mardi 11 décembre 2007
L'Affaire du Canon Noir
Avec Liu Zifeng, Gehrard Olschewski, Gao Ming
Tout a commencé avec ce mystérieux télégramme : « canon noir disparu — faire recherche ». Pour le malheur de son expéditeur, Zhao Shuxin, ingénieur et interprète, il a été intercepté par ses supérieurs. Les ennuis vont commencer. Lorsque Hans Schmidt, ingénieur, arrive en Chine pour superviser l'installation de machines allemandes, il souhaite la collaboration de Zhao Shuxin en tant qu'interprète. On la lui refuse, car ce dernier est tombé en disgrâce subitement et sans raison apparente. À partir d'un fait mineur mal interprété naît donc une affaire qui n'est pas sans évoquer l'absurdité de Kafka.
Le pauvre interprète, tandis qu'on le met à l'écart, qu'on enquête sur son passé, qu'on le soupçonne, qu'on le juge presque, ne comprend pas ce qui lui arrive, et ne pourra jamais se défendre... puisqu'on ne lui demande pas de s'expliquer.
Cette satire de la bureaucratie politique, baignée d'un humour acide, entre amertume et ironie, constitue une des plus violentes critiques de la société chinoise des années 80.
Wu Tianming alors directeur des Studios de Xi'an est le producteur de ce film d'un des réalisateurs de la cinquième génération.
L’Affaire du Canon Noir est une œuvre à part dans le cinéma chinois des années 80. Huang Jianxin, connu pour être l’un des génies de la comédie sociale en Chine, fait de cette œuvre le faire-valoir de toute une cinématographie de l’époque.
Alors que dans le début des années 80, Chen Kaige et Zhang Yimou comme Huang Jianxin débutaient derrière la caméra, des cinéastes comme Wu Tianming, Xie Fei, Zhang Nuanxin ou Teng Wenji relevaient ce cinéma de la déroute. Là où Huang Jianxin se distingue de ses compères, c’est qu’il laisse aux autres le domaine cinématographique de la paysannerie pour se tourner vers le milieu urbain chinois. Oui, vous avez bien lu, urbain ! Bien avant les Zhang Yuan et autres Jia Zhang-ke. Cependant, l’Affaire du Canon Noir restera une exception puisque la cinquiè
me génération continuera sur la voie du monde rural.
Le film est aussi saisissant parce qu’il critique une période très tendue de la Chine après l’ouverture du pays en 1978 où des affaires d’espionnages circulaient sous les yeux du gouvernement chinois.
L’affaire du Canon Noir en relate une, complètement affabulatrice, mais dont les traces resteront gravées dans la mémoire de sa victime.
Le long métrage s’ouvre sur une machine à écrire qui saisit le nom de ce film comme si cela relevait d’un dossier important.
Par la suite, le cinéphile fait la rencontre de Zhao Shuxin dans une gare sous une pluie battante. Dans une ambiance de discrétion assurée, l’homme passe un message par téléphone : « Chambre 301 – Canon Noir perdu – faire recherche ».
Dans une Chine où tout se sait et tout s’écoute, ce message n’apparaît pas anodin notamment pour l’entreprise de Zhao Shuxin. Ce dernier, diplômé de Qinghua est l’un des plus brillants ingénieurs-traducteurs de cette compagnie industrielle des mines.
Il est en étroite relation avec Hans, un homme d’affaires allemand, expert dans l’outillage des équipements industriels.
Celui-ci vient justement en Chine pour parler business et Zhao Shuxin sera son interprète attitré.
Après discussion, Hans remarque que son ami chinois n’a toujours pas changé de chaussures depuis leur dernière rencontre. Hans lui offre alors une paire de baskets neuve, résolument moderne l’invitant en quelque sorte à s’occidentaliser et à entrer dans le monde de la mondialisation. En même temps, ce genre de cadeau peut paraître comme de la corruption pour ceux qui ne connaissent pas l’amitié entre Hans et Shuxin.
Les deux hommes s’entendent bien même si une rixe éclate entre eux dans un bar typé des années 80 que l’on retrouve aisément à Hong Kong ou Taiwan avec des danseuses de cabaret, des chanteurs en tenues extravagantes, etc.…
Mais tout en continuant leurs petites affaires, le patron de Zhao Shuxin se méfie de l’Allemand. Selon les renseignements en sa possessio
n, Hans aurait déjà été mêlé à un trafic d’antiquité, ce qui ne le rassure pas sur la nature de sa venue après avoir intercepté le message du canon noir perdu de Zhao Shuxin.
On en apprend d’ailleurs un peu plus sur Hans. Originaire de Dresde, ville bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il travaille aujourd’hui pour WD et son voyage concorde avec l’utilisation de nouveaux équipements industriels dont les Chinois doivent apprendre à se servir.
Les cadres de la compagnie chinoise se réunissent autour d’une table et d’une horloge gigantesque pour étudier le cas de Zhao Shuxin. Des Chinois enquêtent sur des Chinois, c’est loin d’être un climax de confiance mutuelle.
Pour parer à d’éventuelles trahisons autour du « canon noir », la direction suggère à Hans de changer d’interprète et de prendre Feng à la place de Shuxin. Ce dernier sera envoyé dans une autre usine du groupe en attendant des éclaircissements sur cette affaire.
Mais au bout de quelques essais catastrophiques, Hans ne souhaite avoir Feng comme second, car ce dernier ne connaît rien du langage technique allemand.
La rupture est consommée lors d’une erreur monumentale de l’interprète qui ne comprend pas bien le mot « Kugel ». Au lieu de rapporter une pièce circulaire en métal appelé roulement à billes, le traducteur lui apporte des balles pour arme à feu.
Hans ordonne alors d’avoir à nouveau Zhao Shuxin comme alter ego, ce qui court-circuite le plan des cols blanc de la compagnie chinoise.
Toutefois, le patron de la compagnie ne sait que faire de Shuxin, car son comportement dernièrement semble tout aussi étrange que celui du comité de pilotage.
Dans toute cette agitation, la pire des bavures se produit : l’une des machines allemandes est endommagée. Qui est responsable de cette détérioration ? Est-ce la mauvaise qualité du matériel germanique ? Est-ce une erreur d’utilisation de la compagnie ? Dans cette dernière hypothèse, il n’est pas sûr que la compagnie puisse s’en relever financièrement.
Le stress et la tension sont donc à leurs apogées. Mais Zhao Shuxin jouera un rôle important dans l’élucidation du problème. Il révèle en effet qu’il y a une erreur de traduction dans le manuel, et que la compagnie chinoise n’est en rien responsable.
Dans le même temps, la compagnie intercepte un colis à l’intention de Zhao Shuxin et l’ouvre sans aucune permission, persuadée qu’il s’y cache la clé de cette affaire du canon noir.
Les décideurs ne seront pas déçus, puisque le paquet contient une simple pièce d’échec chinois appelé « Canon Noir », sous les yeux d’un Shuxin désabusé par l’ouverture forcé de son colis.
Zhao Shuxin, qui n’était pas informé que son appel téléphonique avait tellement remué la compagnie et les services de renseignements chinois, s’explique sur cette pièce d’échec, mais comprend aussi qu’ils ont bafoué son honneur et salit sa personne en interférant dans son travail.
Ils lui ont volé son honneur, sa dignité humaine, et la compagnie se permet encore d’extérioriser son soulagement.
Zhao Shuxin reprendra du galon dans sa compagnie et dans la communauté des ouvriers, mais sait que tout son travail, toute sa carrière ont été remis en cause pour une simple pièce d’échecs après avoir subi de longues périodes de filature, de délation et de compromission.
Dans une dernière scène où des enfants jouent aux dominos avec des briques, Zhao Shuxin reprend confiance, se tourne vers l’avenir et clôture cette sombre affaire du Canon Noir.
Pourquoi vous ai-je raconté toute l’histoire de ce long métrage ? Parce qu’il y a tout simplement peu de chance pour vous de le voir un jour. En effet, inconnu au bataillon des DVD (une petite sortie non sous-titrée, épuisée chez Media Asia), ce long métrage demeure l’un des seuls films à être resté sur pellicule depuis plus de vingt ans.
Pour preuve, il ne reste que quelques exemplaires en 35mm dans le monde (seulement 2 selon certaines sources).
En résumé, l’Affaire du Canon Noir est le parfait parangon de la nécessité de sauvegarder numériquement d’anciennes œuvres cinématographiques avant qu’elles ne périssent dans de vieilles caves humides et poussiéreuses de collectionneurs ou d’administrateurs
Le festival de Vesoul grâce à Huber Laot (musée Guimet) a permis à une poignée de spectateurs de regarder ce chef d’œuvre.
Oui, n’ayons pas peur des mots, Huang Jianxin signe ici un chef d’œuvre du cinéma chinois, un film clé et symbolique pour la Chine de l’après Mao, dirigé alors par celui qui restera certainement dans le cœur de nombreux Chinois comme le meilleur président, à savoir Deng Xiaoping, dont les cendres reposent dans la baie de Hong Kong, ville rétrocédée peu après sa mort.
L’Affaire du Canon Noir est symbolique, car il représente tout ce que la Chine n’aimait pas d’elle-même. Après une période de dix années où les Chinois sont devenus des spécialistes de la délation après avoir appris à mentir lors du grand bond en avant, leur pays devait faire face à son plus grand défi économique, celui de relever la société et ses entreprises du chaos.
Cet objectif est resté toutefois entaché de quelques rictus d’alors comme la surveillance et l’espionnage de ses propres camarades. Il va sans dire que de telles affirmations soulignées dans ce long métrage ont sauvagement déplu aux autorités chinoises qui ont sciemment fusillé ce film en mettant son cinéaste dans la liste noire des réalisateurs.
Mais si le message principal du film est celui-ci, avec son lot de conséquences sociales catastrophiques pour Zhao Shuxin, l’Affaire du Canon Noir est aussi une formidable création artistique, soignée et orchestrée d’une main de maître. Quelques exemples pour la route ?
La première scène où Zhao Shuxin passe son appel dans une gare sous un orage déchirant les nuages est terriblement angoissante, stressante, voir sale où l’intimité et la discrétion forment des caractéristiques essentielles d’une ambiance digne des meilleurs films d’espionnages.
Ensuite, l’incursion dans les bars de l’époque nous donne une tout autre image de cette Chine paysanne. Huang Jianxin expose des Chinois qui s’amusent, se saoulent et prennent plaisir à voir des filles se trémousser autour d’un chanteur exalté. C’est un regard inédit dans le cinéma de Chine Continentale de ces années !
Puis le réalisateur a cette manière de ne jamais caricaturer le personnage allemand tout en valorisant la coopération industrielle entre ces deux pays, et ce, malgré les altercations linguistiques.
Sans jamais quitter l’idée de cette chape de plomb autour de la pièce d’échecs chinois, Huang Jianxin use de sa caméra pour nous montrer une Chine résolument urbaine ou en proie à le devenir, où l’industrie et la mondialisation sonnent le début d’une compétition sans merci. Quel autre cinéaste chinois de cette époque a su capturer cela sur pellicule ? La réponse est simple : aucun.
Et il n’a pas peur de mettre à mal le parti communiste chinois (sous des aspects contrastés).
Le cinéaste l’exécute d’une part dans la mise en scène du contrôle des salariés, mais aussi dans un certain paternalisme illuminant la citation du patron d’industrie lorsqu’il s’adresse à Hans « rassure-toi, le parti veille et te comprend », puis d’autre part dans cet incorrigible manque de confiance envers les intellectuels comme Zhao Shuxin qui se verront prit en porte à faux dans leur travail. Comme l’a dit Mao « 100 000 ans, c’est trop long, il suffit d’un jour ».
C’est vrai, il a suffi d’un jour pour tout remettre en cause.
Tiré des nouvelles de Zhang Xianlang, le réalisateur de la cinquième génération parfait enfin son œuvre par une imagerie superbe (on se remémore alors ce ventilateur autour duquel le comité est réunit pour revoir le manuel d’utilisation, ces énormes véhicules de construction, et cette salle de réunion blanche avec son horloge). Dans cette d
ernière scène où les enfants jouent aux dominos tout en ratant leur séquence par la faute d’une seule pièce, Huang Jianxin use avec talent d’une métaphore où chaque homme a son importance, où chaque élément est indispensable à la société pour qu’elle puisse continuer d’avancer vers un futur harmonieux.
Ainsi, et sans jeux de mots, l’Affaire du Canon Noir restera comme une pièce unique du cinéma chinois.
Tout a commencé avec ce mystérieux télégramme : « canon noir disparu — faire recherche ». Pour le malheur de son expéditeur, Zhao Shuxin, ingénieur et interprète, il a été intercepté par ses supérieurs. Les ennuis vont commencer. Lorsque Hans Schmidt, ingénieur, arrive en Chine pour superviser l'installation de machines allemandes, il souhaite la collaboration de Zhao Shuxin en tant qu'interprète. On la lui refuse, car ce dernier est tombé en disgrâce subitement et sans raison apparente. À partir d'un fait mineur mal interprété naît donc une affaire qui n'est pas sans évoquer l'absurdité de Kafka.
Le pauvre interprète, tandis qu'on le met à l'écart, qu'on enquête sur son passé, qu'on le soupçonne, qu'on le juge presque, ne comprend pas ce qui lui arrive, et ne pourra jamais se défendre... puisqu'on ne lui demande pas de s'expliquer.
Cette satire de la bureaucratie politique, baignée d'un humour acide, entre amertume et ironie, constitue une des plus violentes critiques de la société chinoise des années 80.
Wu Tianming alors directeur des Studios de Xi'an est le producteur de ce film d'un des réalisateurs de la cinquième génération.
L’Affaire du Canon Noir est une œuvre à part dans le cinéma chinois des années 80. Huang Jianxin, connu pour être l’un des génies de la comédie sociale en Chine, fait de cette œuvre le faire-valoir de toute une cinématographie de l’époque.
Alors que dans le début des années 80, Chen Kaige et Zhang Yimou comme Huang Jianxin débutaient derrière la caméra, des cinéastes comme Wu Tianming, Xie Fei, Zhang Nuanxin ou Teng Wenji relevaient ce cinéma de la déroute. Là où Huang Jianxin se distingue de ses compères, c’est qu’il laisse aux autres le domaine cinématographique de la paysannerie pour se tourner vers le milieu urbain chinois. Oui, vous avez bien lu, urbain ! Bien avant les Zhang Yuan et autres Jia Zhang-ke. Cependant, l’Affaire du Canon Noir restera une exception puisque la cinquiè
me génération continuera sur la voie du monde rural. Le film est aussi saisissant parce qu’il critique une période très tendue de la Chine après l’ouverture du pays en 1978 où des affaires d’espionnages circulaient sous les yeux du gouvernement chinois.
L’affaire du Canon Noir en relate une, complètement affabulatrice, mais dont les traces resteront gravées dans la mémoire de sa victime.
Le long métrage s’ouvre sur une machine à écrire qui saisit le nom de ce film comme si cela relevait d’un dossier important.
Par la suite, le cinéphile fait la rencontre de Zhao Shuxin dans une gare sous une pluie battante. Dans une ambiance de discrétion assurée, l’homme passe un message par téléphone : « Chambre 301 – Canon Noir perdu – faire recherche ».
Dans une Chine où tout se sait et tout s’écoute, ce message n’apparaît pas anodin notamment pour l’entreprise de Zhao Shuxin. Ce dernier, diplômé de Qinghua est l’un des plus brillants ingénieurs-traducteurs de cette compagnie industrielle des mines.
Il est en étroite relation avec Hans, un homme d’affaires allemand, expert dans l’outillage des équipements industriels.
Celui-ci vient justement en Chine pour parler business et Zhao Shuxin sera son interprète attitré.
Après discussion, Hans remarque que son ami chinois n’a toujours pas changé de chaussures depuis leur dernière rencontre. Hans lui offre alors une paire de baskets neuve, résolument moderne l’invitant en quelque sorte à s’occidentaliser et à entrer dans le monde de la mondialisation. En même temps, ce genre de cadeau peut paraître comme de la corruption pour ceux qui ne connaissent pas l’amitié entre Hans et Shuxin.
Les deux hommes s’entendent bien même si une rixe éclate entre eux dans un bar typé des années 80 que l’on retrouve aisément à Hong Kong ou Taiwan avec des danseuses de cabaret, des chanteurs en tenues extravagantes, etc.…
Mais tout en continuant leurs petites affaires, le patron de Zhao Shuxin se méfie de l’Allemand. Selon les renseignements en sa possessio
n, Hans aurait déjà été mêlé à un trafic d’antiquité, ce qui ne le rassure pas sur la nature de sa venue après avoir intercepté le message du canon noir perdu de Zhao Shuxin.On en apprend d’ailleurs un peu plus sur Hans. Originaire de Dresde, ville bombardée pendant la Seconde Guerre mondiale. Il travaille aujourd’hui pour WD et son voyage concorde avec l’utilisation de nouveaux équipements industriels dont les Chinois doivent apprendre à se servir.
Les cadres de la compagnie chinoise se réunissent autour d’une table et d’une horloge gigantesque pour étudier le cas de Zhao Shuxin. Des Chinois enquêtent sur des Chinois, c’est loin d’être un climax de confiance mutuelle.
Pour parer à d’éventuelles trahisons autour du « canon noir », la direction suggère à Hans de changer d’interprète et de prendre Feng à la place de Shuxin. Ce dernier sera envoyé dans une autre usine du groupe en attendant des éclaircissements sur cette affaire.
Mais au bout de quelques essais catastrophiques, Hans ne souhaite avoir Feng comme second, car ce dernier ne connaît rien du langage technique allemand.
La rupture est consommée lors d’une erreur monumentale de l’interprète qui ne comprend pas bien le mot « Kugel ». Au lieu de rapporter une pièce circulaire en métal appelé roulement à billes, le traducteur lui apporte des balles pour arme à feu.
Hans ordonne alors d’avoir à nouveau Zhao Shuxin comme alter ego, ce qui court-circuite le plan des cols blanc de la compagnie chinoise.
Toutefois, le patron de la compagnie ne sait que faire de Shuxin, car son comportement dernièrement semble tout aussi étrange que celui du comité de pilotage.
Dans toute cette agitation, la pire des bavures se produit : l’une des machines allemandes est endommagée. Qui est responsable de cette détérioration ? Est-ce la mauvaise qualité du matériel germanique ? Est-ce une erreur d’utilisation de la compagnie ? Dans cette dernière hypothèse, il n’est pas sûr que la compagnie puisse s’en relever financièrement.
Le stress et la tension sont donc à leurs apogées. Mais Zhao Shuxin jouera un rôle important dans l’élucidation du problème. Il révèle en effet qu’il y a une erreur de traduction dans le manuel, et que la compagnie chinoise n’est en rien responsable.
Dans le même temps, la compagnie intercepte un colis à l’intention de Zhao Shuxin et l’ouvre sans aucune permission, persuadée qu’il s’y cache la clé de cette affaire du canon noir.
Les décideurs ne seront pas déçus, puisque le paquet contient une simple pièce d’échec chinois appelé « Canon Noir », sous les yeux d’un Shuxin désabusé par l’ouverture forcé de son colis.
Zhao Shuxin, qui n’était pas informé que son appel téléphonique avait tellement remué la compagnie et les services de renseignements chinois, s’explique sur cette pièce d’échec, mais comprend aussi qu’ils ont bafoué son honneur et salit sa personne en interférant dans son travail.
Ils lui ont volé son honneur, sa dignité humaine, et la compagnie se permet encore d’extérioriser son soulagement.
Zhao Shuxin reprendra du galon dans sa compagnie et dans la communauté des ouvriers, mais sait que tout son travail, toute sa carrière ont été remis en cause pour une simple pièce d’échecs après avoir subi de longues périodes de filature, de délation et de compromission.
Dans une dernière scène où des enfants jouent aux dominos avec des briques, Zhao Shuxin reprend confiance, se tourne vers l’avenir et clôture cette sombre affaire du Canon Noir.
Pourquoi vous ai-je raconté toute l’histoire de ce long métrage ? Parce qu’il y a tout simplement peu de chance pour vous de le voir un jour. En effet, inconnu au bataillon des DVD (une petite sortie non sous-titrée, épuisée chez Media Asia), ce long métrage demeure l’un des seuls films à être resté sur pellicule depuis plus de vingt ans.
Pour preuve, il ne reste que quelques exemplaires en 35mm dans le monde (seulement 2 selon certaines sources).
En résumé, l’Affaire du Canon Noir est le parfait parangon de la nécessité de sauvegarder numériquement d’anciennes œuvres cinématographiques avant qu’elles ne périssent dans de vieilles caves humides et poussiéreuses de collectionneurs ou d’administrateurs
Le festival de Vesoul grâce à Huber Laot (musée Guimet) a permis à une poignée de spectateurs de regarder ce chef d’œuvre.
Oui, n’ayons pas peur des mots, Huang Jianxin signe ici un chef d’œuvre du cinéma chinois, un film clé et symbolique pour la Chine de l’après Mao, dirigé alors par celui qui restera certainement dans le cœur de nombreux Chinois comme le meilleur président, à savoir Deng Xiaoping, dont les cendres reposent dans la baie de Hong Kong, ville rétrocédée peu après sa mort.L’Affaire du Canon Noir est symbolique, car il représente tout ce que la Chine n’aimait pas d’elle-même. Après une période de dix années où les Chinois sont devenus des spécialistes de la délation après avoir appris à mentir lors du grand bond en avant, leur pays devait faire face à son plus grand défi économique, celui de relever la société et ses entreprises du chaos.
Cet objectif est resté toutefois entaché de quelques rictus d’alors comme la surveillance et l’espionnage de ses propres camarades. Il va sans dire que de telles affirmations soulignées dans ce long métrage ont sauvagement déplu aux autorités chinoises qui ont sciemment fusillé ce film en mettant son cinéaste dans la liste noire des réalisateurs.
Mais si le message principal du film est celui-ci, avec son lot de conséquences sociales catastrophiques pour Zhao Shuxin, l’Affaire du Canon Noir est aussi une formidable création artistique, soignée et orchestrée d’une main de maître. Quelques exemples pour la route ?
La première scène où Zhao Shuxin passe son appel dans une gare sous un orage déchirant les nuages est terriblement angoissante, stressante, voir sale où l’intimité et la discrétion forment des caractéristiques essentielles d’une ambiance digne des meilleurs films d’espionnages.
Ensuite, l’incursion dans les bars de l’époque nous donne une tout autre image de cette Chine paysanne. Huang Jianxin expose des Chinois qui s’amusent, se saoulent et prennent plaisir à voir des filles se trémousser autour d’un chanteur exalté. C’est un regard inédit dans le cinéma de Chine Continentale de ces années !
Puis le réalisateur a cette manière de ne jamais caricaturer le personnage allemand tout en valorisant la coopération industrielle entre ces deux pays, et ce, malgré les altercations linguistiques.
Sans jamais quitter l’idée de cette chape de plomb autour de la pièce d’échecs chinois, Huang Jianxin use de sa caméra pour nous montrer une Chine résolument urbaine ou en proie à le devenir, où l’industrie et la mondialisation sonnent le début d’une compétition sans merci. Quel autre cinéaste chinois de cette époque a su capturer cela sur pellicule ? La réponse est simple : aucun.
Et il n’a pas peur de mettre à mal le parti communiste chinois (sous des aspects contrastés).
Le cinéaste l’exécute d’une part dans la mise en scène du contrôle des salariés, mais aussi dans un certain paternalisme illuminant la citation du patron d’industrie lorsqu’il s’adresse à Hans « rassure-toi, le parti veille et te comprend », puis d’autre part dans cet incorrigible manque de confiance envers les intellectuels comme Zhao Shuxin qui se verront prit en porte à faux dans leur travail. Comme l’a dit Mao « 100 000 ans, c’est trop long, il suffit d’un jour ».
C’est vrai, il a suffi d’un jour pour tout remettre en cause.
Tiré des nouvelles de Zhang Xianlang, le réalisateur de la cinquième génération parfait enfin son œuvre par une imagerie superbe (on se remémore alors ce ventilateur autour duquel le comité est réunit pour revoir le manuel d’utilisation, ces énormes véhicules de construction, et cette salle de réunion blanche avec son horloge). Dans cette d
ernière scène où les enfants jouent aux dominos tout en ratant leur séquence par la faute d’une seule pièce, Huang Jianxin use avec talent d’une métaphore où chaque homme a son importance, où chaque élément est indispensable à la société pour qu’elle puisse continuer d’avancer vers un futur harmonieux.Ainsi, et sans jeux de mots, l’Affaire du Canon Noir restera comme une pièce unique du cinéma chinois.
Damien Paccellieri



















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un film malheureusement trop rare, très daté visuellement, mais effectivement un film essentiel, peut etre le plus contestataire de cette période.
j'ai eu la chance de le voir au festival de Vesoul et je crois qu'il n'existe pas de dvd.
Définitivement marquant, et à part de la production mainland.