les salles obsures seront présentes pour pallier cette faiblesse avec quelques prochaines sorties très interessantes.
Une Jeunesse Chinoise de Lou Ye sera la première d'entre elles. Elle viendra mettre un peu de pression sur la société chinoise et brille déja par la magnifique interprétation signée Hao Lei, certainement l'une des grandes actrices chinoises en devenir.
Comme une bonne nouvelle n'arrive jamais seule (détournons les proverbes célèbres !), Still Life de Jia Zhang-ke, gagnant du lion d'Or de Venise 2006, pointera le bout de son nez le 2 Mai 2007.
Bien entendu, une grosse sortie en cache toujours toujours une autre et après La Cité Interdite de Zhang Yimou, Le Banquet de Feng Xiaogang viendra sonner à notre porte. Librement inspiré de Hamlet, c'est encore un film conçu pour la cinéphilie occidentale. Un de plus, malheureusement. Les modes sont ce qu'elles sont et depuis Tigre et Dragon celle ci semble tenir avec vigueur.
Enfin, il est à noter que Voiture de Luxe de Wang Chao sortira en DVD (le 18 avril) pour notre plus grand plaisir et nous permettra de revoir l'excellente Tian Yuan.
De son côté et sans répis, chinacinema.fr continuera à vous apporter toujours plus d'informations, de chroniques de films, d'entretiens et de documents pédagogiques sur le septième art chinois.
Ce mois-ci j'aborderai un cinéaste que vous connaissez bien, Wong Kar-wai, avec un portrait + de nombreuses analyses de ses longs métrages.
Bonne lecture à tous,
Damien Paccellieri
