vendredi 12 octobre 2007
Shanghai d'hier, shanghai d'aujourd'hui
Shanghai d'Hier, Shanghai d'Aujourd'huide Cheng Bugao, 1936
Avec Shu Xiwen, Wang Xianzhai, Huang Naishuang
Plusieurs familles vivent dans un même immeuble de Shanghai. La crise économique laisse ces différents foyers bourgeois face aux incertitudes des lendemains qui chantent et les pousse à réagir chacun de leur manière…
Produit par les studios de la Mingxin en 1936, Shanghai d’Hier et d’Aujourd’hui propose une relecture des difficultés de Shanghai prise entre les concessions étrangères et la récession économique. Dès les premiers instants du long métrage, le réalisateur Cheng Bugao porte deux regards sur sa ville : l’un sur les buildings à l’occidental que l’on connaît bien à Pudong, l’autre sur la vieille ville et ses toits en tuiles faites de terre cuite. Deux mondes bien différents se côtoient. Pourtant dans une maison de deux étages où vivent plusieurs familles, le seul souci est de passer cett
e période où les prix passent du simple au double et où les banques ferment les unes après les autres. Par un jeu d’éternuements et de mouchoirs, le cinéaste passe de fenêtre en fenêtre pour nous dévoiler le quotidien de deux familles face aux températures hivernales. Des enfants pleurent, une maman est gravement malade ainsi que son plus jeune garçon.
Son mari et leur père, au chômage depuis un moment, n’est pas du genre à porter secours à sa famille, préférant se morfondre et mendier auprès des autres habitants de l’immeuble. A l’inverse, d’autres continuent de cravacher comme ces deux jeunes demoiselles habillées des plus belles soies et des plus manteaux de fourrure. Elles ne parlent entre elles que de choses futiles, mais quoi de plus normal pour ces filles de cabaret dont la présence justifie à elle seule un nombre croissant de client masculin, fin prêt à se bousculer pour quelques pas de danses en leur compagnie. Cependant même pour ces belles filles, la vie est de plus en plus rude.
Le spectateur comprend alors que le meilleur des salaires ne suffit plus pour maintenir son train de vie. La plupart des habitants de cet immeuble, au chômage, comme Mr Yuan, ne souhaitent pas que leur bailleur le découvre. Mais la propriétaire veille au grain et surveille toutes les allées et venues. Elle récupérera les loyers que certains locataires n’ont plus payé depuis des lustres…
Si dans un premier temps Shanghai d’Hier et d’Aujourd’hui est tantôt triste, tantôt harassant (Morphée ou es tu ?), les relations entre Mr et Mme Yuan ravivent le long métrage jusqu’à nous faire rire aux éclats. En effet, de cette tentative infructueuse de compiler d’anciennes habitudes sociales aux nouveaux comportements de ces shanghaiens urbains, le cinéaste ressort on ne sait comment avec une composante humoristique inédite et délicieuse. De quoi remercier la providence !
De ces scènes dans le lit où chacun imagine comment dépenser l’argent gagné à la loterie, à celle où la banque met la clé sous la porte, en passant bien entendu l’excellente prestation du couple Yuan qui se présente comme un couple sévèrement fauché, le film de Cheng Bugao gagne le pari de nous séduire, mais de justesse. En effet, il est bien dommage qu’une grande partie du film repose sur la présentation de tous les figurants de l’immeuble sans réelles avancées scénaristiques alors que le couple Yuan est tellement plus représentatif, synthèse même de cette époque.
Le jeu d’acteur de Shu Xiuwen et Wang Xianzhi est pourtant irrésistible. Au carrefour des expressions théâtrales et d’un humour espiègle, on prend un malin plaisir à suivre les facéties du couple. On regrettera donc que Cheng Bugao ne s’est pas concentré uniquement sur les aventures rocambolesques de ce couple qui avait de quoi alimenter tout un long métrage. Ainsi Shanghai d’Hier et d’Aujourd’hui manque peut être de sel, mais nous offre toutefois des grands moments de cinéma made in Shanghai.
Plusieurs familles vivent dans un même immeuble de Shanghai. La crise économique laisse ces différents foyers bourgeois face aux incertitudes des lendemains qui chantent et les pousse à réagir chacun de leur manière…
Produit par les studios de la Mingxin en 1936, Shanghai d’Hier et d’Aujourd’hui propose une relecture des difficultés de Shanghai prise entre les concessions étrangères et la récession économique. Dès les premiers instants du long métrage, le réalisateur Cheng Bugao porte deux regards sur sa ville : l’un sur les buildings à l’occidental que l’on connaît bien à Pudong, l’autre sur la vieille ville et ses toits en tuiles faites de terre cuite. Deux mondes bien différents se côtoient. Pourtant dans une maison de deux étages où vivent plusieurs familles, le seul souci est de passer cett
e période où les prix passent du simple au double et où les banques ferment les unes après les autres. Par un jeu d’éternuements et de mouchoirs, le cinéaste passe de fenêtre en fenêtre pour nous dévoiler le quotidien de deux familles face aux températures hivernales. Des enfants pleurent, une maman est gravement malade ainsi que son plus jeune garçon.Son mari et leur père, au chômage depuis un moment, n’est pas du genre à porter secours à sa famille, préférant se morfondre et mendier auprès des autres habitants de l’immeuble. A l’inverse, d’autres continuent de cravacher comme ces deux jeunes demoiselles habillées des plus belles soies et des plus manteaux de fourrure. Elles ne parlent entre elles que de choses futiles, mais quoi de plus normal pour ces filles de cabaret dont la présence justifie à elle seule un nombre croissant de client masculin, fin prêt à se bousculer pour quelques pas de danses en leur compagnie. Cependant même pour ces belles filles, la vie est de plus en plus rude.
Le spectateur comprend alors que le meilleur des salaires ne suffit plus pour maintenir son train de vie. La plupart des habitants de cet immeuble, au chômage, comme Mr Yuan, ne souhaitent pas que leur bailleur le découvre. Mais la propriétaire veille au grain et surveille toutes les allées et venues. Elle récupérera les loyers que certains locataires n’ont plus payé depuis des lustres…Si dans un premier temps Shanghai d’Hier et d’Aujourd’hui est tantôt triste, tantôt harassant (Morphée ou es tu ?), les relations entre Mr et Mme Yuan ravivent le long métrage jusqu’à nous faire rire aux éclats. En effet, de cette tentative infructueuse de compiler d’anciennes habitudes sociales aux nouveaux comportements de ces shanghaiens urbains, le cinéaste ressort on ne sait comment avec une composante humoristique inédite et délicieuse. De quoi remercier la providence !
De ces scènes dans le lit où chacun imagine comment dépenser l’argent gagné à la loterie, à celle où la banque met la clé sous la porte, en passant bien entendu l’excellente prestation du couple Yuan qui se présente comme un couple sévèrement fauché, le film de Cheng Bugao gagne le pari de nous séduire, mais de justesse. En effet, il est bien dommage qu’une grande partie du film repose sur la présentation de tous les figurants de l’immeuble sans réelles avancées scénaristiques alors que le couple Yuan est tellement plus représentatif, synthèse même de cette époque.
Le jeu d’acteur de Shu Xiuwen et Wang Xianzhi est pourtant irrésistible. Au carrefour des expressions théâtrales et d’un humour espiègle, on prend un malin plaisir à suivre les facéties du couple. On regrettera donc que Cheng Bugao ne s’est pas concentré uniquement sur les aventures rocambolesques de ce couple qui avait de quoi alimenter tout un long métrage. Ainsi Shanghai d’Hier et d’Aujourd’hui manque peut être de sel, mais nous offre toutefois des grands moments de cinéma made in Shanghai.Damien Paccellieri


















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