mardi 23 octobre 2007
Poussiere dans le vent
Poussière dans le Vent de Hou Hsiao-hsien, 1985Avec Hsin Shu-feng, Wang Chien-wen, Li Tien-lu
Taiwan, 1965. A-Yuan et A-Yun sont des amis d’enfance et habitent le même village de mineurs dans la montagne. A-Yuan décide de partir pour Taipei pour y travailler et poursuivre ses études. A-Yun la rejoint plus tard pour y trouver un emploi de couturière. Loin de leurs origines, le mal du pays est là. Mais une lettre de convocation pour le service militaire vient tout bouleverser… .
Projeté dans le cadre d’un hommage à Hou Hsiao-hsien au Festival de Vesoul, Poussière dans le vent fait partie de ces œuvres dont les éditeurs français s’intéressent peu, à tord. En effet, ils leur seraient faciles de se pencher un peu plus sur la filmographie de l’un des meilleurs réalisateurs actuels puisque toutes ses œuvres ont déjà bénéficié de sous-titrages et d’apports techniques conséquents. Mais que voulez-vous, les films culturels ne paient pas pour ce milieu et Poussière dans le vent en possède toutes les caractéristiques. Une famille de la campagne taiwanaise voit ses enfants grandir dont A-Yuan, un adolescent qui ne supporte plus l’enclavement de son village et l’inactivité qui en découle.
Les années passent et sa famille vieillit avec un grand père, pilier de la communauté, à bout de souffle. A-Yuan décide alors de partir vers la capitale Taipei, plus propice à ses ambitions estudiantines et à son tempérament fougueux. Il y trouve un emploi dans un atelier de reprographie traditionnelle où l’exécution des tâches est encore faite. Cependant, il préfère changer de métier en devenant livreur à moto. En même temps, A-Yuan tient avec
d’autres camarades une salle de cinéma, violon d’Ingres d’une jeunesse perdue. . Avec son départ vers la capitale, A-Yuan s’arrache de sa meilleure amie A-Yun en qui il voit plus qu’une amie, telle une petite sœur, voir un futur devenir. A-Yuan l’aidait dans toutes ses démarches et le soutenait dans ses ennuis.
Leur lien amical en était inaltérable. Mais A-Yuan doit partir faire son service militaire.
Loin des yeux, loin du cœur, et malgré leurs belles promesses de jeunesse, A-Yuan et A-Yun s’éloignent l’un de l’autre alors qu’un bel avenir était à leur portée.
Hou Hsiao-hsien signe avec Poussière dans le vent (Lien Lien Feng Chen) sa quatrième esquisse de la société taiwanaise, un an après son chef absolu Un Temps pour Vivre un Temps pour Mourir, dernier volet d’une trilogie autobiographique
commencé par Les Garçons de Fengkuei et secondé par Un Eté chez grand père. On peut ressentir dès les premiers instants un nouveau souffle dans le travail du cinéaste s’attachant à l’accessibilité et à la compréhension de ses œuvres. Avec ses trois premiers films, les débats sociaux et le caractère des protagonistes étaient assez équivoques pour ne pas constituer une difficulté d’approche cinématographique.
Mais ici Hou Hsiao-hsien propulse les sentiments le plus loin possible avec des relations toujours aussi fortes autour du service militaire, véritable drame à l’intérieur du drame. C’est à lui que de nombreux Taiwanais doivent l’éloignement familial, social ou affectueux dans un pays autoproclamé où la peur d’une invasion chinoise était toujours présente malgré le protectorat américain et le début d’un développement économique grandiloquent. Il est aussi intéressant de voir qu’un personnage clef se dessine hors du couple juvénile dans cette évolution de la société : le grand père. Véritable patriarche malgré ses faiblesses et sa dépendance à la nicotine, il est en quelque sorte le gardien des rites, le témoin d’une génération bientôt disparue. Observateur déconnecté de son petit fils, il donne le « la » des bouleversements sociologiques de l’époque.
Dans un rythme où le temps n’a plus d’effets, Hou Hsiao-hsien prend le risque de décrocher son public habituel en employant une trame et une déclinaison lente de la minuterie cinématographique. Pourtant une fois ces portes poussées, le cinéphile possède entre ses mains un sésame unique, clef de nombreuses idées développées par le cinéaste tout au long de sa carrière sur la quête indéfinissable de l’identité taiwanaise. Accompagnée d’une technique superbe, à savoir des cadrages inoubliables pour les cinéphiles en herbe, une nature magnifiée et une ville aux dédales infinis, Hou Hsiao-hsien est déjà de
venue un grand maître de l’image, après seulement quatre longs métrages. Il n’oublie pas cependant de traiter de phénomènes sociaux comme l’exode rural, l’importance culturelle du cinéma pour les jeunes et les éternels moyens de transport préférés des Taiwanais à savoir la mobylette et le train.
Ainsi d’une poussière dans le vent résulte une réalité douce amère, où les familles, les aspirations de la jeunesse et les mutations sociales s’embrassent dans un dernier souffle de nostalgie. À noter, la présence du vétéran Li Tien-lu, monstre sacré de la mémoire historique taiwanaise et présent dans le Maître des marionnettes comme dans la Cité des Douleurs.
Taiwan, 1965. A-Yuan et A-Yun sont des amis d’enfance et habitent le même village de mineurs dans la montagne. A-Yuan décide de partir pour Taipei pour y travailler et poursuivre ses études. A-Yun la rejoint plus tard pour y trouver un emploi de couturière. Loin de leurs origines, le mal du pays est là. Mais une lettre de convocation pour le service militaire vient tout bouleverser… .
Projeté dans le cadre d’un hommage à Hou Hsiao-hsien au Festival de Vesoul, Poussière dans le vent fait partie de ces œuvres dont les éditeurs français s’intéressent peu, à tord. En effet, ils leur seraient faciles de se pencher un peu plus sur la filmographie de l’un des meilleurs réalisateurs actuels puisque toutes ses œuvres ont déjà bénéficié de sous-titrages et d’apports techniques conséquents. Mais que voulez-vous, les films culturels ne paient pas pour ce milieu et Poussière dans le vent en possède toutes les caractéristiques. Une famille de la campagne taiwanaise voit ses enfants grandir dont A-Yuan, un adolescent qui ne supporte plus l’enclavement de son village et l’inactivité qui en découle.
Les années passent et sa famille vieillit avec un grand père, pilier de la communauté, à bout de souffle. A-Yuan décide alors de partir vers la capitale Taipei, plus propice à ses ambitions estudiantines et à son tempérament fougueux. Il y trouve un emploi dans un atelier de reprographie traditionnelle où l’exécution des tâches est encore faite. Cependant, il préfère changer de métier en devenant livreur à moto. En même temps, A-Yuan tient avec
d’autres camarades une salle de cinéma, violon d’Ingres d’une jeunesse perdue. . Avec son départ vers la capitale, A-Yuan s’arrache de sa meilleure amie A-Yun en qui il voit plus qu’une amie, telle une petite sœur, voir un futur devenir. A-Yuan l’aidait dans toutes ses démarches et le soutenait dans ses ennuis.Leur lien amical en était inaltérable. Mais A-Yuan doit partir faire son service militaire.
Loin des yeux, loin du cœur, et malgré leurs belles promesses de jeunesse, A-Yuan et A-Yun s’éloignent l’un de l’autre alors qu’un bel avenir était à leur portée.
Hou Hsiao-hsien signe avec Poussière dans le vent (Lien Lien Feng Chen) sa quatrième esquisse de la société taiwanaise, un an après son chef absolu Un Temps pour Vivre un Temps pour Mourir, dernier volet d’une trilogie autobiographique
commencé par Les Garçons de Fengkuei et secondé par Un Eté chez grand père. On peut ressentir dès les premiers instants un nouveau souffle dans le travail du cinéaste s’attachant à l’accessibilité et à la compréhension de ses œuvres. Avec ses trois premiers films, les débats sociaux et le caractère des protagonistes étaient assez équivoques pour ne pas constituer une difficulté d’approche cinématographique.Mais ici Hou Hsiao-hsien propulse les sentiments le plus loin possible avec des relations toujours aussi fortes autour du service militaire, véritable drame à l’intérieur du drame. C’est à lui que de nombreux Taiwanais doivent l’éloignement familial, social ou affectueux dans un pays autoproclamé où la peur d’une invasion chinoise était toujours présente malgré le protectorat américain et le début d’un développement économique grandiloquent. Il est aussi intéressant de voir qu’un personnage clef se dessine hors du couple juvénile dans cette évolution de la société : le grand père. Véritable patriarche malgré ses faiblesses et sa dépendance à la nicotine, il est en quelque sorte le gardien des rites, le témoin d’une génération bientôt disparue. Observateur déconnecté de son petit fils, il donne le « la » des bouleversements sociologiques de l’époque.
Dans un rythme où le temps n’a plus d’effets, Hou Hsiao-hsien prend le risque de décrocher son public habituel en employant une trame et une déclinaison lente de la minuterie cinématographique. Pourtant une fois ces portes poussées, le cinéphile possède entre ses mains un sésame unique, clef de nombreuses idées développées par le cinéaste tout au long de sa carrière sur la quête indéfinissable de l’identité taiwanaise. Accompagnée d’une technique superbe, à savoir des cadrages inoubliables pour les cinéphiles en herbe, une nature magnifiée et une ville aux dédales infinis, Hou Hsiao-hsien est déjà de
venue un grand maître de l’image, après seulement quatre longs métrages. Il n’oublie pas cependant de traiter de phénomènes sociaux comme l’exode rural, l’importance culturelle du cinéma pour les jeunes et les éternels moyens de transport préférés des Taiwanais à savoir la mobylette et le train. Ainsi d’une poussière dans le vent résulte une réalité douce amère, où les familles, les aspirations de la jeunesse et les mutations sociales s’embrassent dans un dernier souffle de nostalgie. À noter, la présence du vétéran Li Tien-lu, monstre sacré de la mémoire historique taiwanaise et présent dans le Maître des marionnettes comme dans la Cité des Douleurs.
Damien Paccellieri


















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