mercredi 19 décembre 2007
Les Garcons de Fengkuei
Les Garçons de Fengkuei de Hou Hsiao-hsien, 1983Avec Niu Cheng-tse, Lin Hsiu-ling, To Tsung-hua
Fengkuei est un paisible village de pêcheurs des îles Penghu où vivent trois jeunes garçons persuadés d’être à la merci de la police et de jeunes voyous pour avoir mis à tabac un délinquant. Ils quittent alors leur île en bateau pour rejoindre la grande ville de Kaohsiung et décident d’y rester, travaillant en usine le jour, profitant de leur jeunesse la nuit.
Dans le cadre d’un hommage à Hou Hsiao-hsien au festival de Vesoul cuvée 2006, Les Garçons de Fengkuei est la première œuvre à être présenté et le quatrième long métrage du maître après trois premiers films alimentaires dont il a du mal à assumer la paternité.
Alors que l’un d’entre eux joue à un vulgaire jeu d’argent, une arnaque est au cœur d’une sauvage incartade où les trois amis blessent grièvement un des jeunes du village. La police du coin est immédiatement mise au courant et les familles ne tardent pas à découvrir le visage caché de leurs rejetons. Pour éviter de se faire massacrer par des amis de la victime qui ont déjà tenté de les prendre en traître et pour ne plus subir les regards déshonorés de leurs proches, les trois garçons décident de partir de leur village direction Kaohsiung l’une des plus grandes métropoles de Taiwan. Grâce à quelques connaissances amicales, ils obtiennent une petite chambre en ville.
Mais Kaohsiung leur étant encore inconnue, les trois camarades se décident à découvrir la gigantesque cité et plus particulièrement un cinéma qui s’y cache.
Manque de chance, ils ne trouvent pas la salle obscure tant désirée. De retour à leur chambre, des amis leur proposent de travailler dans une usine de produits made in Taiwan. Grâce à cette manne d’argent, les trois jeunes hommes, dont A-Ching peuvent enfin profiter des joies de la métropole. Seulement ce dernier, le plus talentueux des trois, tombe amoureux de son amie voisine et pense de plus en plus à sa famille…
Juste avant la cinquième génération de réalisateur chinois tel Chen Kaige ou Tian Zhuangzhuang, Hou Hsiao-hsien projette le cinéma asiatique avec Les Garçons de Fengkuei dans la modernité et s’installe dès lors comme un cinéaste contemporain.
Dans cette superbe description de la jeunesse taiwanaise, le cinéaste arbore des utilisations techniques comme les plans éloignés, les hors cadres ou une approche du temps réaliste (ses films ne tracent pas plusieurs mois ou années en
1 h 30, mais suivent une réelle évolution temporelle se rapprochant plutôt de l’idée que le temps d’un film est égal au temps de la réalité), premiers effluves de ce que les autres patries du cinéma découvriront par son travail. Si sa maîtrise ici n’est pas aussi parfaite que pour Un temps pour Vivre, Un temps pour Mourir, Hou Hsiao-hsien montre déjà ses affinités avec l’espace et le temps, et inscrit dans le marbre une façon singulière de faire du cinéma.
Curieusement, Hou Hsiao-hsien n’est pas un réalisateur venu à proprement dit du cinéma et ses références cinématographiques sont limitées: c’est un véritable produit du terroir taiwanais. Rien ne semble technique, tout est organique dans son travail. L’utilisation spécifique de certains procédés cinématographiques n’a pas lieu d’être si ce n’est pour servir une vision sociale contemporaine.
Hou Hsiao-hsien apporte au cinéma ce que peu de réalisateurs ont su donner. Dans les Garçons de Fengkuei, le cinéphile découvre une jeunesse en difficulté, brisée par un pouvoir politique oppressant qui ne cessera officiellement qu’en 1987, en proie aux démons d’un passé difficile. Et sans passé, impossible de se construire un avenir tant la quête identitaire est essentielle.
Ainsi se dévoilent A-Ching et ses amis, des « adulescents » aux perspectives d’avenir chaotiques où le passé les rattrape, tels le service militaire ou un certain ancrage familial. A-Ching en sera même victime puisqu’il perdra tragiquement son père après de longues années de handicap dû à une balle de baseball fracassant sa boîte crânienne.
Cette souffrance familiale est exceptionnellement traitée par le prisme du jeune A-Ching qui donne la pâtée à son père avec dépit, véritable désintérêt du fils pour le patriarche. D’ailleurs lors de la mort de ce dernier, la chaise où il était assis toute la journée se retrouve ainsi vide sonnant comme une absence cruelle et une nouvelle page tournée pour A-Ching, prêt à entrer dans le monde adulte.
La transition est ainsi faite par la transformation, à l’aide d’un parallèle dans le temps, de la bicyclette du père en la motocyclette du fils.
Les années passent et ne se ressemblent pas. Pourtant, la nostalgie accuse un exode rural est important. Hou Hsiao-hsien semble alors déj
à prédestiné à devenir un maître de l’image tant ses plans deviennent de véritables peintures sociales. Ainsi, Les garçons de Fengkuei, première œuvre véritablement intelligible de Hou Hsiao-hsien fonde peut être de la plus belle manière le renouveau du cinéma taiwanais et à l’image des jeunes hommes dansant devant les vagues déchaînées, offre l’un des plus beaux moments de cinéma.
Fengkuei est un paisible village de pêcheurs des îles Penghu où vivent trois jeunes garçons persuadés d’être à la merci de la police et de jeunes voyous pour avoir mis à tabac un délinquant. Ils quittent alors leur île en bateau pour rejoindre la grande ville de Kaohsiung et décident d’y rester, travaillant en usine le jour, profitant de leur jeunesse la nuit.
Dans le cadre d’un hommage à Hou Hsiao-hsien au festival de Vesoul cuvée 2006, Les Garçons de Fengkuei est la première œuvre à être présenté et le quatrième long métrage du maître après trois premiers films alimentaires dont il a du mal à assumer la paternité.
Les Garçons de Fengkuei est en grande partie une œuvre autobiographique puisqu’elle reprend fidèlement la jeunesse du réalisateur, à savoir un passé de délinquants, mais aussi des grands moments d’aventure humaine et de
détresses familiales.
Hou Hsiao-hsien nous plonge dans la vie tumultueuse de trois garçons issus d’un quelconque petit village loin de toute grande métropole.
détresses familiales.Hou Hsiao-hsien nous plonge dans la vie tumultueuse de trois garçons issus d’un quelconque petit village loin de toute grande métropole.
Dans cet endroit perdu où le temps semble l’être aussi, les activités laissées à la portée des adolescents sont peu reluisantes.
Quelques jeux d’argents, des divertissements parasitaires et une toute petite salle de cinéma où la bande aime se retrouver, faute de mieux.
Alors que l’un d’entre eux joue à un vulgaire jeu d’argent, une arnaque est au cœur d’une sauvage incartade où les trois amis blessent grièvement un des jeunes du village. La police du coin est immédiatement mise au courant et les familles ne tardent pas à découvrir le visage caché de leurs rejetons. Pour éviter de se faire massacrer par des amis de la victime qui ont déjà tenté de les prendre en traître et pour ne plus subir les regards déshonorés de leurs proches, les trois garçons décident de partir de leur village direction Kaohsiung l’une des plus grandes métropoles de Taiwan. Grâce à quelques connaissances amicales, ils obtiennent une petite chambre en ville.
Mais Kaohsiung leur étant encore inconnue, les trois camarades se décident à découvrir la gigantesque cité et plus particulièrement un cinéma qui s’y cache.
Manque de chance, ils ne trouvent pas la salle obscure tant désirée. De retour à leur chambre, des amis leur proposent de travailler dans une usine de produits made in Taiwan. Grâce à cette manne d’argent, les trois jeunes hommes, dont A-Ching peuvent enfin profiter des joies de la métropole. Seulement ce dernier, le plus talentueux des trois, tombe amoureux de son amie voisine et pense de plus en plus à sa famille…
Juste avant la cinquième génération de réalisateur chinois tel Chen Kaige ou Tian Zhuangzhuang, Hou Hsiao-hsien projette le cinéma asiatique avec Les Garçons de Fengkuei dans la modernité et s’installe dès lors comme un cinéaste contemporain.
Dans cette superbe description de la jeunesse taiwanaise, le cinéaste arbore des utilisations techniques comme les plans éloignés, les hors cadres ou une approche du temps réaliste (ses films ne tracent pas plusieurs mois ou années en
1 h 30, mais suivent une réelle évolution temporelle se rapprochant plutôt de l’idée que le temps d’un film est égal au temps de la réalité), premiers effluves de ce que les autres patries du cinéma découvriront par son travail. Si sa maîtrise ici n’est pas aussi parfaite que pour Un temps pour Vivre, Un temps pour Mourir, Hou Hsiao-hsien montre déjà ses affinités avec l’espace et le temps, et inscrit dans le marbre une façon singulière de faire du cinéma.Curieusement, Hou Hsiao-hsien n’est pas un réalisateur venu à proprement dit du cinéma et ses références cinématographiques sont limitées: c’est un véritable produit du terroir taiwanais. Rien ne semble technique, tout est organique dans son travail. L’utilisation spécifique de certains procédés cinématographiques n’a pas lieu d’être si ce n’est pour servir une vision sociale contemporaine.
Hou Hsiao-hsien apporte au cinéma ce que peu de réalisateurs ont su donner. Dans les Garçons de Fengkuei, le cinéphile découvre une jeunesse en difficulté, brisée par un pouvoir politique oppressant qui ne cessera officiellement qu’en 1987, en proie aux démons d’un passé difficile. Et sans passé, impossible de se construire un avenir tant la quête identitaire est essentielle.
Ainsi se dévoilent A-Ching et ses amis, des « adulescents » aux perspectives d’avenir chaotiques où le passé les rattrape, tels le service militaire ou un certain ancrage familial. A-Ching en sera même victime puisqu’il perdra tragiquement son père après de longues années de handicap dû à une balle de baseball fracassant sa boîte crânienne.
Cette souffrance familiale est exceptionnellement traitée par le prisme du jeune A-Ching qui donne la pâtée à son père avec dépit, véritable désintérêt du fils pour le patriarche. D’ailleurs lors de la mort de ce dernier, la chaise où il était assis toute la journée se retrouve ainsi vide sonnant comme une absence cruelle et une nouvelle page tournée pour A-Ching, prêt à entrer dans le monde adulte.
La transition est ainsi faite par la transformation, à l’aide d’un parallèle dans le temps, de la bicyclette du père en la motocyclette du fils.
Les années passent et ne se ressemblent pas. Pourtant, la nostalgie accuse un exode rural est important. Hou Hsiao-hsien semble alors déj
à prédestiné à devenir un maître de l’image tant ses plans deviennent de véritables peintures sociales. Ainsi, Les garçons de Fengkuei, première œuvre véritablement intelligible de Hou Hsiao-hsien fonde peut être de la plus belle manière le renouveau du cinéma taiwanais et à l’image des jeunes hommes dansant devant les vagues déchaînées, offre l’un des plus beaux moments de cinéma.Damien Paccellieri


















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