lundi 29 janvier 2007

La cité Interdite (满城尽带黄金甲)

La Cité Interdite de Zhang Yimou, 2006
Avec Gong Li, Chow Yun-Fat, Jay Chou, Liu Ye

Quand le Roi rentre chez lui de manière impromptue après une longue absence pour revoir sa femme et ses deux enfants, il comprend de suite que de nombreuses choses ont changé dans son royaume...

Après Riding Alone (千里走单骑), Zhang Yimou (张艺谋) revient à ce qu'il sait faire, car Zhang Yimou c'est d'abord la science de la démesure. Tout n'est que perpétuelle surenchère visuelle et numérique. Les armées sont monumentales, les décors très chargés et des plus chamarrés. Le réalisateur se donne ainsi les moyens de donner à son film beaucoup d'allure et une importance démesurée.

Il faut aimer le genre wu xia pian, d'autant plus que le long métrage se compose principalement de deux parties : d'un côté la mise en place de l'histoire, des personnages et de leurs relations (souvent licencieuses); de l'autre, la guerre. La première partie est lanscinante et très bavarde, la seconde met encore plus de temps à se forger. Mais que sont donc devenues les combats où la chorégraphie transcendaient les images (et finalement le contraire puisqu'avec Zhang Yimou on oublie tout devant ses belles images...) ? C'est vraiment dommage car c'était surtout là que résidait la force de ce genre de cinéma. On assiste donc à des vagues de soldats se foncer les unes sur les autres sans jamais atteindre la poésie et l'exhalation d'une des référeces en la matière à savoir le Seigneur des Anneaux (d'ailleurs comparer les films de Zhang Yimou à ce genre de long métrage montre bien l'aspiration du cinéaste à devenir le Spielberg chinois).

Néanmoins, cette d
émesure est accompagnée d'un travail visuel toujours aussi saisissant mais qui repose un peu sur les mêmes principes des précédents films du cinéaste. Donc oui, c'est beau, c'est de l'hystérie collective en matière de figurants, de couleurs, de décors, mais ce sont toujours le même genre d'artifices, les mêmes ficelles. A force d'avoir recours aux mêmes moyens, les images finissent par s'appauvrir de film en film, elle perdent leur dimension poétique et épique. Par ailleurs, on commence à s'habituer à la Chine médiévale, ce n'est pas donc dans ce film qu'on apprendra quoi que ce soit sur les mœurs et coutumes de l'époque. Ce qui est surtout gênant dans La Cité Interdite, c'est que l'on retrouve encore le côté très manichéen du récit. Déjà vu dans Hero (英雄) et Le Secret des Poignards Volants (十面埋伏) , il existe une vérité et une contre-vérité, il existe un bien et un mal, souvent traduits par des codes couleurs devenus quelque peu orthodoxe.

Cette floppée de wu xia pian devient de plus en plus fades et perdent la poésie qui devait se dégager de ces combats éthiques où le
bien et le mal ne sont finalement qu'une question de point de vue. Curieusement, le long-métrage de Zhang Yimou dérange aussi par sa tendance à produire de l'anachronisme, unir des éléments qui semblent en total contradiction avec l'époque. On veut bien croire aux milliers de serviteurs, aux armées aux proportions bibliques, aux gigantesques citadelles… Mais les décolletés pigeonnants, les couleurs disco, les lentilles de contact du roi, les coucheries totalement improbables, frise le ridicule pour un tel réalisateur.

Heureusement pour cacher quelque part cette disette scénaristique, Zhang Yimou se paie le luxe d'avoir une pléiade de star à commencer par l'immense Chow Yun-Fat (周润发). S'il est loin de forcer son talent et si son mandarin ressemble plus à de la phonétique qu'à autre chose, ses apparitions sont toujours exaltantes avec le gage d'une interprétation matinées par des années de métier. Pour lui donner la réplique, Gong Li (巩俐) abandonne les habits de geisha pour les très chargées parures d'impératrice. Aussi touchante que létale, son interprétation est en tout point remarquable. Enfin Jay Chou (周杰伦), gigantesque star de la chanson en Chine, souffre encore d'un certain amateurisme et d'un léger strabisme un tantinet gênant. Au final La Cité Interdite se révèle sans surprises. Le dernier long métrage de Zhang Yimou n'atteint jamais l'onirisme et la poésie que pourrait prodiguer ce genre de cinéma, d'autant plus qu'à aucun moment, l'histoire n'est à la hauteur du reste.

Un film calibré pour l'Occident en somme… le tout est de savoir combien de temps cela va durer ?
le trailer

Romain Domec

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flash info : the door de li shaohong

L'une des plus grandes dames du cinéma chinois vient tout juste de sortir The Door, son dernier film en date. La réalisatrice de Matin couleur de sang s'essaye au genre angoisse/polar avec Chen Kun (Balzac et La Petite Tailleuse Chinoise) dans le rôle titre. Arriverait t'elle à nous faire peur ? C'est possible, mais ce ne sera par ingéniosité. En effet, La carrière de Li Shaohong prend une drôle de tournoure. Celle qui fut l'une des premières femmes de la cinquième génération à prendre aux hommes leur pouvoir cinématographique semble délaisser sa fougue sociale qui la rendait si précieuse...

le trailer

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vendredi 26 janvier 2007

Conférence par luisa prudentino à Rennes le 26/01/07

Vous ai-je dit que les habitants de Rennes et ses environs sont des petits veinards?
Une conférence menée par Luisa Prudentino sur « le cinéma chinois, reflet de la société chinoise contemporaine » est fixée au vendredi 26 janvier 2007 - 18h30 à l'auditorium de la Maison Internationale de Rennes .
Il sera demandé une participation de 2 euros aux non adhérents.
Luisa Prudentino est une sinologue dont vous aurez souvent des nouvelles puisqu'elle fait partie des personnes qui donnent leurs temps afin que nous, cinéphiles, puissions mieux appréhender ce cinéma si interessant. C'est une grande spécialiste du cinéma chinois et est déjà intervenue à ce titre dans de nombreuses conférences sur le cinéma chinois en Bretagne et en particulier à Rennes pour l'année de la Chine.

Elle est aussi l'auteur d'un livre : "Le regard des ombres" aux éditions Bleu de Chine (2003). Vous pouvez lire ici notre entretien sur le cinéma chinois


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jeudi 25 janvier 2007

Le Cinéma de Shanghai (Festival des 3 Continents)

Si il y a un festival qui a contribué à la reconnaissance du cinéma chinois sur notre territoire c'est bien le Fetival des 3 Continents. Par sa programmation et par son audace, cet évènement annuel a tout de même permis de révéler au monde entier le talent d'un certain Jia Zhangke.
Dans la voie de cette démarche qualité, je vous propose en fichier pdf un dossier tiré de la programmation de 1996 sur
le cinéma de Shanghai. Cette mine d'information écrite par Li Hengji n'a pas pris une ride et à lire de toute urgence pour tous les amoureux de cette ville hautement cinématographique.

Régis Bergeron, autour d'une pensée de Hou hsiao-hsien, concluait son dernier livre sur le cinéma chinois en disant qu'elle deviendrait la capitale des cinémas d'Asie.

Voici en quelques pages son portrait: Le Cinéma de Shanghai


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mardi 23 janvier 2007

Chine ma douleur (牛棚)

Chine Ma Douleur de Dai Sijie, 1989
Tourné avec des acteurs non profesionnels

Tian Bien, un jeune adolescent de 13 ans, est envoyé en camp de rééducation après avoir passé sur son tourne disque une chanson interdite par les autorités de l’époque…


« La révolution culturelle est une révolution qui servira les hommes ». C’est ainsi que s’ouvre le film contesté Chine Ma Douleur de Dai Sijie (戴思杰), œuvre du plus français des cinéastes chinois. Le long métrage nous conte la vie de Tian Bien, un jeune garçon de 13 ans dans les années de la révolution culturelle, qui pour séduire sa jeune voisine met sur son tourne disque une vieille chanson d’amour.


Pour avoir passé cet ancien vinyle, Tian Bien est condamné à une autocritique sur place publique et à un long séjour en camp de rééducation, appelé « Niu Peng (
牛棚) » (en français : la cabane du bœuf).
Envoyé dans une région montagneuse et peu peuplée, Tian Bien retrouve d’autres condamnés qui comme lui ont commis des actes considérés comme anti-révolutionnaire par le pouvoir en place. Toutes ces personnes tombent sous la responsabilité d’un seul chef et sont immédiatement appelés à mettre un cône en papier sur la tête afin de leur remémorer à chaque instant leurs imbécillités et par la même occasion les déshonorer. Dans ce camp où il n’y a ni gardien ni soldat, juste des rééduqués en autarcie, la vie passe se meublant d’une inutilité sociale impensable jusqu’alors.

Des chants le matin pour le vénérable président Mao, à quelques tâches usuelles exécutés sans motivations, Tian Bien subit la plus terrible des injustices. De sa famille, il n’en reste plus rien : son père est mort, sa mère est partie elle aussi se faire rééduquer. Heureusement un vieux moine taoïste prend le relais familial et assure un contact social avec le jeune adolescent. Ce vieil individu intrigue Tian Ben car il passe ses journées sur les collines à prier et à s’occuper des pigeons présents dans les hauteurs.
Une certaine solidarité s’installe entre ces deux êtres singuliers et plus généralement entre tous les rééduqués du camp. Mais un jour, Tian Bien tombe gravement malade. Heureusement le vieux moine se trouve à ses côtés. Personne ne semble s’intéresser au sort de Tian Bien car chacun fait face à ses propres problèmes. Cependant le vieil homme ne perd pas un seul instant pour partir en forêt afin de trouver les herbes médicinales nécessaires pour guérir le pauvre adolescent. Il lui prépare une mixture qui le soignera peu à peu de sa maladie.

Pourtant les problèmes ne s’arrêtent pas là puisque le camp n’est pas propice à une alimentation correcte.
Tian Bien, en pleine forme depuis ses déboires de santé, est désigné avec l’un de ses jeunes collègues de camp pour chercher dans la ville la plus proche les aliments nécessaires au bon fonctionnement du camp. L’ami de Tian Bien n’hésite pas à profiter de cette sortie pour se goinfrer de raviolis, de mets délicieux qui ne sont pas disponibles dans leur refuge pour rééduqués. Il se remplit la pense sans jamais s’arrêter, les yeux plus grand que le ventre. Et comme la grenouille voulait être aussi grosse que le bœuf, son corps ne supporta pas cette suralimentation à la source d’un malaise mortel…

Dai Sijie réalise avec Chine Ma Douleur une œuvre critique des aspects sociaux les plus effroyables de la révolution culturelle chinoise de 1966 à 1976. Par une mise en scène très effacée, le cinéaste démontre la stupidité d’une période échelonné sur dix années. A partir d’ un décor français du Sud Ouest, Dai Sijie s’est réinventé un décor naturiste tel ce qui peut être trouvé dans le Sichuan. D’ailleurs pour les touristes vous pouvez encore aujourd’hui vister le repère qui a servit de camp pour le film.

Le premier élément historique étonnant de ce long métrage voit le jour dans la complète autonomie d’un camp de rééduqués. En effet, il y a juste la présence d’un superviseur qui chapeaute l’ensemble des tâches et du lieu. Autrement,
personne ne surveille les rééduqués. C’est ainsi que les camps ne ressemblent pas à des prisons comme on les connaît mais plutôt à des prisons mentales où les individus perdent leurs temps et se désociabilisent au lieu même d’en garder une trace idéologique communiste.
Mais alors pourquoi personne ne tente l’évasion? Peut être simplement parce que la peur jugule cette envie ou peut être aussi parce que le camp est loin de toutes habitations. Malgré la très grande passivité des rééduqués, il subsiste en chacun d’eux une grande violence intérieure impossible à exprimer si ce n’est dans des actes déchaînés. Dai Sijie parfait son œuvre par son équipe d’acteurs non professionnels qui n’ont pour la plupart jamais vu la Chine et sont tout juste des français d’origine asiatique. C’est d’ailleurs ce choix qui pose une certaine ambiguïté car la langue la plus couramment parlé dans le film est le cantonnais alors qu’elle devrait être le mandarin à la vue des lieux géographiques et des informations données par le réalisateur.

On peut penser aussi que Chine Ma Douleur est une sorte de préalable et de chantier d’essai à son autre film, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise (巴尔扎克和小裁缝), puisque de nombreuses scènes servent de référentiels. On se souviendra du binoclard mais aussi de la fameuse chansonnette « Mozart pense à Mao ». Chine Ma Douleur est donc une œuvre charnière pour la compréhension de cette période encore sulfureuse dans le cœur des chinois. Ses réflexions, notamment avec la scène où une troupe d’artiste de propagande croît divertir des paysans alors que ce sont des rééduqués, évoque la puissance destructrice de ces années folles, véritable précarité sociale et intellectuelle infligées aux chinois.

Damien Paccellieri

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lundi 22 janvier 2007

flash info : getting home de zhang yang

Getting Home, le nouveau film de Zhang Yang (Shower, Quitting, Sunflower) vient de sortir en Chine avec en tête d'affiche le célèbre et non moins excellent Zhao Benshan, l'un des comiques les plus populaires de Chine. Avec Fan Wei, Zhao Benshan anime un spectacle à chaque nouvel an chinois sur CCTV qui fait un carton. Il fait rire les chinois avec des pièces comiques exceptionnelles. Je me rappelle avoir assisté au nouvel an 2005 où Zhao Benshan vendait à son collègue souffrant (sous les traits de Fan Wei) une chaise roulante dont il n'avait pas besoin. Un sketch à mourir de rire.
Getting Home, le titre anglais, n'est pas tout à fait en accord avec le titre original qui rappelle que chaque chose finissant sa vie revient à la terre de ses ancêtres. Cela est tiré d'une célèbre expression qui signifie "les feuilles tombant de l'arbre reviennent toujours vers ses racines"


Tiré d'un fait divers, Getting Home nous conte le péril de Lao Zhao, qui tient à tenir la promesse fiate à l'un de ses amis, à savoir le ramener à sa terre natale si celui venait à mourir. Une fois mort, Lao Zhao tient sa promesse en le portant sur son dos à travers toute la Chine direction les terres de leur enfance...

Film quelque peu polémique car la mort nous concerne tous, le nouveau long métrage de Zhang Yang semble attiser déjà la passion des cinéphiles et pourrait concourir au Festival de Berlin 2007.

Voir le trailer

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dimanche 21 janvier 2007

Flash info : Luc Besson achète Crazy Stone

C'est officiel: Luc Besson le cinéaste (Léon, Nikita...) et producteur (Banlieue 13 et bien pire encore...) vient d'acquérir les droits du film Crazy Stone de Ning Hao (Mongolian Ping Pong) pour une sortie en France, gros carton au cinéma chinois puisque cette oeuvre low cost s'est révélée très fructueuse au box office chinois.

Le film narre la vie mouvementée d'employés d'usine à Chongqing qui trouvent un pierre précieuse. Seulement ils ne sont pas les seuls sur le coup: des voleurs la convoitent aussi... Burlesque, drôle et social, Ning Hao réussit l'exploit de fédérer le public chinois autour de ce petit budget (aidé par Andy Lau) alors que les grosses productions américaines et chinoises se lattent à coup de dollars et de yuans.
Luc Besson arrive tout de même à être dans les meilleurs coups cinématographiques d'Asie, révélant Tony Jaa au public, préparant la sortie de Citizen Dog, excellent film thai, et maintenant Crazy Stone.

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22 Yuans (22 元)

22 Yuans de Du Jie, 2001
Court métrage





Du Jie, encore jeune réalisateur débutant, a bien entendu fait ses premières armes avec des courts métrages comme 22 Yuans, son deuxième de l’année 2001 avec Hot Summer.

La trame est toute simple : le spectateur se place la plupart du temps en vue subjective d’un chauffeur de taxi qui croise sur s
a route une jeune auto-stoppeuse.
Il décide de la prendre dans sa voiture et commence à voir qu’elle essaye de lui faire du charme.
Sceptique au départ, le
chauffeur se laisse finalement faire jusqu’à effleurer le long de ses cuisses et imaginer des rêves phalliques où les deux occupants de la voiture serait à l’origine de la moiteur et autre buée des vitres du taxi.
Seulement tut s’enchaîne rapidement, ses rêves se dissipent car la jeune femme doit descendre.

Le chauffeur lui rappelle l
e coût de cette course : 22 yuans. C’est à ce moment que la passagère lui rétorque un argument semblant compenser ce paiement, et prend directement la poudre d’escampette…

Avec 22 Yuans Du Jie s’essaye à la métaphore et aux enjeux techniques de la réalisation. Ces derniers se ressentent tout au long de cet essai cinématographique puisqu’il s’impose d’emblée une vision monochrome noir et blanc. Pourtant le jeune cinéaste s’extirpera de ce rendu au moment où le chauffeur rêve de faire l’amour avec sa passagère. Soudain, la couleur reprend ses droits ainsi qu’une dérive comique inefficace. Du Jie montre bien sa volonté à tester certains procédés afin de certainement les exploiter le jour où il réalisera un long métrage.

Mais ce n’est pas tout car le court métrage est privé de son jusqu’à l’arrêt de l’auto-stoppeuse où le compteur dévoile les 22 yuans à payer. Le titre du court métrage est donc étroitement en relation avec cet avènement sonore même si on ne comprend pas très bien la volonté de l’auteur mis à part l’originalité ou peut être soulever un parallèle avec la tarification d’un acte sexuel.

Au final ce court tourné en DV donne un aperçu de l’émergence d’une technique et d’un perfectionnement chez Du Jie sans pou
r autant être totalement désintéressant. En effet, le turnover final nous révèle l’identité de cette fille et poussera certainement le cinéphile à se poser de nombreuses questions sur des réflexions proches de celles du cinéaste Cui Zi’en (崔子恩).

Damien Paccellieri

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samedi 20 janvier 2007

Un Père à Pékin (看车人的七月)

Un père à Pékin de An Zhanjun, 2004
Avec Fan Wei, Zhao Jun, Chen Xiaoyi

Du Hongjun est un modeste gardien de parking à Pékin. Divorcé, il vit seul avec son fils. Mais plus pour longtemps, car il va enfin se marier avec Xiasong, une jolie fleuriste. Alors que le mariage est imminent, le premier mari de Xiasong, le violent Liu San, sort de prison et fait savoir qu'il s'oppose catégoriquement à cette future union. Méjugé par son fils, lâché par celle qu'il aime, harcelé par l'ancien détenu, Du Hongjun doit faire face, seul contre tous.

Extrait 1 du film
Extrait 2 du film



Présenté au Fe
stival de Vesoul 2006, Un Père à Pékin (看车人的七月) a eu le droit aux applaudissements en fin de projection. Inutile de vous préciser que cette petite indication est un énorme gage de qualité pour une oeuvre inconnue jusqu'àlors qui n'a pas eu le droit à de la publicité ou aux honneurs d'un quelquonque festival. Avec Un père à Pékin en première française, la capitale des cinémas d’Asie s’est sertit d’un des plus beaux joyaux cinématographique de l'année 2006 ( même si le film date de 2004 en Chine).

L’orfèvre An Zhanjun (安战军) est connu pour être une vedette montante de la télévision et du cinéma chinois. Son téléfilm Year after Year relate les changements sociologiques de la société chinoise, années après années depuis le milieu du siècle passé jusqu'à sa fin, où chaque épisode est égal à 1 an. Le succès retentissant de cette série lui a per
mi d’enchaîner les longs métrages jusqu’à Un père à Pékin. Celui-ci expose la vie de Du Hongjun, homme divorcé dont le travail consiste à guider les clients d’un restaurant vers des places de parking libres. Rien de valorisant pour un père de famille dont le fils, Xiao Yu, semble avoir quelques problèmes de comportement à la source de ses mauvais résultats scolaires. Mais Du Hongjun est un homme bon. Pas vraiment attirant physiquement mais d’une gentillesse sans limites. C’est ce que sa nouvelle femme Xiasong aime le plus chez lui. Fleuriste de métier ayant divorcée de son mari jeté en prison, la chance lui sourit à nouveau avec Du Hongjun. Seulement Xiao Yu n’est pas encore prêt à accepter Xiasong dans la famille, car comme tout enfant il est difficile de voir son père débuter une nouvelle relation. Comme si les ennuis ne suffisaient pas, Liu San, l’ancien mari de Xiasong vient tout juste de sortir de prison et souhaite reprendre sa femme.

En effet, malgré
son attachement à Du Hongjun, Xiasong n’a pas pu finalisé les papiers du divorce car Liu San ne supportait de voir sa belle se refaire une vie alors que lui croupirait en prison. Liu San explose de colère lorsqu’il voit Du Hongjun et reprend sa femme par la force. Le pauvre Du Hongjun est quelqu’un d’honnête et de terriblement peureux, il n’a aucune confiance en lui. Sa situation précaire, son fils en difficulté scolaire, puis maintenant sa femme qui retourne avec son ancien et toujours mari, montrent comment la vie peut être difficile pour un père à Pékin. La France accuse un sérieux retard sur les films de Chine continentale puisque Un Père à Pékin date déjà de 2004. Néanmoins un diffuseur, Eurozoom, a eu le mérite de le sortir sur grand écran et c’est tout à son honneur puisque cette œuvre s’inscrit comme une petite merveille de sentiments humains. Tout le monde dans sa vie s’est déjà posé des questions sur son père, tout en le regardant comme un héros. Fort, courageux, gentil, talentueux sont toutes les qualités d’un père pour un enfant. Seulement lorsque l’adolescence arrive, un fils commence à percevoir les failles et le mythe du héros s’achève dans une simple perspective ordinaire. Un père à Pékin donne toute son ampleur à ce dernier qualificatif : celui d’un homme fragile, ordinaire. Du Hongjun est un homme désemparé face à son destin. Il n’a malheureusement pas toutes les qualités requises pour avoir confiance en lui.

Un boulot précaire, une petite maison, un fils pas toujours facile… bref Du Hongjun a le moral à zéro.
Son seul rayon de soleil est l’amour porté par Xiasong. Mais celui-ci disparaît vite face aux nuages orageux représentés p
ar Liu San. An Zhangjun, d’un talent certain dans le domaine social, réussit adroitement en un tour de main à changer les perspectives et à passer du regard de Du Hongjun à celui de son fils Xiao Yu. C’est à ce moment précis qu’un Père à Pékin gagne toute sa densité émotionnelle. En effet, quel regard peut porter un fils sur un père désoeuvré ? Comment Du Hongjun peut se plaindre de son fils si il ne donne pas le bon exemple à suivre ? Xiao Yu peut il accepter Xiasong et son lot de problèmes, mettant en péril sa relation avec son père ?

Toutes ces réflexions sont habilement traitées par le cinéaste et nous pousse à verser quelques larmes pour ceux sensibles à la rel
ation père fils. Lorsque ce fils voit la peine et la honte que son père a envers lui-même, il tente alors de faire de son mieux pour combler ses attentes. Malheureusement il ne réussit qu’à faire pire. Il souhaiterait tellement que son père soit fier de lui. En même temps Xiao Yu ne peut voir son père se dégonfler face à Liu San. Cette situation emporte le cinéphile vers de nouvelles réflexions, notamment vers les solutions pour se débarrasser de Liu San, véritable trublion intouchable par la loi mais qui pourrit la vie de Du Hongjun.

On se demande aussi comment Xiasong vit cette situation, prise entre deux feux, de celui qu’elle aime et de celui dont elle est encore légalement la femme.

Pour ce faire, le cinéaste suit une trame à la fois comique et tragique terminant en un drame éloquent.
Inutile de vous parler de la superbe imagerie d’Un père à Pékin car seul ici le social importe. On se souviendra ainsi du gâteau d’anniversaire, du sentiment impulsif de Du Hongjun, des ennuis sur le parking, du fils en détresse et du monde carcéral... Oui je dis bien du monde carcéral car An Zhanjun nous en dévoile l’environnement même si cela s’orchestre avec naïveté (la faute à Xiao Yu). Le public retiendra certainement et pour longtemps la prestation de Fan Wei (范伟), nouvel "espoir" du cinéma chinois (malgré son âge). Célèbre ami de Zhao Benshan (赵本山), il est son camarade dans les one man show du nouvel an dont les chinois raffolent.


Cette nouvelle génération d’acteurs issue du rire génère donc un profond talent dans le tristesse, ce qui était encore il y a quelques années impensable (parallèle possible avec Takeshi Kitano qui lui s'est plutôt dirigé vers une certaine violence sociale).


Ainsi Un Père à Pékin est à savourer avec peine et serait un excllent choix éditorial si unDVD venait à voir le jour (messieurs les éditeurs vous êtes prévenus).

Damien Paccellieri

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vendredi 19 janvier 2007

Balzac et la petite tailleuse chinoise (巴尔扎克和小裁缝)

Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise de Dai Sijie, 2002
Avec Zhou Xun, Liu Ye, Chen Kun

Après le succès phénoménal de son œuvre littéraire Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise, Dai Sijie (戴思杰) décide de l’adapter au cinéma. Le cinéaste exploite avec talent sa matière écrite tout en façonnant certains aspects pour les rendre bien plus cinématographiques.

Dans la Chine des ann
ées 70, en pleine révolution culturelle, les intellectuels sont rééduqués à la campagne et pousser à travailler avec les paysans afin de les mettre face à la réalité du terrain tel que le pense le régime communisme d’antan. Luo et Ma, deux fils d’intellectuels, sont contraints à suivre cette mesure et se retrouvent en plein Sichuan, dans une région montagneuse et luxuriante.

Perdus entre la brume, les chemins escarpés et les multiples rivières, Luo et Ma atterrissent dans un petit village de paysans qui n’a connu que le travail agricole.

Dès leur arrivée, les paysans saisissent leurs biens les plus étranges comme ce violon dont ils ne connaissent pas l’utilité. Pour le sauver da la destruction, les deux jeunes adolescents font croire que cet instrument de musique permet de jouer des sonates à la gloire de Mao.

Cela sonne le début d’une vie difficile où les corvées dans les rizières sont exténuantes et dangereuses. Mais ils ne savent pas encore qu’ils risquent de passer toute leur vie ici. Un jour, Luo et Ma font la connaissance d’un vieux tailleur et de sa petite-fille. Chargé de concevoir les habits destinés au paysan des environs, le vieux tailleur se met au service du village et incarne un soupçon de modernité avec sa machine à coudre et son degré d’éducation.

Luo n’est pas insensible au charme de la petite tailleuse et tente de l’éduquer par divers contes chinois et nord coréens alors en vogue pendant la révolution culturelle.
Les deux intellectuels sont même chargés de conter aux villageois le film passé par un projectionniste itinérant, allant de villages en village. Par ce biais Luo et Ma gagnent la confiance des villageois.
Ils découvrent grâce à la petite tailleuse qu’un autre rééduqué, surnommé le Binoclard, possèderait une valise pleine de roma
ns étrangers. De Flaubert à Dickens, Luo et Ma sont subjugués par la lecture de ces œuvres, notamment celles de Balzac. Cette littérature était alors proscrite par le régime de l’époque car subversive et bien plus encore. C’est ainsi que la petite tailleuse façonne son éducation sentimentale grâce à Balzac qui semble être le seul à la toucher dans son intégrité féminine. Elle se libère petit à petit de son enclave idéologique, s’attache à Luo, découvre sa sexualité et décide de partir vers d’autres horizons….

Dai Sijie est décidemm
ent étonnant. Après son premier long métrage Chine Ma Douleur daté de 1989 et deux courts/moyens métrages Tang le Onzième et le Mangeur de Lune, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise marque certainement la quintessence du talent cinématographique de ce réalisateur.
D’une beauté sans égale où le vert domine toute autre couleur, Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise soulève aussi de nombreuses ré
flexions sur la période de la révolution culturelle, petit pêché mignon de Dai Sijie.

En effet, il semble que cett
e période traumatisante pour les chinois l’ai bien plus affecté personnellement que l’évolution actuelle de la Chine. D’ailleurs c’est à se demander si Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise ne serait pas une œuvre totalement autobiographique en addiction avec Chine Ma Douleur.

Grâce à ses œuvres, les cinéphiles ont la chance de découvrir ce que les intellectuels de l’époque ont subit afin d’être endoctriner à la politique communiste populaire. Mais curieusement ce n’est pas l’engagement politique du long métrage qui se place comme centre d’intérêt prédominant mais plutôt la liberté qu’expriment les œuvres littéraires à la petite tailleuse chinoise. Sa rencontre avec les deux autres adolescents de son âge l'engage dans une introspective à la découverte de ses sentiments et de ses ambitions. Superbement interprété par Zhou Xun (周迅), la tailleuse chinoise est la clé de voûte de l’œuvre car elle reflète toutes les possibilités. L
es deux jeunes Luo (Chen Kun) et Ma (Lou Ye) , victimes de la révolution culturelle font preuve d’un féroce courage et d’une malice dont les cinéphiles se souviendront encore longtemps. De « Mozart pense à Mao » à l’horloge déréglé dans les mines, l’humour ne fait pas d’absentéisme, malgré les douleurs déchirantes de cette période. Le personnage du chef du village est lui aussi formidable dans sa capacité à être victime mais aussi manipulateur dans sa manière d’employer Luo et Ma afin de divertir les villageois.

Puis, la dernière demi heure du film glisse doucement vers la nostalgie non pas d’une époque mais plutôt d’une jeunesse oubliée, calfeutrée dans une période politique troublante.


Avec ce long métrage il est clair que Dai Sijie arrive enfin à donner une propre griffe à ses films, doté d'un développement haletant (qui manquait à Chine ma Douleur) qui agite lourdement le drapeau de la détresse mais bien plus encore celui de l’amour et de la vie poétique de trois adolescents en perdition.

Témoignages de Chen Kun : 1 - 2 - 3 - 4
Témoignages de Zhou Xun : 1- 2 - 3
Témoignages de Liu Ye : 1 - 2 - 3

Damien Paccellieri

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jeudi 18 janvier 2007

Acteur : Liu Peiqi (刘佩琦)

Liu Peiqi, l'acteur qui fait pleurer la Chine

Reconnaissez vous cet acteur ? Mais oui, regardez le de près, c’est le papa dans lEnfant au Violon de Chen Kaige. Il fait partie des acteurs chinois dont on aime suivre la carrière.

Né en 1958 à Pékin, il fait ses débuts dans une école théâtrale et artistique de l’armée pour apprendre les bases de ce qui deviendra son futur métier.

Liu Peiqi n’est pas le genre d’homme à avoir froid aux yeux car il passe les années suivantes à Urumqi, capitale du Xinjiang (région ouïgoure), une contrée où les conditions de vie sont particulièrement difficiles.


Il arrive au cinéma en 1986 avec son tout premier film The Broken Promise de Wang Haowei mais il est loin d’être encore le talent qu’il est aujourd’hui (classé dans la catégorie 1 des acteurs officiels. Le rang des acteurs officiels se composent de 3 catégories, la première étant la plus importante, la plus exigeante). La même année Lui Peiqi adhère à la troupe nationale de théâtre à Pékin et continue sa carrière faite de petits rôle comme Summer Adventure (1991) jusqu’à une certaine composition dans Qiu Ju de Zhang Yimou en 1993.

C’est alors la providence pour cet acteur qui multipliait les petites apparitions au cinéma. Il enchaîne l’année d’après avec Ermo de Zhou Xiaowen, une des grandes œuvres chinoises des années 90. Ainsi, en seulement deux films, Liu Peiqi acquit une renommée nationale.
Continuant son exaltant chemin de croix, il ajoute à son tableau de chasse d’excellents longs métrages comme A Day without Lei Feng (1996) et débarque cette fois ci sur la scène internationale avec Shadow (1999) d’Ann Hu qui engrange un énorme succès dans les festivals internationaux.
Quatre années plus tard la carrière de Liu Peiqi est à son firmament avec sa participation à L’enfant au violon de Chen Kaige dans le rôle du père qui se sacrifie corps et âmes à la réussite de sa progéniture. Il reçoit le prix du meilleur acteur au festival de San Sebastian ce qui ne s'était jamais produit auparavant pour un chinois.
Depuis Lui Peiqi continue à son rythme dans le monde du cinéma chinois et vient tout juste de se remettre en selle pour Sweet Gun (2006) un nouveau long métrage auquel participe le frère de Jiang Wen, l’excellent Jiang Wu (souvenez vous de l’acteur dans Shower qui jouait le frère attardé).

Liu Peiqi a tout pour lui, et notamment une sacrée puissance lacrymale. En effet, cet acteur ne joue par sur sa force ou sa virilité mais sur ses fêlures, ses faiblesses ou bien encore sur sa paternité. Il est difficile de lui résister et rares sont ceux qui ne versent pas de chaudes larmes, notamment les chinois, après avoir regardé le long métrage sur la vie du soldat Lei Feng.
Il est assurément aujourd'hui l’un des meilleurs acteurs chinois, toutes générations confondues.

Damien Paccellieri

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Pas un de moins (一个都不能少)

Pas Un de Moins de Zhang Yimou, 1999
Tourné avec des acteurs non professionnels


A la veille de ses films commerciaux comme The Curse of Golden Flower, il est réellement passionnant de se plonger dans les anciens longs métrages de Zhang Yimou (张艺谋) et de découvrir un cinéaste au double visage : celui d’un grand conteur social avec Vivre!, Epouses et Concubines ou Pas un de moins, et celui d’un aventurier chanceux (de manière lucrative) avec ses épopées
commerciales de Wu Xia Pan telles Hero et le Secret des Poignards Volants.
Ici place à la société chinoise d’aujourd’hui ou devrais je dire plus précisément celle de l’avant 2000, date de réalisation du long métrage.



En effet, Pas un de moi
ns (一个都不能少) nous invite à découvrir la passionnante et difficile vie d’une adolescente de 13 ans, Wei, dont le seul mérite fut d’être allé à l’école suffisamment longtemps pour se voir nommer institutrice remplaçante d’une école élémentaire. Pour ce faire, le chef du village et l’instituteur sur le départ lui présente sa classe composée d’enfants d’âges différents, premier indice révélateur de l’extrême pauvreté de certaines campagnes chinoises.

On lui présente notam
ment un élève en particulier, le jeune Zhang, sorte de schtroumpf farceur disposé 24h sur 24h à semer la zizanie au sein de la classe. Ainsi, bien que très remuant, Zhang est l’enfant d’une famille pauvre dans laquelle sa mère est dans l’incapacité de travailler.
L’enfant n’a donc pas d’autre choix de devenir temporairement le chef de famille et de migrer à la ville pour y trouver un emploi. Seulement, ne connaissant rien aux subtilités citadines, Zhang est victime de l’espièglerie des citoyens tandis que Wei avait promis à son instituteur, prématurément partit, de ne laisser aucun enfant hors de la portée bienfaitrice de l’école. Wei s’engage alors dans une recherche interminable afin de ramener Zhang à sa scolarité ...

On ne sait pas où se déroule géographiquement l’aventure humaine de Pas un de Moins mais on peut toutefois deviner qu’elle se déroule dans une région à proximité de Xi’an d’où est originaire Zhang Yimou.
En cette année de 1999, le cinéaste tente le pari fou d’employer uniquement des acteurs non professionnels, méthode déjà employé par Chen Kaige (陈凯歌) ou Tian Zhuangzhuang (田壮壮), afin d’accentuer d’avantages les émotions dégagées par les personnages.
Cette petite folie est toutefois un succès car les acteurs de cette épopée sociale nous transportent dans un voyage fascinant au cœur de la Chine, au cœur de sa pauvreté, au cœur de l’exode rurale et au cœur finalement des grandes richesses sociales du peuple.


Zhang Yimou commence par un développement du type documentaire pour évoquer l’existence d’une très grande misère au sein des régions les plus reculés de la Chine. Avec ces chants nationalistes comme seul soutien moral à cette disette, le cinéaste dresse le portrait d’une société à deux vitesses : d’un coté les grandes villes tel Pékin, Shanghai ou Canton et dans une moindre mesure Xi’an et de l’autre des contrées où le taux d’analphabétisation est grandiloquent tout autant que le manque à gagner des paysans.

Mais Zhang Yimou sait aussi caresser dans le sens du poil avec la formidable idée de communisme (au sens noble du terme) même dans les situations les plus désespérées.


Dans un deuxième temps, Pas un de Moins nous plonge au cœur même de la ville, à la recherche de Zhang, histoire de bien assimiler les différence entre village et zone urbaine afin d’y découvrir toute une manne de petits boulots pour les enfants où de nombreux paysans n’hésitent pas à envoyer leur progéniture pour quelques yuans.

Ce labyrinthe social piège le jeune Zhang et son institutrice. Elle qui ne connaît pas la ville, issue de la campagne profonde, elle ne perd pas espoir en la recherche de son élève, en employant toute une panoplie de méthodes et son plus grand courage. On y observe toutes les démarches individuelles entreprises dans un pays dont l’un des fondements réside dans la solidarité du peuple. Heureusement les médias, seul moyen efficace de trouver un garçon égaré, se penche sur cette disparition grâce à la persévérance de la jeune institutrice. Zhang Yimou ouvre ainsi une troisième perspective d’analyse sur le pouvoir des médias et sur le peu d’intérêts que portent ceux-ci sur les campagnes et généralement les régions de l’Est de la Chine, si ce n’est sur un ton culturel et folklorique enjoué à mille lieux de la réalité.
Attention tout de même : Zhang Yimou a bien changé depuis ses premiers films revendicatifs. En effet depuis Keep Cool, le cinéaste chinois courbe l’échine aux autorités chinoises. On se demande où est passé l’auteur d’Epouses et Concubines, Le Sorgho Rouge, ou bien encore Qiu Ju. Serait il mort avec ses œuvres ? La suite de ses longs métrages à savoir Happy Times, Hero et le Secret des Poignards Volants étayent amplement ce changement.

Peut être préfère t’il aujourd’hui être une icône du cinéma chinois pour son peuple plutôt que d’être un cinéaste militant ?


Dans le cas de Pas un de moins, le réalisateur fait passer les médias comme la bonne conscience de l’Etat, prêt à aider les désoeuvrés jusqu’à partir en pleine campagne pour y faire un reportage exceptionnel sur les paysans… non là, Mr Zhang, il y a quelques limites. Peut être n’avez vous pas regarder les informations télévisées à cette période là qui évitaient de médiatiser les moindres manifestations paysannes, les grands problèmes de pots de vin, ou bien même les relations tendues avec Taïwan qui demeurent toujours aujourd’hui.

Ainsi sur cette dernière phase Zhang Yimou vend sa carrière de cinéaste au diable de l’Etat chinois pour enfin entrer dans les rangs, même si il subsiste un excellent film en la demeure.

Damien Paccellieri

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mercredi 17 janvier 2007

sortie cinéma : l'étoile imaginaire

L'Etoile Imaginaire de Gianni Amelio, 2006
Avec Sergio Castellito, Tia Ling, Angelo Costabile
sortie le 24/01/07

Présenté au Festival de Venise en 2006, ce film va faire plaisir à tous nos compatriotes italiens. Il marque aussi la première co-production italo-chinoise où c'est un réalisateur italien qui mène la danse.

synopsis:
Une aciérie italienne est vendue à des industriels chinois qui désirent emporter dans leur pays l’usine, avec toutes ses pièces, dont son haut fourneau.
Vincenzo Bunoavolontà, responsable de la maintenance, croit détecter une importante défaillance.

Persuadé de la nécessité professionnelle de réparer le dommage, mu par une honnêteté morale inébranlable, Vincenzo va entreprendre un périple à travers la Chine
moderne donnant à sa quête éthique un sens aigu de la dimension humaine, tel un Don Quichotte des temps modernes.

Dans ses pérégrinations et plongé dans un monde étranger parfois amical, parfois hostile, il rencontrera son Sancho Pansa sous les traits d’une jeune Chinoise, guide tantôt éclairé, tantôt égaré, qui l’accompagnera au coeur du pays des contradictions, communiste et capitaliste, riche et misérable, avant-gardiste et rétrograde.
Vincenzo et Liu Hua, à travers ce road movie dans la Chine d’aujourd’hui, feront leur cet adage ancien : “l’insensé voyage toute sa vie, le sage connaît l’importance du moindre de ses pas”.

Si vous avez des avis, n'hésitez pas à les donner...
Le trailer -
Le dossier de presse

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sortie dvd : riding alone

Riding Alone, Pour un Fils de Zhang Yimou
Editeur : GCTHV
Prix conseillé : 19,99€

Les sorties de films chinois sur le territoire français sont assez rares et lorsqu'une oeuvre pointe le bout de son nez, chinacinema.fr se fera une joie de vous le dire.

Voici donc l'avant dernier Zhang Yimou, Riding Alone (le dernier étant The Curse of Golden Flower) dont le synopsis est le suivant:
"Alors que son fils Kenichi est mourant et qu'il refuse de le voir, son père, va parcourir des milliers de kilomètres et tout mettre en oeuvre pour exaucer le rêve de ce dernier..."

Le plus connu des cinéastes chinois s'offre une pause sociale entre deux gros blockbusters vides de sens.

Nous en reparlerons prochainement...

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mardi 16 janvier 2007

Festival itinérant de cinéma chinois à Blois

C'est une première en France, un festival itinérant de cinéma chinois qui sillonnera la ville de Blois et ses environs.

Du 27 Janvier ou 6 Février 2007 à Blois, ce festival présentera des oeuvres encore inédites en France, mais surtout fait preuve d'une excellente programmation qu'on n'avait pas encore vu dans d'autres festivals de films chinois, notamment des grandes villes.


Au programme notamment tout au long du festival, Le Paon de Gu Changwei (2004) , maître d'oeuvre de l'image pour les films de Zhang Yimou avec Zhang Jingchu, la nouvelle coqueluche du cinéma chinois; La Divine de Wu Yonggang (1934) avec la sublime, que dis-je l'éblouissante Ruan Lingyu, reine du cinéma muet chinois.

Il y aura de plus la présence de Zhang Yang, réalisateur de Shower le 27 janvier pour l'ouverture du festival et bien sûr l'excellente Luisa Prudentino (voir entretien) pour une conférence sur le cinéma chinois le 02 février à 20h30.
Bref que du bon !

Pour plus d'informations voici le programme et le dossier de presse

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Dazzling (花眼)

Dazzling de Lee Xin, 2002
Avec Wu Lala, Mei Ting, Xu Jinglei


Wu Gang,
un homme employé dans un cinéma regarde les spectateurs de sa salle obscure et imagine leurs vies amoureuses. Le soir dans un bar, il rencontre une femme et se donnent rendez vous dans un parc…Trouvera t’il lui aussi l’amour ? …

Lee (ou Li) Xin (李欣) réalise avec Dazzling (花眼) une véritable expérience cinématographique sur le traitement de l’image. Néanmoins elle ne parvient pas parfaitement à la juxtaposer à son scénario, donnant à ce long métrage hybride une superbe imagerie pour une insatisfaction narrative.Tout commence par un employé de cinéma, dont le travail consiste à valider les tickets d’entrées et à trouver des places aux spectateurs lorsque la salle est comble.

Lorsqu’il était enfant, il regarda trop longtemps le soleil et cela diminua son acuité visuelle, brûlant sa rétine.
Depuis, il a toujours cru que le ciel observait ce que les hommes faisaient. Des anges seraient même les spectateurs de nos vies humaines…

Il observe dans sa salle de cinéma les spectateurs les yeux rivés sur l’écran, pour imaginer leurs vies sentimentales, leurs rencontres amoureuses et leurs vies futures. En s’éternisant sur trois spectateurs, il semble capable de lire dans leurs yeux leurs traits de caractères, leurs envies mais aussi leurs qualités et leurs défauts. Pensant, telle une fiction, la vie que chacun pourrait avoir, il commence à perdre les repères de sa propre vie. Pour lui, chaque spectateur a une relation amoureuse singulière. L’un est amouraché à une femme, laquelle ne veut pas se marier avec lui, l’autre a, au contraire, toutes les difficultés à séduire une fille de son université, enfin une femme n’a pas encore trouvé son idéal amoureux, mais part à l’aventure dans une forêt…
Dans le même temps, Wu Gang fait la rencontre d’une femme assez particulière dans un bar concert. Les deux tourtereaux se donnent rendez vous dans un parc mais elle ne vient pas.

Il reste alors dans cet espace vert afin de à penser à tous ces amours imaginaires et à ses propres sentiments….

En voilà un film d’auteur chinois innovant et singulier !
Dazzling a tout pour plaire aux amateurs de films expérimentaux et psychologiques bénéficiant d’une mise en image soignée et esthétique. Il est difficile de faire le portrait de ce long métrage tant sa complexité narrative, scénaristique et son visuel inventif, voir fantasmagorique fournissent un ensemble assurément cossu et fouillie.
En effet Dazzling ou « Eblouissant » si l’on traduit du chinois, est incroyablement dense mais ne possède pas à son actif, une trame ou une ligne de conduite satisfaisante pour supporter un tel poids narratif. L’esthétisme apporté par la réalisatrice est simplement époustouflant. On passe par de longs plans séquences, des interludes en forme de story-board, des scènes furieuses sous ecstasy. Les soins donnés aux décors et aux personnages sont parfaitement en adéquation avec les techniques utilisées.
On y trouve un cinéma obscur, des anges éphémères, des premiers rôles atypiques, des lieux superbes… : bref, nos rétines sont subjugués par tant de folies et de beautés.Mais une ombre pointe dans toutes ces lumières élogieuses. En effet, le développement aurait été nettement plus efficace et compréhensible si Lee Xin avait adopté dès le départ des idées biens plus concises sur son développement au lieu d’en faire volontairement un épais brouillard entre l’imaginaire de l’employé de cinéma et la réalité découlant de celle-ci. On baigne donc parfois dans une courte incompréhension où l’on rame sérieusement pour recoller au présent des faits.

Le plus intéressant réside tout de même dans la création d’un propre univers au film. Tant d’éléments particuliers ne sont identifiables qu’à Dazzling: de vrais moments amplis de lyrisme venant à point nommé dans ce long métrage caractérisé par la présence des anges et de leurs visions monochrome.

La prestance des acteurs est carrément relayée au second plan, comme gommée par la réalisatrice. Il y a tout de même Xu Jinglei (徐静蕾) ; déjà présente dans Spring Subway qui campe le rôle d’une randonneuse partant dans les bois à la recherche de l’âme sœur. Sa présence, faite de silence et de nonchalance change de ses performances habituelles. Les autres acteurs comme Wu Lala sont loin d’être remarquables et remarqués, si ce n’est les deux anges, deux comédiens souvent présent dans de nombreux films exécrables, qui ici sans prononcer un seul mot, imposent leur étrange présence.

Ce long métrage se
laisse bercer dans une belle musique planante, transcendante, tels les bandes originales composées par le taiwanais Lim Giong (mise en place par Wu Lala avec des compositions de Dou Wei et Xiao Min). Une ambiance en parfaite osmose avec le long métrage.

Ainsi Dazzling est une œuvre loin du conformisme habituel, basé sur l’imaginaire d’une personne et de ses questions sur l’Amour. D’un esthétisme rare, on se demande même si Lee Xin n’en fait pas trop. Heureusement ce trop plein compense son manque de rigueur dans le scénario, avec des phases complexes, trop rapidement assimilées par un spectateur déjà ébahit par les images.

A la fin de la projection, on en arrive à une conclusion :
Quoiqu’il en est sur la complexité du film, l’expérience Dazzling se doit d’être vécu.

Damien Paccellieri

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lundi 15 janvier 2007

La Chine, terre promise du cinéma (L'expansion)

Le magazine l'Expansion avait concocté en mi-2006 un excellent article sur le cinéma chinois que vous pouvez retrouver ici au format pdf. L'auteur de ce dossier est Géraldine Meignan.


La Chine: terre promise du cinéma


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dimanche 14 janvier 2007

Le cinéma chinois au festival de vesoul 2007

Le cinéma chinois sera à l'honneur pour le Festival des Cinémas d'Asie de Vesoul 2007 du 13 au 20 Février.
Un hommage à Wu Tianming (吴天明) est prévu avec une retrospective des films suivants:

Life - Inédit
Le vieux puits - Inédit
La rivière sauvage
Le roi des masques
CEO – Première française

L'affaire du Canon noir de Huang Jianxin (producteur)
Le voleur de chevaux de Tian Zhuanzhuang (producteur)
Le sorgho rouge de Zhang Yimou (producteur)


Le cinéaste sera présent au festival ainsi que Xie Fei (谢飞), autre grand nom du cinéma chinois qui présidera le Jury international.

Pour plus d'informations : le site du festival

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ENTRETIENS

Bienvenue dans l'antre des entretiens et des interview du site avec les différents acteurs de la vie cinématographique chinoise, taiwanaise et hongkongaise. Ces moments de partage sont classés par ordre chronologique.

Guo Xiaolu : l'artiste du village - 2008
Wang Xiaoshuai : sa famille chinoise - 2008
Liu Ye : sang pour sang - 2008

Wu Tianming : la voie de la raison - 2007
Xie Fei : en route vers la reconstruction - 2007
Hou Hsiao-hsien : regard taiwanais - 2006
Mylène Jampanoï : désirs d'actrice - 2006
Zhang Lu : entre la Chine et la Corée - 2006
Luisa Prudentino : le cinéma chinois - 2006

Publié par damien à 12:27 et 4 commentaire(s)

FILMS

Vous trouverez ci-dessous par région cinématographique (Chine, Hong Kong et Taiwan) et par ordre alphabétique, l'index des films chroniqués sur ce site. A noter la présence de deux sections supplémentaires, à savoir les reportages/documentaires ainsi que les longs métrages d'influence chinoise réalisé par des pays étrangers...

Chine continentale


22 YUANS (22 元 - court métrage) de Du Jie - 2001
ABOUT LOVE (关于爱) de Zhang Yibai (张一白), Ten Shimoyama, Yee Chin-yen (易智言) - 2005
ADDRESS UNKNOWN (court métrage) de Guo Xiaolu - 2006
ANAYI (阿娜依) de Chou Chou (丑丑) - 2006
A TIME TO LOVE (情人结) de Huo Jianqi (霍建起) - 2005
A WARM WINTER (暖冬) de Wu Tiange (吴天戈) -2003
BALZAC ET LA PETITE TAILLEUSE CHINOISE (巴尔扎克和小裁缝) de Dai Sijie (戴思杰) - 2002
BAOBER IN LOVE (恋爱中的宝贝) de Li Shaohong (李少红) - 2004
BEFORE BORN (结果) de Zhang Ming (章明)- 2005
BEIJING BICYCLE (十七岁的单车) de Wang Xiaoshuai (王小帅) - 2001
BLIND SHAFT (盲井) de Li Yang (李杨) - 2003
BLISS (浮生) de Sheng Zhimin (盛志民) - 2006
CALL FOR LOVE (爱情呼叫转移) de Zhang Jianya (张建亚) - 2007
CEO (首席执行官) de Wu Tianming (吴天明) - 2002
CHICKEN POETS (像鸡毛一样飞) de Meng Jinghui (孟京辉) - 2002
CHINE MA DOULEUR (牛棚) de Dai Sijie (戴思杰) - 1989
CODE NAME : COUGAR (代号美洲豹) de Zhang Yimou (张艺谋) - 1989
COUNTRY TEACHERS (凤凰琴) de He Qun (何群) - 1993
CRAZY STONE (疯狂的石头) de Ning Hao (宁浩)- 2006
DAZZLING (花眼) de Lee Xin (李欣) - 2002
DAM STREET (红颜) de Li Yu (李玉)- 2005
DESERT DREAM (边界) de Zhang Lu (张律) - 2006
DIX MILLE FOYERS DE LUMIERE (万家灯火) de Shen Fu (沈浮) - 1948
ELEVEN (court métrage) de Zhang Lu (张律)- 2001
EPOUSES ET CONCUBINES (大红灯笼高高挂) de Zhang Yimou (张艺谋) - 1991
GENICA (court métrage) de Chen Zhi-heng - 1997
GETTING HOME (落叶归根) de Zhang Yang (张杨)- 2007
GO HOME (生旦净末) de Li Chengsheng (李晨声) - 2002
GRAIN IN EAR (芒种) de Zhang Lu (张律) - 2005
GREEN TEA (绿茶)de Zhang Yuan (张元) - 2003
HAPPY TIMES (幸福时光) de Zhang Yimou (张艺谋) - 2001
HERO (英雄) de Zhang Yimou (张艺谋)- 2002
HOT SUMMER (court métrage) de Du Jie - 2001
HOW IS YOUR FISH TODAY ? (今天的鱼怎么样?) de Guo Xiaolu (郭小橹) - 2006
IN SHANGHAI (court métrage) de Lou Ye (娄烨) - 2001
JOUR ET NUIT (日日夜夜) de Wang Chao (王超) - 2004
KE KE XI LI (可可西里) de Lu Chuan (陆川) - 2005
L'AFFAIRE DU CANON NOIR (黑炮事件) de Huang Jianxin (黄建新) - 1985
L'ENFANT AU VIOLON (和你在一起) de Chen Kaige (陈凯歌) - 2002
L'ORPHELIN D'ANYANG (安阳婴儿) de Wang Chao (王超) - 2001

LA CITE INTERDITE (满城尽带黄金甲) de Zhang Yimou (张艺谋) - 2006
LA DIVINE (神女) de Wu Yonggang (吴永刚) - 1934
LA MOME XIAO (血蝉) de Peng Tao (彭韬) - 2007

LA MONTRE (表) de Huang Zuolin (黄佐临) - 1949
LA RIVIERE SANS BALISES (没有航标的河流) de Wu Tianming (吴天明) - 1984
LES LARMES DE MADAME WANG (哭泣的女人
) de Liu Bingjian (刘冰鉴) - 2002
LE ROI DES MASQUES (变脸) de Wu Tianming (吴天明) - 1996
LE SECRET DES POIGNARDS VOLANTS (十面埋伏) de Zhang Yimou (张艺谋) - 2004

LES DEMONS A MA PORTE (鬼子来了) de Jiang Wen (姜文) - 2000

LES FILLES DU BOTANISTE (植物园) de Dai Sijie (戴思杰)- 2005
LES LARMES DU YANGZI (一江春水向东流) de Cai Chuscheng (蔡楚生) & Zheng Junli (郑君里) - 1947
MA WU JIA (马乌甲) de Zhao Ye (赵晔) - 2007
ONE SUMMER WITH YOU de Dong Xie - 2005
PAS UN DE MOINS (一个都不能少) de Zhang Yimou (张艺谋) - 1999
PERPETUAL MOTION (无穷动) de Ning Ying (宁瀛) - 2005
POSTMEN IN THE MOUNTAINS
(那山、那人、那狗) de Huo Jianqi (霍建起) - 1999
PRINTEMPS DANS UNE PETITE VILLE (小城之春) de Fei Mu (费穆) - 1948
PURPLE SUNSET (紫日) de Feng Xiaoning (冯小宁) - 2001
RIDING ALONE (千里走单骑) de Zhang Yimou (张艺谋)
- 2005
RONDE DE FLICS A PEKIN (民警故事) de Ning Ying
(宁瀛) - 1995
SAN MAO, LE VAGABOND (三毛流浪记) de Yang Gong (严恭) et Zhao Ming (赵明) - 1949
SHANGHAI D'HIER, SHANGHAI D'AUJOURD'HUI (新旧上海) de Cheng Bugao (程步高) - 1936
SHANGHAI DREAMS (青红) de Wang Xiaoshuai (王小帅) - 2004
SHANGHAI TRIAD (摇啊摇,摇到外婆桥) de Zhang Yimou (张艺谋)
- 1995
SHOWER (洗澡) de Zhang Yang (张杨) - 1999
SPRING SUBWAY (开往春天的地铁) de Zhang Yibai (张一白)
- 2002
STILL LIFE (三峡好人) de Jia Zhang-ke (贾樟柯) - 2006
SUN PLANT (太阳花 - moyen métrage) de Zhang Yang (张杨) - 2006
SUNRISE SUNSET (日出日落) de Teng Wenji (滕文骥) - 2005
SUZHOU RIVER (苏州河) de Lou Ye (娄烨) - 2000
THE BANQUET (夜宴) de Feng Xiaogang (冯小刚) - 2006
THE MISSING GUN (寻枪) de Lu Chuan (陆川) - 2002
THE OLD BARBER (剃头匠) de Hasichaolu (哈斯朝鲁) - 2006
THE RED AWN (红色康拜因) de Cai Shangjun (蔡尚君) - 2007
THE ROAD HOME (我的父亲母亲) de Zhang Yimou (张艺谋) - 2000
THE SILENT HOLY STONE (静静的嘛呢石) de Wanma Caidan (万玛才旦) - 2005
THE WORLD (世界) de Jia Zhang-ke (贾樟柯) - 2004
UN PERE A PEKIN (看车人的七月) de An Zhanjun (安战军) - 2004
UN TAXI A PEKIN (夏日暖洋洋) de Ning Ying (宁瀛) - 2001
UNE FAMILLE CHINOISE
(左右) de Wang Xiaoshuai (王小帅) - 2007
VOITURE DE LUXE (江城夏日) de Wang Chao
(王超) - 2006
WU JI (无极) de Chen Kaige (陈凯歌) - 2005
XIU XIU de Joan Chen (陈冲) - 1997
YOU AND ME (我们俩) de Ma Liwen (马俪文) - 2006
ZHOU YU'S TRAIN (周渔的火车) de Sun Zhou (孙周) - 2002

Hong Kong

BLOOD BROTHERS (天堂口) d'Alexi Tan (陈奕利) - 2007
BUTTERFLY (蝴蝶) de Yan-yan Mak (麦婉欣) - 2004
CHUNGKING EXPRESS (重庆森林) de Wong Kar-wai (王家卫) - 1994
DURIAN DURIAN (榴梿飘飘) de Fruit Chan (陈果)- 2000
EVERLASTING REGRET (长恨歌) de Stanley Kwan (关锦鹏) - 2005
IN THE MOOD FOR LOVE (花样年华)de Wong Kar-wai (王家卫) - 2000
JADE GODDESS OF MERCY (玉观音) de Ann Hui (许鞍华)- 2003
LA MAIN (moyen métrage) de Wong Kar-wai (王家卫) - 2005
LE CHANT DE L'EXIL (客途秋恨) de Ann Hui (许鞍华)- 1990
LE FESTIN CHINOIS (金玉满堂) de Tsui Hark (徐克) - 1995
LE MAITRE D'ARMES
(霍元甲) de Ronny Yu (于仁泰) -2005
LE ROI SINGE (大话西游之 1) 月光宝盒 2) 大圣娶亲) de Jeff Lau (刘镇伟) - 1997
LES ANGES DECHUS (堕落天使) de Wong Kar-wai (王家卫)- 1995
LES CENDRES DU TEMPS (东邪西毒) de Wong Kar-wai (王家卫)- 1994
LES SEIGNEURS DE LA GUERRE (投名状) de Peter Chan (陈可辛) - 2007
LITTLE CHEUNG (细路祥) de Fruit Chan (陈果) - 1999
LOVE WILL TEAR US APPART (天上人间) de Yu Lik-wai (余力为) - 1999
MADE IN HONG KONG (香港制造) de Fruit Chan (陈果) - 1997
MING MING (明明) de Susie Ho (区雪儿) - 2005
NOUVELLE CUISINE (饺子) de Fruit Chan (陈果) - 2004
SHANGHAI BLUES (上海之夜)de Tsui Hark (徐克) - 1984
THE FLOATING LANDSCAPE (恋之风景) de Carol Lai (黎妙雪) - 2003

Taiwan

20 30 40 de Sylvia Chang (张艾嘉) - 2004
AH FEI (油麻菜籽) de Wan Jen (万仁) - 1983

BETTER THAN SEX (爱情灵药) de Su Chao-pin (苏照彬) - 2001
BLUE GATE CROSSING (蓝色大门) de Yee Chin-yen (易智言) - 2002
EAT DRINK MAN WOMAN (饮食男女) d' Ang Lee (李安) - 1994
ET LA BAS QUELLE HEURE EST IL ? (你那边几点) de Tsai Ming-liang (蔡明亮)- 2001
GOODBYE DRAGON INN (不散) de Tsai Ming-liang (蔡明亮)- 2003
GOOD MEN GOOD WOMEN (好男好女) de Hou Hsiao-hsien (侯孝贤) - 1995
LES GARCONS DE FENGKUEI (风柜来的人) de Hou Hsiao-hsien (侯孝贤) - 1983
LOVE AT 7-11 (7-11之恋) de Teng Yung-shing (邓勇星) - 2002
POUSSIERE DANS LE VENT (恋恋风尘) de Hou Hsiao-hsien (侯孝贤) - 1985
TAIPEI STORY (青梅竹马) d'Edward Yang (杨德昌)- 1985
THE PASSAGE (经过) de Cheng Wen-tang (郑文堂) - 2004
THE SECRET IN THE WIND (风中的秘密 - court métrage) de Wang Yen-ni (王嬿妮) - 2006
THE SHOE FAIRY (人鱼朵朵) de Robin Lee (李芸婵) - 2005
THE SKYWALK IS GONE (天桥不见了 - moyen métrage) de Tsai Ming-liang (蔡明亮)- 2002
TIGRE ET DRAGON (卧虎藏龙) d'Ang Lee (李安)- 2000
TWENTY SOMETHING TAIPEI (台北晚九朝五) de Leon Dai
(戴立忍) - 2002
SWEET DEGENERATION (放浪) de Lin Cheng-sheng (林正盛) - 1997
UNE ROMANCE (烟雨红颜) de Liu Te-kai (刘德凯) - 2002
VIVE L'AMOUR (爱情万岁) de Tsai Ming-liang (蔡明亮)- 1994

Films sino-américains, européens d'influences chinoises....

A GREAT WALL de Peter Wang - 1985
FEIZHOU LAOWEI (court métrage) de Joseph Kumbela - 1998
LE CLUB DE LA CHANCE de Wayne Wang - 1993
LE DERNIER EMPEREUR de Bernardo Bertolucci - 1987

Documentaires, reportages...

A L'INTERIEUR DU CINEMA CHINOIS de Stéphane Bergouhioux et Jean-Marie Nizan - 2008
DONG (东) de Jia Zhang-ke (贾樟柯) - 2006
INUTILE (无用) de Jia Zhang-ke (贾樟柯) -2007
MADE IN CHINA de Jean Yves Cauchard - 2006
THE CONCRETE REVOLUTION de Guo Xiaolu (郭小橹) - 2004



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Spring Subway (开往春天的地铁)

Spring Subway de Zhang Yibai, 2002
Avec Xu Jinglei, Geng Le, Zhang Yang, Fan Wei

Réalisé par Zhang Yibai (张一白), Spring Subway a été récompensé aux Flowers Award (Chine) pour le prix de la meilleure actrice accordé à Xu Jinglei (徐静蕾).
Le long métrage dévoile les affres d’un couple au bord de la rupture pour cause d’usure. Jian Bin ne travaille plus et cache son inactivité à sa femme faisant mine d’aller au travail tous les matins. Chaque jour il met sa cravate, sa chemise, son costume et ses chaussures direction le métro. Mais il reste au sein de celui-ci et de ses couloirs escarpés pendant des heures pensant à d’inimaginables scénarii s’il disait la vérité à sa femme. Au premier abord, sa compagne, Xiao Hui, ne se doute de rien mais les problèmes d’argent les rattrapent. Elle sait alors son couple en péril.

Au début des sept années de mariage, elle vivait l’amour pleine d’espoir, d’ambition et de projets. Mais pluq le temps passait et plus les moments de lassitude se sont installés.


Comment lutter contre un mal qui frappe même le plus solide des amours ?
Pour ne pas plonger comme son mari dans le pessimisme et la tristesse, elle sort, se projette qu’elle peut encore donner une force salvatrice à leurs sentiments.

Mais elle aussi a un secret : elle rencontre inopinément depuis peu de temps un garçon gentil, affectueux, responsable d’un bar. En sa compagnie, elle est ivre de quiétudes et savoure chaques instants de ces moments éphémères. Pendant ce temps, son mari passe le plus clair de ses journées dans un métro débordant de sentiments alors qu'il s'en vide peu à peu. Il s’éloigne de sa femme et malgré son amour, se sent partagé entre son mensonge et le peu d’honneur qu'il lui reste.
Il fait alors la rencontre d’une femme victime d’un incendie, sérieusement blessé au visage et lui aussi reprend courage en sa présence.

Autant le dire d’entrée : Spring Subway est une perle du nouveau cinéma chinois. On pensait que Wong Kar-wai était le seul à pouvoir magnifier l’amour et sa lassitude. C’est chose fausse et prouvée par ce long métrage s’inscrivant comme l’un des plus beaux films asiatiques sur le couple, l’amour devenant absence et l’absence devenant le lien du renouvellement.
Rares sont les films qui se laissent aussi facilement approcher par les sentiments. Là où le réalisateur de 2046 fait preuve de mégalomanie en essayant toujours d’épater le spectateur par une surenchère visuelle, Zhang Yibai réussit volontairement à ne pas s’éloigner de la réalité et de la sobriété. La photographie tout aussi somptueuse que celle d’un Hou Hsiao Hsien, transpire de beauté et devient un fabuleux écrin pour le couple et ses difficultés sentimentales.

Tous les amoureux se son
t déjà posés ces questions : Que devient l’amour après tant d’années ? La passion de l’un pour l’autre perd elle de sa superbe au fil des ans ? Spring Subway y répond intelligemment en proposant un brillant développement scénaristique. Même s’il peut paraître un peu lourd et lassant comme le fort intérieur de ce couple, ce n’est que pour mieux ressentir la fêlure des deux amoureux. Chacun reprend sa vitalité sentimentale en côtoyant d’autres individus.

Un recul pour mieux maîtriser ses sentiments ?
Certainement, mais le danger de tomber dans les bras d’un autre en devient plus grand.
Reste les sentiments : assurément le mot résumant de ce long métrage. Qu’il soit sur les visages, dans le cœur, ou sur le corps, leurs silences sont absences et vice versa. Servit par une superbe imagerie comme l’appartement et sa baignoire, le métro et son ambiance, l’hôpital et son espace, le bar et ses souvenirs…ces lieux aussi magnifique qu’ils soient, sont associés à des références physiques auxquels le spectateur s’agrippe pour mieux comprendre le film.

L’ambiance et le peu de musique sont aussi des éléments fédérateurs : elles apportent leurs sensibilités et pallient le manque cruel de communication entre les deux âmes en mal d’affection.
Zhang Yibai se permet même d’interpeller directement le spectateur par des acteurs s'adressant directement à la caméra. Ce procédé évite d’intercaler des phases de transitions indigestes et de comprendre la pensée de chacun.Si l’on compte encore la magnifique interprétation de Xu Jinglei, jeune actrice en devenir en parfaite plénitude de joie et de tristesse, et celle de son mari, Geng Le tout aussi brillant et juste, on en arrive à un point culminant où seul l'illustre Wong Kar-wai avait réussit à nous enmener.

Spring Subway est donc une grande surprise dans le renouveau de la cinématographie chinois
e, appelé plus communément la nouvelle vague.
Une réflexion essentielle sur le couple, une excellente mise en scène, une imagerie renversante et des acteurs solaires.
Coup de cœur, Spring Subway est définitivement un film à se procurer d’urgence : une œuvre déterminante pour les nouveaux réalisateurs de la Chine continentale.

Damien Paccellieri

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samedi 13 janvier 2007

Entretien avec Luisa Prudentino

Entretien fleuve avec Luisa Prudentino sur le cinéma chinois

Pour présenter Luisa Prudentino je pourrais très bien employer la version officielle :
Après une thèse sur le cinéma chinois des années trente, Luisa Prudentino se passionne pour le travail des jeunes réalisateurs qui révolutionnent le 7eme art. Considérée comme l’une des meilleures spécialistes sur le sujet, elle partage son temps entre ses activités de consultante et l’organisation de festivals, de colloques sur le cinéma en Chine.
Mais la rencontrer est ce qu’il y a de plus juste. Auteur du livre sur le cinéma chinois Le Regard des Ombres, sa gentillesse, son ouverture d’esprit, sa connaissance sur ce cinéma et son charmant accent des Pouilles en font une lumière indispensable à tout cinéphile. Suivez le guide…


REGARD SUR LE PASSÉ ET SUR LA RECONNAISSANCE DU CINEMA CHINOIS


Aujourd’hui on parle très peu de ce cinéma chinois des années 30, voir même d’avant la révolution culturelle. Pourtant on a parlé longtemps du cinéma japonais et de ses grands cinéastes comme Ozu ou Mizoguchi. Qu’est ce qui fait qu’en France et en Europe, les cinéphiles ont complètement occulté cette période du cinéma chinois ?

Vous avez raison et c’est vraiment dommage. Je pense et crois en plusieurs choses : tout d’abord le cinéma chinois a eu de nombreuses difficultés, notamment la difficulté même de mettre son cinéma en valeur notamment dans diffusion des œuvres cinématographiques. Il faut dire que le cinéma chinois revient de loin. Il a faillit disparaître tant de fois, en particulier avec la période de la révolution culturelle qui je pense a changé le destin de ce cinéma. Pendant dix ans, de 1966 à 1976, l’industrie cinématographique chinoise a cessé d’exister. Cela tue le cinéma d'un pays, et le temps de remettre en place tout un système qui a été laissé à l’abandon à jouer un rôle dans le retard dan la reconnaissance du cinéma chinois.
Au jour d’aujourd’hui il y a tout de même des initiatives pour faire connaître ce cinéma comme celle de la Cinémathèque Française donnant à voir de nombreux long métrages des années 30. Mais il est vrai que ce cinéma reste encore très méconnu par rapport au cinéma japonais ou américain de ces mêmes années.
C’est donc vraiment une question de retard. En même temps si l’on regarde de près, la brèche d’intérêt pour le cinéma chinois s’est vraiment ouverte et de nombreux cinéphiles s’intéressent de plus en plus au cinéma d’auteur chinois, peut être plus fort que pour le cinéma d’auteur japonais. Pour le cinéma nippon, nous nous contentons en France du cinéma des grands réalisateurs et du cinéma d’animation.
On peut dire que la Chine est vraiment en train de rattraper son retard sur les autres cinématographies. Au moment où le cinéma chinois reprendra son retard, on découvrira d’avantages d’œuvres oubliées et notamment les films politiquement incorrects de l’époque.

Il est vrai que le cinéphile européen s’intéresse seulement à ce qu’on lui donne, c'est-à-dire quelques grands réalisateurs japonais actuels comme Kitano ou Miike et laisse de côté le cinéma d’auteur japonais. Le cinéma chinois est un peu dans le chemin contraire où l’on s’intéresse beaucoup aux cinéastes actuels et peu à ceux des premières années du cinéma.

Exact et j’espère que lorsque le cinéphile voit d’excellents films chinois contemporains, il aura envie d’en découvrir d’avantage en se plongeant dans des films plus anciens. En résumé plus on parlera de la cinématographie chinoise plus on stimulera le cinéphile à en savoir d’avantage. Forcément cela finira par payer et combler le retard.

Vous aviez dit un peu plus haut que le cinéma chinois de 1966 à 1976 était inexistant, y a-t-il eu quand même des œuvres, notamment de propagande ?

Oui, il y a eu des films pendant cette période et sont au nombre de huit : exclusivement des œuvres de propagande. C’était des films en forme d’opéra moderne qui prônait le culte de Mao. Cela a tenu les écrans chinois pendant presque 10 ans !
Aujourd’hui si l’on regarde de plus près ces œuvres, elles peuvent paraître très « kitsch » pour nous autres européens, avec des éléments invraisemblables. Mais ce sont quand même des films très intéressants et je vous le dit en avant première cela fera l’objet de mon prochain livre en collaboration avec d’autres auteurs sur le cinéma de propagande.
Ce qui est tout à fait remarquable c’est que même le cinéma de propagande à la chinoise a su gardé une notion artistique qui a certainement sauvé le cinéma continental. C’est aussi ce cinéma qui a permit de rebondir directement vers un autre cinéma chinois après sa chute. Les films allemands sur ce sujet restent totalement des films de propagande mais ces opéras chinois moderne, même si on ne peut pas dire que ce sont de superbes films, gardent un soucis artistique que l’on ne retrouve pas dans les films de propagande purs et durs d’autres pays. Je pense vraiment que ces films ont permis de ne pas amputer définitivement la cinématographie chinoise.

Après ce cinéma de propagande, qui ont été les bâtisseurs du renouveau chinois entre 1976 et 1982 ? On connaît tous l’excellente promotion de l’année 1982 formant la cinquième génération avec Zhang Yimou, Chen Kaige, Tian Zhuangzhuang… Mais on ignore les premiers véritables créateurs d’un cinéma post-révolution culturelle…

Je suis très contente que vous souleviez cette réflexion. En Europe on parle très peu de ces cinéastes bâtisseurs. On parle d’eux comme de la génération perdue. Qu’est ce qui s’est réellement passé ? C’est la fameuse quatrième génération, c'est-à-dire des gens qui ont été formé avant que l’académie du cinéma ne ferme pendant la période de la révolution culturelle. Ces gens là ont tout de suite reprit le flambeau après la fin de la révolution culturelle et ont profité de la nouvelle politique de libéralisation qui tomba au bon moment, permettant un nouveau départ.

Ces gens dont on parle peu ont fait de nombreux films qui ont été extrêmement intéressants. Je pense notamment au long métrage Le sourire d’un homme tourmenté de Yang Yanjin, un oeuvre extraordinaire. Mais il n’est pas le seul car le cinéaste Wu Tianming, que l’on considère comme le père de la cinquième génération et qui a fait venir au studio de Xi’an Chen Kaige et Huang Jianxin, était aussi un réalisateur d’exception. Avec ses amis de la quatrième génération il a reprit le meilleur du cinéma d’avant, tout en y ajoutant les souffrances liés à la révolution culturelle : l’échec de l’homme face au groupe. Il jeta ainsi les bases de la cinquième génération.
C’est grâce à eux qu’on a commencé en Chine à faire du cinéma sur l’homme et ses sentiments et non plus seulement sur l’homme social c'est-à-dire un homme au milieu d’un groupe. Avec l’échec de la révolution culturelle, de sa politique et de l’inutilité de l’individu, les metteurs en scènes se sont intéressés à ce que l’homme ressentait et non pas à ce qu’il représentait. C’est donc une période de transition mais aussi d’innovation puisque ces cinéastes ont vraiment tout essayé.


Du côté du contenu c’était assez nouveau car il n’y avait plus d’idéologie, on s’intéressait au particularisme et plus du tout à la collectivité. En même temps du point de vue de la forme, on employait de nouvelles technologies pour exprimer les états d’âmes de l’individu. C’est vraiment cette génération qui a assuré une certaine pérennité à la cinquième et a établit un travail formidable et difficile. Lorsqu’ils auraient pu se faire connaître d’avantage une nouvelle vague de réalisateurs a fait son apparition…

Pourquoi la quatrième génération a disparu aussi prématurément ?

C’est un peu la loi de l’élève qui dépasse le maître, l’apparition des Chen Kaige, Zhang Yimou qui ont réussit à leurs débuts d’excellents films, ont réalisé l'exploit de se faire connaître du monde entier. Ces deux cinéastes ont lancé si fort le cinéma chinois sur la place internationale que nous n’avons plus entendu parler des précédents réalisateurs.

Certes, mais pourquoi avoir distingué la quatrième génération de la cinquième génération puisque le travail de cette dernière est dans la continuité de la quatrième ? Ils défendent à peu de choses près les mêmes valeurs des sentiments de l’individu…

Tout à fait, vous pointez le doigt sur le problème des classifications de générations. En Europe nous avons classé les réalisateurs chinois par génération plus pour s’y retrouver que pour autre chose. D’ailleurs entre nous, sinologue et expert du cinéma chinois, on a du mal à se mettre d’accord sur le terme même de génération.
Est-ce qu’on doit entendre des périodes chronologiques ? Est-ce qu’on doit plutôt entendre une synthèse de même idées cinématographiques ? Est-ce finalement pas un peu des deux ?
On l’a fait pour pouvoir les classer, les identifier. Mais les chinois eux-mêmes n’ont jamais procédé à ces distinctions générationnelles, ils le font aujourd’hui parce que nous l’avons fait en amont. Les jeunes cinéastes chinois parlent eux aussi de cinquième ou sixième génération par influence mais autrement dans la population chinoise ces termes ne sont jamais évoqués.
Donc Chen Kaige et Zhang Yimou sont les représentants de la cinquième génération, qui ont profité de suite de la réouverture de l’Académie de cinéma de Pékin en 1978. En fait dans leurs styles, ils reprennent ce que leurs prédécesseurs avaient réalisé. Cela ont été vu comme des chefs d’œuvres, et ne volent pas leurs titres puisque meilleur d’un point de vue qualitatif que ceux de la quatrième génération. On peut préférer certes un film des débuts de Chen Kaige que ceux de la quatrième génération, mais il ne faut pas se voiler la face : certaines œuvres de la quatrième comme Le sourire d’un homme tourmenté font jeu égal avec Terre Jaune.

A titre d'information, existe-t-il des documentaires sur la période de la quatrième génération, sur la création du renouveau du cinéma chinois ? Qu’il soit asiatique ou non ? Ou subsiste ils juste des souvenirs personnels des différents acteurs de l’époque ?

Il n’existe pas de documentaires filmés à ma connaissance sur cette période du cinéma chinois.
Par contre ce qui est intéressant c’est que de nombreux ouvrages vont paraître de professeur de l’école de cinéma de Pékin avec de nombreux témoignages. Il y aura donc un énorme intérêt à les découvrir et seront certainement mis à disposition du public dans un futur proche.


LE CINEMA CHINOIS : AUJOURD'HUI


Si vous deviez faire un bilan de santé du cinéma chinois en 2006 et de ses évolutions en tant que sinologue et spécialiste …

Ce qui est intéressant par à rapport à mon livre, c’est que je constate deux choses :

1) je suis contente aujourd’hui car en Chine on est face à un carrefour idéologique entre le cinéma indépendant et le cinéma populaire officiel. Je ne crois pas, et je l’avais dit dans mon livre, ce qui a suscité de nombreux désaccords, dans le fait qu’il y ait des frontières aussi tangibles entre le cinéma officiel et indépendant.

Cependant attention, c’est vrai qu’il y a un cinéma officiel exécrable et pareil dans le cinéma indépendant.
Fin 2003 (NDLR : là ou Luisa Prudentino nous a laissé avec son livre), les cinéastes indépendants se posaient déjà la question : Est-ce un bien pour nous et pour notre cinéma indépendant de continuer sur la voie non officielle, à se priver de notre public naturel ?

Il y a eu des cinéastes en Chine qui ont décidé de se battre contre ce système de censure. La réflexion était « dans quelle mesure était il possible de l’intégrer sans perdre de ses idées indépendantes ? »

2) je vois aujourd’hui que le cinéma chinois est en train d’aller dans une bonne direction. Pour preuve, les deux chefs de files de la sixième génération de cinéaste chinois, c'est-à-dire Jia Zhang-ke et Wang Xiaoshuai ont fait leurs films The World et Shanghai Dreams dans un système officiel. Tout le monde se posait des questions si ils avaient été obligé de faire des concessions et moi je persiste à dire qu’ils ont signé là leurs meilleures œuvres (NDLR: propos établis avant la sortie de Still Life de Jia Zhang-ke).
Alors bien sûr, cela ne veut pas dire que tout d’un coup les règles de la censure se sont assouplies, que soudain le bureau des films est devenu un important partenaire des cinéastes indépendants. La censure en Chine existe toujours mais il y a eu un pas en avant. Tous les cinéastes de la profession ont compris qu’il fallait se battre pour une cause commune, pour sauver la cinématographie nationale car un nouvel ennemi les terassait dans les salles obscures et sur les marchés chinois : la concurrence étrangère, notamment américaine.
Il subsiste encore et toujours des films de "commande" qui véhicule certains messages, certaines valeurs mise en avant par le politique, mais à côté de cela il y a des œuvres magnifiques comme le dernier film de Ning Ying Mouvement Perpétuel qui sortira bientôt en Chine. Ning Ying qui rappelons-le a toujours combattue la censure sur place. Il y a donc de l’espoir, du concret.

On a pu déceler une période entre fin 2003 et début 2004 où l’on ressentait les effets de cette transition et de ces interrogations sur le devenir du cinéma chinois. Le cinéma indépendant souhaitait relever le défi sur sa sortie de l’ornière. Je peux vous dire aujourd’hui que je suis allé sur place en 2006 et entre ce court laps de temps j’ai vu une quantité de films extrêmement intéressant. Je ne vois presque plus si ils sont indépendants ou officiels. Le cinéma chinois est donc véritablement sur la bonne voie…

La censure est une arme à double tranchant : d’un côté elle marque la singularité du cinéma chinois et d’un autre côté elle crée les contraintes qu’on lui connaît. Est-ce qu’aujourd’hui cette censure s’adapte à l’évolution chinoise ou reste elle la barrière que tout cinéaste doit franchir ?

Il ne faut pas se leurrer, la censure existe toujours et avec elle son lot de difficultés. Regardez dans la société, les sites Internet sont verrouillés pour bloquer l’accès à certaines informations mettant à mal les politiciens, la presse elle aussi est limitée dans sa liberté d’expression.
C’est quelque chose qui ne va disparaître de si tôt si bien que le parti ne souhaite pas sa disparition car c’est un moyen unique de contrôle sur la population.
L’Etat chinois s’est vu devant de nouvelles difficultés : Avec Internet, comment tout contrôler ? Ce n’est pas possible. En même temps cette censure a développé une scène artistique qui a énormément de succès comme dans la littérature avec par exemple Les Bonbons chinois de Mian Mian. Les romans de ce type sont les plus lus en Chine et circulent quand même sous le nez de la censure. Avant vous ne pouviez pas les acheter dans les librairies et encore. Mais avec Internet…
La Chine est sur ce point très étrange. Un vieil adage dit « chaque chose est vrai et son contraire aussi ». On ne peut pas affirmer une chose en Chine car son contraire est vrai aussi. La vérité pure et dure comme nous la voyons nous occidentaux n’existe pas. Pour la censure c’est pareil, elle est omniprésente mais il y a toujours moyens de la contourner. De plus, il y a des manières officielles de manœuvrer à sa suppression au moins en ce qui concerne le cinéma. L’assouplissement est en voie de développement car auparavant elle était lourde et s’immisçait à toutes les étapes de l’élaboration d’un long métrage. Maintenant elle a tendance à être fixée à un moment donné. Laissons le temps au temps, les choses iront forcément dans le bon sens, mais pas de toute suite.

On peut poser une question parallèle à la précédente ; est ce que sans la censure, comme Jia Zhang-ke le souhaiterait lorsqu’il s’est exprimé pour votre livre, le cinéma chinois garderait son particularisme ? Est-ce que les contraintes n’étaient pas aussi une force ?

Comme tout comme pays, l’histoire nous apprend qu’à chaque fois qu’il y a eu des difficultés, des limitations, des atteintes à la liberté d’expression, il y a toujours eu une avant-garde de talents qui a su développer les meilleures idées artistiques existantes. Maintenant je veux dire aussi que la censure en général n’est pas une bonne chose. Cela peut être stimulant mais ce n’est pas pour le cinéaste une excellente condition de travail que d’avoir en permanence cette épée d’Hamoclès.
Alors le cinéma chinois va-t-il perdre sa particularité ? Oui il va perdre une de ces caractéristiques, car un jour la censure n’existera plus, dans un futur que j’estime très lointain. Mais ce que le cinéma chinois va perdre en singularité il va en liberté.

Pour les réalisateurs qui souhaitent passer cette censure, n’y a-t-il pas un risque qu'ils rendent des œuvres lisses même si les procédés techniques et l’imagerie peuvent passer des messages importants ? Par soucis de temps ou de facilité ou bien même de réaction de la censure, les cinéastes ne vont-ils pas s’auto-censurer ?

C’est déjà arrivé mais il y a eu aussi tout le contraire. Vous avez des cinéastes qui ont fait je ne pas combien d’aller retour au bureau de la censure pour se faire couper un morceau de pellicule. Ils en ont eu vraiment ras le bol et ont laissé tomber. Vous avez aussi des cinéastes qui se disent déjà que certaines scènes ne passeront pas le cap de la censure et vont de leur gré supprimer ces scènes.
Mais il y a d’autres cas. Un réalisateur qui souhaite développer une histoire d’une manière bien précise ne passera pas par la censure et préfèrera alors confectionner tout ceci par la voie de l’indépendance.
D’ailleurs c’est comme ça qu’est apparu finalement le cinéma indépendant.

Ils font tout de même appels à des capitaux étrangers… alors est ce que de ce côté sont ils finalement aussi libres qu’on pourrait le penser ?

En ce qui concerne l’appel aux capitaux étrangers, oui c’est une façon de faire. Mais au tout début ce sont la famille et les amis qui mettaient la main à la poche pour assumer le coût d’un long métrage. Maintenant avec les co-productions, y a t’il une influence ? Je pense certainement que oui, car il y a quand même des enjeux économiques, des enjeux d’images et d’argent sur les participations au festival. De plus dans la diffusion, la commercialisation, le cinéaste n’a pas vraiment son mot à dire. Mais le plus important, pour las cinéastes avec lesquels j’ai parlé c’est de rester maître sur son plateau de tournage. Bon, si un réalisateur a envie de parler d’un sujet et que ces co-producteurs ne souhaitent pas que ça le soit pour des raisons commerciales ou de partenariat avec la Chine, l’arrangement et les modifications sont alors vites entreprises. Ou alors vous faites comme Jia Zhang-ke et Wang Xiaoshuai et vous créez vos propres maisons de productions, encore faut il qu’elles soient viables financièrement.
De toutes façons les sociétés de production essayent au maximum d’œuvrer dans la liberté du réalisateur , car plus on laissera un cinéaste s’exprimer pleinement plus il aura de chance de réussir son film ce qui va dans le sens des intérêts des producteurs. Tout ça c’est aussi un sacré business…


LE REGARD DES OMBRES


Votre livre Le regard des ombres est une vraie mine d’informations sur le cinéma chinois contemporain mais c’est aussi une formule pédagogique qu’on a rarement l’occasion de lire, à la fois capable de toucher les néophytes et les spécialistes …

C’était un peu mon but de signer un livre à tendance pédagogique. Je ne voulais pas quelque chose comme ce qui avait déjà été fait puisqu’il existe déjà des œuvres très complètes mais très techniques comme celle de Régis Bergeron ou de la Cinémathèque Française. D’ailleurs quand je recherche un point précis je vais naturellement piocher dans ces œuvres mais celles ci ne permettent pas d’établir une passerelle entre les découvreurs et les initiés. C’est ce qui m’a poussé à écrire Le regard des ombres. Je voulais parler du cinéma chinois et notamment du nouveau cinéma chinois car le cinéphile français, mis à part Chen Kaige et Zhang Yimou, ne pouvait pas connaître par sa si faible diffusion le reste du cinéma chinois. J’ai donc en résumé décidé de faire en quelque sorte un mode d’emploi. J’espère que tout le monde y trouvera son compte.

Est-ce qu’entre la France et l’Italie il y a une grande différence sur passion pour le cinéma chinois, que ce soit par le public, par les différentes manifestations ou bien même la distribution ?

Au niveau des festivals entre les deux pays c’est à peu près pareil, il y a de nombreuses manifestation en Italie sur le cinéma asiatique et particulièrement chinois. Par contre là où il existe une réelle différence c’est dans la distribution des films chinois. La France est en avance comparé à l’Italie.
Vous avez plus de chance en parlant au public français de tomber sur des gens qui connaissent Jia Zhang-ke que pour le public italien. En Italie aucun film de Jia Zhang-ke n’est sortit en salle ce qui est quand même assez déplorable. D’ailleurs tout ce qui touche aux éditions DVD est aussi en avance en France. Au niveau du travail des universités et des spécialistes, des publications le niveau est a peu de chose près le même.

La France a un regard différent et je ne pense pas que les relations politiques comme L’année de la Chine en France ou bien même les échanges diplomatiques ont joué dans cette différence mais c’est plutôt le public et les efforts à le sensibiliser à d’autres cultures cinématographiques.


LA DIFFUSION DU CINEMA CHINOIS EN FRANCE


En France, l’édition dvd en terme de cinéma chinois est encore assez pauvre. Seuls quelques Chen Kaige, Jia Zhang-ke ou Zhang Yimou existent. Est-ce que le cinéma chinois n’est pas porteur commercialement ?
Le cinéma japonais l’est peut être plus car on voit ressortir des anciens films d’Imamura, Kobayashi…. Y’a-t-il alors une plus forte communauté attachés au œuvres japonaises que chinoises ? Est-ce vraiment inégalitaire ?

C’est vrai qu’il y a en France une forte disparité entre les sorties de dvd de films chinois et japonais. Malheureusement comme c’est un commerce, les éditeurs ne sont pas en proie à l’envie de découverte. Comme les anciens réalisateurs japonais sont plus reconnus médiatiquement, les droits des films vont être plus facilement achetés. Mais bon je vois malgré le manque d’effort, une certaine dynamique et on ne peut que souhaiter que cela se développe d’avantage. Maintenant pourquoi y a-t-il plus de dvd de film japonais ? Tout simplement parce que le cinéma japonais est plus populaire que le cinéma chinois.

On voit aussi certains films chinois édités en France qui n’ont pas forcément un énorme intérêt culturel alors que d’autres comme Terre Jaune se font attendre….
Il y a comme une carence dans le travail de fond car seul les films distribués dans les festivals français où l’on récupère les sous titres et le master auront peut être la chance de se retrouver en dvd…

Mais voilà, vous avez mis le doigt sur le problème. Il y a un manque d’intérêt pour le cinéma chinois dans le travail d’édition lié notamment au coût et c’est pour cela que certains prennent la solution de facilité en reprenant les films présentés aux festivals français. Cela comporte ainsi un moindre investissement.

Il manque un travail de fond, de découverte et notamment de prises de risques que je reproche au diffuseur. Si l’on prend des risques sur cette cinématographie, il y a quand même de quoi faire quelque chose. Bien entendu cela s’avéra peut être peu payant sur le départ mais au fil du temps cela portera es fruits car il y a quand même des œuvres superbes qui pourront toucher le public et qui commercialement trouveront acheteurs. Il faut montrer au public notamment par le biais des festivals que la Chine recèle d’excellentes œuvres.

On a parfois du mal à comprendre comment un film tel que Terre Jaune où les critiques sont unanimes pour le considérer comme un chef d’œuvre ne soit pas édités alors que c’est certainement un prise de risque moindre qu’un film chinois où les avis sont plus partagés…

Vous savez, parfois il y a une fracture entre le public et les critiques. Terre Jaune a exclusivement suscité de bonnes critiques par les professionnels du cinéma mais aussi par des revues spécialisées comme les Cahiers du Cinéma. Mais au niveau de la diffusion au public c’est là où les ennuis ont commencé parce que le public s’est retrouvé devant un film très spécial sans avoir été prévenu au préalable. Est-ce que ça vaut vraiment le coup de l’éditer ? Est-ce qu’il parlera à un certain public ? C’est là, la difficulté et il manque vraiment un travail de fond pour divulguer le plus possible le cinéma chinois au public. Par exemple je verrais très bien un diffuseur faire une petite collection consacrée au renouveau du cinéma chinois en les mettant dans le contexte de la découverte, de la popularisation du cinéma chinois grâce au festival. On parle de Zhang Yimou et Chen Kaige en ce moment pour leurs sorties de films, pourquoi ne pas faire un coffret regroupant leurs premières œuvres en disant : « voilà ces films sont leurs premières œuvres ». Bien sûr ces premiers films ne sont pas des films grands publics, mais sur le moment si vous faites un coffret il pourrait très bien marcher commercialement. D’une part il y a ceux qui disent que ce qu’ils font maintenant c’est de la soupe et vont s’intéresser aux œuvres antérieures, puis il y a ceux qui trouvent les œuvres actuelles excellentes et auront certainement envie de se plonger dans les anciennes œuvres pour mieux découvrir le travail de ces réalisateurs.
Alors bien sûr ces films plaisent ou ne plaisent pas mais le but de faire connaître, d’élargir le public vers ensuite d’autres films chinois seraient atteint.

Oui c’est vrai. On a en France par exemple Jean Pierre Dionnet avec sa collection Asian Star et ses films achetés on dirait parfois un peu au pile ou face, avec un dialogue commercial proclament chaque film comme une merveille fait qu’au bout du compte le succès qu’il escomptait n’est pas atteint. Je ne sais même pas si Jean Pierre Dionnet connaît véritablement l’œuvre de Chen Kaige pour rééditer L’empereur et l’Assassin

C’est vraiment dommage que certains diffuseurs ne s’intéressent pas plus au cinéma, car effectivement sortir un lot de films sans travail au préalable sur le public ça ne va forcément pas très bien marcher. Je peux comprendre le soucis commercial que les diffuseurs ont car bien entendu il y a certaine rentabilité à tenir et qu’un Titanic va certainement mieux se vendre qu’un Terre Jaune, ça c’est sur (rires), y a pas photo là dessus.

Mais je pense que même commercialement il y a quelques effets à créer sur le public. En reprenant l’exemple de Zhang Yimou vous sortez Qiu Ju + Ju Dou et vous avez déjà deux excellents films. Sur Terre Jaune il y a peut être plus de spécificités culturelles mais les deux films de Zhang Yimou sont accessibles et intéressants même pour un public néophyte. C’est pour ça qu’honnêtement il y je ne comprends pas : bon je vois mal un éditeur comme ça du jour au lendemain sortir Terre Jaune ; c’est vrai c’est un choix difficile. Mais dans le contexte d’une découverte, d’une sortie liée avec un autre film récent du même réalisateur et avec une bonne communication, ça marche !

Mais est ce que le matériel d’origine est encore exploitable ? Le gouvernement n’est il pas un frein supplémentaire ?

Bon sincèrement il n’y aura pas vraiment de problèmes techniques car le matériel est là mais c’est plutôt du côté administratif que ça se jouera. Vous savez que les éléments administratifs et étatiques avec les chinois vont toujours très lentement (rires). Enfin un point commun avec la France et l’Italie (rires). C’est vrai qu’au bout d’un moment les professionnels du cinéma peuvent se sentir démotiver par la lenteur et par les rébarbatives tâches administratives pour finalement se diriger sur des œuvres japonaises où l’ont sait que les tâches sont beaucoup plus rapides, qu’il n’y a pas de bureau de censure etc… Il faut vraiment savoir que parfois c’est comme ça que cela se passe.
Mais bon en même temps, honnêtement les autorités chinoises s’améliorent sur ces conditions de partenariats et si la volonté de diffuser certains films est forte ce n’est pas ça qui puisse empêcher les diffuseurs de le faire. En bref c’est la volonté qui manque…

Merci à Luisa Prudentino, 2006

Publié par damien à 18:00 et 0 commentaire(s)

Ouverture de chinacinema.fr

Bonjour à tous, cinéphiles et sinophiles,

Chinacinema.fr ouvre enfin ses portes et espère être le lieu de rencontre de tous les amoureux du cinéma chinois.
Cette cinématographie, déja séculaire (1905-2005), est loin d'être représentée à sa juste valeur dans la francophonie actuelle. Il n'y a qu'à voir les sorties dvds pour s'en apperçevoir (quid des éditeurs frileux ?). Cependant des évolutions notables se sont desinnées ces dernières années, car l'avènement de la Chine comme l'une des premières puissances économiques mondiale n'a pas été sans effets quant à la diffusion de sa culture. Et bien sûr, le cinéma en est certainement le plus bel écrin.
Ainsi, de Ruan Lingyu à Ning Hao, en passant par les incontournables chefs de file de la cinquième et sixième génération ou bien encore en abordant de nouvelles réflexions, Chinacinema.fr a bien l'intention, et avec ferveur, de jouer à la propagande d'un des plus beaux cinémas du monde !

Meilleurs voeux 2007,
Damien Paccellieri


Publié par damien à 11:54 et 1 commentaire(s)

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