jeudi 8 novembre 2007
Baober in Love
Baober in Love de Li Shaohong, 2004Avec Zhou Xun, Chen Kun, Huang Jue
Le nouveau film de Li Shaohong est un must cinématographique, l'histoire de deux êtres perdus, l'un qui va mettre le grappin sur l'autre pour finalement le convaincre qu'il est amoureux d'elle. Baober (Zhou Xun) est une fille seule, extravagante et complètement inattendue.
Elle a vécu des événements qui ont choqué son enfance, notamment la destruction de sa maison par les autorités chinoises. Liu (Huang Jue) est un consultant qui gagne bien sa vie et la partage avec sa femme jusqu'au jour où cette communauté ne peut plus durer. Il se sépare alors d'elle et c'est alors que Baober, par le truchement d'une vidéo autoportrait fait sa connaissance.
Elle va tomber amoureuse et tout mettre en oeuvre pour lui faire ressentir les sentiments réciproques...
Ce qui fait avant tout la réussite de Baober in Love c'est l'énergie incroyable que Zhou Xun dispense au film. Après avoir admiré son pouvoir séducteur et protéiforme dans Suzhou River, on la retrouve ici en état de grâce, fidèle à ce rôle, mais encore enrichie d'un passif psychologique intense. Ajoutez à cela une photographie extrêmement léchée mêlant différents effets sur images et dont la postproduction a été assurée entièrement par des Français et vous obtenez un cocktail détonant de bonne humeur et de réflexion sur l'amour et la coexistence
des sentiments dans une société urbanisée, refroidie par le béton. Le film est donc appelé à devenir un incontournable. Si ce n'est dans l'immédiat, du moins dans quelques années sera-t-il devenu culte. Li Shaohong, réalisatrice de la cinquième génération, se transforme, le temps d’un film, en cinéaste de la sixième génération, ceux qui ne prennent pas la peine de s'encombrer de convenances visuelles ou narratives et donnent libre cours à un imaginaire débordant.
Baober in love est tout cela. Mélange de fraîcheur, d'innovation, de psychédélisme et d'acné sentimental. Son style s'adapte parfaitement à un message, car il n'y en a pas. Pas de style, ou celui inimité, inimitable fait de construction/déconstruction de LI Shaohong qui a déjà un parcours assez surprenant. Après avoir rejoint l'armée à 14 ans, elle décide de s'orienter vers le cinéma, sera diplômée de l'Académie du Film de Pékin avec des films tels qu’Un mat
in rouge sang, Portraits de famille, Blush, et Red Suit. Pas de message si ce n'est les rêves de jeunes générations vers plus de libertés, en amour, dans le travail, dans la vie ; aspirant à des idéaux hier inaccessibles : argent, voyage, sexe... Si le film se veut critique à l'égard de la politique chinoise (destructions des vieux quartiers de Pékin et déracinement des populations, politique de l'enfant unique), ce n'est pas son propos premier et ces critiques n'apparaissent qu'en toile de fond.
Il est vrai que le film suit le caractère cyclothymique de Baober, étincelant lorsqu'elle va bien, crépusculaire lorsqu'elle doute de l'amour de Liu et de leur vie possible. Le chat noir qui, dans nos contrées à une symbolique négative, revêt ici une signification bien différente. Cette métaphore filée qui rappelle de loin la ligne du Parti en Chine (« Chat noir ou Chat blanc, l'essentiel est d'attraper la souris ») souligne la peur de Baober d'être au monde et d'y rester. Mais si l'on écarte cette vision pessimiste de la réalité qui fait croire que la Chine s'achemine vers un point de non-retour tout comme Baober, on profite au contraire d'une vision beaucoup plus positive de l'avenir. Ce n'est pas d'une société en déréliction dont il est question, mais d'une société qui a soif de vivre et survivre, à l'heure où les autorités qui perdent le contrôle resserrent la vis de la ceinture de chasteté.
Société v(i)olée, privée de libertés, pendant des décennies. Les nouveaux tenants de la barre se lancent à corps (é) perdus dans un délice de douceur, d'amour et de lumière. Comme le dit Liu en conclusion, « je ferais mieux de croire que cette douleur est joyeuse ». Baober in Love comme oeuvre des plus avant-gardistes en Chine ces dernières années est donc une romance crépusculaire sur fond de critique sociale. Il nous interroge sur les possibilités de l'amour dans une société déshumanisée.
Le nouveau film de Li Shaohong est un must cinématographique, l'histoire de deux êtres perdus, l'un qui va mettre le grappin sur l'autre pour finalement le convaincre qu'il est amoureux d'elle. Baober (Zhou Xun) est une fille seule, extravagante et complètement inattendue.
Elle a vécu des événements qui ont choqué son enfance, notamment la destruction de sa maison par les autorités chinoises. Liu (Huang Jue) est un consultant qui gagne bien sa vie et la partage avec sa femme jusqu'au jour où cette communauté ne peut plus durer. Il se sépare alors d'elle et c'est alors que Baober, par le truchement d'une vidéo autoportrait fait sa connaissance.
Elle va tomber amoureuse et tout mettre en oeuvre pour lui faire ressentir les sentiments réciproques...
« Romance crépusculaire sur fond de critique sociale »
Ce qui fait avant tout la réussite de Baober in Love c'est l'énergie incroyable que Zhou Xun dispense au film. Après avoir admiré son pouvoir séducteur et protéiforme dans Suzhou River, on la retrouve ici en état de grâce, fidèle à ce rôle, mais encore enrichie d'un passif psychologique intense. Ajoutez à cela une photographie extrêmement léchée mêlant différents effets sur images et dont la postproduction a été assurée entièrement par des Français et vous obtenez un cocktail détonant de bonne humeur et de réflexion sur l'amour et la coexistence
des sentiments dans une société urbanisée, refroidie par le béton. Le film est donc appelé à devenir un incontournable. Si ce n'est dans l'immédiat, du moins dans quelques années sera-t-il devenu culte. Li Shaohong, réalisatrice de la cinquième génération, se transforme, le temps d’un film, en cinéaste de la sixième génération, ceux qui ne prennent pas la peine de s'encombrer de convenances visuelles ou narratives et donnent libre cours à un imaginaire débordant. Baober in love est tout cela. Mélange de fraîcheur, d'innovation, de psychédélisme et d'acné sentimental. Son style s'adapte parfaitement à un message, car il n'y en a pas. Pas de style, ou celui inimité, inimitable fait de construction/déconstruction de LI Shaohong qui a déjà un parcours assez surprenant. Après avoir rejoint l'armée à 14 ans, elle décide de s'orienter vers le cinéma, sera diplômée de l'Académie du Film de Pékin avec des films tels qu’Un mat
in rouge sang, Portraits de famille, Blush, et Red Suit. Pas de message si ce n'est les rêves de jeunes générations vers plus de libertés, en amour, dans le travail, dans la vie ; aspirant à des idéaux hier inaccessibles : argent, voyage, sexe... Si le film se veut critique à l'égard de la politique chinoise (destructions des vieux quartiers de Pékin et déracinement des populations, politique de l'enfant unique), ce n'est pas son propos premier et ces critiques n'apparaissent qu'en toile de fond.
Il est vrai que le film suit le caractère cyclothymique de Baober, étincelant lorsqu'elle va bien, crépusculaire lorsqu'elle doute de l'amour de Liu et de leur vie possible. Le chat noir qui, dans nos contrées à une symbolique négative, revêt ici une signification bien différente. Cette métaphore filée qui rappelle de loin la ligne du Parti en Chine (« Chat noir ou Chat blanc, l'essentiel est d'attraper la souris ») souligne la peur de Baober d'être au monde et d'y rester. Mais si l'on écarte cette vision pessimiste de la réalité qui fait croire que la Chine s'achemine vers un point de non-retour tout comme Baober, on profite au contraire d'une vision beaucoup plus positive de l'avenir. Ce n'est pas d'une société en déréliction dont il est question, mais d'une société qui a soif de vivre et survivre, à l'heure où les autorités qui perdent le contrôle resserrent la vis de la ceinture de chasteté. Société v(i)olée, privée de libertés, pendant des décennies. Les nouveaux tenants de la barre se lancent à corps (é) perdus dans un délice de douceur, d'amour et de lumière. Comme le dit Liu en conclusion, « je ferais mieux de croire que cette douleur est joyeuse ». Baober in Love comme oeuvre des plus avant-gardistes en Chine ces dernières années est donc une romance crépusculaire sur fond de critique sociale. Il nous interroge sur les possibilités de l'amour dans une société déshumanisée.
Vianney Meunier
(2005)
(2005)


















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