lundi 1 octobre 2007

Everlasting Regret

Everlasting Regret de Stanley Kwan, 2005
Avec Sammi Cheng, Tony Leung Ka-fai, Hu Jun

Wang Qiyao (Sammi Cheng), une jeune fille ordinaire issue d’une famille m
odeste, est élue dauphine au concours de Miss Shanghai tandis qu’un photographe M.Cheng, introduit par sa cousine Lili tombe sous le charme de Qiyao et soutient sa candidature. Propulsée dans la haute-société shanghaïenne, elle se voit alors courtisée de toutes parts par des hommes plus ou moins sincères. Quatre hommes, quatre époques, chacune apportant son lot de regrets. Couvrant plusieurs décennies, des années 50 aux années 80, Everlasting Regret conte la déchéance progressive d’un rêve et d’une femme, perdue entre espoirs et désillusions. Elle ira de relations en ruptures, d’abandons en retrouvailles. Mais partie de très haut, elle ne pourra arriver que très bas. Ainsi en va du film lui-même.


Comment passer en quelques années de Miss Shanghai à l’isolement et l’anonymat le plus total? Même une vie n’y suffirait pas. Pourtant la ville de Shanghai entraîne avec elle, dans ses révolutions, les êtres qui la fabriquent. Et ces changements ne laissent que peu de chance à ceux qui ne peuvent la suivre. En quelques années Qiyao passe ainsi par des pertes de statuts successives, obligée de renier certaines personnes, de se justifier des relations de son passé .

Dans le style d'un Three Times taïwanais, on assiste une nouvelle fois ici à une analyse fine de la façon dont le contexte culturel et politique d’un pays peut influer sur les relations individuelles et collectives. En particulier à Shanghai où la ville vit de ses relations superficielles et éphémères. A Shanghai, l’amour ne se donne pas, il se prend ou se refuse. Au risque de se retrouver seule, Qiyao choisit de ne pas céder aux avances de ses prétendants, mais quand elle leur cède, ce sont eux qui disparaissent .

Finalement la fidélité, il faudra la chercher dans cette métropole où elle est née et où elle s’éteindra. Le salut, pour le trouver, il faudra envisager sortir de cette ville étouffante vers un Hong-Kong non moins mythique et claustrogène. Pour ceux qui partent ou ceux qui restent, seuls les regrets demeurent éternels.

C’est bien filmé, tout en douceur avec des influences marquées par le cinéma taïwanais cependant des longueurs viennent tuer l’intrigue à petit feu. On perd l’enjeu du film, l’intérêt pour les personnages. Bref, c’est un beau portrait, sur fond de révolutions populaires, culturelles et de renouveau libéral. En tirant ce scénario du roman homonyme Changhen Ge (1996) de Wang Anyi, Stanley Kwan n’atteint pas son but inavoué, en faire un nouveau Centre Stage. Ceci d’autant plus que l’actrice principale n’est pas Maggie Cheung.

Il est d’ailleurs amusant de
voir les gens évoluer et vieillir autour d’elle, au premier rang desquels on trouve Tony Leung Ka-fai qui joue brillament ce rôle d’admirateur transi qui la supportera jusqu’à la fin, alors que le temps ne semble pas avoir d’emprise sur elle. En trente ans d’histoire relatée, on restera sceptique quant à la signification de ce choix esthétique de sénescence ralentie: immuabilité d’une image figée dans la cité éternelle ou simple exigence de star sur son maquillage ? Il reste que ce film plaira aux nostalgique d’un Shanghai révolu où le style dictait sa manière au reste du monde .
Vianney Meunier
(2005)

Publié par damien à 20:33

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