mercredi 10 octobre 2007
Bliss
Bliss de Sheng Zhimin, 2006Avec Liao Zhang, Wang Lan, Xu Tao
Un couple visite un temple bouddhiste. Jian-jun est particulièrement fasciné par les innombrables bouddhas. Il est chauffeur de taxi. Sa femme Xiao-hong qui vient d’être licenciée, essaye de vendre des matelas pour échapper à l’inactivité. Malgré les difficultés de la vie quotidienne, c’est un couple soudé. Lao Li est un ancien policier. Sa femme l’a quitté il y a longtemps et il s’est remarié avec Xiue. Celle-ci a un fils délinquant qui vient de regagner le domicile après un séjour en maison de redressement. Persuadés que leur fils peut s’amender, ils vont essayer de lui trouver un travail et lui offrir une vie calme et rangée. De très douloureux souvenirs, de lourds secrets se cachent derrière ces vies apparemment si ordinaires. Petit à petit, on découvre les liens qui unissent les différents personnages.
Le fleuve coule jour et nuit, et comme un fleuve, la vie s'écoule sans relâche. Les personnages de cette histoire semblent comprendre quelque chose au fond de leur cœur à un moment précis de leur vie. Est-ce de la joie ou de la peine ?
Sheng Zhimin fait partie de ces jeunes réalisateurs chinois a avoir officié chez d’autres cinéastes comme Fruit Chan ou Zhang Yang puis à s’être essayé à la technologie DV, révélatrice de toute une nouvelle génération de réalisateur grâce son coût moindre et sa très grande mobilité.
Le long métrage Bliss s’ouvre sur l’obtention du certificat de mariage au bureau administratif entre Jiangqiu, chauffeur de taxi, et Hong, sa femme ouvrière.
Malheureusement une poignée de jours plus tard, sa femme est victime d’un licenciement économique massif et passe à la trappe avec seulement quelques 3000 yuans de compensations.
Entre temps le spectateur part à la rencontre de Mr et Mme Zhang, couple remarié après le décès de la précédente femme à l’époux.
Ils abritent Lei sous leur toit, un jeune adolescent, fils de la nouvelle femme à Mr Zhang et déjà passé par la case prison. Son père par substitution tente alors de lui retrouver un travail par le biais de la personne responsable du téléphé
rique de la ville. Celui-ci accepte son fils comme accompagnateur au transport des clients. Progressivement on en apprend d’avantages sur les liens qui unissent ces personnages. En effet, Jiangqiu est le fils naturel de Mr Zhang et donc le demi frère de Lei. Le patriarche de cette famille recomposée reste encore très attaché à son ancienne femme défunte et reçoit par la poste les cendres de celle-ci. Dans un Chongqing délabré, ‘under construction’, bitumeux et pluvieux, les membres de cette famille tissent leurs espoirs et leurs futurs.
Hong retrouve du travail dans la vente de matelas mais trompe Jiangjiu avec le responsable de ce petit business. Mr Zhang quant à lui ne sait quoi faire de son fils Lei, garçon socialement désoeuvré qui traîne avec de mauvaises relations, s’amourache de sa collègue de travail au téléphérique et s’empêtre dans des situations inextricable.
Mr Zhang n’a de cesse de penser à feu sa première épouse dont il regarde la photo chaque jour sur son autel. Celà glace quelque part les relations avec sa seconde et actuelle femme. D’un autre côté, Jiangjiu ne sait plus trop quoi faire avec sa femme qui, depuis, est tombée gravement malade. Saura t’il lui pardonner ? Pourra t’il lui payer l’hospitalisation ?
Dans les méandres de plusieurs vies déchues, ces membres d’une même famille ne semblent plus croire en l’avenir. A moins que la mort puisse être salvatrice…
D’une beauté particulière et d’un regard s’appuyant sur le malheur des uns et des autres, Bliss est un long métrage difficile et intellectuel où son réalisateur laisse quelques interstices dont on ne sait où elles vont nous mener.
Chongqing est ici mag
nifique de désolation. De ces tours livides d’un béton morcelant à ces parterres de gravier, de détritus et de routes inachevées, Bliss ne manque pas de charme et se dote d’une imagerie forte et rare.
Tourné avec une caméra HD SONY F900, Sheng Zhimin exploite parfaitement le numérique et nous offre quelques superbes scènes d’anthologies. Ainsi une rixe éclate dans le téléphérique durant son parcours d’un bord de la ville à l’autre et seule la cabine s’échaude de la violence soumise à nos regards.
Mais on reste aussi sous perfusion face à ces jeunes qui, plus téméraires que courageux, bondissent d’un immeuble à l’autre jusqu’à ce que l’un d’entre eux fasse le faux pas, celui qui l’emmène de vie à trépas.
Puis nous n’oublierons pas non plus l’excellente scène où Lei tourne autour de sa compagne avec une diminution du nombre d’images par seconde pour donner quelques effets de latences.
Ainsi, si ce côté hautement technique franchement réussi est magistralement orchestré, la dramaturgie ne franchit pas ce même cap qualitatif. En effet, les vingt premières minutes du long métrage sont assez douloureuses car elles ne réussissent pas à immerger le spectateur dans la foultitude de personnages développés par le cinéaste. C’est un véritable bric à brac familial.
Bon nombre de cinéphiles sont sortis de la séance quelque peu circonspect par la complexité du long métrage qui s’adresse à priori ou en premier lieu à des chinois de souche. Pourtant Sheng Zhimin avait la possibilité de simplifier certaines ramifications sociales en s’appuyant avec une plus grande souplesse sur le développement de ses personnages. Or, il continue à semer le doute en rajoutant à la mise terre de la femme de Mr Zhang, sa belle fille dont on ne comprend pas vraiment les raisons du décès.
Mais à travers cette compl
exité, le cinéaste s’accapare de très bonnes analyses sociales sur les difficultés d’une famille recomposée, sur la relation père fils avec ce distinguo entre fils naturel et fils dans le cadre du remariage, sur le pardon de l’adultère, sur la maladie et enfin sur une certaine jeunesse sans repères. A défaut de rendre fluide sa narration, Sheng Zhimin dresse des portraits humains très attachants et donne à son œuvre un univers visuel intéressant, propre à nous laisser songer, rêver de Chongqing à bien des instants.
Un couple visite un temple bouddhiste. Jian-jun est particulièrement fasciné par les innombrables bouddhas. Il est chauffeur de taxi. Sa femme Xiao-hong qui vient d’être licenciée, essaye de vendre des matelas pour échapper à l’inactivité. Malgré les difficultés de la vie quotidienne, c’est un couple soudé. Lao Li est un ancien policier. Sa femme l’a quitté il y a longtemps et il s’est remarié avec Xiue. Celle-ci a un fils délinquant qui vient de regagner le domicile après un séjour en maison de redressement. Persuadés que leur fils peut s’amender, ils vont essayer de lui trouver un travail et lui offrir une vie calme et rangée. De très douloureux souvenirs, de lourds secrets se cachent derrière ces vies apparemment si ordinaires. Petit à petit, on découvre les liens qui unissent les différents personnages.
Le fleuve coule jour et nuit, et comme un fleuve, la vie s'écoule sans relâche. Les personnages de cette histoire semblent comprendre quelque chose au fond de leur cœur à un moment précis de leur vie. Est-ce de la joie ou de la peine ?
Sheng Zhimin fait partie de ces jeunes réalisateurs chinois a avoir officié chez d’autres cinéastes comme Fruit Chan ou Zhang Yang puis à s’être essayé à la technologie DV, révélatrice de toute une nouvelle génération de réalisateur grâce son coût moindre et sa très grande mobilité.
Le long métrage Bliss s’ouvre sur l’obtention du certificat de mariage au bureau administratif entre Jiangqiu, chauffeur de taxi, et Hong, sa femme ouvrière.
Malheureusement une poignée de jours plus tard, sa femme est victime d’un licenciement économique massif et passe à la trappe avec seulement quelques 3000 yuans de compensations.
Entre temps le spectateur part à la rencontre de Mr et Mme Zhang, couple remarié après le décès de la précédente femme à l’époux.
Ils abritent Lei sous leur toit, un jeune adolescent, fils de la nouvelle femme à Mr Zhang et déjà passé par la case prison. Son père par substitution tente alors de lui retrouver un travail par le biais de la personne responsable du téléphé
rique de la ville. Celui-ci accepte son fils comme accompagnateur au transport des clients. Progressivement on en apprend d’avantages sur les liens qui unissent ces personnages. En effet, Jiangqiu est le fils naturel de Mr Zhang et donc le demi frère de Lei. Le patriarche de cette famille recomposée reste encore très attaché à son ancienne femme défunte et reçoit par la poste les cendres de celle-ci. Dans un Chongqing délabré, ‘under construction’, bitumeux et pluvieux, les membres de cette famille tissent leurs espoirs et leurs futurs.Hong retrouve du travail dans la vente de matelas mais trompe Jiangjiu avec le responsable de ce petit business. Mr Zhang quant à lui ne sait quoi faire de son fils Lei, garçon socialement désoeuvré qui traîne avec de mauvaises relations, s’amourache de sa collègue de travail au téléphérique et s’empêtre dans des situations inextricable.
Mr Zhang n’a de cesse de penser à feu sa première épouse dont il regarde la photo chaque jour sur son autel. Celà glace quelque part les relations avec sa seconde et actuelle femme. D’un autre côté, Jiangjiu ne sait plus trop quoi faire avec sa femme qui, depuis, est tombée gravement malade. Saura t’il lui pardonner ? Pourra t’il lui payer l’hospitalisation ?
Dans les méandres de plusieurs vies déchues, ces membres d’une même famille ne semblent plus croire en l’avenir. A moins que la mort puisse être salvatrice…
D’une beauté particulière et d’un regard s’appuyant sur le malheur des uns et des autres, Bliss est un long métrage difficile et intellectuel où son réalisateur laisse quelques interstices dont on ne sait où elles vont nous mener.
Chongqing est ici mag
nifique de désolation. De ces tours livides d’un béton morcelant à ces parterres de gravier, de détritus et de routes inachevées, Bliss ne manque pas de charme et se dote d’une imagerie forte et rare.Tourné avec une caméra HD SONY F900, Sheng Zhimin exploite parfaitement le numérique et nous offre quelques superbes scènes d’anthologies. Ainsi une rixe éclate dans le téléphérique durant son parcours d’un bord de la ville à l’autre et seule la cabine s’échaude de la violence soumise à nos regards.
Mais on reste aussi sous perfusion face à ces jeunes qui, plus téméraires que courageux, bondissent d’un immeuble à l’autre jusqu’à ce que l’un d’entre eux fasse le faux pas, celui qui l’emmène de vie à trépas.
Puis nous n’oublierons pas non plus l’excellente scène où Lei tourne autour de sa compagne avec une diminution du nombre d’images par seconde pour donner quelques effets de latences.
Ainsi, si ce côté hautement technique franchement réussi est magistralement orchestré, la dramaturgie ne franchit pas ce même cap qualitatif. En effet, les vingt premières minutes du long métrage sont assez douloureuses car elles ne réussissent pas à immerger le spectateur dans la foultitude de personnages développés par le cinéaste. C’est un véritable bric à brac familial.
Bon nombre de cinéphiles sont sortis de la séance quelque peu circonspect par la complexité du long métrage qui s’adresse à priori ou en premier lieu à des chinois de souche. Pourtant Sheng Zhimin avait la possibilité de simplifier certaines ramifications sociales en s’appuyant avec une plus grande souplesse sur le développement de ses personnages. Or, il continue à semer le doute en rajoutant à la mise terre de la femme de Mr Zhang, sa belle fille dont on ne comprend pas vraiment les raisons du décès.
Mais à travers cette compl
exité, le cinéaste s’accapare de très bonnes analyses sociales sur les difficultés d’une famille recomposée, sur la relation père fils avec ce distinguo entre fils naturel et fils dans le cadre du remariage, sur le pardon de l’adultère, sur la maladie et enfin sur une certaine jeunesse sans repères. A défaut de rendre fluide sa narration, Sheng Zhimin dresse des portraits humains très attachants et donne à son œuvre un univers visuel intéressant, propre à nous laisser songer, rêver de Chongqing à bien des instants.Damien Paccellieri


















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