dimanche 30 septembre 2007

San Mao, le Vagabond

San Mao, le Vagabond de Yang Gong et Zhao Ming, 1949
Avec Wang Longji, Guan Hongda, Lin Zhen

Un jeune enfant des rues de Shanghai côtoie la misère et la faim. Sans famille et face à une société immorale, San Mao est tour à tour exploité, humilié, puis vendu à d’autres. Mais notre jeune compagnon gardera son honnêteté et son regard d’enfant…

Présenté à la Cinémathèque française dans le cadre du cycle Shanghai des années 30 et 40, San Mao, le Vagabond est un long métrage culte de la fin des années 40 qui connut une vie très difficile. En effet, tiré des célèbres manhuas de Zhang Leping, et devenu est un personnage clé de la Chine des années 30 et le restera les décennies suivantes.


Réalisé en 1948, la production manquait de fonds pour terminer ce projet ; alors de nombreuses stars shanghaiennes de l’époque se proposèrent pour apparaître en guest star et donner ainsi du crédit à ce projet.
Finalisé en 1949 avec l’arrivée du communisme au pouvoir, le long métrage s’est retrouvé malheureusement face à Jiang Qiang, la célèbre femme de Mao et chercheuse de poux dans la tête de tous les cinéastes chinois de l’époque.
Il sera décider de sceller ce long métrage de nombreuses années, sanction punitive pour avoir donné l’image d’une Chine faite de misérables gens. Mais avec l’ouverture de la Chine après la révolution culturelle, le public redécouvrira ce film.

San Mao, le vagabond nous conte de manière enfantine, l’épopée d’un jeune garçon de la rue, avec pour seuls habits des gilets de pailles et cherchant à s’en sortir sans jamais se morfondre sur sa situation. Avec ses trois poils sur la tête et son caractère de cochon, San Mao se promène dans les rues d’une ville devenue depuis les années 30, le Paris de l’Orient, entre concessions étrangères et cabarets luxueux. Seulement cette beauté n’est qu’une vitrine et cache les nombreuses victimes des luttes incessantes avec les japonais de 1937 à 1945 puis entre frères chinois de 1945 à 1949.

San Mao, sans un sous dans les poche, dévore des yeux de belles brioches fourrées à la viande, tout en rêvant d’un bon repas, chose qu’il n’a pu avoir depuis de nombreux jours.
Pour survivre, il cherche de la nourriture là où il peut en trouver : dans de vieilles casseroles à l’abandon, dans des poubelles et même au sol s’il le faut comme lorsqu’un vieil homme jette de la nourriture à son chien.
Dans ce combat de tous les jours, le jeune San Mao se rend compte de l’importance d’un emploi pour espérer s’offrir un bon repas. Il essaye alors plusieurs petits boulots comme vendeur de journaux, ramasseur de mégots de cigarettes, en vain. Ce Rémi sans Famille chinois rencontre par la suite d’autres jeunes comme lui, organisés en bande pour pousser les nombreux cyclo de la ville. Avec ses nouveaux amis, San Mao va vivre de nouvelles aventures et nous ouvrira les yeux sur la condition des misérables de Shanghai…

Grande comédie chinoise alimentée de réflexions sociétales, San Mao, le Vagabond est certainement l’un des plus accessibles longs métrages du vieux cinéma chinois. Conçu pour les enfants et avec des enfants dans les rôles principaux, c’est aussi l’une des œuvres qui clôture la grande histoire du cinéma de Shanghai qui bascule ensuite vers un cinéma tout autre.
Sous ses aspects de caricature vivante, San Mao est en quelque sorte le petit frère du Kid de Chaplin, référence à cette comédie des plus simples et universels sur le thème de l’enfance doté d’un regard critique sur ce qui l’entoure.

Honnête au possible, San Mao croise sur sa route toute une palette de personnages crapuleux : un mafioso entretenant un réseau d’enfants travailleurs, de pickpocket et de voleur de tissus, mais aussi une vieille femme sans héritier qui achète le pauvre San Mao sur le trottoir pour en faire un poupée vivante dans une maison bourgeoise.
Par ces rencontres, le jeune garçon nous laisse entrevoir toutes les difficultés sociales du Shanghai de ces années sous l’occupation japonaise mais il nous laisse aussi les zygomatiques épuisées de ses nombreuses malices et farces.

On se surprendra ainsi à constater un San Mao en mannequin dans un magasin de vêtements pour échapper à ses poursuivants, ou à le voir semer la zizanie lors d’une « party » chez ses nouveaux parents, tout comme son défilé protestataire de tous les enfants pauvres du quartier. C’est assurément ces moments de légèreté qui permettent au film de garder une trame stimulante, sans jamais faiblir un instant, chose rare dans les vieux films d’époque. On restera cependant quelque peu stupéfait par la clôture du long métrage, véritable ode au communisme, libérant le peuple de ses souffrances en 1949 et laissant à San Mao la chance de danser auprès du défilé à la gloire de Zhu De et Mao. Ainsi si San Mao, le Vagabond est porteur d’un sujet social très dense, il reste à la portée de tous, des petits comme des plus grands. Un délice cinématographique à prolonger par la lecture très interessante des manhuas du personnage.

Damien Paccellieri

Publié par damien à 13:33

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