mercredi 28 février 2007

Hero (英雄)

Hero de Zhang Yimou, 2002
Avec Tony Leung Chiu Wai, Zhang Ziyi, Jet Li

Hero (英雄) est une grosse déception, on attendait du réalisateur de Vivre, d'Epouses et Concubines (大红灯笼高高挂), de Ju Dou (菊豆) autre chose qu'un Wu Xia Pian sans rythme, plein de longueurs, sans sens critique et si politiquement « correct ».
Pourtant Zhang Yimou (张艺谋)est un grand réalisateur et il s'entoure de ce qu'il y a de mieux ; des acteurs mythiques qu'ils soient de l'ancienne génération des Wu Xia Pian comme Jet Li (李连杰) ou Maggie Cheung (张曼玉) ou de la nouvelle comme Zhang Ziyi (章子怡) ; un chorégraphe de combat compétant en la personne de Tony Ching Sui Tung ; un grand compositeur Tan Dun (qui composa entre autre la BO de Tigre et Dragon).

Court extrait du film Hero

Mais le cocktail a un goût fade ; les acteurs sont confinés au rôle du héro impassible, et les gros plans sur les visages dénués d'expression de Jet Li, Tony Leung Chui Wai (梁朝伟) et Maggie Cheung abondent jusqu'à en devenir pénibles, et la seule à montrer quelques émotions (parce qu'elle n'est pas une guerrière accomplie contrairement aux autres) est Zhang Ziyi, dont le personnage est complètement inutile à l'intrigue et frôle le ridicule le plus complet.
On sent chez Zhang Yimou un désir d'intellectualiser le Wu Xia Pian (武俠片), mais Hero n'a pas la force de ce que Wong Kar Wai (王家卫) réalisa avec Les Cendres du Temps (东邪西毒), et encore moins le coté épique de Tigre et Dragon . Le cinéaste ne réussit ni à rendre hommage au genre ni à y apporter une touche personnelle ou quelque chose de nouveau, comme avait pu le faire le réalisateur hong kongaos, président du festival de Cannes 2006.
D'abord il fait référence à la calligraphie, une très bonne idée en soi, mais la démonstration peu paraître un peu lourde et surtout l'analyse finale qu'en fait le roi est insupportable de suffisance. Oui, ce qui fait la qualité d'une calligraphie c'est l'âme et le coeur du calligraphe dans la pensée chinoise, mais pas au point de trouver dans une calligraphie la pensée et la philosophie du calligraphe.

Le roi plaque ses propres fantasmes dans l'oeuvre de Lame Brisée et Zhang Yimou espère que le spectateur n'y verra que du feu (il a sans doute trop fréquenté les musée d'art moderne occidentaux).


Ensuite il y a un grand recours au visuel. Chaque partie du récit baigne dans une couleur déterminée, excepté le roi et ses soldats toujours en noir. Ainsi les personnages évoluent d'abord dans le rouge, puis dans le bleu, le vert et enfin le blanc. Comme ça le spectateur est bien dirigé (pour peu qu'il s'y connaisse en signification des couleurs), il n'y a pas à vagabonder, ou à se creuser la tête pour savoir ce qui peut motiver les personnages ou quel peut-être leur état d'esprit, le film l'annonce clairement. Donc ; rouge pour la loyauté et le courage (version opéra de Pékin), ajoutons à celà le sang et tout les mauvais présages qui vont avec (version Chine ancienne); le bleu pour la pureté et la fraîcheur, mais le bleu ciel dans le film semble plutôt faire référence à un personnage de l'opéra de Pékin surnommé Baa Qing Tian (ciel bleu) qui est la couleur des mandarins intègres, le vert symbolise la vie le dynamisme, la vitalité et le printemps, enfin le blanc le deuil et la tristesse.

Comme ça si vous n'avez pas bien compris le message du film maintenant il n'y a plus de mystère, ne cherchez pas ailleurs. Reste le noir...Ah ! Petit dilemme. Car le noir dans l'opéra de Pékin habille un personnage historique impartial, et comme le pensait les anciens, c'est aussi la couleur du fer qui symbolise la noblesse. Mais à chaque fois que les soldats de Qin apparaissent à l'écran, ils font penser à une invasion de cancrelats malfaisants dirigé par un roi cruel et sans pitié . Le noir, dans la langue chinoise est plutôt associée à quelque chose de négatif, c'est la couleur des tatouages indélébiles que portent les criminels dans la Chine antique et elle symbolise le mal, le complot et la perfidie (le mot rentre dans la composition des mots : clandestin, marché noir, triade, travail clandestin, et désigne l'escroc). Dilemme pour le spectateur plutôt septique quant à la personnalité éclairé du roi, mais pas pour le réalisateur ; Shihuangdi est noble, il a la droiture et les projets d'un souverain plein d'amour pour son peuple, pour son futur peuple constitué des sujets des royaumes voisins. Bonheur aux vaincus c'est bien connu !!
Oui le message est très lourd, même les chinois à la sortie du film lui en ont parfois fait le reproche. On est bien loin de Vivre...Zhang Yimou en porte-drapeau du nationalisme expansionniste de la Chine, c'est un peu surprenant. Surtout quand on connaît la personnalité assez trouble de l'Empereur et que Zhang Yimou en était le bras droit dans Terracotta Warrior dirigé par ...Tony Ching Sui Tung !

Justement Tony Ching Sui Tung nous avait habitué à plus de fantaisie et d'inventivité dans la chorégraphie de ses combats...Là c'est assez décevant pour un maître de cette envergure. Il y a surtout trop de câbles et pas assez de poésie.
On peut aimer Hero pour son scénario à tiroir (mais c'est parfois tellement gros que le spectateur n'y croit pas, et le futur empereur avec lui d'ailleurs ! On est donc content de partager la perspicacité d'un roi tant admiré...), pour ses magnifiques décors naturels; ses costumes et sa philosophie peuvent aussi séduire certain, c'est net et efficace ; la beauté du couple Maggie et Tony est elle aussi très séduisante.

Mais quand même, on ne peut s'empêcher de se poser une question à la vue de tout cela:
Zhang Yimou est-il vraiment sincère, ou « ta hen hei ma ? » (« est-il très noir ? » Expression chinoise pour dire : « est-il un escroc ? »), s'il l'est...alors le film est un petit bijou d'ironie.

Anne Grosbon

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mardi 27 février 2007

Les differentes generations de cineaste chinois

Cinquième génération, sixième génération: que veut dire ce vocable si souvent employé dans la cinématographie chinoise ?

Afin de mieux déchiffrer cette appellation, vous trouverez en document pdf, un explicatif synthétique sur ce qui est devenu depuis quelques années, un terme courant des cinéphiles et sinophiles.
Les différentes générations de cinéaste chinois

Si vous avez besoin d'autres informations à ce sujet, n'hésitez pas à poster vos commentaires.

Damien Paccellieri

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samedi 24 février 2007

La Divine (神女)

La Divine de Wu Yonggang, 1934
Avec Ruan Lingyu, Tian Jian, Zhang Zhizhi

La Divine (神女) est un mélodrame qui raconte l’histoire d’une mère-prostituée qui tente de donner une éducation à son fils mais qui rencontre sur son chemin un souteneur qui l’exploite et un instituteur qui essaie de l’aider.
Sortie en salle le 7 décembre 1934 à Shanghai, La Divine est le premier film de Wu Yonggang (吴永刚), qui en est aussi le scénariste et le décorateur, et l’un des derniers de Ruan Lingyu (阮玲玉), la grande star féminine du cinéma shanghaien des années trente qui se suicide quelques mois après la sortie du film, le 7 mars 1935, le jour de la fête des femmes, et dont les funérailles seront suivies par des milliers de personnes dans les rues de Shanghai. Il reçu à sa sortie un bon accueil critique, Chen Wu et Miu Miao, deux célèbres critiques de l’époque le qualifièrent de « style unique » et de « contenu parfait ».

Longtemps méconnu en France comme en Occident, La Divine est aujourd’hui à l’honneur. Il fut projeté à l’occasion de toutes les rétrospectives récentes consacrées au cinéma chinois, au Centre français Georges Pompidou en 1985, à Pordenone en Italie en 1995, et plus récemment à la cinémathèque française à l’occasion de l’année de la Chine en France.
Une restauration de La Divine a aussi été entreprise aux Etats-Unis à l’initiative de Richard Meyer, professeur à la Ball State University de Muncie, et du San Francisco Silent Film Festival, pour une sortie du film en DVD.
Une autre restauration, plus ambitieuse, a été lancée en France par Jacques Poitrat et Jean-Michel Ausseil pour une diffusion sur la chaîne franco-allemande ARTE (le 27 mai 2004) et une sortie DVD.
Ces différentes restaurations font de La Divine le film muet chinois le plus connu et reconnu en Occident, et le place parmi les films les plus importants de l’histoire du cinéma chinois, au côté de Printemps dans une petite ville (小城之春) de Fei Mu (费穆), réalisé en 1948.Cette notoriété, La Divine ne la doit pas seulement à la fascination qu’exerce encore aujourd’hui l’actrice Ruan Lingyu sur les spectateurs européens (Center Stage, le film de Stanley Kwan consacré à la vie de Ruan Lingyu a eu un certain succès en France) mais aussi à la maturité technique dont fait preuve Wu Yonggang pour son premier film.

Produit par la compagnie Lianhua alors que le cinéma chinois bascule vers le parlant, Les Malheurs de la jeunesse sort en salle la même année, La Divine est l’un des derniers films muets shanghaiens. Il en représente aussi le sommet esthétique.
La Divine est en effet un vrai film muet, dans le sens où l’entendait André Bazin dans son article L’évolution du langage cinématographique, c’est-à-dire un film dans lequel l’image, et non les intertitres, fait sens en elle-même.
Les gros plans du visage muet de Ruan Lingyu sont ainsi très expressifs. Ils fascinent, grâce à la beauté et à l’intensité du jeu de Ruan Lingyu, mais ils accentuent aussi l’impression de jeu naturel, authentique, de l’actrice en proposant un rapport immédiat et organique, et non littéraire comme la parole, à la vérité. On peut lire dans ces gros plans l’intériorité de Ruan Lingyu et du personnage qu’elle interprète, sans avoir besoin d’intertitre.
Dans ces gros plans Ruan Lingyu exprime simultanément des sentiments contradictoires et révèle ainsi la duplicité de son personnage à la fois mère « pure » et prostituée.

Les décadrages sont un autre effet cinématographique que Wu Yonggang utilise avec beaucoup d’intelligence. Le plan cadré uniquement sur les deux paires de jambes masculine et féminine, au milieu du film, est magnifique. Il force le spectateur à penser que la scène existe en dehors du cadre, mais sans le lui montrer. Il évoque la prostitution sans la représenter réellement dans l’image et en multiplie ainsi la force d’évocation.
Wu Yonggang, en utilisant ces gros plans et décadrages, mais aussi des surimpressions (dans le dernier plan du film dans lequel La Divine et son fils sont « réunis »), donne à La Divine son style unique et un « langage » par l’image propre au meilleur cinéma muet.
La Divine montre la noirceur de la société shanghaienne des années trente en dénonçant un problème majeur, la prostitution. Wu Yonggang, avec l’aide de Tian Han (田汉) qui l’a conseillé lors de l’écriture du scénario, se place ainsi parmi les réalisateurs progressistes qui ont changé le cinéma shanghaien au début des années trente.

Mais La Divine est aussi un mélodrame, genre mettant l’accent sur la compassion. Ses personnages correspondent aux personnages stéréotypés des mélodrames hollywoodiens : une femme victime, un bandit odieux et un enfant innocent.
Ainsi, même s’il y ajoute des réalités liées à la société shanghaienne, Wu Yonggang s’inspire des mélodrames hollywoodiens, spécialement des mélodrames maternels, comme Blonde Vénus, de Joseph von Sternberg, avec Marlène Dietrich, réalisé en 1932 dans lesquels les femmes opprimées luttent contre des hommes méchants.
Dans ces deux films, les deux femmes, une chanteuse de cabaret dans Blonde Vénus, une prostituée dans La Divine, se battent contre ces hommes pour garder leur enfant.

Blonde Vénus et La Divi
ne sont en effet très proches par leur thème et par l’image qu’ils donnent de la femme. Les deux films se terminent ainsi par le sacrifice de la mère pour son enfant. La fin de la Divine fut d’ailleurs critiquée à sa sortie pour sa timidité. Wu Yonggang admis lui-même, dans une lettre qu’il publia début 1935 dans le journal de la Lianhua que la fin de son premier film était un échec. Cependant, dans le remake parlant de La Divine qu’il réalise à Shanghai en 1938, Yan zhi lei (胭脂泪), interprété par Hu Die (胡蝶), Wu Yonggang ne change pas véritablement la fin. Même si La Divine revoit son fils à sa sortie de prison, elle ne lui parle pas et continue ainsi de lui faire croire qu’elle est morte.

Après ce long métrage, Wu Yonggang réalise plus d’une trentaine de films jusqu’en 1982. Il reçoit même en 1981 le prix du coq d’or pour Ba shan ye yu. Mais La Divine reste toujours son film le plus connu.

Christophe Falin

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Flash Info: Jiang Wen - The Sun Also Rises

Enfin ! Après quelques mois de flottement, le cinéaste (et acteur) Jiang Wen est prêt à nous dévoiler The Sun Also Rises son dernier film après l'excellent Les Démons à ma Porte et le majestueux In The heat of The Sun. Après 5 ans d'interdiction de tournage suite à une rixe avec l'Etat pour son film Les Démons à Ma Porte en 2000, Jiang Wen ne s'est pas attristé sur son sort et a de suite attaqué ce tournage à la fin de sa "punition".

Il en résulte un film à l'époque de la révolution culturelle constitué de 4 thématiques : la folie, les rêves, le sexe et la violence.
Avec un casting doré où se croise Joan Chen, Jiang Wen, Anthony Wong ou bien encore le rockeur Cui Jian, cette production de 10 millions de dollars est prête à surgir lors du prochain Festival de Cannes. Reste une difficulté : le bureau des films. Heureusement celui-ci a récemment approuvé le contenu du long metrage. Alors en route vers la Palme, Mr Jiang ?
Damien Paccellieri

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jeudi 22 février 2007

Green Tea (绿茶)

Green Tea de Zhang Yuan, 2003
Avec Jiang Wen, Zhao Wei

"Wu Fang est une adepte du speed dating. Elle rencontre de nombreux hommes qui ne correspondent pas à ses attentes jusqu'à ce que Chen Minliang, homme au coeur brisée et sans gêne, essaye de la séduire…"

La bande annonce
Green Tea (绿茶) fait partie de ces films chinois que l’on aime à regarder plusieurs fois. Zhang Yuan (张元), l’excellent réalisateur de Palais Est, Palais Ouest (东宫西宫) démontre une fois de plus la grandeur de son talent et s’inscrit définitivementcomme l’un des meilleurs cinéastes chinois de la sixième génération malgré son allegresse mercantile.


Le film relate les expériences sentimentales de Wu Fang (Vicky Zhao 赵薇), une jeune femme qui s’essaye à des speed dating, des rendez vous rapides et anonymes pour y trouver l’homme de sa vie. Elle y rencontre de nombreux hommes plus ou moins intéressants tout en se délectant d'un thé vert, sa boisson favorite. Un jour, elle fait la connaissance de Chen Minliang (Jiang Wen 姜文) qui déballe sa vie sentimentale après s’être fait âprement largué par sa fiancée qui n’a pas hésité à choisir son amant, bien meilleur étalon que lui.

Wu Fang se retrouve ainsi face à un homme qui en a gros sur le cœur et qui partage sa déception sentimentale, tout en jouant la carte de la séduction. Elle décide alors de le revoir, car elle partage tout comme lui ce moment de solitude. Les deux âmes en peine consolident ainsi leur amitié et dessinent doucement leur future relation . Pourtant quelque chose cloche dans cette histoire. Chaque fois que Chen Minliang invite Wu Fang dans une soirée, la belle s’obstine à refuser et invoque des excuses douteuses.

Chen Minliang décide alors de ne pas forcer la marche et de construire des sentiments solides autour de sa nouvelle relation. Lorsque vient la nuit, l'homme prend la direction d’un célèbre piano bar pour y prendre un verre avec l’un de ses amis et parler de ce qui lui arrive en ce moment. Soudain, la pianiste qui joue en ces lieux subjugue Chen Minliang car elle ressemble à s’y méprendre à Wu Fang. Bien décidé à savoir, Chen Minliang l’interpelle afin de prendre contact et découvre que c’est bien Wu Fang. Cependant celle-ci ne semble pas le reconnaître et se fait appeler par un autre nom, Leng. Loin d’être bouche bé devant une telle situation, Chen Minliang joue un double jeu dangereux : le jour il discute avec Wu Fang, la nuit il bavarde avec la pianiste. Mais qui est véritablement cette dernière ? Et pourquoi est elle aussi une grande consommatrice de thé vert ?

Tout ceci serait il un cercle vicieux ? …



Green Tea est un mystérieux objet cinématographique, tant il est facile d’y plonger et mais difficile d'en sortir, telle une drogue. Pourtant l’histoire se basait sur peu de choses : on ne connaît rien des antécédents des deux personnages principaux et on ne connaît que très peu leurs personnalités. Zhang Yuan nous propose ainsi une route vers l’inconnue, une voie vers ces sentiments qu’on ne peut jamais calculé ou maîtrisé complètement. Le cinéaste nous laisse tout de même quelques indices pour ne pas perdre pied dans cette aventure sociale. Le thé vert, titre même du long métrage, est certainement l’une des clés de voûte de la structure narrative et joue le fil conducteur de l’œuvre. Il révèle la personnalité de Wu Fang mais aussi celle de son alter ego la pianiste. Dans cette confusion d’identité, Chen Minliang garde les pieds sur terre grâce à l’amour qu’il porte à Wu Fang.

Peut il véritablement jouer le rôle du remède à cette disjonction sentimentale? Rien n’est sûr mais c'est pour lui l’occasion de prouver son attachement à cette femme. Magnifiquement interprété, Green Tea brille de son équipe d’acteurs, à savoir l’impérial Jiang Wen, l’un des acteurs préférés des chinois (et à juste titre), mais aussi Vicky Zhao qui joue une double partition superbe, intense, que l’on souhaiterait voir d’avantage chez la jeune comédienne. Elle excelle si bien dans les films d’auteurs chinois comme ceux de Huo Jianqi (霍建起) ou d’Ann Hui (许鞍华) qu’on a parfois un certain regret de ne pas la voir plus souvent dans ce genre là. Ce long métrage possède encore de nombreux atouts, notamment son imagerie autour des bars, des lieux de rencontres (merci Christopher Doyle) et n’oublions pas le thé vert, véritable institution en Chine.

Zhang Yuan esquisse ainsi à la perfection le thème de la solitude sentimentale et celui de l’embuée mystérieuse autour de la double personnalité. Les interprétations sont nombreuses, les fins irrésolues : Green Tea est un petit bijou.

Damien Paccellieri

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mercredi 21 février 2007

Shanghai Dreams (青红)

Shanghai Dreams de Wang Xiaoshuai, 2004
Avec Gao Yuanyuan, Li Bin, Anlian Yao


Dans les années 60,
une jeune fille de dix-neuf ans vit son premier amour dans la province de Guizhou...

Prix du Jury à l'unanimité au Festival de Cannes 2005, Wang Xiaoshuai (王小帅) - réalisateur à la tête de la sixième génération de cinéastes chinois (aux côtés de bien d'autres dont les très talentueux Zhang Yang (张杨) et Jia Zhang-ke(贾樟柯)) - pose avec Shanghai Dreams (青红) une véritable pierre angulaire de l'histoire de la Chine contemporaine en parvenant à contourner la censure chinoise pour montrer, et démontrer, le problème du déracinement forcé de ses habitants. Un récit à haute teneur biographique, pour avoir été vécu par le réalisateur.

En effet, le réalisateur a passé une grande partie de sa jeunesse dans la province de Guizhou (贵州), ses parents ayant répondu à l'appel du gouvernement pour créer ce qui est considéré comme une "troisième ligne de défense", en accélérant le développement de l'industrie locale des provinces plus retirées. Un appel
auquel l'on ne pouvait que très difficilement s'opposer, sous peine de représailles. C'est donc avec un naturel et une authenticité déconcertante que Wang Xiaoshuai parvient à recréer l'atmosphère particulière de ces régions pauvres mais aussi les comportements d'une génération déphasée, partagée entre le désir de retrouver ses origines, celui de s'émanciper, et la crainte de quitter un certain cocon, bien que minimal (l'assurance d'un emploi principalement), offert par le Parti.

Son histoire s'enracine autour du personnage de Qinghong (qui est aussi le titre original du film), fille unique d'une famille originaire de Shanghai qui s'est retiré dans la province de Guizhou. Son père, frustré face à son déracinement, est obsédé quant à l'avenir de sa fille et surveille le moindre de ses faits et gestes, rejetant par les moyens les plus ingrats qui soient, la moindre ombre masculine s'approchant d'elle.Une obsession qui tourne rapidement à l'étouffement pour la jeune fille.La moindre forme de liberté lui est interdite, son seul salut étant supposé résider dans ses livres d'études. Sa cousine est en revanche logée à une autre enseigne, ses parents étant d'un naturel confiant envers leur fille et lui accordant les libertés qu'une femme de son âge est en droit d'espérer. Ainsi, elle peut s'habiller de manière moins austère et n'éprouve pas les mêmes difficultés pour se rendre aux fêtes nocturnes où sont présents certains hommes jugés dignes d'attention.

Ainsi, outre le problème du déracinement, qui survole l'intégralité de l’œuvre, le réalisateur pose un regard sévère sur le caractère rudimentaire de l'éducation de certains parents envers leurs enfants, et les désastreuses conséquences qu'il peut engendrer, ceci malgré toutes les bonnes intentions pouvant se cacher derrière tant d'inflexibilité. A force de rêver aux travers des yeux de Qinghong, son père finit par lui enlever toute trace de rêve. Des conséquences imprévisibles, douloureuses, que l'auteur film avec un tel recul qu'il parvient à étouffer le spectateur, ne laissant naître ni lueur d'espoir ni zones d'ombres au sein desquelles laisser exploser, caché de tous, un sentiment humble et naturel face à tant de poids.Shanghai Dreams ne fera donc pas taire les mauvaises langues qui ne voient dans le cinéma de Chine continentale qu'un cinéma social pessimiste et sombre, Wang Xiaoshuai réalisant une oeuvre s'attaquant indirectement (à savoir caché derrière les seules apparences), bien que de manière assez consensuelle, au régime politique de l'époque, bridant les volontés d'émancipation de ses sujets.

Et, par effet boule de neige, la frustration des uns se répercute sur les autres.
La réalisation opérée par Wang Xiaoshuai se veut supérieure à tout ce qu'il a pu opérer jusqu'ici, Beijing Bicycle (十七岁的单车) compris. La reconstitution de l'ambiance d'époque est en tout point superbe et magistrale, que ce soit dans les paysages, arriérés et très pauvres, comme dans les comportements et les modes vestimentaires d'alors. Les demoiselles se voient vêtues de longues robes amples, s'osent à la découverte des talons tandis que les hommes n'hésitent pas à sortir les pantalons à pattes d'éléphants ainsi que les chemises flashy, tout un revival des années 70 !

Le réalisateur filme une jeunesse qui aspire à davantage d'indépendance, de liberté, osant même s'abandonner à du rock, synonyme d'une rebellion latente. Et si le réalisateur a réussi à contourner la censure chinoise, c'est très certainement car il propose une vision antagoniste aux préjugés, en filmant une jeunesse non bridée dans son émancipation. Qinghong apparaît alors comme une victime de son père, et nullement du régime politique, bien qu'évidemment - et c'est là le message de Wang Xiaoshuai - celui-ci connaisse sa frustration à cause du Parti.

Riche et intelligent, Shanghai Dreams est une oeuvre passionnante que tout amateur de film social et critique se doit de découvrir. Tout au plus pourra t'on lui reprocher d'être légèrement formaté pour les festivals, mais le message sous-jacent ainsi que l'implication réelle et palpable du réalisateur font de cette oeuvre un rendez vous immanquable et essentiel pour tout cinéphile.

Jean Baptiste Champion

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lundi 19 février 2007

Flash Info: Ours D'or Berlin 2007

Le jeune cinéma chinois a séduit le jury de la 57e Berlinale, qui a décerné samedi soir le prestigieux Ours d'or du meilleur film à Le mariage de Tuya, émouvant portrait d'une bergère mongole à la recherche d'un deuxième mari, signé par Wang Quan'an.
Le film, une ode à la vie des populations mongoles menacées par le centralisme chinois et la sédentarisation forcée, avait ravi le public.
"Depuis que j'apprends à faire des films, on m'a toujours enseigné à donner du rêve aux gens. Aujourd'hui, c'est l'un de mes plus beaux rêves qui devient réalité", a déclaré à la tribune le réalisateur Wang Quan'an, 41 ans, aux côtés de son actrice principale Yu Nan, qu'il a voulu "remercier tout spécialement".Après avoir reçu son prix des mains du président du jury, le cinéaste américain Paul Schrader, et de celui du festival, Dieter Kosslick, Wang Quan'an a souhaité "une très bonne année" à tout le public du palais de la Berlinale, car ce samedi coïncidait avec le Nouvel An chinois.

Le mariage de Tuya est un émouvant portrait, tout en finesse, d'une bergère mongole qui cherche à contracter un second mariage pour subvenir aux besoins de sa famille, et en particulier d'un premier époux invalide, sur lequel elle veut continuer à veiller.
Ce film d'un grand esthétisme, joué par des non-professionnels, a été tourné sur les terres ingrates de la Mongolie intérieure chinoise. A Berlin, le cinéaste avait expliqué avoir "voulu mettre un peu du mode de vie mongol sous du papier cellophane, pour l'avenir", car celui-ci est "sacrifié au nom de la croissance économique".

A cet article de Libération, je rajoute que Yu Nan est une très grande actrice. Ce prix est amplement mérité vu la carrière de Wang Quan'an, qui fut l'un des élèves de Xie Fei, autre grand gagnant de l'Ours d'Or. Le dossier fait pour le magazine ChinePlus n°2 aborde la reconnaissance du cinéma chinois. Avec ce nouveau prix (après celui de Jia Zhangke, très grand moment!), le 7eme art chinois nous fais signe qu'il s'est dotée d'une vitalité et d'une qualité exceptionnelles. Nous ne devons pas manquer ce train à grande vitesse...

Damien Paccellieri

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vendredi 16 février 2007

Revue: ChinePlus

Comme j'y suis journaliste je vais enfin prêcher pour mon Eglise! ChinePlus est LE magazine francophone de l'économie et de la culture chinoise.
Lancé en novembre dernier, ce trimestriel est une passerelle vers la Chine et donne toutes les clés nécessaires pour mieux comprendre la plus grande civilisation du monde. Le deuxième numéro est aujourd'hui en kiosque et vous propose un article sur le cinéma chinois.
Une première partie est consacrée à l'avènement sur la scène internationale de ce septième art qui m'est si cher. Un encart très interessant vous donnera quelques informations sur les productions privées et sur les coproductions actuelles. Cerise sur le gâteau, "un siècle de cinéma" vous expliquera l'appellation des différentes générations et quelles en sont les principaux artisans.

Enfin toutes les bonnes adresses, tous les livres à feuilleter sont précieusement notés.

Venez ici dire ce que vous en pensez,

Prix: 5 euros -114 pages
S'abonner
Damien Paccellieri

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jeudi 15 février 2007

Revue: les Cahiers de la Cinémathèque

Les Cahiers de la cinémathèque publient un numéro qui se propose dans un premier temps, de retracer les débuts du cinéma en Chine, après avoir placé quelques repères historiques de la période 1840-1949, "période qui a modelé complètement le comportement actuel de la Chine". Dans une partie consacrée à quelques films de genre, on trouvera une présentation inédite du cinéma chinois d'animation, à travers deux films.

Une importante production des films de sabre est analysée ici. Films qui ne se réduisent pas à leurs cotés spectaculaires car dans toutes ces sagas, c'est l'histoire de l'empire chinois qui est magnifiée. On verra ensuite comment le cinéma, s'est précipité, à travers la figure du Docteur Fu Manchu, sur le formidable sujet que représentait le mythe du péril jaune.

On y trouvera également un long travail autour de Wang Bing, tout jeune réalisateur, avec l'analyse de son film À l'ouest des rails, qui permet de repérer quelques orientations du cinéma chinois d'aujourd'hui et de souligner la profonde originalité de ce cinéaste. Diverses tables rondes qui ont eu lieu durant le festival, viendront compléter ce numéro et enfin, une monographie consacrée à Lan Yu de Stanley Kwan, que l'on peut considérer comme particulièrement représentatif de tout un courant intimiste de la production de Hong Kong, viendra clore ce numéro.


Prix: 19 euros - 108 pages
Disponible au cours de ce mois
Le sommaire

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mardi 13 février 2007

Xiu Xiu (天浴)

Xiu Xiu de Joan Chen, 1997
Avec Li Xiaolu, Lopfang, Lu Yue, Gao Jie

Dans la Chine de 1975, la révolution culturelle touche bientôt à sa fin. Xiu Xiu, fille d’un tailleur de Chengdu est l’une des dernières « intellectuelles » à être envoyée à la campagne dans le cadre des « Mesures de rééducation des masses » dont les objectifs sont sérieusement remis en question.

Joan Chen (陈冲), célèbre actrice chinoise naturalisée américaine depuis quelques années, a réussi sa première réalisation avec Xiu Xiu (天浴) en 1997 après avoir brillé dans les années 70 pour Xiao Hua (小花), jusqu’aux oeuvres occidentales de Bernardo Bertolucci et Oliver Stone.

Xiu Xiu fut interdit en Chine car il développe des scènes sexuelles loin de mettre l’actrice sous son meilleur profil chinois.
Présent à Vesoul en 2006, Xiu Xiu nous délivre la vie d’une jeune fille innocente et joyeuse, qui s’engage du jour au lendemain avec coercition dans la jeunesse communiste, envoyée alors en campagne. Selon le camarade Mao, ces citadins y apprendront la solidarité, les métiers qui serviront et honoreront le peuple chinois pour les années à venir. Xiu Xiu fait ainsi confiance à son pays puis quitte sa famille et ses amis. Parmi ces derniers, un jeune homme l’aime secrètement et nous en conte son éphémère jeunesse. Xiu Xiu est emmenée dans une contrée du Tibet où seul quelques steppes et stupas habitent le paysage. On la laisse à la responsabilité de Lao Jin, éleveur de chevaux et ancien soldat émérite dont la précision de tir impressionnait ses camarades. La jeune citadine doit s’habituer rapidement à l’environnement et ne dispose que d’une tente pour seule habitation. Elle est tout de même rassurée car elle connaît la situation délicate de Lao Jin. En effet lors de combats fratricides, Lao Jin a perdu sa masculinité d’un coup de couteau prévu à cet effet.

Mais cette fille n’est pas là par oisiveté. Elle doit apprendre l’équitation, manipuler des chevaux afin de devenir l’élite de l’armée telle une valkyrie chinoise. Son apprentissage est douloureux et durera de nombreux mois dans un lieu désertique. Xiu Xiu prend de plus en plus conscience qu’elle ne rentrera pas chez elle comme cela était prévu. Un homme responsable de la mission locale lui fait miroiter un retour possible en l’échange de quelques rapports sexuels. Lao Jin est totalement dépourvu lorsque sa tente devient une étrange maison close pour des hommes de la campagne en quête de sexe.

Tous ces hommes perdus au milieu de nulle de part s’inventent des responsabilités afin de donner un peu d’espoir à Xiu Xiu. Mais plus elle couche avec ces diables, plus elle y vend son âme…


Difficile de rester sans réaction devant un long métrage d’une telle atrocité sociale. Joan Chen met en cause la période de la révolution culturelle et ses effets sur toute une jeunesse. La plupart y survivront mais pour d’autres ces années seront les pires de leurs vies. On sait par exemple que Chen Kaige (陈凯歌) a dû dénoncer son père en place publique. Ici Xiu Xiu y perd son innocence et le peu d’honneur qu’elle avait. Elle est alors traitée comme un objet sexuel que l’on se renvoi telle une balle. Cependant, malgré la protection de Lao Jin, Xiu Xiu est seule maître de son destin.

Tous les hommes mis à part ce dernier profiteront de cette fille qui dans sa désespérance la plus totale assumera ses actes et sa sexualité débridée.
Son impatience, sa naïveté la pousse à coucher avec des hommes (le sont ils encore ?) qu’elle croit aux responsabilités importantes. Telle une enfant de son âge elle prête à croire grâce à ces coucheries à un retour plausible à Chengdu.
Pourtant Xiu Xiu se sent si bien en la présence de Lao Jin qui la traite comme un précieux trésor. Elle est à la fois accablée de brûlures sociales et motivée par tous les moyens de rentrer chez elle, même si cela doit passer par une prostitution synonyme d’échange de bon procédé.
Elle devient alors victime de la barbarie des soi-disant communistes plus en proie à leurs satisfactions sexuelles qu’à la solidarité commune.

L’interprète de Xiu Xiu, Li Xiaolu, accusant d’une forte ressemblance avec Zhou Xun, fait preuve d’un grand talent et donne au cima chinois l’un des meilleurs espoirs féminins de la patrie au drapeau rouge serti d’étoiles. Entre impertinence, tristesse, joies éphémères et désenchantement, Li Xiaolu (李小璐) en dévoilant son corps, évènement rare pour une actrice en Chine, à su montrer l’ampleur de ses sentiments et la perspective d’une grande carrière.
Les terribles évènements s’enchaînent jusqu’à une fin certes poétique mais qui manque assurément d’un peu de courage et d’audace.

Lao Jin, interprété par le tibétain Lopsang, n’est pas en reste puisqu’il incarne dans ce sombre destin l’ange gardien aux remords impardonables. Sa qualité de jeu lui a valu tous les honneurs de la presse de l’époque.
Alors après projection nous taraude plusieurs questions : Qu’en été t’il si Lao Jin n’avait pas été impuissant ? Aurait-il lui aussi profité de la jeune fille ? Est-ce que Xiu Xiu était-elle irresponsable ou avait-elle choisi son destin ? La faute est elle uniquement à la révolution culturelle ou à ces « guizi (鬼子) » chinois ? (guizi = démons, terme utilisé par les chinois pour parler des occidentaux et des japonais).
Le cœur meurtrit et le souvenir de ces scènes superbes sous la lune, Xiu Xiu donne naissance à une œuvre brute et puissante, réactionnaire d’une période douloureuse dans l’histoire chinoise. Comme ce garçon plein d’amour, le cinéphile se souviendra encore longtemps du visage de Xiu Xiu, jusqu’à en conter sa vie sans fin.

La bande annonce
Damien Paccellieri

Publié par damien à 20:54 et 3 commentaire(s)

dimanche 11 février 2007

阮玲玉 Ruan Lingyu

大家好:

我为您推荐一篇介绍三十年代名噪世界的传奇女星---阮玲玉的文章。

文章下载

作者: Christophe Falin

Et pour ceux qui ne comprennent pas le chinois, voici un dossier dans la langue de Confucius sur Ruan Lingyu, reine du cinéma muet des années 30, disparue trop tôt en mettant fin à ses jours en 1935.
Ce dossier est réalisé par Christophe Falin que vous pourrez retrouver en mars pendant le festival itinérant.



Publié par damien à 11:07 et 0 commentaire(s)

samedi 10 février 2007

L'Orphelin d'Anyang (安阳婴儿)

L'Orphelin d'Anyang de Wang Chao, 2001
Tourné avec des acteurs non professionnels

Une prostituée du Nord-est, désespéré et incapable de joindre les deux bouts, abandonne son bébé. Un ouvrier au chômage décide de prendre l'enfant pour 200 yuans par mois. Finalement, lui et la mère deviennent amis et il semble que l'enfant sera élevé dans une famille peu orthodoxe. Mais tout bascule quand le supposé vrai père du bébé, un gangster local, décide d'adopter l'enfant quitte à recourir à la violence.

L'Orphelin d'Anyang (安阳婴儿) est un long métrage sur l’intimité de trois personnes, toutes frappées par la misère sociale.
Le dossier de presse


Yu Dagang, jusqu’ici ouvrier, vient de se retrouver au chômage à la suite de la fermeture de son usine, comme de nombreuses autres de la région, où il ne reste plus que le souvenir du travail et l’ombre d’un attachement social aujourd’hui défait.
Sa vie se résumait à cet emploi, seul revenu, seule subsistance d’une vie dédiée à l’industrie. Yu Dagang est maintenant sans protection sociale et sans salaire, tel un paria de la société.
Feng Yanli est une prostituée et meneuse de soirée dans des bars de la ville tombés dans l’oubli. Elle satisfait quelques hommes débordant d’envies sexuelles malgré les difficultés du pays, et les soulage de quelques yuans. Son enfant, seul lien qui lui rappelle encore qu’elle est une femme, est en bas âge et demande la présence continuelle de sa maman ou d’une nourrice . Elle trouve cette âme bienveillante en la personne de Yu Dagang, qui sans un sou préfère garder un enfant moyennant quelques yuans que de faire la disette ou la manche. En ce sens, cet enfant est une aubaine pour l’ancien ouvrier même si celui-ci n’a aucune connaissance sur les quelconques principes de soin et d’hygiène d’un bébé. Le troisième individu de ce tryptique chaotique n’est autre que le père de cet enfant, le proxénète de Feng Yanli. Soucieux de son propre bien être, il n'échappe pourtant pas à une maladie grave où son crâne rasé en devient une preuve irréfutable.

Connaissant la date fatidique que les cieux lui ont imposé, il se rend compte de ses actes manqués et décide unilatéralement de prendre ses responsabilités et d’enlever l’enfant à sa prostituée de mère. Mais Feng Yanli n’est pas de cet avis et fera tout pour ne pas lui donner son amour le plus précieux…


Quand les cinéastes de la cinquième génération comme Zhang Yimou (张艺谋) s’éloignait du domaine social pour développer des fresques historiques et légendaires, Wang Chao (王超) et nombres de ses camarades de la sixième génération reprenaient le flambeau d’un cinéma en phase avec son temps. L’orphelin d’Anyang n’est pas seulement un long métrage sur l’avenir d’un enfant mais plutôt sur le désenchantement de trois personnes en marge de la société où chacun donne en spectacle une batterie de problèmes omnipotents de la Chine moderne.


Yu Dagang est l’incarnation même de la fermetures des usines industrielles du Nord de
la Chine (voir aussi le magnifique A l'Ouest des Rails (铁西区第 一 部分), documentaire de Wang Bing(王兵)), seul moyen de gagner sa vie et seul lien où se fabriquer une identité sociale. Sans cela, l’individu est perdu, sans repères, face à lui-même, pas comme au temps maoïste face à la collectivité, à la communauté. Mais Yu Dagang est aussi une preuve du malaise humain où cet homme n’a jamais eu l’occasion de s’attacher à une vie familiale, avec femme et enfant tel un idéal social. L’emploi en usine est donc une symbolique identitiare mais aussi une prison sans activités extérieures. Feng Yanli et son bébé sont ensuite une deuxième vitrine des peines chinoises.

Elle est une femme dans l’engrenage de la prostitution, entretenue avec d’autres par des proxénètes tel une poule aux œufs d’ors. Son bébé, épicentre de toutes les attentions du long métrage, est une manne d’argent pour l’un, de l’amour pour une autre autre et un sentiment définitif de paternité pré mortem pour un père sécoué d'incertitudes …Ce derniers en même temps est dans une situation professionnelle alambiquée qui a fortement déplu au Bureau des films chinois. En effet, les autorités ont officiellement déclaré qu’il n’existait pas de mafias, triades ou réseaux de prostitutions sur le territoire national. Sa seule présence dans le long métrage est déjà une déclaration forte sur le mensonge d’Etat ou plutôt l’étouffement d’une certaine criminologie chinoise mettant à sac l’idéologie communiste. Mais au lieux d’en faire un salaud, Wang Chao l’humanise et le rend faible, tel une dernière victime dont sa mère très âgée pleure sur son sort, où ses hommes de mains s’apitoient sur sa destinée funèbre.

Wang Chao adopte ainsi une vision sous trois angles différents de la société chinoise dont l’enfant sortira indemne. Chacune de ses prises à partis démontrent bien des situations dangereuses où l’Etat peine encore à trouver des réponses. L’Orphelin d’Anyang est donc une première œuvre très intéressante où le cinéaste conçoit une narration détaillée pour un budget minimal. Lorsqu’on se concentre sur le bonus proposé par l’édition dvd d'Arte, Wang Chao explique toutes les péripéties du montage de son film pour sa présentation au festival de Cannes. Son travail alors en ressort d’autant plus fort et convaincant. La sixième génération tient ainsi son rôle social dans cette société chinoise, responsabilité indispensable afin d'en comprendre sa mutation et ses enjeux.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 13:40 et 0 commentaire(s)

mercredi 7 février 2007

Ke Ke Xi Li, la patrouille sauvage (可可西里)

Ke Ke Xi Li de Lu Chuan, 2005
Avec Duo Bujie, Zhang Lei, Qi Liang

Pour empêcher le massacre des dernières antilopes du Tibet, une patrouille de volontaires part à la recherche d'un gang de braconniers sur les plateaux du Ke Ke Xi Li. Une poursuite impitoyable s'engage entre les deux groupes dans des conditions extrêmes, à 5000 mètres d'altitude.


Prix spécial du Jury à Tokyo en 2004 et plus près de chez nous, Prix de la fiction au Festival du Film d'Environnement à Paris en 2005, le second film de Lu Chuan (陆川), auteur d'un déjà très bon The Missing Gun (寻枪) , nous revient en bonne et due forme aux commande d'un film spirituel, écologique mais aussi dénonciateur, en traitant du braconnage des antilopes tibétaines.

Inspiré d'une histoire vraie, le cinéaste nous narre, de manière quasi documentaire, les actions d'une patrouille sauvage, chargée de lutter contre le braconnage d'une espèce décimée pour son pelage. Ritai, le capitaine de cette patrouille est à la poursuite d'un groupe de braconniers qui, en toute illégalité et impunité, sème la mort parmi la faune de ces hauts plateaux désertiques. Une opposition farouche qui n'hésite pas à en venir aux armes. Un soir, un employé de la patrouille sauvage est tué par ces braconniers, Pékin envoie alors un de ses reporters sur place, dans le but de lever un peu d'ombre sur les agissements prenant lieu dans ces contrées retirées et peu accessibles, où l'homme est souvent en lutte avec la nature .
Ke Ke Xi Li (可可西里) , un des derniers refuges de l'antilope tibétaine, est une vaste étendue chinoise (dans la province du Qinghai), limitrophe au Tibet et culminant à 4800 mètres d'altitude. Bien qu'aujourd'hui inscrite dans la convention sur le commerce international des espèces animales en danger, l'antilope tibétaine a subi les affres du braconnage dans les années 80 et en quelques années, sa population est passée de 1 million à 10 000 têtes, le pelage étant particulièrement prisé sur les marchés étrangers. Une patrouille de volontaires civils est alors crée pour lutter contre ce fléau.

Lu Chuan est un réalisateur prometteur. Car loin d'aborder un sujet évident pour passionner les foules, il parvient à prendre la distance nécessaire pour éviter de tomber dans un manichéisme simpliste, malgré son évident engagement écologique. Le cinéaste parvient même à insuffler à son quasi-documentaire, le nécessaire de fraternité, de souffle aventurier pour maintenir en haleine son spectateur. Non, Ke Ke Xi Li n'est pas un film ennuyant rassurez-vous. Et finalement il importe assez peu d'être soi même sensible au sujet pour l'apprécier car le film va au delà de la simple dénonciation, en brossant le portrait d'un homme, qui a fait de la patrouille sauvage sa quête personnelle. Un homme au cœur pur mais aux mains sales, n'hésitant pas à exploiter lui même le système pour mieux le combattre. Ni à faire les sacrifices nécessaires à l'accomplissement de son objectif. Ainsi, il n'y a dans Ke Ke Xi Li ni méchant, ni gentil, au sens strict du terme.

Ke Ke Xi Li, c'est aussi une part de contemplation, légitime pour la beauté et la rareté du panorama. La sensation d'abandon face à ces paysages d'une immensité incroyable est étourdissante, les plaines étant de vastes étendues naturelles, parfois jamais foulées par l'homme. Une nature indomptable, où les sables mouvants côtoient les vents violents et les tempêtes de neige. Des intempéries contre lesquelles il faut apprendre à se sauvegarder. Ces conditions climatiques, si elles sont palpables dans le film, ont causé bien des problèmes durant le tournage de Ke Ke Xi Li .
L'oxygène se faisant rare à cette altitude et le froid, glacial en hiver, pouvant atteindre les -20°, ont crée de nombreux cas d'hypoxie au sein de l'équipe, la réduisant au final à la moitié de son effectif de départ. Une mise en condition qui a permis à Lu Chuan de retranscrire parfaitement les difficultés de vie des habitants, et de cette patrouille sauvage, en constante attention sur les ravitaillements.

Si le sujet traité est à mi chemin entre le documentaire et la fiction, la réalisation en revanche est très soignée, et n'emprunte quasiment rien au documentaire, tout juste son éventuel carnet de bord. Le cinéaste se plait d'ailleurs à mettre en valeur les étendues du Ke Ke Xi Li par le biais de long plans panoramiques, qui transposés sur grand écran (puisque le film est sortit en France), révèlent, à n’en pas douter, toute leur puissance. Les acteurs, amateurs pour la plupart, sont très convaincant et la composition musicale se révèle agréable tout en étant assez discrète, Lu Chuan lui ayant préféré la force des images et des propos .

En définitive Ke Ke Xi Li est un film assez dramatique et sombre, de par le climat de mort survolant l'intégralité de l’œuvre. Mais c'est aussi une invitation à découvrir la vie difficile des habitants de cette région, doublée d'une réflexion sur l'immoralité et la cruauté du caractère humain. Un très beau film.

La bande annonce
Jean Baptiste Champion

Publié par damien à 13:27 et 4 commentaire(s)

Festival de Berlin du 08 au 18 février

Le festival de Berlin est l'un des hauts lieux cinématographiques pour la nation chinoise. En 1988, Zhang Yimou remporta l'Ours d'or pour le Sorgho Rouge propulsant ainsi le cinéma chinois sur la scène internationale.

Par la suite, de nombreuses récompenses seront alloué à desfilms et réalisateurs chinois comme Ang Lee (Garçon d'Honneur, Raisons et sentiments), Xie Fei (Ours d'Or lui aussi avec Les femmes du lac des âmes parfumées), Gu Changwei (Le Paon) ou bien encore Edmond Pang (cinéaste de Hong Kong pour le très brillant Isabella) pour ne citer qu'eux.





Cette année 2007, quelques films chinois risquent de marquer des points dans la compétition :


Hyazgar
aka Desert Dream de Zhang Lu : fiche pdf


Lost in Beijing
de Li Yu : fiche pdf


Le Mariage de Tu'Ya
par Wang Quan'an : fiche pdf



Hors compétition dans la section panorama nous trouvons aussi d'excellents films :

Getting Home de Zhang Yang : fiche pdf

Le Lycoris Doré
de Zero Chou : fiche pdf


Eye in the Sky de Yau Nai Hoi

Mona Lisa
de Li Ying



A noter enfin la présence dans le jury des courts métrages de Ning Ying, grande dame du cinéma chinois. Je reviendrais sur ces long métrages si l'un d'eux se distinguent au fil du festival...

Publié par damien à 11:06 et 1 commentaire(s)

mardi 6 février 2007

LES FESTIVALS

Voici toute l'actualité des festivals dont le site est au plus près pour vous en tenir informé. N'hésitez donc pas à vous y rendre, car le cinéma chinois le vaut bien...

Festival Shadows (9 au 19 octobre 2008)

Bilan d'un festival dans l'ombre du cinéma chinois

Festival de Deauville (12 au 16 mars 2008)

Deauville et ses films chinois

Festival Itinérant de cinéma chinois 2ème édition (24 février au 4 mai 2008)

Cap sur la Chine avec le Festival Itinérant

Festival de Vesoul 2008 FICA où je fus membre du jury NETPAC (29 janvier au 5 février 2008)

Lundi 4 et Mardi 5 Février 2008
Dimanche 3 Février 2008
Vendredi 1er et Samedi 2 Février 2008
Mercredi 30 et Jeudi 31 Janvier 2008
Mardi 29 Janvier 2008

Festival CinéChine de Bruxelles (10 au 13 janvier 2008)

Un festival inoubliable
2008 is coming, allons à Bruxelles !
Festival Ciné Chine de Bruxelles

Festival du cinéma chinois de Paris 2007


Soirée d'ouverture du cycle de Shanghai années 30 et 40
Soirée de gala du festival du cinéma chinois à la mairie de Paris
Festival du cinéma chinois de Paris : programme, synpopsis...
8 Places à gagner pour la Cinémathèque
La programmation du cycle sur Shanghai des années 30 et 40

Festival de Cannes 2007

Le buzz du festival de Cannes 2007
La séléction du festival de Cannes 2007

Festival de Berlin 2007

Festival de Berlin du 08/02 au 18/02
Ours d'Or pour Le Mariage de Tuya

Festival itinérant de cinéma chinois 2007

Festival itinérant de Blois 2007 du 27/01 au 06/02
Le festival itinérant continue ! du 27/01 au 27/03
Clap de fin pour le festival itinérant

Festival de Vesoul 2007

Festival de Vesoul 2007 du 13/02 au 20/02
Bilan du Festival des cinémas d'Asie de Vesoul

Publié par damien à 20:45 et 2 commentaire(s)

THéMATIQUES

Vous trouverez ici tous les documents nécessaires pour mieux appréhender le septième art chinois avec des dossiers, des articles et même des courts métrages à regarder...

Articles de presse


Action! Le cinéma chinois décolle - magazine ChinePlus par Damien Paccellieri - 2007

Chine : La terre promise du cinéma - magazine l'Expansion par Géraldine Meignan - 2006

Revues et magazines

Le Monde Chinois & Hu Jie
Les Cahiers de la cinémathèque n°78
La revue de la cinémathèque québécoise n° 93

Dossiers & thématiques

Genèse de chinacinema.fr (vidéo) - Damien Paccellieri
Les différentes générations de cinéaste chinois - Damien Paccellieri
Zhang Yimou par Damien Paccellieri (vidéo)
Le cinéma de Shanghai - Li Hengji en 1996
Le Studio de la Lianhua des années 30 - Anne Kerlan-Stephens
Le Tibet dans le cinéma chinois - Christophe Falin
La Censure en Chine en 2008 - Damien Paccellieri
Table Ronde Vesoul 2008 sur le système productif chinois - propos receuillis par Damien Paccellieri
Opéra et cinéma chinois - Roger Darrobers

L'industrie du cinéma chinois

L'économie du cinéma chinois en 2006 - Damien Paccellieri
L'économie du cinéma chinois en 2007 - Damien Paccellieri

Livres sur le cinéma Chinois

Le cinéma chinois de Jean Michel Frodon - 9€
Le Regard des Ombres de Luisa Prudentino - 19€


Publié par damien à 20:34 et 0 commentaire(s)

Le festival itinérant continue ! du 27 janvier au 27 mars

Après avoir été presque deux semaines à Blois, ville de départ de l'évènement, le Festival itinérant de cinéma chinois poursuit sa route cette semaine vers Saint Quentin jusqu'au 13 février, puis sera à Baune du 14 au 20 de ce même mois, à Montauban du 28 février au 06 mars, mais encore à Agen du 07 au 13 mars, Perrigeux du 14 au 20 mars et enfin à Carcassonne du 21 au 27 mars. Ce festival unique en son genre vous donnera l'occasion d'approcher de très grands réalisateurs et acteurs du cinéma chinois comme Gu Changwei (Le Paon) ou Pu Cunxin (1er rôle du film Shower) mais aussi de voir d'excellents films prévus par la programmation du festival.


L'étape de Saint Quentin vous permettera de croiser Luisa Prudentino, grande sinologue et spécialiste du cinéma chinois, pour une conférence le 9 février à 20 heures.
Mais ce n'est pas tout !!! En effet, la directrice du festival vous fera découvrir quelques expositions photos sur la Chine, des cours de Tai Chi Chuan et même de la musique traditionnelle chinois comme celle d'un instrument nommé Erhu que je pratique avec une grande maladresse ! (toutes les dates sont indiquées dans le dossier de presse).


Alors si vous êtes dans la région, ne vous en privez pas ! D'autant plus que le mois de mars réserve aussi son lot de bonne surprise puisque Marie-Claire Quiquemelle, connue pour son ouvrage Le cinéma chinois dans la collection du centre Georges Pompidou fera l'honneur de présenter une conférence sur un cinéma chinois qui depuis 2005 possède plus de 100ans d'histoire. Enfin ne manquez sous aucun pretexte les conférences de Christophe Falin qui auront lieu le 9 et 16 mars notamment autour du cinéma de shanghai des années 30 (Christophe Falin, qui je le signale, participera à ce site).

En définitive un superbe programme vous attends !

Publié par damien à 18:04 et 0 commentaire(s)

dimanche 4 février 2007

Sun Plant (太阳花)

Sun Plant de Zhang Yang, 2006
Moyen métrage


Un garçon s’occupant d’une boutique d’appareil photo en plein cœur de Pékin enchaîne des journées qui se ressemblent toutes. Son seul péché mignon est d’enregistrer à l’aide un caméscope sur trépied les citadins passants devant son magasin. Le soir, après la clôture du magasin, ce jeune homme rentre chez lui et visionne sur son ordinateur ce qu’il a enregistré de la journée. Au cours d’une longue nuit, il reste fixé sur une image où une jeune fille vend des fleurs dans la rue. Sans savoir pourquoi, il comme hypnotisé par cette demoiselle ou bien même déjà quelque peu amoureux.
Le lendemain, il ouvre son magasin comme d’habitude et observe dans la rue cette fille venue vendre des bouquets.

Il n’a d’yeux
que pour elle. Son ami co-gérant tente de lui parler à plusieurs reprises mais il ne l’écoute même plus. Sa relation avec cette fille est comme d’Ulysse et du chant des sirènes. Au bout de quelques jours, il n’hésite pas à la rencontrer ou du moins à figurer sur le même plan qu’elle puisque son caméscope enregistre encore et toujours. Le soir, il regarde avec attention ses agissements face à la demoiselle, comme si le narcissisme était l’un de ses traits de caractère.

Mais pour la voir tous les jours sans se faire remarquer, il lui achète une fleur appelé « fleur du soleil » en Chine. Il accomplit ainsi le même rituel afin de lui voler quelques mots, quelques sourires et bien sûr, quelques sentiments. Il semble vivre un amour original et son ami s’amuse à le voir acheter quotidiennement une fleur. Mais soudain lors du braquage d’une banque, l’enregistrement de son caméscope lui révèle l’invraisemblable…

Moyen métrage d’une demi heure, Sun Plant (太阳花) est d’une simplicité et d’une efficacité cinématographique surprenante. Zhang Yang (张杨), talent cinéaste chinois (Shower 洗澡), s’essaye par cette œuvre à l’utilisation des caméras DV et HD, employées ici avec brio mais sans être non plus l’un des sommets du genre.
On s’amuse à suivre ce garçon (dont la ressemblance avec Jiang Wen sera toujours aussi troublante) dans ses attitudes et ses aptitudes de séduction, pour être totalement désarçonné lors du turn-over final.

Le cinéphile cherchera certainement par la suite la sorte de fleurs vendu par la fille qui se trouve être à l’épicentre du moyen métrage.
Ainsi partit de presque rien, Sun Plant dévoile toute l’ébauche du talent de Zhang Yang mais nous laisse tout de même un peu d’amertume puisqu’on aurait été curieux de voir la suite. En quelque sorte le syndrome de la réussite.

Un moyen métrage à voir par curiosité.


A noter : Zhang Yang a tourné ce moyen métrage dans une rue commerciale connue de Pékin. A l'été 2006, je suis passé devant et le magasin était vraiment un magasin de photos !

Damien Paccellieri

Publié par damien à 14:56 et 4 commentaire(s)

samedi 3 février 2007

中文文章 Articles en chinois

中法电影艺术之缘 Presentation du site chinacinema.fr
比利时的中国电影影迷 Brigitte de la Royère

阮玲玉 Ruan Lingyu
欢迎来到法国的中国之家 Bienvenue !


Publié par damien à 18:31 et 0 commentaire(s)

欢迎来到法国的中国之家 Bienvenue !

Petit message pour nos amis chinois

中文网站

您好,欢迎来到
chinacinema.fr 这个网站会经常推出中文影评,您可以在这里讨论中国电影,

并且可以有机会了解到热爱中国文化的法国人的观感。

再会

联系人

李澜曦

Publié par damien à 18:08 et 0 commentaire(s)

Eleven

Eleven de Zhang Lu, 2001
Court métrage

J’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises l’auteur de ce court métrage dont Luisa Prudentino en dit le plus grand bien, ce que je partage complètement. Connaissez vous Kim Ki-duk, un célèbre réalisateur coréen (Adresse Inconnue, Locataires, L’Arc) ? Et bien Zhang Lu semble en être l’atler ego chinois.


Pour s'en convaincre il suffit de comparer Grain In Ear aux premières oeuvres du cinéaste coréen.
Pourtant par ses plans fixes, Zhang Lu, qui a apprit ce métier sur le tas, semble être plus proche d’un certain Hou Hsiao-hsien. C’est donc un cinéaste à la croisée des chemins que nous découvrons avec Eleven. Nous suivons un enfant dont la seule et unique qualité pour les autres est d’être la cinquième roue du carrosse. Lorsque les enfants jouent au football, il est toujours celui qui va chercher les ballons perdus, qui regarde les autres jouer en attendant qu’une équipe l’appelle pour prendre place dans les buts. On ne le choisit pas pour ses qualités mais bien par défaut. Son père vivotant dans une petite maison d’un secteur minier ne défend absolument pas son fils.

Bien au contraire, il regarde cette part de désespoir avec une totale nonchalance.
L’enfant se punit alors lui-même en mettant un but contre son camp ce qui lui attire bien évidemment la foudre des autres joueurs. Cette haine et ce désespoir ne seront pas sans conséquences…

Dès les premiers instants du court métrage, on apprend tout de suite à reconnaître les rictus cinématographiques du réalisateur chinois aux or
igines coréennes. Cela commence par une scène sans image où seule la bande son véhicule son lot de sensation. En aparté, c’est typiquement le style de réalisateur qui vous laisse macérer dans votre imagination de longs moments afin d’en tirer profit par la suite. C’est aussi un cinéaste qui défend une certaine âpreté du cinéma tout comme une certaine sécheresse technique. Il n’est pas du genre à vous séduire par des images léchées, mais laisse simplement opérer la magie du cinéma. On voit donc bien dans cette approche un parallèle technique avec le géant du cinéma taiwanais où les plans éloignés fixent des instantanés à jamais oubliés.

Alors avec un tel talent sous le manteau, inutile de vous dire que le scénario, écrit de ses mains, bénéficie d’une habilité très intéressante où chaque petite idée peut se muer en grande réflexion sociale sur l’individu.
Soudain le titre Eleven nous rappelle que dans une partie de foot à 5 contre 5, l’enfant héros tient le titre du onzième, éternel remplaçant. Avec ceci Zhang Lu donne les signes avant coureurs d’un cinéaste sur lequel il faudra compter, sans parler de Hyazgar, son dernier bijou, présenté à Berlin cette année 2007. A suivre…

Damien Paccellieri

Publié par damien à 11:06 et 0 commentaire(s)

vendredi 2 février 2007

Edito de février 2007

Chers Sinocinéphiles, (c’est la mode de créer de nouveaux mots)

Après avoir lancé ce site il y a un peu moins d’un mois, les nouvelles sont bonnes. Vous êtes de plus en plus nombreux à passer sur ce site et, à ma grande surprise, j’ai eu le droit à quelques mails d’encouragements par des chinois ! Rien que pour eux, je vais essayer, si j’en ai la possibilité, de rédiger quelques articles en chinois. Mais patience est mère des vertues…
Ces premiers mois de 2007 brillent de mille feux sous le sceau du cinéma chinois. L’évènement phare de cette période est bien entendu le
Festival itinérant de cinéma chinois commencé à Blois le 27 janvier et qui durera jusqu'au 27 mars !! Un véritable marathon pour les cinéphiles qui a été rendu possible grâce à l’excellente directrice de ce festival, Jiao Jinghua. Cette jeune femme est destinée à un bel avenir car sa ténacité et la programmation proposée fait de ce festival un évènement à ne pas manquer. Grâce à elle, votre fidèle serviteur à eu l’occasion de discuter longuement avec Zhang Yang, réalisateur de Shower et Getting Home.
Février c’est aussi le mois de l’excellent Festival des cinémas d’Asie de Vesoul où la Chine sera à l’honneur par la présence de Wu Tianming et Xie Fei, deux invités exceptionnels.
Enfin je vous invite à la lecture ce mois-ci du magazine
ChinePlus, trimestriel sur l’actualité de l’économie et de la culture chinoise dont je suis journaliste. En effet, un dossier de 8 pages autour de thématiques abordera ce septième art si longtemps laissé au bord de la route (sortie le 15 février 2007 en kiosque, 5€).

Alors à vos magazines, à vos festivals et très bonne lecture sur chinacinema.fr, le site francophone du cinéma chinois.
Damien Paccellieri

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jeudi 1 février 2007

Les Démons à Ma Porte (鬼子来了)

Les Démons à Ma Porte de Jiang Wen, 2000
Avec Jiang Wen, Ding Yuan, Cong Zhijun, Zi Xi


Dans un village reculé, miraculeusement épargné dans une Chine occupée par l'armée nippone, un paysans du nom de Ma Dasan est menacé une nuit par des soldats de l'Armée chinoise. Ces braves gaillards lui confient deux sacs à l'intérieur desquels se trouvent un prisonnier japonais et son interprète chinois.

Dasan et sa maîtresse, une jeune veuve enceinte, cachent les prisonniers et en prennent soin. Malgré les médisances du japonais, une certaine humanité se glisse dans sa relation avec ses geôliers, en partie grâce aux traductions volontairement erronées de l'interprète qui cherche à sauver sa propre vie en amadouant les villageois.
Six mois s'écoulent. La famine s'empare du village.

Les habitants, ne sachant plus quoi faire de leurs prisonniers, décident de les mettre à mort. Or, aucun d'entre eux n'accepte de prendre la responsabilité d'un tel acte…

Deuxième film de Jiang Wen (姜文) en tant que réalisateur, Les Démons à Ma Porte (鬼子来了) remporta le Grand prix du festival de Cannes en 2000.
C'est bien peu à la vue d'un tel film...

Ce long métrage traite malicieusement de la geurre et de l'occupation à la sauce tragicomique.
La première partie du film édicte la captivité des prisonniers et la vie du villiage de façon burlesque .
Ce début joviale et bien ficelé donne au film un ton inoffensif pour une occupation dont on connaît les horreurs (notamment à Nankin et Harbin) et décrit les relations existantes entre la milice japonaise et les fermiers chinois.

On voit la fanfar
e des soldats nippons, passer par le village et distribuant des bonbons aux enfants des fermiers. Les soldats japonais se prêtent même à rire avec leurs frères ennemis chinois.Mais derrière ces apparences se cache une fracture entre ces deux peuples. Le beau-père de Dasan, vieux cynique et grabataire, ne peut s'empêcher d'insulter ces japonais et de crier qu'il tordra le coup à tous ces soldats.
D'ailleurs ces réactions, celle de fermiers naïfs et débordant de mansuétude, permettent au long métrage de prendre sa réelle assise entre jours heureux et veillés funèbres.
On ne peut s'empêcher de rire des relations entre les fermiers et les deux prisonniers.
Un exemple: pendant le réquisitoire, l'ancien du village demande au soldat s'il a déjà abusé sexuellement des femmes chinoises. Le soldat détenu réponds: " Bien sûr, je ne suis venu que pour ça! Pauvres idiots", alors les villageois demandent à l'interprète:
" Qu'a t-il dit ? ". Le traducteur qui veut sauver sa peau répond qu'le japonais n’a jamais touché à une femme chinoise, bien au contraire. On voit alors des villageois satisfaits de la réponse, souriant avec bienveillance alors que le soldat japonais, qui croit en une réelle traduction, sourit avec ironie, fier de sa haine méprisante....

A plusieurs reprises, le soldat japonais insultera les fermiers et l'interprète traduira par les plus beaux compliments chinois. C'est vraiment drôle et jouissif. La captivité des deux détenus laisse la place dans l'autre moitié du film à leur libération et aux conséquences ce celle-ci. Cette libération, dont tous les villageois se féliciteront sera récompensé par l'armée nippone. Mais à quel prix ? C'est ici que commence le drame... Le drame d'une incompréhension collective, d'une trahison, d'un honneur japonais bafoué par des fermiers chinois (à leur insu).

Un cataclysme éclate sous la forme alors d’une machine de mort incontrôlable.


C'est donc pour la mémoire des siens tragiquement disparus, mais aussi parce que la guerre change les hommes, même les plus proches, que Jiang Wen a réalisé ce superbe témoignage.
La guerre peut tout balayer: la paix, l'honneur, les cultures, les hommes. Elle nous transforme en bêtes féroces, en êtres assoiffés de sang et de vengeance. Cette réponse sur pellicule réussit à nous faire passer du rire à la stupéfaction. Deux pays, et toute une civilisation peut disparaître sous une main guerrière.
Aucuns mots ne peuvent traduire la souffrance de ces victimes de guerre, abattues sans aucunes raisons, sans même être mêlées réellement au conflit.
Aujourd'hui ce vide est comblé, ce fait historique ne pourra être oublié par le cinéphile français grâce aux Démons à ma Porte, magnifique long métrage en noir et blanc, dont les acteurs sont pratiquement tous non-professionnels. Il fallait oser d'exposer de tels faits par de tels sentiments.
Jiang Wen l'a réalisé. Jiang Wen l'a réussit.

Ainsi à travers ce portrait d’époque, nous sommes tous amener à raviver la mémoire de ces victimes chinoises, qu’elles soient de la campagne comme le montre ce film, citadines comme ce fut le cas à Shanghai, violées à Nankin ou sacrifiées par l’unité 731 à Harbin.

Rendons hommage à ces morts dont les bourreaux ont été protégés et dont le vécu semble avoir disparu de l’Histoire du Japon par la baguette magique du révisionnisme.

Bonus : Les photos de tournage en couleurs - 1 - 2 - 3 - 4

Damien Paccellieri

Publié par damien à 20:58 et 5 commentaire(s)

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