samedi 20 octobre 2007

Love Will Tear Us Apart

Love Will Tear Us Apart de Yu Lik-wai, 1999
Avec Tony Leung Kar-fai, Li Ping-lu, Wong Ning

Hong Kong. 1997. Un jeune homme travaille dans un vidéoclub porno et vit avec Yan, une ancienne enseignante de danse amputée d'une jambe lors
d'un accident qui est maintenant liftière dans un restaurant. Ying, est une prostituée de Wuhan qui tente d'oublier la condamnation à mort de son homme. Enfin, Chun est un timide réparateur d'ascenseur qui s'ennuie dans sa vie.
Le destin de ces quatre personnes va se jouer de leurs rencontres…





Love Will Tear Us Appart est le premier long métrage d’un cinéaste que l’on connaît peu, et pourtant. En effet, chef opérateur des films du talentueux Jia Zhang-ke (élu nouveau prophète du cinéma chinois), Yu Lik-wai est loin d’avoir le faciès du débutant. Avec un premier court métrage Neon Goddesses (1996) remarqué par la critique et une société de production (productrice justement de son ami réalisateur), voilà déjà un curriculum vitae bien étoffé.
Cela ne suffit pourtant pas pour rendre ce long métrage attractif.

En reprenant une structure narrative proche d’un long métrage comme Magnolia (très à la mode encore en cette année 2007, Yu Lik-wai cherche à déstructurer son récit comme peut l’être la ville de Hong Kong, hôte des aventures sociales de ses héros.
Redevenue chinoise en 1997, cette cité a connu toutes les crises asiatiques de ces dernières années : crash économique, SRAS, déficience cinématographique, et ce, peut être par un manque de repère à l’orée de la rétrocession. Les quatre principaux personnages ont chacun à leur manière des insuffisances sociales, des « pare-chocs sociaux » comme le diraient nos sociologues, les laissant à la proie de cette société si cruelle.

Jian est le premier d’entre eux et peut être le plus représentatif. Employé dans un vidéoclub spécialisé dans les œuvres pornographiques, Jiang erre entre misérabilisme et autosatisfaction.
D’ailleurs, son métier semble lui donner de temps à autre de savoureux et pathétiques moments comme lorsqu’un client vient lui faire une remarque sur l’une des cassettes vidéos louées : « Je vois que c’est de la qualité allemande » lui affirme-t-il, Jiang lui répond alors « enfin le chien est allemand ».

En concubinage avec une ancienne enseignante de danse, amputée d’une jambe et d’un fils dans un effroyable accident, Jiang ne sait comment développer ses sentiments avec une femme blessée à vie. Celle-ci est liftière dans un vieil hôtel et répète inlassablement les mêmes gestes, subissant chaque jour le poids de la monotonie.

Malgré ses efforts de mise en scène et d’imagerie, il est difficile de comprendre les raisons du réalisateur sur la condition de ce couple. Yu Lik-wai, lorgnant toujours vers des fictions sur les miséreux de Chine, reste sur un simple constat sans apporter de densité à son développement.
Cette appréciation se vérifie une fois encore avec la deuxième partie du long métrage davantage tournée vers la jeune Ying, prostituée venue de Wuhan pour échapper aux tourments qui la guettent, suite au décès de son compagnon, mis à mort pour ses méfaits. Paumée, mais ambitieuse, elle est dans ce long métrage à la fois l’incarnation du souvenir et l’incarnation du futur, car elle marque de son empreinte et de son absence un décor muni d’une fenêtre, où elle apparaît un jour, puis une nuit, pour enfin en disparaître à jamais. Yu Lik-wai aime ce type de contextualisation sophistiqué : chaque rencontre de personnages, chaque cage d’escalier, de l’ascenseur aux chambres enfumées et décorées par de vieilles tapisseries, le cinéaste s’habille en scientifique de la mise en scène.
Il ne donne pas un simple cadre, il l’habite de détails ci et là pour tisser le fil rouge de son long métrage.

Cependant, malgré ses bonnes intentions, Yu Lik-wai ne parvient pas à passionner, à distiller ses regards précieux sur la ville de Hong Kong comme sur la vie de se quatre personnages en marge de la société. La morosité et le pessimisme semblent scléroser sa capacité cinématographique à transmettre.
Il en reste une oeuvre âpre, en manque de désirs, regorgeant d’une foultitude de détails enrichissants et d’un humour de haute volée (scène de la rencontre autour d’un tampax), mais qui ne termine pas sa chrysalide, où Yu Lik-wai réduit son rôle à celui d’un conteur du misérabilisme et de la paupérisation de Hong Kong sans apporter le suc nécessaire à la passion.
Yu Lik-wai souhaitait-il signer là le testament de la rétrocession ?

Damien Paccellieri

Publié par damien à 09:52

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