samedi 10 novembre 2007

Ma Wu Jia

Ma Wu Jia de Zhao Ye, 2007
Avec Li Shi-xin, Zheng Jin-lan, Liu Xiao-yuan

Dans la région du Guangxi, deux frères inséparables atteints par la maladie cherchent à l'oublier vivant au jour le jour. Leur mère, au caractère ambivalant, est alors dépassé les évènements....

Premier long métrage de Zhao Ye, Ma Wu Jia a été présenté au festival de Toronto cet automne 2007 et peut être catalogué comme film indépendant, type de longs métrages essentiels telle une bouffée d'oxygène pour le poumon cinématographique chinois toujours entaché par le goudron de la censure et le cancer des grandes productions.
L'histoire de Ma Wu Jia se résume en quelques lignes. Deux frères, Ding et Jia, sont tout deux rongés par l'anémie. Pour le plus jeune, la survie passera obligatoirement par une intensification des traitements tels que la dialyse, mais aussi par une inévitable opération s’il ne veut pas mourir. L'aîné, quant à lui, tente tant bien que mal de cacher ses faiblesses physiques même si sa santé est menacée dès qu'une activité sportive est à sa portée. Malgré cette épée de Damoclès, les jeunes ne manquent pas d'imaginations pour oublis les soucis quotidiens de la vie. Leur mère, célibataire et enseignante au village, ne sait guère comment soigner la détresse et la tristesse qui ravagent le coeur de ses enfants.
Pour Ding, elle joue les mamans poules, pour Jia c'est bien le contraire; il subit ses colères, symbolique d'une fuite de ses responsabilités. Par le regard infantile de cette fratrie et par un environnement tropical, le spectateur prend part, peu à peu, à cette vie de lassitude et de désenchantement où seuls quelques fulgurants instants viennent éclabousser cette marée noire qu'est la vie...

Zhao Ye, déjà réalisateurs de courts métrages, entame sa filmographie avec un long métrage à la mesure de son sujet. Difficile, las, humide, généreux, hypnotique, sont les quelques adjectifs corroborant ce long chemin entre la maladie et le déclin familial. Dans le dessein de rester à l'orée du système cinématographique chinois, Zhao Ye signe un portrait de ces jeunes frères, attachés à la vie comme à la mort, qui ne cesseront de lutter face à l'anémie avec tout l'amour fraternel nécessaire. Cette excellente thématique est abordée avec une grande pudeur et une certaine distance, par des regards, des moments complices que seuls les enfants savent nouer. D'un autre côté, le cinéaste expose une mère au caractère ambivalent entre la douceur apportée à Ding et la sévérité infligée à Jia. D'ailleurs, ce dernier ne supportera pas sa chape de responsabilité, passant à l'acte fatidique, réfléchi et irréparable.

Sur ce noyau affectif et fam
ilial se greffent aussi des images cinématographiques dans la veine des dernières productions indépendantes chinoises, à savoir une qualité proche du docu-fiction pour coller à la réalité tout en employant une myriade de techniques cinématographiques. On reste ainsi le coeur sur la main lorsque les jeunes se retrouvent au début du long métrage dans une usine désaffectée, ou lorsqu'ils se regardent, luttant ensemble contre la maladie. Lorsque les lézards de la végétation luxuriante fument la cigarette, on ne peut que sourire face à cette farce. On versera pour autant une larme sur le tragique destin de ces enfants, l'un terminant comme ses clous sur le rail, l'autre immaculé de lait qui dévale le long de ses phalanges assassines.

Si Ma Wu Jia n'est pas un grand film, et si son introversion risque d'en envoyer plus d’un dans les bras de Morphée, on ne peut que constater la fraîcheur et la vitalité des jeunes cinéastes, qui, comme Zhao Ye, sont prêts à briguer la succession de leurs aînés. Telle cette tortue dans son bocal, le cinéma chinois reste peut-être encore prisonnier de sa condition, mais le vent se lève et se lèvera toujours, tant que ces artistes continueront à tisser leurs toiles.
Damien Paccellieri

Publié par damien à 11:55

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