dimanche 2 décembre 2007
Dong
Dong de Jia Zhang-ke, 2006 Documentaire
Dong est le portrait de Li Xiaodong, peintre à la rencontre de ses modèles, de la Chine à la Thaïlande...
C'est la première et peut être la dernière fois que Jia Zhang-ke travaille sur deux projets à la fois. En effet, Dong est un documentaire tourné dans le même intervalle que Still Life, tous deux primés à Venise en 2006. S'employant à dresser le portrait de son ami peintre Liu Xiaodong, le chef de file de la sixième génération des réalisateurs chinois jette des ponts entre son film et ce documentaire tout en se gardant une marge de créativité propre à ce projet.
Dong se compose essentiellement de deux parties : l'une en Chine, l'autre en Thaïlande. La première, tel un making of de Still Life, entremêle les trois Gorges, environnement brumeux, humide et bitumeux dont est tiré le long métrage, aux réflexions de Liu Xiaodong et à sa manière de prendre et de vivre la peinture. On s'aperçoit que la peinture n'est qu'un reflet artistique de la réalité, Liu Xiaodong n'invente pas, il prend la photo à l'huile et à l'aquarelle d'un moment bien précis. Sa composition nous dévoile les acteurs de Still Life dont Han Sanming en culotte bleue, sur une terrasse en béton inachevée et dans une configuration de travail exceptionnelle où le peintre s'exerce sur un panorama composé de plusieurs grandes toiles. Il est très intéressant de voir Jia Zhang-ke mêler son documentaire à son long métrage par un système de scènes tirées de Still Life.
Mais là où le réalisateur de The World ne maîtrise peut-être pas encore son sujet, c'est sur la recherche familiale d'un ouvrier par le peintre. Ce côté sociologique et moraliste n'a pas sa place dans ce projet, et l'on ne croit pas un instant que Liu Xiaodong s'emploie à cela à chaque toile, comme si cette manifestation de bonnes intentions était allouée exclusivement au documentaire (tout comme la longue poursuite de cette fille thaïlandaise que Jia Zhang-ke observe dans la jungle urbaine de Bangkok). Cela reste toutefois hypnotique, en partie grâce à la musique composée par Lim Giong. Dans la deuxième séquence, Jia Zhang-ke se confronte à une autre culture asiatique. Arrivée à Bangkok, l'équipe autour du peintre, découvre une autre manière de vivre que celle des populati
ons chinoises (du sud) même si l’on peut retrouver quelques points communs. Il y a donc là une réflexion socioartistique autour des différences culturelles entre les deux peuples. Liu Xiaodong se prête au jeu de peindre des filles de charme en studio, et recommence sur une structure de plusieurs toiles. Il dit aussi : « je ne connais pas ce peuple, mais je peux peindre leurs visages, leurs expressions ».Dans un même temps, Jia Zhang-ke entrecroise le réel à la fiction lorsque personne ne répond au téléphone de l’une des femmes thaïlandaises alors que le pays vient d'être touché par d'importantes inondations. Le message est passé : peut-être que son interlocuteur ne répond pas parce qu'il est touché par cette catastrophe. Le cinéaste va même jusqu'à emprunter l’un des passages emblématiques de Millennium Mambo de Hou Hsiao-hsien lors
qu'il filme une fille sous les néons d'une passerelle. En somme, Dong est un travail de fond comme de forme très intéressant. Il manque peut-être de chaleur humaine et d’un réalisme plus terre-à-terre pour nous toucher d’avantages. Jia Zhang-ke reste cohérent avec son sujet, un artiste symbole de la Chine actuelle, mais son aventure sensorielle n’est pas aussi sensationnelle cette fois-ci. Pour son prochain documentaire, certainement… Damien Paccellieri


















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