lundi 17 décembre 2007
Good Men Good Women
Avec Annie Shizuka Inoh, Jack Kao, Lim Giong
Good Men, Good Women est certainement l'oeuvre la plus difficile de toute la longue filmographie du cinéaste taiwanais. Avec un contexte éminemment politique, Hou Hsiao-hsien, réussit l'un de ses plus grands films, profondément taiwanais, et qui plus est, profondément cinématographique. Achevant ainsi sa formidable trilogie sur les déficiences sociales de l'île (comprenant la Cité des Douleurs et le Maître des Marionnettes), le réalisateur nous plonge dans la turpitude quotidienne de Lian Ching, une jeune actrice de Taipei, prête à endosser pour un rôle dans un long métrage le personnage controversé de Chiang Bi-yu, luttant sur le sol chinois contre les Japonais, et traitée d'espionne par les nationalistes en place à Taiwan.
La jeune Lian Ching reçoit aussi des fax très étranges, tirés de son journal intime, relatant de son ancien compagnon mafieux, mort tragiquement auprès d'elle.
Ce mélange des temps, entre souvenirs personnels et rôle d'actrice dans cette période sombre appelée Terreur Blanche donne à Good Men Good Women une amplitude exceptionnelle et se destine aux initiés de l'île de Formose.
Ainsi, il peut être bon de revenir sur certains faits historiques qui ont marqué au fer rouge la vie des Taiwanais. En Chine, rien ne va plus depuis 1937, la guerre entre l'armée nationaliste et communiste profite aux Japonais qui envahissen
t le nord de la Chine puis progressent vers le Sud jusqu'à prendre Shanghai. Les deux frères chinois s'unissent alors contre ces démons de Japonais pour les chasser du territoire continental.
Ces mêmes Japonais détiennent Taiwan en otage depuis 1895 et le traité de Shimonoseki. Quelques irréductibles ethnies de l'île tenteront des opérations de résistance, en vain. D'autres Taiwanais iront lutter aux côtés des armées nationalistes et communistes sur le continent afin de résister à l'envahisseur.
En 1945, c’est le soulagement pour la Chine. Le Japon signe sa réédition avec les terribles et préventives bombes atomiques (préventive d'une invasion terrestre, qui selon les calculs, aurait couté la vie à d'avantages de personnes). Taiwan redevient alors chinoise, mais ne résout pas les conflits internes entre les forces du grand timonier et celles du généralissime. Par son aptitude à la guérilla et à l'éducation idéologique des masses rurales, les forces communistes repoussent Tchang Kaï-chek vers Chongqing puis vers Taïwan où il se réfugie en 1949 sous le protectorat américain qui redoute l'avènement d'un énorme bloc communiste regroupant la Chine et l'URSS.
Dès son arrivée, le généralissime massacre quelques membres des populations ethniques encore réfractaires et impose la loi martiale, qu
i sera suivi d'une période appelé "Terreur Blanche" où le régime militariste taiwanais se lancera dans une chasse aux sorcières communistes dont Hou Hsiao-hsien s'inspire pour son héroïne, soi-disant espionne communiste, pour avoir aidé le continent à se débarrasser de l'armée impériale nippone.
Son long métrage distingue cette période par une colorimétrie singulière puisque le maître applique un filtre vert à son noir et blanc, signe d’intrusion dans le long métrage dont Lian Ching est actrice.
D'un autre côté, le cinéaste relate en souvenirs la relation de Lian Ching avec son amour de gangster dans un cadre pluriethnique, signe d'une société métamorphosée par sa quête identitaire, par sa toute-puissance économique de l'époque conférant à l'île une admirable prospérité.
Cependant, la mort d'Ah Wei (le gangster) dans une discothèque et dans un contexte sensoriel inédit nous suspend aux pensées cinématographiques d'Hou Hsiao-hsien. Il nous transporte dans un contexte en perdition, reflet certainement d'une personnalité (Lian Ching) troublée, déphasée, mais réflexive sur sa condition et celles de ses aïeux. Dans une dernière danse, l'actrice et son personnage se mettent à l’unisson où couleur et noir et blanc se retrouvent comme si le passé était indissociable du présent, ciment du futur de l’île.
Hou Hsiao-hsien nous invite ainsi à nous remémorer le passé douloureux d'une île pour être enfin en paix avec son présent, héritières de nombreuses cultures, tout comme il nous invite à partager les douleurs d'une femme perdue dans ses sentiments. Avec l'exceptionnel talent de Lim Giong, Jack Kao (que l'on retrouve dans Goodbye, South Goodbye) et Annie Shizuka Inoh, le maître signe peut être là son oeuvre la plus enrichissante.
Good Men, Good Women est certainement l'oeuvre la plus difficile de toute la longue filmographie du cinéaste taiwanais. Avec un contexte éminemment politique, Hou Hsiao-hsien, réussit l'un de ses plus grands films, profondément taiwanais, et qui plus est, profondément cinématographique. Achevant ainsi sa formidable trilogie sur les déficiences sociales de l'île (comprenant la Cité des Douleurs et le Maître des Marionnettes), le réalisateur nous plonge dans la turpitude quotidienne de Lian Ching, une jeune actrice de Taipei, prête à endosser pour un rôle dans un long métrage le personnage controversé de Chiang Bi-yu, luttant sur le sol chinois contre les Japonais, et traitée d'espionne par les nationalistes en place à Taiwan.
La jeune Lian Ching reçoit aussi des fax très étranges, tirés de son journal intime, relatant de son ancien compagnon mafieux, mort tragiquement auprès d'elle.
Ce mélange des temps, entre souvenirs personnels et rôle d'actrice dans cette période sombre appelée Terreur Blanche donne à Good Men Good Women une amplitude exceptionnelle et se destine aux initiés de l'île de Formose.
Ainsi, il peut être bon de revenir sur certains faits historiques qui ont marqué au fer rouge la vie des Taiwanais. En Chine, rien ne va plus depuis 1937, la guerre entre l'armée nationaliste et communiste profite aux Japonais qui envahissen
t le nord de la Chine puis progressent vers le Sud jusqu'à prendre Shanghai. Les deux frères chinois s'unissent alors contre ces démons de Japonais pour les chasser du territoire continental.Ces mêmes Japonais détiennent Taiwan en otage depuis 1895 et le traité de Shimonoseki. Quelques irréductibles ethnies de l'île tenteront des opérations de résistance, en vain. D'autres Taiwanais iront lutter aux côtés des armées nationalistes et communistes sur le continent afin de résister à l'envahisseur.
En 1945, c’est le soulagement pour la Chine. Le Japon signe sa réédition avec les terribles et préventives bombes atomiques (préventive d'une invasion terrestre, qui selon les calculs, aurait couté la vie à d'avantages de personnes). Taiwan redevient alors chinoise, mais ne résout pas les conflits internes entre les forces du grand timonier et celles du généralissime. Par son aptitude à la guérilla et à l'éducation idéologique des masses rurales, les forces communistes repoussent Tchang Kaï-chek vers Chongqing puis vers Taïwan où il se réfugie en 1949 sous le protectorat américain qui redoute l'avènement d'un énorme bloc communiste regroupant la Chine et l'URSS.
Dès son arrivée, le généralissime massacre quelques membres des populations ethniques encore réfractaires et impose la loi martiale, qu
i sera suivi d'une période appelé "Terreur Blanche" où le régime militariste taiwanais se lancera dans une chasse aux sorcières communistes dont Hou Hsiao-hsien s'inspire pour son héroïne, soi-disant espionne communiste, pour avoir aidé le continent à se débarrasser de l'armée impériale nippone.Son long métrage distingue cette période par une colorimétrie singulière puisque le maître applique un filtre vert à son noir et blanc, signe d’intrusion dans le long métrage dont Lian Ching est actrice.
D'un autre côté, le cinéaste relate en souvenirs la relation de Lian Ching avec son amour de gangster dans un cadre pluriethnique, signe d'une société métamorphosée par sa quête identitaire, par sa toute-puissance économique de l'époque conférant à l'île une admirable prospérité.
Cependant, la mort d'Ah Wei (le gangster) dans une discothèque et dans un contexte sensoriel inédit nous suspend aux pensées cinématographiques d'Hou Hsiao-hsien. Il nous transporte dans un contexte en perdition, reflet certainement d'une personnalité (Lian Ching) troublée, déphasée, mais réflexive sur sa condition et celles de ses aïeux. Dans une dernière danse, l'actrice et son personnage se mettent à l’unisson où couleur et noir et blanc se retrouvent comme si le passé était indissociable du présent, ciment du futur de l’île.
Hou Hsiao-hsien nous invite ainsi à nous remémorer le passé douloureux d'une île pour être enfin en paix avec son présent, héritières de nombreuses cultures, tout comme il nous invite à partager les douleurs d'une femme perdue dans ses sentiments. Avec l'exceptionnel talent de Lim Giong, Jack Kao (que l'on retrouve dans Goodbye, South Goodbye) et Annie Shizuka Inoh, le maître signe peut être là son oeuvre la plus enrichissante. Damien Paccellieri



















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