vendredi 19 octobre 2007
Shower
Shower de Zhang Yang, 1999Avec Pu Cunxin, Zhu Xu, Jiang Wu
Le « Quingshui », l’un des derniers établissements de bains publics traditionnels de Pékin est dirigé avec bonne humeur par le vieux maître Liu. Mais un jour, son fils aîné, Da Ming, revient le voir alerté par une étrange lettre…
De 1999 à 2001, le septième art chinois nous a offert de magnifiques moments de cinéma avec en tête de liste ce long métrage de Zhang Yang. Illustre cinéaste de la sixième génération (voir peut être le meilleur), Zhang Yang parvient ici à un chef d’œuvre articulé par des thématiques sociales préoccupantes.
Shower, c’est l’histoire de Liu Xu, un vieil homme qui tentera en vain de continuer son activité de bain public, sacro-sainte habitude culturelle chinoise.
Le bain public est un lieu où toute la population d’un quartier partage ragots et nouvelles, tout en laissant couler sa vie au fil de l’eau.
Ce parfait repère pour les
combats de grillons du « club du troisième âge » est pourtant sur le point de fermer ses portes, car le vieux quartier des hutongs doit être rasé et faire place à la nouvelle ville bitumeuse et commerciale pékinoise.
Ses clients, petites gens comme grandes fortunes, ne peuvent croire en la future cessation d’activité de ce bain public. D'ailleurs, l’un d’entre eux imagine même, dans l’excellente scène introductive du film, les nouveaux bains de demain, assurément futuristes et forcément tristes.
Dans cette épreuve, maître Liu veut compter sur ses deux fils : l’un attardé mental, mais présent pour toutes les tâches quotidiennes, l’autre avec lequel les relations se sont distendues, et qui a depuis longtemps choisit le chemin de la modernité.
Malgré le peu de soucis que ce dernier se fait pour l’activité de son père, il revient exceptionnellement voir son paternel suite à une lettre envoyée par son petit frère où il était écrit que leur père était mourant et bien d’autres affabulations.
Présent quelques jours à Pékin, Da Ming constate que l’activité de son père est bien plus saine salutaire, honorable qu’il ne le croyait et se résigne à lui prêter main forte…
Shower est une véritable passerelle vers la culture chinoise et l’un des socles cinématographiques de la sixième génération. On y découvre toutes les petites recettes du bonheur à la chinoise. Des combats de grillons aux échecs chinois, en passant par ces douches vivifiantes, on comprend mieux pourquoi les Chinois, malgré leur charge de travail, assurent davantage leurs efforts.
Ce long métrage dévoile aussi les relations difficiles entre un père et son fils. Ce dernier, habitué à la vie urbaine actuelle, n’en a cure de ce vieux qui se bat pour la survie d’une activité séculaire. Pourtant, son regard va évoluer et va peu à peu lui aussi y trouver sa voie. Une excellente métaphore contenue dans un plan sur une émission télé révèle l’idée suivante : « quand les parents viennent à s’éteindre, les enfants prennent le relai ». C’est ce que décidera finalement l’aîné qui laisse alors pour un temps sa chère épouse à la vraie ville pour s’occuper davantage de son frère et de l’établissement de son père.
On peut aussi noter l’impériale prestation de Zhu Xu, l’un des plus grands acteurs de théâtre et du cinéma chinois (Le Roi des Masques). Son sourire et son visage resteront gravés de longues années sur la pellicule de nos mémoires. Jiang Wu, frère de Jiang Wen, qui interprète ici un formidable frère attardé, est d’une sensibilité et d’une attache sans pareilles. Pu Cunxin, le frère aîné, connu et reconnu pour ses talents d’acteurs ne démérite pas puisqu’il signe ici sa plus grande performance. Et je ne vous parle pas de toute la brochette des seconds couteaux qui participent à l’humour de ce film.
Mais au-delà de tout, Zhang Yang nous étonne par sa capacité de traiter de nombreux sujets sociaux avec une facilité déconcertante, agrémentée d’une pédagogie exemplaire. Sans nous donner les clés de lecture de son long métrage, le cinéaste s’immisce dans nos cœurs pour les faire chavirer d’émotions.
Dans une dernière danse, la c
élébration du déménagement et de la démolition du quartier est lourde de sens. C’est une fête pleine d’amertume nous rappelant qu’il est encore d’actualité la destruction des hutongs du centre-ville de Pékin pour y construire à la place des tours sans âmes où s’entassent les grandes marques de consommation. Les habitants y sont délogés, déracinés et déposés au-delà du quatrième périphérique dans des appartements peut-être mieux équipés, mais sans la vie qu’ils menaient dans leur quartier populaire.
Enfin, il ne serait pas louable de terminer cette approche du long métrage sans évoquer la petite parenthèse abordée par maître Liu sur son histoire dans le Shanxi où une famille échangeait le grain de sa récolte contre l’eau pour le bain de sa fille, future femme de celui-ci. Là aussi, ce regard sur les années passées en campagne pour arriver à Pékin est troublant d’émotions.
Ainsi, Shower est un grand film, de ceux dont il faut se délecter chaque instant, si dense et passionnant à la fois. Comme le disaient les Chinois : « La suprême bonté est pareille à l’eau ». On en dira tout autant du film de Zang Yang. Une perle du cinéma chinois.
De 1999 à 2001, le septième art chinois nous a offert de magnifiques moments de cinéma avec en tête de liste ce long métrage de Zhang Yang. Illustre cinéaste de la sixième génération (voir peut être le meilleur), Zhang Yang parvient ici à un chef d’œuvre articulé par des thématiques sociales préoccupantes.
Shower, c’est l’histoire de Liu Xu, un vieil homme qui tentera en vain de continuer son activité de bain public, sacro-sainte habitude culturelle chinoise.
Le bain public est un lieu où toute la population d’un quartier partage ragots et nouvelles, tout en laissant couler sa vie au fil de l’eau.
Ce parfait repère pour les
combats de grillons du « club du troisième âge » est pourtant sur le point de fermer ses portes, car le vieux quartier des hutongs doit être rasé et faire place à la nouvelle ville bitumeuse et commerciale pékinoise.Ses clients, petites gens comme grandes fortunes, ne peuvent croire en la future cessation d’activité de ce bain public. D'ailleurs, l’un d’entre eux imagine même, dans l’excellente scène introductive du film, les nouveaux bains de demain, assurément futuristes et forcément tristes.
Dans cette épreuve, maître Liu veut compter sur ses deux fils : l’un attardé mental, mais présent pour toutes les tâches quotidiennes, l’autre avec lequel les relations se sont distendues, et qui a depuis longtemps choisit le chemin de la modernité.
Malgré le peu de soucis que ce dernier se fait pour l’activité de son père, il revient exceptionnellement voir son paternel suite à une lettre envoyée par son petit frère où il était écrit que leur père était mourant et bien d’autres affabulations.
Présent quelques jours à Pékin, Da Ming constate que l’activité de son père est bien plus saine salutaire, honorable qu’il ne le croyait et se résigne à lui prêter main forte…
Shower est une véritable passerelle vers la culture chinoise et l’un des socles cinématographiques de la sixième génération. On y découvre toutes les petites recettes du bonheur à la chinoise. Des combats de grillons aux échecs chinois, en passant par ces douches vivifiantes, on comprend mieux pourquoi les Chinois, malgré leur charge de travail, assurent davantage leurs efforts.Ce long métrage dévoile aussi les relations difficiles entre un père et son fils. Ce dernier, habitué à la vie urbaine actuelle, n’en a cure de ce vieux qui se bat pour la survie d’une activité séculaire. Pourtant, son regard va évoluer et va peu à peu lui aussi y trouver sa voie. Une excellente métaphore contenue dans un plan sur une émission télé révèle l’idée suivante : « quand les parents viennent à s’éteindre, les enfants prennent le relai ». C’est ce que décidera finalement l’aîné qui laisse alors pour un temps sa chère épouse à la vraie ville pour s’occuper davantage de son frère et de l’établissement de son père.
On peut aussi noter l’impériale prestation de Zhu Xu, l’un des plus grands acteurs de théâtre et du cinéma chinois (Le Roi des Masques). Son sourire et son visage resteront gravés de longues années sur la pellicule de nos mémoires. Jiang Wu, frère de Jiang Wen, qui interprète ici un formidable frère attardé, est d’une sensibilité et d’une attache sans pareilles. Pu Cunxin, le frère aîné, connu et reconnu pour ses talents d’acteurs ne démérite pas puisqu’il signe ici sa plus grande performance. Et je ne vous parle pas de toute la brochette des seconds couteaux qui participent à l’humour de ce film.
Mais au-delà de tout, Zhang Yang nous étonne par sa capacité de traiter de nombreux sujets sociaux avec une facilité déconcertante, agrémentée d’une pédagogie exemplaire. Sans nous donner les clés de lecture de son long métrage, le cinéaste s’immisce dans nos cœurs pour les faire chavirer d’émotions.
Dans une dernière danse, la c
élébration du déménagement et de la démolition du quartier est lourde de sens. C’est une fête pleine d’amertume nous rappelant qu’il est encore d’actualité la destruction des hutongs du centre-ville de Pékin pour y construire à la place des tours sans âmes où s’entassent les grandes marques de consommation. Les habitants y sont délogés, déracinés et déposés au-delà du quatrième périphérique dans des appartements peut-être mieux équipés, mais sans la vie qu’ils menaient dans leur quartier populaire.Enfin, il ne serait pas louable de terminer cette approche du long métrage sans évoquer la petite parenthèse abordée par maître Liu sur son histoire dans le Shanxi où une famille échangeait le grain de sa récolte contre l’eau pour le bain de sa fille, future femme de celui-ci. Là aussi, ce regard sur les années passées en campagne pour arriver à Pékin est troublant d’émotions.
Ainsi, Shower est un grand film, de ceux dont il faut se délecter chaque instant, si dense et passionnant à la fois. Comme le disaient les Chinois : « La suprême bonté est pareille à l’eau ». On en dira tout autant du film de Zang Yang. Une perle du cinéma chinois.
Damien Paccellieri


















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