jeudi 8 novembre 2007
Beijing Bicycle
Beijing Bicycle de Wang Xiaoshuai, 2001Avec Li Bin, Zhou Xun, Cui Lin
Compère de Jia Zhang-ke, Wang Xiaoshuai signe avec Beijing Bicycle un portrait saisissant de la capitale dans la lignée des œuvres de Ning Ying, spécialiste cinématographique de cette ville.
Difficile aujourd’hui de tracer trait pour trait les contours sociaux de Pékin, tant la mégalopole évolue à une vitesse fulgurante. Les immeubles poussent comme des champignons, les chantiers sont ouverts la nuit, les mingongs toujours aussi nombreux et la ville de plus en plus asphalteuse est remodelée pour devenir l’hôte des Jeux olympiques de 2008.
Wang Xiaoshuai concentre son portrait sur la jeunesse pékinoise. De leurs yeux, la société des aînés se transforme avec pertes et fracas.
La première scène est un écueil à cette analyse : plusieurs jeunes travailleurs immigrés issus des régions les plus pauvres de Chine recherchent du travail à Pékin dans une société de livraison express.
En total décalage avec le monde de la ville, ces ruraux sont néanmoins une main d’œuvre malléable et prête à tout pour empocher quelques yuan.
La société de livraisons express leur sert alors un discours des plus évoquant sur le système entrepreneurial : ils auront le droit à des VTT haut de gamme, signe de la nouvelle donne chinoise, mais seront aussi contraints de na pas en abuser et de ne pas le perdre, ou pire, de se le faire voler. Le reste du discours est à l’image de cette société, où les exigences sont de plus en plus fortes, même dans ces emplois de fortune.
Ainsi, le cinéaste pose les fondations d’une chape économique chinoise particulièrement difficile pour ses plus petits acteurs.
Chaque emploi devient
une source de nombreuses responsabilités et performances, donc de stress, cette nervosité propre à déchaîner le pire des climats sociaux (au Japon, ce stress fait des ravages, cf. Karoshi)
Par une petite visite chez Xiao Guei, héros mingong du long métrage, Wang Xiaoshuai prend à sa cause ces travailleurs pauvres des grandes villes, traités comme des éléments parasitaires et regardés avec dédain par un grand nombre de citadins.
Le meilleur ami de Jia Zhang-ke exploite à merveille ce choc non pas de civilisation, mais de population, entre sociétés urbaines et celles des immigrés de la campagne.
Par la suite, le cinéaste enchaîne directement avec l’évènement qui a marqué les spectateurs de Cyclo réalisé par Tran Anh Hung, à savoir le rapt du vélo.
En effet, Xiao Guei, jeune premier qui délivre des paquets en moins de 30 minutes, commence son activité professionnelle sous les plus mauvais hospices. En se trompant de client, il perd un temps fou à livrer son véritable client. Pire, lorsqu’il ressort de l’établissement de celui-ci, il ne retrouve plus son superbe VTT.
Dans ses allants de malchance, Xiao Guei ne peut livrer son deuxième client de la journée, ce qui n’est pas sans arranger sa situation.
Il part alors à la recherche de son vélo, en vain. Flageolant lors de son retour à la société, Xiao Guei se fait licencier pour fautes g
raves. Dépité, l’ex-livreur « pleure de toutes ses larmes » pour ne pas perdre son travail. Cela affecte son patron et lui laissera une seconde chance qu’a la seule condition de retrouver son vélo…
À partir de là, le vélo devient toute la symbolique du long métrage. À Pékin où le vélo était roi (puisque la voiture engorge désormais le périphérique et jugule la circulation au centre ville), Wang Xiaoshuai s’en est trouvé son meilleur allié cinématographique.
Dans cette capitale où l’on transporte parfois toute sa vie sur un vélo, où ce moyen de transport était à l’époque maoïste, un signe incontestable de richesse, la bicyclette se retrouve au centre d’une épineuse situation sociale. Volé à un jeune livreur, il lui fait perdre son emploi, son honneur, sa condition. Subtilisé par un jeune urbain, il devient un moyen d’expression et d’ascension sociale, notamment auprès de ses amis bikers et d’une jeune donzelle à laquelle il fait la cour.
Le cinéaste se détourne alors soudainement de son personnage premier pour suivre les traces de ce jeune lycéen toujours accompagné de quelques amis. De son côté, Xiao Guei cherche désespérément son vélo, le retrouve et tente de le récupérer avec violence, mais celle-ci se retourne contre lui. Il perd une nouvelle fois son vélo, mais ne se décourage pas pour autant, puisqu’il repart à sa poursuite, véritable situation de vie ou de mort pour le jeune Xiao Guei.
Mais rien n’y fait, si ce n’est après avoir discuté avec le père du voleur qui n’a pas pu tenir ses promesses envers son fils.
Après moult tractations, le jeune lycéen et Xiao Guei décident de se mettre d’accord sur une utilisation alternée du vélo pour que les deux adolescents puissent en profiter pleinement. Idée originale s’il en est, Wang Xiaoshuai marque peut
être ici son unique coup de folie sans toutefois délester les réflexions proposées par son long métrage.
En exploitant toute une thématique autour du vélo – mingong, malaise de la jeunesse, ville en ébullition, tensions familiales –, Wang Xiaoshuai transmet à son public toute une gamme de réflexions des plus intéressantes. Ainsi, Beijing Bicycle devint son plus grand succès, et posa une nouvelle pierre dans le jardin de la sixième génération des réalisateurs chinois.
Compère de Jia Zhang-ke, Wang Xiaoshuai signe avec Beijing Bicycle un portrait saisissant de la capitale dans la lignée des œuvres de Ning Ying, spécialiste cinématographique de cette ville.
Difficile aujourd’hui de tracer trait pour trait les contours sociaux de Pékin, tant la mégalopole évolue à une vitesse fulgurante. Les immeubles poussent comme des champignons, les chantiers sont ouverts la nuit, les mingongs toujours aussi nombreux et la ville de plus en plus asphalteuse est remodelée pour devenir l’hôte des Jeux olympiques de 2008.
Wang Xiaoshuai concentre son portrait sur la jeunesse pékinoise. De leurs yeux, la société des aînés se transforme avec pertes et fracas.
La première scène est un écueil à cette analyse : plusieurs jeunes travailleurs immigrés issus des régions les plus pauvres de Chine recherchent du travail à Pékin dans une société de livraison express.
En total décalage avec le monde de la ville, ces ruraux sont néanmoins une main d’œuvre malléable et prête à tout pour empocher quelques yuan.
La société de livraisons express leur sert alors un discours des plus évoquant sur le système entrepreneurial : ils auront le droit à des VTT haut de gamme, signe de la nouvelle donne chinoise, mais seront aussi contraints de na pas en abuser et de ne pas le perdre, ou pire, de se le faire voler. Le reste du discours est à l’image de cette société, où les exigences sont de plus en plus fortes, même dans ces emplois de fortune.
Ainsi, le cinéaste pose les fondations d’une chape économique chinoise particulièrement difficile pour ses plus petits acteurs.
Chaque emploi devient
une source de nombreuses responsabilités et performances, donc de stress, cette nervosité propre à déchaîner le pire des climats sociaux (au Japon, ce stress fait des ravages, cf. Karoshi)Par une petite visite chez Xiao Guei, héros mingong du long métrage, Wang Xiaoshuai prend à sa cause ces travailleurs pauvres des grandes villes, traités comme des éléments parasitaires et regardés avec dédain par un grand nombre de citadins.
Le meilleur ami de Jia Zhang-ke exploite à merveille ce choc non pas de civilisation, mais de population, entre sociétés urbaines et celles des immigrés de la campagne.
Par la suite, le cinéaste enchaîne directement avec l’évènement qui a marqué les spectateurs de Cyclo réalisé par Tran Anh Hung, à savoir le rapt du vélo.
En effet, Xiao Guei, jeune premier qui délivre des paquets en moins de 30 minutes, commence son activité professionnelle sous les plus mauvais hospices. En se trompant de client, il perd un temps fou à livrer son véritable client. Pire, lorsqu’il ressort de l’établissement de celui-ci, il ne retrouve plus son superbe VTT.
Dans ses allants de malchance, Xiao Guei ne peut livrer son deuxième client de la journée, ce qui n’est pas sans arranger sa situation.
Il part alors à la recherche de son vélo, en vain. Flageolant lors de son retour à la société, Xiao Guei se fait licencier pour fautes g
raves. Dépité, l’ex-livreur « pleure de toutes ses larmes » pour ne pas perdre son travail. Cela affecte son patron et lui laissera une seconde chance qu’a la seule condition de retrouver son vélo… À partir de là, le vélo devient toute la symbolique du long métrage. À Pékin où le vélo était roi (puisque la voiture engorge désormais le périphérique et jugule la circulation au centre ville), Wang Xiaoshuai s’en est trouvé son meilleur allié cinématographique.
Dans cette capitale où l’on transporte parfois toute sa vie sur un vélo, où ce moyen de transport était à l’époque maoïste, un signe incontestable de richesse, la bicyclette se retrouve au centre d’une épineuse situation sociale. Volé à un jeune livreur, il lui fait perdre son emploi, son honneur, sa condition. Subtilisé par un jeune urbain, il devient un moyen d’expression et d’ascension sociale, notamment auprès de ses amis bikers et d’une jeune donzelle à laquelle il fait la cour.
Le cinéaste se détourne alors soudainement de son personnage premier pour suivre les traces de ce jeune lycéen toujours accompagné de quelques amis. De son côté, Xiao Guei cherche désespérément son vélo, le retrouve et tente de le récupérer avec violence, mais celle-ci se retourne contre lui. Il perd une nouvelle fois son vélo, mais ne se décourage pas pour autant, puisqu’il repart à sa poursuite, véritable situation de vie ou de mort pour le jeune Xiao Guei.
Mais rien n’y fait, si ce n’est après avoir discuté avec le père du voleur qui n’a pas pu tenir ses promesses envers son fils.
Après moult tractations, le jeune lycéen et Xiao Guei décident de se mettre d’accord sur une utilisation alternée du vélo pour que les deux adolescents puissent en profiter pleinement. Idée originale s’il en est, Wang Xiaoshuai marque peut
être ici son unique coup de folie sans toutefois délester les réflexions proposées par son long métrage.En exploitant toute une thématique autour du vélo – mingong, malaise de la jeunesse, ville en ébullition, tensions familiales –, Wang Xiaoshuai transmet à son public toute une gamme de réflexions des plus intéressantes. Ainsi, Beijing Bicycle devint son plus grand succès, et posa une nouvelle pierre dans le jardin de la sixième génération des réalisateurs chinois.
Damien Paccellieri


















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