lundi 26 novembre 2007

Anayi

Anayi de Chou Chou, 2006
Tourné avec des acteurs non proffessionnels

Anayi, une jeune femme de l'ethnie Miao, vit avec sa grand-mère depuis de nombreuses années. Celle-ci est malheureusement dans les derniers instants de sa vie. Dans le même temps, Anayi tombe amoureuse d'un jeune homme de l'ethnie Dong...

Chouchou, jeune femme diplômée de l'Académie de cinéma de Pékin est avec Anayi non pas seulement réalisatrice, mais aussi actrice, productrice et chanteuse. Un tout-en-un à l'apparence exceptionnelle qui ne l'est qu'à moitié puisque le long métrage a été totalement financé par la région de Yunnan ou a été tourné le film, et où le chef opérateur a été à la manoeuvre en terme de réalisation supplantant quelque peu la jeune Chou Chou.

Mais n'enlevons pas à César ce qui est à César, et félicitons-nous d'une telle entreprise cinématographique, rare pour son âge, voire unique.
Chou Chou nous conte ainsi sa propre vie dans un récit autobiographique de sa jeunesse auprès de l'ethnie Miao dont elle fait partie. De cette période heureuse où elle apprend la broderie, le chant et la danse traditionnelle, Chou Chou en montre avec nostalgie de merveilleux moments où cette ethnie communie autour de festivités qui lui sont propres.

La petite fille grandit et devient une jeune femme. Abao, un garçon avec lequel elle a grandi est appelé naturellement à devenir son mari, mais ce n'est pas ce que désire Anayi. Les pourparlers entre les deux failles deviennent alors de plus en plus tendus. Un jour où Anayi va de village en village, pour vendre les broderies confectionnées par sa grand-mère, la jeune femme glisse dans une colline et la dévale du sommet, inconsciente. Par chance, un jeune homme du peuple Dong la ramène chez lui et la soigne, mais prend la poudre d'escampette avant que celle-ci se réveille. Elle lui laisse alors son parapluie comme souvenir, indéfectible signe d'un retour prochain pour le remercier et en tombe amoureuse sans en voir vu le visage. Mais pendant que cette douce idylle prend forme, la grand-mère entend son défunt mari l'appeler, signe d'une fin proche...

Anayi n'est pas véritablement une oeuvre cinématographique au sens propre du terme, mais plutôt un documentaire-fiction où l'amour entre une fille Miao et un garçon Dong n'est qu'une excuse à la découverte d'une société rurale saisissante.
De par ses chants, ses danses et ses rassemblements populaires, Anayi offre à ses spectateurs un voyage au coeur des deux cultures Miao et Dong.
Les rites traditionnels comme celui de la Fête des Soeurs où chaque fille fait don de portions de riz coloré (rouge, orange, vert, jaune et bien entendu blanc) au garçon de son choix, est une intéressante occasion d’en découvrir d’avantages sur les Miao, reconnue notamment pour leurs étoffes et leurs impressionnants bijoux en argent.

Mais si ces fabuleux moments de partages culturels sont d’ordre quasi hypnotique, le développement scénaristique l’est nettement moins avec de nombreux moments de naïvetés consternants (hors fonctionnement des microsociétés ethniques).
On peut citer comme exemple cet îlot où les amoureux partagent leurs sentiments ressemblant à un ersatz de jardin d’Éden et pilonnant le réalisme surexposé précédemment dans le long métrage. En bref, il n’y avait vraiment pas besoin de cela pour rendre cette oeuvre d’avantage cinématographique.
Et c’est sans compter la sempiternelle musique de fond qui comble bien souvent le vide de thématiques ou d’idées exposées, puisque Anayi est d’abord un condensé d’images ethnographique.

Alors même si Chou Chou chante divinement bien dans la dernière séquence du long métrage (dont les rebondissements sont déplorables), Anayi ne retiendra notre attention que pour son effort de vulgarisation de ces cultures encore méconnues. En cela, cette œuvre est d’une certaine utilité et donnera à ses spectateurs l’envie peut-être de partir à la rencontre des peuples du Yunnan.

Damien Paccellieri


Rencontre de Chou Chou avec le public

1) Est-ce difficile d’être actrice et réalisatrice pour un premier film ?

Ce n’est pas véritablement mon premier long métrage, mais c’est celui dans lequel je joue et je réalise à la fois. J’ai toujours été très attentive au travail de chaque poste dans un tournage, et je dois dire que l’équipe du film a été toujours là pour m’épauler.

2) Comment vous est venue l’idée de faire ce film ?

Quand j’étais petite, j’ai vécu là-bas comme je le montre dans le film. Par la suite, j’ai fait mes études de cinéma à Pékin. Je souhaitais depuis toujours présenter les différentes ethnies qui sont une richesse immense pour la Chine.

3) Dans quelles ville ou région a été tourné le film ?

Cela a été tourné au sud Est de Guizhou, dans l’une des 18 réserves culturelles protégées par l’UNESCO.
(le nom exact est Xian Dong Nan NDLR)

4) Tous les personnages sont des acteurs ?

Non, mis à part mon rôle et celui de la grand-mère, tous les autres sont des habitants de ma région, non professionnels.

5) Pourquoi avoir tourné le film en mandarin ?

Nous avons adopté le mandarin pour plus de facilité de compréhension, même si nous avons aussi un doublage Miao/Dong.

6) Quelle est la situation actuelle de l’ethnie Miao ?

L’ethnie tout comme l’administration chinoise ont conscience de conserver les richesses culturelles du passé. C’est presque 5000 ans d’histoire de la culture chinoise, il serait dommage de s’en priver pour les 5000 prochaines.
Maintenant pour parler de manière plus technique, les ethnies s’accommodent à la société actuelle par le biais de formation afin de préserver leur culture dans le cadre économique et sociétal d’aujourd’hui.

7) Existe t’il des oppositions à se marier entre Dong et Miao ?

Pas du tout. De plus, les deux ethnies vivent côte à côte.

8) Quelle diffusion le film a eue en Chine ?

Ce film a été projeté de décembre 2006 à avril 2007 dans la région de Guizhou.

9) Comment ont réagi les personnes de votre ethnie en voyant votre long métrage ?

Au début, j’avais peur que leur vie au quotidien ne puisse les intéresser. Mais finalement, c’était tout le contraire, l’attente était forte, certainement poussée par la curiosité. J’ai été très touché par leur enthousiasme.

10) Pourquoi s’appeler Chou Chou, ce qui signifie « pas très beau » ?

(Rires) c’est mon père qui a choisi cela. Dans la coutume Miao, appeler sa fille par un nom péjoratif est le présage d’un excellent épanouissement.

Publié par damien à 10:45

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