vendredi 16 novembre 2007
Le Maitre d'Armes
Le Maître d'Armes de Ronny Yu, 2005Avec Jet Li, Sun Li, Collin Chou
Le Maître d’Armes ou la vie romancée de Huo Yan-yuanjia, fondateur de l'école Jin Wu Men, devenu héros national chinois alors qu'il défiait et battait en duel des combattants chinois, japonais et occidentaux au début du siècle à Shanghai, à l'époque où son pays était soumis à la domination de nations étrangères.
Le Maître d’Armes a été annoncé comme le dernier film de kung-fu de Jet Li, et si cela se vérifie c'est une sortie en beauté que nous offre ce dernier. Non seulement le film est excellent, mais il donne à Jet Li un rôle dans lequel celui-ci abandonne ses personnages de héros taciturnes et imperturbables qu'il incarne depuis plus d'une dizaine d'années aussi bien dans des productions asiatiques (de My Father is an Hero à “Hero) qu’occidentales. Il renoue avec un type de rôle plus proche de celui qu'il a pu incarner dans Taï chi master ou dans Swordman II. Il redevient un être humain, qui rit, s'enivre, se remet en question, cède à la vanité ou au contraire fait preuve d'humilité.
Le Maître d’Armes permet à Jet Li d'exprimer sa vision des arts martiaux, d'en expliquer la “voie”. Loin de la recherche de la performance, les arts martiaux sont une des voies qui conduit à la sagesse, à la paix, au renoncement des vanités de ce monde. L'art martial est une philosophie de vie qui rejoint dans le cas de Huo Yan-yuanjia la pensée bouddhiste. À travers sa pratique on apprend à se connaître et à se respecter.
Cette vision du combattant, du guerrier n'est pas l'apanage du maître Huo Yan-yuanjia dans le film où Jet Li dans la réalité, chaque guerrier digne de ce nom est apte à y accéder, comme on peut le voir dans le film ; que ce soit un lutteur américain ou un karatéka japonais, tous deux sont dignes adversaires dotés d'une éthique intransigeante et d'un honneur sans tâche.
Ce discours permet alors au film d'échapper à un nationalisme primaire. La gageure n’était pourtant pas facile, car le début du film laisse présager le pire. Huo Yan-yuanjia est engagé dans des combats contre des adversaires représentant les nations étrangères qui asservissent la Chine. Il combat pour l'honneur de la Chine face à l'envahisseur, ce qui rendit le personnage historique de Huo Yan-yuanjia légendaire. Le film navigue alors à la frontière de la xénophobie et du nationalisme. Cependant, c’est à ce moment que le sujet réel du film vient balayer toutes ces questions ; le guerrier accompli ne combat que pour son art et n'est au service d'aucune cause mesquine qu'elle soit politique, pécuniaire ou glorieuse.
Le film est sauvé... de justesse grâce à l'attitude du karatéka japonais (Shido Kamura) incarnation lui aussi du guerrier qui suit la voie de l'art martial, digne successeur en cela du légendaire Musashi. La rencontre entre Huo Yan-yuanjia et cet homme, lors d'une dégustation de thé, est la preuve que quelques soit sa philosophie le guerrier sait reconnaître la valeur de son adversaire, et respecter son art, même si celui-ci emprunte une voie différente, car le but poursuivi est le même : la perfection de l'art, la fusion du corps et de l'esprit, l'harmonie entre l'homme et le monde qui l'entoure.
Le Maître d’Armes s
e décompose en trois parties, trois stades de la vie de Huo Yan-yuanjia. Dans le premier acte, Huo Yan-yuanjia mène la vie vaniteuse du combattant au service de la gloire qui le mène à la chute sociale et spirituelle. Le second correspond à ce déclin, puis à une sorte de retraite pendant laquelle il apprendra l'humilité auprès d'une jeune paysanne aveugle. Enfin, le troisième correspond à la mise en pratique de sa voie des arts martiaux et à la fondation d'une école réputée encore de nos jours.
Cette évolution est traduite de deux manières différentes dans le film.
La première se concentre dans l’attitude de Huo Yan-yuanjia : son comportement évolue au gré de sa progression. Jet Li incarne parfaitement ce personnage et cette évolution, qu'il soit un homme vaniteux, violent et faraud, un humble paysan conscient de son inexpérience et de la valeur cachée des êtres, ou un maître accompli et en paix avec lui-même. L’acteur est toujours crédible, et ne retourne jamais à ce personnage énigmatique, silencieux et sans relief qu'ont tant aimé lui faire jouer les réalisateurs de la dernière décennie.
La deuxième se développe par le déroulement des combats, et par la façon dont Huo Yan-yuanjia va gérer ses empoignes et ses victoires.
Huo Yan-yuanjia combat d’abord violemment, s'évertuant à ce que tout le monde le reconnaisse comme un maître, il multiplie même les fanfaronnades aussi bien avant le combat, que pendant celui-ci, et plus encore après. Il se dépense beaucoup dans des coups, des formes d'attaques ou d'esquives superflues qui sont plus de l'ordre du spectacle de foire que du combat. Il n'éprouve aucun respect pour son adversaire qui ne lui sert que de simple faire-valoir.
Puis son style change complètement. S'il est toujours aussi efficace, Huo Yan-yuanjia abandonne les effets superflus et ne se con
centre que sur l'essentiel.
Il est calme, maître de lui, et ne se laisse jamais aller à la colère, ou au mépris de son adversaire. La victoire n'a plus à être éclatante, car elle ne concerne que lui et son adversaire.
Il n'a plus besoin de terrasser son adversaire au mépris même de la vie de celui-ci, un combat ne se gagne pas par K.O., par la mort ou l'humiliation de l'adversaire, il se gagne par la maîtrise totale de son art, et par le respect que cette maîtrise impose à son adversaire.
La mise en scène des combats illustre très bien cette philosophie, les effets obtenus à l'aide de câble ne sont utilisés qu’avec parcimonie. Les combats sont plus spectaculaires pour un non-initié, et ceux qui se déroulent durant le championnat sont exempts de tout effet de genre. Ils n'en sont pas moins impressionnants et y gagnent en crédibilité.
Le Maître d’Armes ravira les amateurs de film de kung-fu, parce que les combats y sont nombreux, variés (à mains nues, avec toutes sortes d'armes... et dommage que 40 minutes de film aient été sacrifié au montage dont un combat contre un Thaï et un autre contre Michelle Yeoh...), bien filmés et bien chorégraphiés. Leur côté réaliste plaira à ceux qui regrettent l'emploi excessif des câbles dans beaucoup de production de films de kung-fu en costume. Il séduira les autres pour l'humanité qui s'en dégage, et pour la quête de lui-même qu'entreprend le personnage. Les adeptes des arts martiaux eux, apprécieront non seulement la qualité des combats, mais aussi toute la philosophie développée dans le film autour de la pratique des arts martiaux.
Le Maître d’Armes est u
ne très bonne surprise, et on regrettera après l'avoir vu que Jet Li n'ait pas tourné ces dernières années des films de cette qualité, lui offrant de vrais rôles d'acteur et non seulement de l’artiste martial. Si l’on regrette parfois que les Chinois qu'ils soient de Hong Kong ou de la Chine continentale s'évertuent à servir aux occidentaux des films qu'ils puissent comprendre, ici on sera ravit, car en aucun cas Le Maître d’Armes ne se sacrifie à ce penchant, ce qui le rend d’autant plus meilleur.
Le Maître d’Armes a été annoncé comme le dernier film de kung-fu de Jet Li, et si cela se vérifie c'est une sortie en beauté que nous offre ce dernier. Non seulement le film est excellent, mais il donne à Jet Li un rôle dans lequel celui-ci abandonne ses personnages de héros taciturnes et imperturbables qu'il incarne depuis plus d'une dizaine d'années aussi bien dans des productions asiatiques (de My Father is an Hero à “Hero) qu’occidentales. Il renoue avec un type de rôle plus proche de celui qu'il a pu incarner dans Taï chi master ou dans Swordman II. Il redevient un être humain, qui rit, s'enivre, se remet en question, cède à la vanité ou au contraire fait preuve d'humilité.
Le Maître d’Armes permet à Jet Li d'exprimer sa vision des arts martiaux, d'en expliquer la “voie”. Loin de la recherche de la performance, les arts martiaux sont une des voies qui conduit à la sagesse, à la paix, au renoncement des vanités de ce monde. L'art martial est une philosophie de vie qui rejoint dans le cas de Huo Yan-yuanjia la pensée bouddhiste. À travers sa pratique on apprend à se connaître et à se respecter.
Cette vision du combattant, du guerrier n'est pas l'apanage du maître Huo Yan-yuanjia dans le film où Jet Li dans la réalité, chaque guerrier digne de ce nom est apte à y accéder, comme on peut le voir dans le film ; que ce soit un lutteur américain ou un karatéka japonais, tous deux sont dignes adversaires dotés d'une éthique intransigeante et d'un honneur sans tâche.
Ce discours permet alors au film d'échapper à un nationalisme primaire. La gageure n’était pourtant pas facile, car le début du film laisse présager le pire. Huo Yan-yuanjia est engagé dans des combats contre des adversaires représentant les nations étrangères qui asservissent la Chine. Il combat pour l'honneur de la Chine face à l'envahisseur, ce qui rendit le personnage historique de Huo Yan-yuanjia légendaire. Le film navigue alors à la frontière de la xénophobie et du nationalisme. Cependant, c’est à ce moment que le sujet réel du film vient balayer toutes ces questions ; le guerrier accompli ne combat que pour son art et n'est au service d'aucune cause mesquine qu'elle soit politique, pécuniaire ou glorieuse.
Le film est sauvé... de justesse grâce à l'attitude du karatéka japonais (Shido Kamura) incarnation lui aussi du guerrier qui suit la voie de l'art martial, digne successeur en cela du légendaire Musashi. La rencontre entre Huo Yan-yuanjia et cet homme, lors d'une dégustation de thé, est la preuve que quelques soit sa philosophie le guerrier sait reconnaître la valeur de son adversaire, et respecter son art, même si celui-ci emprunte une voie différente, car le but poursuivi est le même : la perfection de l'art, la fusion du corps et de l'esprit, l'harmonie entre l'homme et le monde qui l'entoure.
Le Maître d’Armes s
e décompose en trois parties, trois stades de la vie de Huo Yan-yuanjia. Dans le premier acte, Huo Yan-yuanjia mène la vie vaniteuse du combattant au service de la gloire qui le mène à la chute sociale et spirituelle. Le second correspond à ce déclin, puis à une sorte de retraite pendant laquelle il apprendra l'humilité auprès d'une jeune paysanne aveugle. Enfin, le troisième correspond à la mise en pratique de sa voie des arts martiaux et à la fondation d'une école réputée encore de nos jours.Cette évolution est traduite de deux manières différentes dans le film.
La première se concentre dans l’attitude de Huo Yan-yuanjia : son comportement évolue au gré de sa progression. Jet Li incarne parfaitement ce personnage et cette évolution, qu'il soit un homme vaniteux, violent et faraud, un humble paysan conscient de son inexpérience et de la valeur cachée des êtres, ou un maître accompli et en paix avec lui-même. L’acteur est toujours crédible, et ne retourne jamais à ce personnage énigmatique, silencieux et sans relief qu'ont tant aimé lui faire jouer les réalisateurs de la dernière décennie.
La deuxième se développe par le déroulement des combats, et par la façon dont Huo Yan-yuanjia va gérer ses empoignes et ses victoires.
Huo Yan-yuanjia combat d’abord violemment, s'évertuant à ce que tout le monde le reconnaisse comme un maître, il multiplie même les fanfaronnades aussi bien avant le combat, que pendant celui-ci, et plus encore après. Il se dépense beaucoup dans des coups, des formes d'attaques ou d'esquives superflues qui sont plus de l'ordre du spectacle de foire que du combat. Il n'éprouve aucun respect pour son adversaire qui ne lui sert que de simple faire-valoir.
Puis son style change complètement. S'il est toujours aussi efficace, Huo Yan-yuanjia abandonne les effets superflus et ne se con
centre que sur l'essentiel.Il est calme, maître de lui, et ne se laisse jamais aller à la colère, ou au mépris de son adversaire. La victoire n'a plus à être éclatante, car elle ne concerne que lui et son adversaire.
Il n'a plus besoin de terrasser son adversaire au mépris même de la vie de celui-ci, un combat ne se gagne pas par K.O., par la mort ou l'humiliation de l'adversaire, il se gagne par la maîtrise totale de son art, et par le respect que cette maîtrise impose à son adversaire.
La mise en scène des combats illustre très bien cette philosophie, les effets obtenus à l'aide de câble ne sont utilisés qu’avec parcimonie. Les combats sont plus spectaculaires pour un non-initié, et ceux qui se déroulent durant le championnat sont exempts de tout effet de genre. Ils n'en sont pas moins impressionnants et y gagnent en crédibilité.
Le Maître d’Armes ravira les amateurs de film de kung-fu, parce que les combats y sont nombreux, variés (à mains nues, avec toutes sortes d'armes... et dommage que 40 minutes de film aient été sacrifié au montage dont un combat contre un Thaï et un autre contre Michelle Yeoh...), bien filmés et bien chorégraphiés. Leur côté réaliste plaira à ceux qui regrettent l'emploi excessif des câbles dans beaucoup de production de films de kung-fu en costume. Il séduira les autres pour l'humanité qui s'en dégage, et pour la quête de lui-même qu'entreprend le personnage. Les adeptes des arts martiaux eux, apprécieront non seulement la qualité des combats, mais aussi toute la philosophie développée dans le film autour de la pratique des arts martiaux.
Le Maître d’Armes est u
ne très bonne surprise, et on regrettera après l'avoir vu que Jet Li n'ait pas tourné ces dernières années des films de cette qualité, lui offrant de vrais rôles d'acteur et non seulement de l’artiste martial. Si l’on regrette parfois que les Chinois qu'ils soient de Hong Kong ou de la Chine continentale s'évertuent à servir aux occidentaux des films qu'ils puissent comprendre, ici on sera ravit, car en aucun cas Le Maître d’Armes ne se sacrifie à ce penchant, ce qui le rend d’autant plus meilleur.Anne Grosbon


















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